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Manuel Valls est-il un algorithme ?

lundi 18 janvier 2016 à 21:19
valls-pensee-algorithmique

De l’art de faire accroire que l’on pense

La question de la parole et de l’action politique se pose crûment après les récentes déclarations du Premier ministre lors de la commémoration de l’attaque contre l’Hypercasher. La phrase clef, que Kitetoa dénonce ici, est désormais connue : « Expliquer le djihadisme, c’est déjà l’excuser un peu ». Cette phrase est reliée au concept récent de gouvernance algorithmique, exprimé ici. Au delà des « agents administratifs logiciels » qui sont à l’œuvre grâce aux « boites noires », et donnent aux agents humains des renseignements sur ce que sont — ou ne sont pas — les citoyens parcourant le net, un nouveau cran a été atteint avec la déclaration de Manuel Valls. Une déclaration qui exprime une nouvelle forme de pratique politique. La politique algorithmique. Explications.

Portes logiques

Sans rentrer dans le détail des fondements théoriques de l’informatique, le principe de fonctionnement d’un ordinateur est assez trivial, comparé à celui d’un être humain. L’ordinateur ne réfléchit pas, il compare. Et bien que sa vitesse de comparaison soit bien supérieure à celle de son équivalent humain, il n’en reste pas moins limité à cette obligation de passer par des portes logiques. ET, OU, ET/OU : le champ de réflexion d’un « cerveau de silicium est limité. Il se contente le plus souvent avec des algorithmes de fournir des réponses très simples à des problèmes… très complexes. L’ordinateur ne connaît pas le « peut-être », la remise en question, l’empathie, le doute, le questionnement intérieur.  Bien entendu, avec de nombreuses données, plein de variables et des paramètres dans tous les coins, un algorithme peut donner le change, laisser accroire une forme d’intelligence. Mais cette illusion ne fonctionne pas longtemps lorsque l’on pénètre dans les sphères de l’humain. De la psychologie, de la sociologie, de l’histoire. De la politique ?

Un ordinateur pourrait-il diriger le pays ?

La question qui se pose est donc la « part algorithmique de Manuel Valls ». Si nous mettions en œuvre un programme informatique pour remplacer le Premier ministre — disons pour venir discourir et réagir à des événements, afin d’orienter sa politique à la suite de ces mêmes événements ou pour constater des problèmes — l’algorithme serait assez simple :

Si
Problème de société [sans islamisme]
Dire : « nous avons entendu le message »
Affirmer son autorité
Ajouter politique sécuritaire/libéralisation économique à politique identique
Autrement si
Problème de société [avec islamisme]
Dire phrase type [dictionnaire de phrase islamisme]
Ajouter adjectifs [aléatoire] « inexcusable, intolérable, innommable, impardonnable »
Ajouter politique sécuritaire à politique identique
Fin si

Quelle différence y-aurait-il entre une « machine Manuel Valls » équipée de cet algorithme — et qui viendrait parler à la suite d’attentats comme ceux du 13 novembre, ou de l’agression de Marseille d’un adolescent de 16 ans contre un enseignant juif — et le vrai Manuel Valls? Aucune. Une machine effectuerait exactement la même démarche que Manuel Valls : elle réagirait, avec son dictionnaire de phrases et d’adjectifs, et proposerait, dans cette même logique, des lois, des aménagements encore plus sécuritaires. Refuserait de « comprendre, « d’analyser »,  puisque son programme le lui interdit, mais quand bien même : un algorithme ne peut pas « comprendre » le phénomène djihadiste en lien avec la société (son histoire, son économie, sa politique, ses influences etc…). Pourtant Manuel Valls et son gouvernement sont censés le pouvoir. Normalement.

Les conséquences de l’algorithmie appliquée à la politique

Il va sans dire qu’une société qui refuse de chercher les causes profondes de ses problèmes — et ne pratique qu’une seule et même politique basée sur la seule efficacité binaire — risque de se confronter à des problèmes très graves. Une société moderne et ouverte, dont les fondements sont ceux du siècle des lumières, qui a participé à changer le monde en montrant l’exemple avec l’universalisme des droits de l’homme, qui se retrouve sous le joug politique de gouvernants sans âme, dans le refus de réfléchir, ne peut pas survivre longtemps.

La France est ce pays, qui a su engendrer des artistes incroyables, des intellectuels brillants, des mouvements contestataires puissants, qui a inventé un nombre incalculables de choses merveilleuses, accueilli des millions d’étrangers, et qui est — en partie — désormais sous le règne d’algorithmes.

Ce constat amène à se poser la question suivante : si les politiciens au pouvoir sont désormais parfaitement binaires, incapables de débattre du fond des problèmes, seulement programmés pour affirmer une même et unique chose, dans chaque circonstance, avec l’impossibilité, le refus de chercher, analyser les problèmes afin de proposer des voies qui pourrait les résoudre, comment pouvons-nous encore faire société ?

En nous transformant en citoyens algorithmiques ?

C’est l’histoire de parlementaires, de sécurité numérique et d’une entreprise ou deux…

jeudi 14 janvier 2016 à 09:41

jeu_de_paume_bdChers représentants du peuple, je vous aime. Je vous aime pour votre vision, comme disent les Américains. Je vous aime pour votre capacité à vous occuper de nous avec tant d’abnégation. Je vous aime parce qu’avec vous, il ne peut y avoir de décision biaisée, de décision ridicule qui fasse dépenser des fortunes à la communauté nationale pour rien. Je vous aime parce que vous n’êtes ni naïfs, ni bêtes. Vous êtes la perspicacité personnifiée. Oh, bien sûr, pas tous, hein. Il y a bien des représentants qui se fourvoient, qui au nom de principes éculés, campent sur leurs positions d’anarcho-gauchistes. On les connaît. Non, vous, les autres, vous êtes la fierté de ce pays. Et toute la population est derrière vous, il n’y a qu’à regarder les sondages. L’un des journalistes de ce brûlot qu’est Reflets a attiré mon attention sur un débat que vous aurez demain et sur les pistes de réflexions que vous allez suivre et développer, à n’en pas douter. Je suis rassuré. L’avenir numérique du pays est en de bonnes mains.

Laissez-moi tout de même vous conter une petite histoire… Mais avant, relisez ce que vous avez produit avec une grande attention.

3

« Développer des équipements français de détection d’attaques informatiques« . Voilà une une bonne idée. Notez que c’est déjà le cas. Il y a bien quelques petites PME qui s’en occupent. Il y a aussi des gens du monde libre qui ont fait de très belles choses et tentent d’en vivre, mais j’imagine que ça, c’est hors de votre périmètre d’investigation. Quoi que… Une visionnaire avait mis en avant devant vous l’excellent firewall OpenOffice, donc certains d’entre vous savent que le monde libre existe et qu’il produit de très bons firewalls. Mais revenons à nos moutons numériques de défense.

Mon histoire vise plutôt une PME française qui équipe justement, des ministères français. Le saviez-vous ? Si, si.. Oh, bien sûr, elle ne donne pas la liste de ses clients, mais je vous l’assure, le gouvernement français en fait partie. Comme bon nombre de banques françaises. Des trucs que l’on estime, dans vos cercles, être des machins souverains à défendre contre les méchants hackers chinois (ou russes, ça dépend des moments, selon ce que dit la presse) et les Anonymous (eux ils sont toujours dans le coup). Cette belle entreprise a donc une sorte d’équipement de défense contre les attaques informatiques qui vous font peur. Un truc malin, il faut en convenir. Elle se gargarise du fait qu’elle est française. FrenchTech, tout ça…

Des sous contre du code

Mais voilà, la vie est dure pour les petites PME qui souffrent de la puissance des concurrents américains. Alors comme ses dirigeants qui ont une vision, eux aussi (ils en parlent beaucoup), veulent surtout rester en vie dans ce monde concurrentiel très méchant, il a bien fallu, à un moment, trouver des sous. Et c’est là que ça devient rigolo. Pendant qu’ils vous passaient la main dans le dos, ainsi que dans le dos de l’ANSSI, les dirigeants en question se sont rapprochés d’une très grosse boite américaine, bien connue pour ses bonnes relations avec la fameuse NSA, celle qui a défrayé la chronique après les révélations d’Edward Snowden. Et voilà plus ou moins ce qui s’est passé : la grosse boite américaine voulait embarquer  le produit français dans l’un des siens. Mais elle posait une condition : un accès au code source du produit français. Je ne suis pas plus expert que vous, chers représentants, en cette matière, mais j’ai une vague idée de ce qui motivait cette demande…

Donc, pendant que toute l’entreprise se félicitait de protéger la France, les dirigeants vendaient un accès au code source de leur produit aux Américains, par ailleurs nos meilleurs alliés, qui nous espionnent, comme il se doit, avec une grande efficacité et sans que cela ne chagrine l’exécutif, pourtant directement ciblé, comme cela a été évoqué dans la presse. Mieux… Le directeur technique, tout content du deal passé avec la grosse boite américaine, s’était teint les cheveux aux couleurs du logo de ladite entreprise pour accueillir ses représentants. Content, content… le directeur technique. Le fait que cette grosse boite américaine ait aidé (contre sa volonté bien entendu) un pays fâché avec les Droits de l’Homme à arrêter des opposants politiques ne lui faisait ni chaud ni froid, au regard des pépètes sonnantes et trébuchantes qui allaient tomber dans l’escarcelle.

Le même directeur technique qui se rendait dans toutes les conférences de la communauté de la sécurité informatique française pour parler d’amélioration de la sécurité, cela va sans dire.

Chers représentants, ça, c’est pour les entreprises françaises qui vont vous aider – et je suis certain qu’elles vont se ruer vers vous pour vous dire qu’elles le feront, à sécuriser la France numérique. Peut être même les sites de l’Assemblée et du Sénat. Pourquoi pas, hein…?

Dual… Un, dos (tres), Maria, un pasito pa’lante, une pasito pa’ tras…

Maintenant allons voir du côté de celles qui vont vous aider à développer les machins « dual » (duaux?).

Je crois que sur ce point, je pourrais vous écrire plus ou moins cent pages d’un bouquin. Mais comme je n’ai pas le temps, ni l’envie de vous coller ici ce que j’ai déjà écrit de ces cent pages, je vais vous renvoyer vers ces deux dossiers plutôt assez complets : le dossier Amesys et le dossier Qosmos. Vous verrez, l’Etat ne vous a pas attendus pour investir des liquidités dans des entreprises de ce genre via la BPI, et l’on sait comment cela a fini. Ces entreprises sont actuellement l’objet d’une instruction pour complicité de torture (en Libye et Syrie). Tout est fait pour étouffer ces affaires depuis le début, mais il ne faut pas désespérer de la Justice. Notez le J majuscule. C’est important les majuscules. Parfois je mets une majuscule parfois non (à Démocratie ou à Président par exemple). Cela  dit beaucoup de ce que j’ai en tête en écrivant le mot.

Alors oui, vous allez pousser à plus de dépenses pour ces charmantes entreprises qui font du dual ou de l’offensif. Mais gardez tout de même en tête que sur Internet comme ailleurs, les armes que l’on vend ou que l’on développe, finissent toujours un jour ou l’autre par être utilisées contre nous ou contre des gens qui n’ont rien à voir avec la « guerre » engagée. Comme des opposants politiques dans une pays fâché avec les Droits de l’Homme.

 

OPECST : des conclusions qui concluent que c’est quand même chaud de tirer des conclusions

mercredi 13 janvier 2016 à 15:31

sarcasmUn débat parlementaire au sénat s’ouvre demain relatif aux conclusions de l’OPECST (Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques) d’un rapport intitulé « Sécurité numérique et risques : enjeux et chances pour les entreprises ».

Nul doute que les débats seront très intéressants pour qui veut y prêter une oreille attentive, en tout cas, ça promet d’être sport. Le rapport a concentré ses efforts sur 4 objectifs :

A vue de nez, comme ça, deux me semblent viables, il s’agit des 1er 3e. Les deux autres flirtent avec le non-sens ou l’anachronisme :

Ce qui est très intéressant, c’est qu’on retrouve dans les conclusions du rapport comme propositions toutes les marottes éculées ou s’entremêlent protection du patrimoine informationnel, protection des données personnelles, extension des durées de rétention des journaux de connexion, la bonne grosse blague du Google souverain, la super bonne idée du « firewall souverain » (ça va se vendre ce truc, Cisco est mort de trouille), et le sempiternel alourdissement des peines à chaque fois que le mot « Internet » est lâché puisqu’il est bien connu qu’une cyber infraction c’est bien plus grave qu’une infraction IRL. L’idée d’une législation d’exception pour Internet, c’est pas le scoop de l’année, mais ça fait toujours semble t-il autant recette.

Voici les propositions qui seront débattues par le Sénat :

4 3 2 1

Tout n’est pas à jeter, il y a sûrement des propositions intéressantes, notamment sur la formation ou la responsabilisation des salariés en milieu professionnel, mais rarement réalistes, à l’image de l’imposition aux PME le référentiel sécurité des OIV.

La réaffirmation de se doter d’un arsenal cyber offensif est aussi « intéressante », mais comme d’autres propositions, on s’expose à la pratique, et la pratique, c’est business is business. Concrètement, on encadre ça comment ?… nos belles entreprises toutes souveraines n’iraient tout de même pas refourguer notre cyber arsenal à des dictateurs ?

L’une des rares propositions valables qui méritent en revanche un vrai débat, c’est de confier à l’ANSSI un pouvoir de régulation et d’injonction, ça éviterait probablement quelques petites cyber catastrophes.

Et pendant ce temps, les bijoux de notre cyber princesse sont d’années en années confiés à Microsoft.

Bref, en France, il y a la cyber sécurité qu’on dit mériter, et celle à laquelle on octroie des budgets.

Manuel Valls, réfléchir ne nuit pas à la santé

lundi 11 janvier 2016 à 20:20
Photo AFP librement adaptée par nos journalistes clowns

Photo AFP librement adaptée par nos journalistes clowns

Il faut de la mémoire pour replacer les pièces du puzzle que nos hommes et femmes politiques construisent et  déconstruisent en permanence afin de mieux nous plonger dans l’ignorance. C’est au début du quinquennat de Nicolas Sarkozy que François Fillon, alors premier ministre, lançait imperturbable : « Notre pays a besoin d’un électrochoc, on n’a pas le temps de réfléchir, d’attendre, de prendre notre temps« . Presque dix ans plus tard, Manuel Valls (faites clic-clic sur ce lien, vous vous coucherez moins bêtes), premier ministre lui aussi, emprunte la même voie : «Pour ces ennemis qui s’en prennent à leurs compatriotes, qui déchirent ce contrat qui nous unit, il ne peut y avoir aucune explication qui vaille. Car expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser », a-t-il martelé le 9 janvier 2015. Réfléchir ? Mais pourquoi faire ?

Deux personnes, de bords politiques apparemment opposés s’adressent au bon peuple pour lui dire : ne pense pas. Ne réfléchis pas. N’essaye pas de trouver des explications à un fait qui impacte ta vie.

Ce ne peut être une coïncidence.

Agir sans réfléchir, ce que prônent ces deux personnes, c’est faire un pari dangereux. Un peu comme jouer au loto. Soit la décision prise se révèle efficace face à la problématique posée et tout va bien, soit -et c’est beaucoup plus probable, elle se révèle désastreuse. A la place où ils sont, on peut raisonnablement s’inquiéter. Et même, disons-le, il est acceptable de s’énerver. Car même s’ils l’ont oublié depuis très longtemps, les hommes politiques ne sont que dépositaires de l’autorité qu’ils exercent sur le peuple. C’est ce dernier qui leur délègue son pouvoir. Pour un temps donné et en fonction d’un programme précis. Ne pas respecter ce programme, prendre des décisions erronées par manque de réflexion, par pure bêtise, par calcul, par cynisme, cela devrait les mener tout droit dans les oubliettes de l’histoire politique. Oh, bien sûr, ce n’est pas le cas puisque les hommes et femmes politiques qui pensent nous gouverner sont là depuis… avant notre naissance pour une bonne partie et au moins trente ans pour le reste. C’est dire si le peuple est indulgent avec eux.

Mais revenons aux récentes déclarations de Manuel Valls, dans le sillage de celles de François Fillon, l’exécutant des basses oeuvres de Nicolas Sarkozy pendant les cinq ans de son règne.

«Pour ces ennemis qui s’en prennent à leurs compatriotes, qui déchirent ce contrat qui nous unit, il ne peut y avoir aucune explication qui vaille. Car expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser. […] Rien ne peut expliquer que l’on tue à des terrasses de cafés! Rien ne peut expliquer que l’on tue dans une salle de concert ! Rien ne peut expliquer que l’on tue des journalistes et des policiers ! Et rien ne peut expliquer que l’on tue des juifs ! Rien ne pourra jamais expliquer!»

Non, rien de rien…

La construction de la phrase autour du postulat « rien ne peut expliquer » est ridicule. « Rien ne peut excuser » peut être entendu. Qui voudrait excuser de tels meurtres ? Personne. Rassurons tous Manuel Valls qui a l’air très inquiet. Mais franchement… Rien ne peut expliquer ? Vraiment ? A quoi servent donc les sciences sociales, la psychiatrie, la philosophie, la sociologie, la théologie, et tant d’autres matières ? A rien ?

Refuser de tenter de comprendre ce qui a mené ces terroristes à passer à l’acte, c’est faire l’impasse sur les moyens de contrer les prochains. Et cela, Manuel Valls, un jour, il vous faudra peut-être en répondre devant de nouveaux cercueils. Y avez-vous seulement pensé ?

La suite de la déclaration de Manuel Valls apporte un début d’explication…

«Nous avons subi un acte de guerre et c’est une véritable guerre qui nous a été déclarée, et nous devons l’affronter et la gagner»

Ceux qui ont vécu la guerre savent bien, eux, que ce qui s’est passé à Paris n’a rien à voir avec une guerre. Manuel Valls le sait aussi.

Mais avec le même cynisme que celui préside à la récupération politique des attentats depuis qu’ils sont survenus, il tente de faire accroire au bon peuple que la seule réponse est la guerre. Le gouvernement Français a décidé de répondre aux attentats par la guerre, car une guerre lui a été déclarée. Point barre. Ne réfléchissez pas, n’essayez pas de décortiquer cette assertion. C’est comme ça.

Pourtant… Le postulat de départ est faux (d’ailleurs on ne tente pas de réfléchir pour savoir s’il l’est ou pas, on n’a pas le temps) et la réponse est… Mauvaise.

Si la guerre était une réponse efficace au terrorisme, cela se saurait désormais. Car la guerre totale contre le terrorisme, elle a été lancée par George Bush au lendemain du 11 septembre 2001. Résultat ? Le terrorisme se porte toujours aussi bien. Et même, on pourrait malheureusement être tenté de dire qu’il se porte mieux.

L’Histoire est contre vous messieurs. Le terrorisme n’a été enrayé que par la réintégration dans le « jeu » politique de leurs tenants. Par la « diplomatie ». Jamais par la guerre. Pas plus qu’une armée d’occupation n’a réussi à maintenir ses positions sur le long terme.

 

Muzak playin’ while this paper was written : The house of the rising Sun, Cancion del mariachi, No church in the wild, Lovit, Maria.

François Hollande : « le néo-fascisme, c’est maintenant »

dimanche 10 janvier 2016 à 13:06

Hollande-bras-leve

Le président français a décidé de changer la République. Durablement. Cette nouvelle orientation n’est pas une simple lubie présidentielle qui disparaîtra à la prochaine élection présidentielle, puisque la Constitution devrait être modifiée dans un mois. Il est difficile de comprendre quel est le sens exact de cette politique qui ne semble pas directement reliée à une doctrine établie et connue. Pourtant, si une analyse des déclarations, décisions, et propositions de François Hollande est effectuée, un tableau idéologique et politique assez précis prend forme. Il doit être nommé et expliqué, sinon, le risque d’une paralysie démocratique guette la société dans son ensemble.

Néo-fascisme : quelques pistes

La terminologie « fasciste », bien qu’historiquement connotée est la seule qui peut correspondre — au moins partiellement — au chef de l’Etat français. Elle ne peut suffire à elle seule, puisque celui-ci ne s’en revendique pas, et qu’une palette de nuances significative différencie le fascisme originel de la politique menée par François Hollande. La politique actuelle de François Hollande trouve son inspiration dans le fascisme, mais elle s’adapte, à son époque, aux circonstances et au pays qui l’accueille. C’est une politique néo-fasciste. Un fascisme nouveau. Moderne. 2.0.

Un exemple de l’époque mussolinienne, sur l’économie, alors que le fascisme de Mussolini se revendique au départ d’une « mystique de gauche anti-marxiste » :

(…)Sur le plan économique, le fascisme poursuit, sous la direction du ministre de l’économie Alberto De Stefani (1922-1925), une politique d’inspiration libérale. Le 20 septembre 1922, Mussolini déclare : « Il faut en finir avec l’État ferroviaire, avec l’État postier, avec l’État assureur. » Le 18 mars 1923, il ajoute: « Je pense que l’État doit renoncer à ses fonctions économiques et surtout à celles qui s’exercent par des monopoles, parce qu’en cette matière l’État est incompétent. ». L’État fasciste transfère ainsi au privé plusieurs monopoles: celui sur les allumettes est cédé à un Consortium des fabricants d’allumettes; en 1925, l’État se désengage du secteur des téléphones, et renonce aussi à l’exécution de certains travaux publics. (…)

Sur le plan social, la volonté de l’ordre, de l’autorité, avec le fascisme de Mussolini :

(…)Le nouveau mouvement exprime la volonté de « transformer, s’il le faut même par des méthodes révolutionnaires, la vie italienne » s’auto-définissant « parti de l’ordre » réussissant ainsi à gagner la confiance des milieux les plus riches et conservateurs qui sont opposés à toutes manifestations et aux revendications syndicales des socialistes.

La principale caractéristique du néo-fascisme est, comme son ancêtre, l’affirmation de l’autorité de l’Etat. Il y a donc la force du chef. Ce chef qui se revendique comme le cœur de la préservation des fondements d’une nation fantasmée, conquise de haute lutte contre des ennemis intérieurs et extérieurs et qu’il faudrait de nouveau protéger, voire régénérer. Le néo-fascisme sacralise les valeurs qui forgent la nation, et appelle le « peuple » à suivre une nouvelle voie — martiale et univoque — souvent binaire. « Ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous », disent les néo-fascistes. Une variante : « Ceux qui « ne sont pas Charlie » — et le font savoir — soutiennent les terroristes, et doivent être emprisonnés ».

Le chef néo-fasciste annonce suivre cette « nouvelle voie », parce que — affirme-t-il — il n’a pas le choix, et en réalité, finit par pratiquer une injonction collective. Celle-ci survient lorsque des événements violents permettent l’abolition de la séparation des pouvoirs — pour les donner tous… au chef néo-fasciste. Hollande a eu les attentats du 13 novembre, la justice a été écartée par le régime d’état d’urgence, le pouvoir exécutif a les pleins pouvoirs. La froide machine répressive administrative peut commencer son travail.

Pourtant, ailleurs en Europe de l’Ouest, cette nouvelle « idéologie » néo-fasciste, basée sur une modification des équilibres du pouvoir, et de son exercice, ne s’est pas jusque là manifestée. Rien de comparable au Portugal depuis la fin de la dictature, ou encore en en Espagne, par exemple, depuis la chute de Franco, alors que des événements largement aussi terribles s’y sont déroulés. Les attentats à la bombe en Espagne, du 11 mars 2004, revendiqués par des Marocains membres d’Al Quaïda, ont causé la mort de près de 200 personnes. Ces attentats aveugles, dans des trains de banlieues, n’ont pas mené à la mise en place d’un état d’urgence, ni à un changement constitutionnel, ni à une politique basée sur le sécuritaire, l’arbitraire et l’autoritaire.

A Londres, un an et demi plus tard, le 7 juillet 2005, 4 jeunes islamistes se font sauter dans 3 rames de métro et un bus, tuant 56 personnes, en blessant 700 autres. Le Royaume-Uni ne modifie pas, lui non plus, son fonctionnement institutionnel, hormis une loi permettant aux policiers de tirer à vue sans sommation, qui mènera à une bavure 15 jours plus tard : un jeune Brésilien est tué de 7 balles dans la tête par la police…

François Hollande : l’autorité des faibles

De la même manière que Bush était un « petit président », élu un peu par hasard et sans envergure, jusqu’aux attaques du 11 septembre qui lui donneront sa carrure de chef de guerre, Hollande est un président « en creux ». Elu sur des déclarations et des promesses trompeuses, faites pour attirer les voix d’un électorat qui doutait de sa véritable nature, Hollande a très vite montré son vrai visage une fois élu : un bureaucrate, vassalisé par l’establishment financier, un homme politique sans charisme ni projet, tout juste bon à suivre les ordres de Bruxelles. La chute de Hollande dans les sondages d’opinion n’a été enrayée que par ses interventions martiales à l’étranger. D’un seul coup, le petit notable de province s’est transformé en chef de guerre, a envoyé son armée au Mali, en Centrafrique, jouer au gendarme. En 2013, si Obama ne calmait pas Hollande, celui qui a été surnommé « Flanby » par certains de ses concurrents à la primaire socialiste, allait bombarder Damas depuis son porte-avion, sans même prendre le temps de consulter son Parlement. Hollande gagne des points quand il fait tonner la poudre.

Hollande, comme tout bon néo-fasciste a franchi très vite la ligne rouge de la réduction des libertés. Loi du 21 décembre 2012 relative à la sécurité et à la lutte contre le terrorisme, loi du 13 novembre 2014 renforçant les dispositions relatives à la lutte contre le terrorisme, loi du 24 juillet 2015 relative au renseignement : les néo-fascistes au pouvoir ont verrouillé très fortement l’espace public et privé, en offrant par ces dispositions de plus en plus de pouvoirs aux services administratifs, avec une réduction des libertés individuelles sans commune mesure en France. Le but affiché de Hollande est la protection des Français au détriment de leur liberté. La qualité principale du néo-fascisme est l’efficacité — qu’elle soit réelle ou d’affichage — en réduisant toujours ce qui forge une démocratie moderne : la liberté individuelle.

L’inversion du sens, un signe qui ne trompe pas…

De nombreux articles de Reflets citent le roman distopique de Georges Orwell, « 1984 ». Le principe de l’inversion du sens y est permanent : « la guerre c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force ». Le monde de Georges Orwell est lui aussi un monde néo-fasciste. Le chef de l’Etat français François Hollande, son chef de gouvernement et ses ministres pratiquent eux-même cette inversion. « La première des libertés c’est la sécurité», « Nous défendons les valeurs de la République ».

Ce gouvernement défend les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité en :
— Abolissant l’état de droit par un état d’urgence d’une durée onze fois supérieure à celle que prévoyait la loi
Généralisant l’arbitraire par le laisser-faire des abus policiers perpétrés lors des perquisitions de nuit
Assignant à résidence des militants politiques
— En proposant de créer deux classes de citoyens par une mesure de déchéance de nationalité ne s’appliquant qu’aux français bi-nationaux
— En ayant le projet d’établir par ordonnance une loi « contre la criminalité » permettant la continuation de dispositions propres à l’état d’urgence, sans l’état d’urgence

Manuel Valls Le Procureur de la République a porté plainte contre un enseignant d’université qui rappelait en ironisant — sur une liste de diffusion universitaire — les propos du Premier ministre lorsqu’il s’était fait « prendre » en train de reprocher le manque de « blancos » dans les rues d’Evry, la ville dont il était maire à l’époque.

Tout en est permanente inversion de sens dans la politique de François Hollande. Alors qu’il affirme vouloir lutter contre l’islam radical, le fanatisme islamique, il se félicite de ses très bons rapports avec l’Arabie saoudite, la monarchie islamique radicale qui exécute ses opposants politiques et répand son dogme sectaire, celui des djihadistes de l’Etat islamique. Ainsi, le président français, qui défend les valeurs de la démocratie serre la main du chef de la junte militaire égyptienne qui a pris le pouvoir après un coup d’Etat sanglant. et signe des contrats d’armement avec lui. Hollande célèbre son ami Sissi…

« Le changement, c’est maintenant » : effectivement

Ce que personne n’avait compris dans le slogan de campagne de François Hollande, c’était quel changement il allait opérer. Le changement est effectivement maintenant, et il est massif. La société est sous surveillance électronique, les barbouzes ont les mains libres, sans contrôle d’un juge judiciaire, les forces de police peuvent pénétrer les domiciles de n’importe quel citoyen à toute heure du jour et de la nuit, fouiller n’importe quel véhicule, mettre sous surveillance n’importe qui, sur simples soupçons. La justice a été mise entre parenthèses et elle risque de se voir retirer une grande partie de ses prérogatives.

Le changement, c’est celui du basculement d’une démocratie vieillissante et un peu malade vers une République néo-fasciste, ultra-sécuritaire, de suspicion généralisée, policière, et encadrée par une administration hypertrophiée.

La population, dans ces conditions, est bien entendu incitée à continuer ses « petites affaires », sans se soucier de ces changements massifs, qui, selon le pouvoir, ne mettent en péril « que ceux qui veulent porter atteinte à la culture française, aux valeurs de la République ». Et le champ est large de ceux qui peuvent être accusés de porter atteinte à cette République. Les militants politiques assignés à résidence en novembre en savent quelque chose. Ce qui est absolument stupéfiant, est la relative apathie que ce basculement provoque. Personne n’ose venir contester les mesures néo-fascistes du pouvoir socialiste. Mais que se passerait-il si certains venaient manifester leur inquiétude ? Auraient-ils le même traitement que les manifestants de Nantes du 4 décembre, tabassés au hasard par des policiers déchaînés et en « roue libre » ?

Le président français affirme protéger la société ? En réalité, il est en train de la détruire. Viendra le temps où il faudra rendre des comptes, si les Français osent venir en demander. A moins que ces mêmes Français ne soient preneurs du néo-fascisme ? Allons savoir…

« ll ne s’agit pas de savoir si la guerre est réelle ou non. La victoire n’est pas possible. Il ne s’agit pas de gagner la guerre mais de la prolonger indéfiniment. Une société hiérarchisée repose sur la pauvreté et l’ignorance. Leur version devient vérité historique. Et rien d’autre ne peut avoir existé. Le but de la guerre est de maintenir la société au bord de la famine. La guerre est menée par l’élite contre ses propres sujets. Son objectif n’est pas de vaincre en Eurasie, en Asie, mais de garder sa structure sociale intacte. »

Georges Orwell —« 1984 »