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Chaos proche-oriental, Califat, réfugiés : y a du sang dans le gaz…

mercredi 9 mars 2016 à 16:43

La situation en Syrie est dramatique. Malheureusement, le traitement médiatique de ce conflit monstrueux est totalement aveugle, et orienté. Rapide résumé de cette probable guerre énergétique qui ne dit pas son nom.

al-Baghdadi

Al Baghdadi, le grand manitou du Califat islamique : celui par qui la douche froide arrive. Et comment on va faire maintenant pour notre gazoduc ?

Au nom du gaz ! Heu, pardon, d’Allah…

Depuis le début du conflit syrien, tout est fait pour simplifier la situation et démontrer au public occidental qu’il y aurait deux camps : celui d’un horrible dictateur, Bachar El Assad, et celui des « rebelles », qui se défendraient contre ses exactions et voudraient le renverser. La raison du conflit serait donc simple, au point que des commentateurs ont parlé en 2011, d’un « printemps syrien ». Faire un parallèle entre la révolution tunisienne et un soulèvement populaire en Syrie laissait le champ libre à une analyse simpliste et « stratégiquement pratique » pour certaines puissances. Au premier chef desquelles les monarchies du Golfe, et leurs alliés : les puissances occidentales, France et Grande-Bretagne en tête.

Les spécialistes de la région, et plus particulièrement ceux qui travaillent sur les accords stratégiques énergétiques, rappellent quelques éléments qui laissent penser que l’origine du conflit en Syrie, n’est ni simple, ni aussi simpliste qu’on veut bien nous le dire.

Pour ces analystes, le point de départ du conflit de 2011 pourrait bien résider dans un accord avorté entre le Qatar et la Syrie datant de 2009. Avorté au profit de l’Iran…

Cet accord, que le Qatar comptait faire signer à Bachar el Assad pour laisser passer un gazoduc sur le territoire syrien en direction de la Turquie (vers le projet de gazoduc Nabucco sous impulsion américaine) pour desservir l’Europe, était très important. Pour le Qatar, comme pour les européens, les Turcs et les Américains.

Entretien avec David Amsellem – Le facteur gazier dans le conflit syrien – 10/03/2014 (lesclesdumoyentorient.com) :

En 2009, l’émir du Qatar proposait ainsi à Bachar El-Assad la construction d’un gazoduc reliant leurs deux pays en passant par l’Arabie saoudite et la Jordanie afin d’acheminer le gaz du gisement North Dome, situé dans le Golfe persique, vers l’Europe. Or, le Qatar partage une partie de ce gisement avec l’Iran, un allié privilégié de la Syrie. Pour cette raison, Damas a refusé le projet qatari et a signé en 2011 avec Téhéran un accord pour la construction d’un gazoduc reliant l’Iran à la Syrie en passant par l’Irak (Islamic gaz pipeline). Ces projets ont été gelés avec le début de la guerre civile.

L’Iran, ennemi juré des monarchies saoudiennes et qataris. Alors que l’on sait que les contingents de mercenaires très bien équipés par ces mêmes monarchies continuent d’essayer de faire tomber le régime de Damas depuis bientôt 5 ans, un doute nous assaille. L’histoire serait-elle autre que celle décrite à longueur d’articles et de reportages ?

Le gaz aurait dû passer, mais l’EI arrive…

Avec 3 milliards de dollars d’aide aux rebelles en 2013, le Qatar n’y est pas allé pas avec le dos de la cuillère pour faire tomber le « boucher de Damas », ainsi nommé en Occident par commodité de langage et par habitude propagandiste. Il faut aller vite, parce qu’il y a des projets de gazoducs concurrents, avec les Russes, alliés de la Syrie et de son « horrible président » (les princes du Qatar, eux sont des dirigeants amis).

Extrait d’une citation de David Rigoulet-Roze, chercheur rattaché à l’Institut d’Analyse Stratégique (Le 09/09/2013 – TV5Monde – Syrie : le gaz du Qatar influence-t-il le conflit ?) :

Le problème du Qatar, c’est un champ de gaz commun avec l’Iran. Jusqu’à présent le Qatar exporte son gaz par méthanier, mais l’inconvénient des méthaniers c’est qu’ils transitent par le détroit d’Ormuz sous surveillance étroite de l’Iran. Ces incertitudes ont poussé le Qatar à chercher d’autres options, dont la voie terrestre, avec la formalisation d’un « pipe », à destination des européens, passant par le Nord et débouchant sur la Méditerranée.Mais les Russes ont eux aussi un projet concurrent, South stream, et qui déboucherait à proximité de la Turquie, en mer Noire.

L’Arabie Saoudite n’a pas été en reste dans le financement et le soutien aux groupes salafistes armés en guerre avec l’armée régulière syrienne. Les deux monarchies concurrentes ne s’apprécient pourtant guère, et le gazoduc quatari devant passer par l’Arabie Saoudite, il est difficile de comprendre comment l’affaire pourrait se régler. Des placements de dirigeants au sein d’un futur pouvoir syrien : qataris et saoudiens se répartiraient des places dans le gouvernement à Damas ? Toute la belle stratégie européano-russo-qataro-saoudienne est de toute manière tombée à l’eau en 2014, quand le barbu enturbanné Al Baghdadi proclame le Califat, c’est à dire l’État islamique. Le ralliement de la plupart des groupes armés à l’EI va jeter un léger froid chez les financiers des monarchies.

 Et maintenant, on fait quoi ?

Ceux qui ont misé sur une chute du régime syrien et ont soutenu les groupes salafistes ou les Frères musulmans en Syrie, se retrouvent aujourd’hui avec une union sacrée des mercenaires intégristes autour du Califat islamique. Laurent Fabius ne voulait-il pas livrer des armes à ces groupes, que son gouvernement maudit aujourd’hui ? Les actes criminels au nom de l’État islamique sont venus démontrer que les intérêts cachés et les soutiens en coulisses des États dits « démocratiques » ou des puissances pétrolières et gazières à des fins d’intérêts financiers et politiques, ne peuvent mener qu’à des désastres.

Les Syriens n’ont pas été soutenus. Ni pour stopper la répression aveugle que faisait s’exercer leur chef d’Etat à leur encontre, ni pour arrêter les fous de dieu qui voulaient prendre le pouvoir. Le gouvernement français se mêle de ces conflits prétendant le faire par » humanisme ». Il semble que ce ne soit pas vraiment le cas, pour ceux qui pouvaient encore le croire. Et lorsque la France subit une riposte terroriste sur son territoire, sa seule réponse est de réduire les libertés de sa population et faire s’exercer une suspicion généralisée.

L’investissement de la France dans le conflit syrien aidé de ses alliés qataris, saoudiens, n’est pas pointé du doigt par les observateurs du conflit, et lorsque les Russes s’en mêlent, rien n’est dit sur la partie d’échec stratégique en cours. Le gaz qatari est surement loin désormais. Sauf à penser que l’État islamique puisse être réduit à néant, ce qui semble très incertain. Mais les gens payent dans le sang cette guerre manipulée. Au point que les populations européennes en viennent à ne même pas voir que ce sont leurs gouvernements qui ont participé à pousser le million de réfugiés qui fuient la guerre.

La propagande de guerre est en pleine activité (article de Guillaume Champeau sur Numérama)

Les habitants du monde riche se bâfrent devant les actualités télévisées, convaincus de voir la réalité.

Rien ne change.

Tout empire.

 

 

 

SFR, s’il vous plaît, libérerez les robots que vous retenez prisonniers à @SFR_SAV !

jeudi 3 mars 2016 à 23:06

robotC’est l’histoire d’un client qui veut payer sa facture à SFR. Un truc assez simple en se rendant sur l’interface Web de l’opérateur en étant armé d’une carte bancaire. En tout cas, chaque mois. Jusqu’aujourd’hui. Ou plutôt jusqu’à vendredi dernier. Soyons précis, il y a deux factures. L’une d’une trentaine d’euros, qui correspond à mon abonnement, l’autre de 8 euros, qui doit probablement correspondre au supplément que je paye pour un récent changement d’appareil.

Première tentative donc vendredi dernier, soit à peu de choses près il y a une semaine. Je coche les deux cases, pour payer les deux factures.

Echec.

Désolé, me dit le site, il y a un problème, revenez plus tard. Ce n’est pas la première fois, je ne m’inquiète pas.

sfrIls sont jeunes, ils sont beaux, ils sont heureux et ils ont un téléphone. Ils sont là pour me dire : « regarde, ça a planté, mais franchement, qu’est-ce qu’on se marre, ce n’est pas grave« .

Confiant, je vous dit.

C’est en réessayant une dizaine de fois puis en essayant avec le serveur vocal qui remplit la même fonction que je me dis qu’il y a un loup. Rien ne marche.

Je finis donc par appeler le service client.

Une jeune femme me répond. Et c’est là que j’ai commencé à avoir des soupçons. SFR retient des robots en otage…

« Bonjour, je ne parviens pas à payer ma facture sur votre serveur Web »…

« Donc monsieur, vous appelez pour réinitialiser la puce de votre téléphone ? »

« Heuu… Non, je voudrais payer ma facture »

« Très bien donnez-moi les informations de votre carte bancaire…. (…) Ah, désolée monsieur, ça ne marche pas ».

« Oui, je sais, mais vous ne pouvez rien faire ? »

« Essayez avec une autre carte bancaire ? »

« Mon petit doigt me dit que ça ne marchera pas ».

« Merci monsieur, est-ce que je peux faire quelque chose d’autre pour vous ? »

« Je ne crois pas, non… »

Devinez-quoi…? Ça n’a pas marché avec une autre carte bancaire. J’envoie donc un message via le formulaire du site pour expliquer que leur passerelle de paiement a un problème.

Réponse par mail :

Nous avons bien reçu votre demande concernant l’indisponibilité du service  » Paiement en ligne « .

Afin de résoudre votre souci, nous vous remercions de contacter directement notre Service Technique au 1023 (Service gratuit + prix Appel), du lundi au samedi, de 8h à 22h (Horaires conseillés : 14h/17h ou 20h/22h).

Vous pouvez effectuer votre règlement très rapidement et de manière totalement sécurisée par carte bancaire, en appelant le serveur vocal interactif (24h/24, 7j/7) au 963 (Service et Appel Gratuit) toujours accessible que votre ligne soit en service, limitée ou suspendue.

Nous vous proposons également le prélèvement automatique. Ce moyen de paiement signifie plus de simplicité, pas de date d’expiration à surveiller et moins de risque d’incident de paiement. Le paiement de vos factures s’effectue chaque mois sans qu’aucune intervention spécifique de votre part ne soit nécessaire. Le montant est prélevé sur votre compte bancaire à partir de la date de paiement indiquée sur votre facture.

(Etc…)

Bref, on me propose de faire ce que j’ai déjà fait ou de payer par chèque, ce qui n’évitera évidemment pas la mise en mode « limité » de ma ligne, vu les délais du courrier classique.

Je tente donc @SFR_SAV pour voir… On ne sait jamais… D’autant qu’entre temps ma ligne a été mise en mode « limité ».

Et là…

J’ai eu cette confirmation  d’un sentiment… Ils retiennent des robots en otage et leur font faire n’importe quoi. Une sorte de danse du serpent qui se mord la queue, pour que les interlocuteurs lâchent l’affaire.

Welcome to Zootopia

A mon sens, les scénaristes de Disney ont déjà eu affaire à @SFR_SAV. La preuve dans cette bande annonce de Zotopia :

Eh oui…

Donc, ma discussion commence en mode public :

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Merci Laura… Déjà fait… Nice try, though…

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Ni une ni deux, je communique mon numéro de téléphone en message privé à Loïc qui semble enfin avoir compris que non, changer de carte bancaire ou contacter ma banque n’aidera pas…

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Là, je me dis que c’est presque foutu. Que tout est fini… Il ne me reste que l’option chèque et une bonne semaine sans téléphone puisque entre-temps, ma ligne a été limitée…

Et là, surprise, si Loïc a jeté l’éponge, après Laura et Hélène, c’est Sophie qui reprend le flambeau. Non monsieur, il ne sera pas dit que SFR n’a pas tout tenté pour vous permettre de nous payer.

Et Sophie, elle a bien compris la problématique :

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Là… Franchement, je me dis c’est foutu, et de toutes façons, le serpent ne peux pas se mordre la queue plus que ça, il va avaler la tête avec sa propre tête…

Du tout..

Laura, courageuse reprend le combat sans fin pour aider les clients, envers et contre tout.

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Mais le sort est contre nous. Contre moi bien sûr, qui ne peux toujours pas payer ma facture, et contre cette pauvre Laura.

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Si la technologie nous lâche… Pour un peut on ne pourrait même plus payer ses factures via le serveur Web , le serveur vocal,… Ou même, en parlant à une vraie personne (je sais que ce sont des robots, mais j’ai peur de le dire tout haut à cause des hommes en blanc).

sfr7Malheureusement Laura est partie se coucher.

C’est l’équipe d’astreinte qui s’y colle parce qu’il ne sera pas dit que tout n’aura pas été tenté ! Sacrebleu !

sfr8Ce n’est pas parce que je crois désormais qu’il n’y a que des robots derrière le compte @SFR_SAV ou au téléphone au 1023 que j’ai perdu tout sens commun. Non, à ce stade de la discussion je me dis que c’est un peu gros et qu’il vont comprendre que j’en suis réduit à faire des tests pour voir si les AI déguisées en compte Twitter vont continuer à alimenter mon article.

Eh bien non…

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En fait j’ai un peu menti. Je ne suis pas allé me coucher. J’ai mis un peu de musique (@jainmusic – « Come« , « Mr Jonhson » et « Makeba« ), et j’ai commencé à écrire… Je vous le dit, il n’y a que des robots chez @SFR_SAV. Et qu »ils ne disent pas le contraire. Je n’y croirai pas à moins que Hélène, Laura, Loïc, Sophie et l’équipe d’astreinte ne publient une photo d’eux avec une chaussure sur la tête !

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Update du 03/03/2016 à 23h30

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Update du 03/03/2016 à 00h08

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Update du 03/03/2016 à 1h27

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illuminati

Une saison blanche et sèche : toute ressemblance avec…

jeudi 3 mars 2016 à 11:15
Image CC - by Seamus Kearney

Image CC – by Seamus Kearney

« Chez nous, quand un homme se fait ramasser par la Section Spéciale, nous parlons de lui au passé. C’est tout. ».

C’est comme ça que cela se passe à Soweto, sous l’Apartheid : la Section Spéciale traque la population à la recherche de dissidents politiques et de meneurs d’émeutes.

Moitié fiction, moitié reportage, ce roman raconte la descente aux enfers de Ben du Toit, professeur blanc de l’une des meilleures écoles Afrikaner de Johannesburg.

L’histoire commence par la fin, Ben du Toit est amaigri, nerveux, paranoïaque. Au bout d’à peine quelques pages, il meurt renversé par une voiture.

L’auteur remonte alors le temps et nous parle de la mort de Jonathan Ngubene, un jeune Noir du quartier de Soweto. Puis de la disparition de son père, Gordon, arrêté en pleine nuit par la police Sud-Africaine. Il nous explique la manière dont ces disparitions sont mêlées, les méthodes brutales utilisées par la police locale, protégée et encouragée par le gouvernement en place. Violence et abus de pouvoir. Descentes nocturnes. Gaz lacrymogènes. Tortures.

En tant que blanc, Ben du Toit bénéficie de certains privilèges, dont notamment celui de discuter avec les autorités. Ben est un ami de la famille Ngubene et bien que confiant dans le système judiciaire de son pays, le doute s’installe dans son esprit au fil des pages. Il ne croit plus à la mort accidentelle de Jonathan. Il ne comprend pas pourquoi son père Gordon a été arrêté. Ni pourquoi il se serait suicidé en prison. Plus il essaie de comprendre ce qui s’est réellement passé, plus la pression de la Section Spéciale se fait sentir.

S’en suit alors toute une série de première fois pour lui :

Première fois que son courrier est ouvert ou censuré. Première fois que son téléphone est mis sur écoute. Première fois que sa maison est perquisitionnée. Première fois que ses collègues sont interrogés à son sujet…

« Pourquoi cela devrait-il vous déranger ? Je suis certain que vous n’avez rien à cacher… »

André Brink (1935-2015) était un romancier Afrikaners engagé dans la lutte contre l’Apartheid. Confronté à la censure, « Une saison blanche et sèche » fut interdit en Afrique du Sud dès sa parution.

Réponse à Kamel Daoud : l’islam rigoriste n’a rien à envier à notre culture pornographique

mardi 1 mars 2016 à 22:05

virgin-culture

Pointer du doigt les travers d’une société, et plus largement ceux d’une culture, voire d’une civilisation n’est pas sans risques. Ni sans conséquences. Même lorsque celui qui procède à cet exercice en est issu, et pense posséder une légitimité naturelle à l’analyser, ce sur quoi il a raison. Qui connaît le mieux une culture que celui qui y a grandi ? Pour autant, cet exercice d’introspection culturelle et religieuse pose quelques problèmes d’ordres éthiques, historiques et philosophiques lorsqu’il devient une démonstration générale. Non pas que cette démonstration soit parfaitement  fausse ou totalement absurde dans le cas de Kamel Daoud, ni de mauvaise foi, mais parce qu’elle écarte un nombre incalculable de causes et d’effets, pour se concentrer sur un instant dans l’histoire, relié à un modèle partagé par le plus grand nombre en cet instant. Celui, par exemple, de « l’islam actuel », qui prévaut dans une partie du monde musulman. L’islam rigoriste « wahhabisé », en réalité.

Démonstration réductrice et globalisante

La frustration sexuelle menant des hommes à des comportements odieux envers les femmes, le culte de la supériorité masculine, et de nombreuses formes de violence trouvent très certainement une partie de leurs origines dans la « culture musulmane » des pays arabes actuels. Dans cet « islam là ». Mais pas uniquement, et loin de là. Cette démonstration — particulièrement binaire — des causes et effets sur les mentalités au sein des sociétés, par un facteur central — le religieux seul dans le cas d’espèce — est l’un des maux de notre époque, et que Kamel Daoud y participe est à la fois étrange et dommageable (lire Kamel Daoud : « Cologne, lieu de fantasmes »). La réponse de ses détracteurs est intéressante (un collectif d’historiens et de sociologues), bien que laissant traîner une accusation d’islamophobie, qui endommage le propos en fin de texte (lire : Nuit de Cologne : « Kamel Daoud recycle les clichés orientalistes les plus éculés ».) Amusons-nous, à notre tour à décrire la réalité de la culture européenne, voire occidentale, comme Kamel Daoud peut le faire pour le « monde arabe ». Et regardons ce qu’engendre le modèle dominant, qui oriente les esprits, les rapports humains en Occident, comme le nouvel islam rigoriste peut le faire dans les pays musulmans.

L’Occident : un modèle d’hypocrise

Nos sociétés occidentales sont parfaitement hypocrites. Elles prétendent être forgée par des valeurs humanistes issues du siècle des lumières, de la religion chrétienne ou des droits universels créés par la révolution française, alors qu’elles charrient en permanence des idées et des principes parfaitement opposés à celles-ci. La chrétienté, religion basée sur l’amour du prochain et de Dieu, revendiquée par bon nombre de pays occidentaux (à l’exception notable d’un pays comme la France, qui la remplace par les Droits de l’homme, mais qui par essence véhicule des valeurs similaires) est un dogme religieux qui demande à ceux qui prétendent le suivre, des préceptes très particuliers. Pauvreté, humilité, charité, pardon, non-violence, compassion.

Les sociétés dites « chrétiennes » font exactement l’inverse. Les fondamentaux véhiculés par ces sociétés sont : richesse, fierté, compétition, exclusion, revanche, agression, égoïsme, individualisme et domination. Les valeurs humanistes, ou celles de la déclaration des droits de l’homme n’ont rien à envier à celles de la chrétienté, puisqu’elles établissent la nécessité de protéger les plus faibles, d’empêcher la violence, d’instaurer une justice égalitaire. Cette parfaite hypocrisie occidentale se matérialise par le fonctionnement opposé des sociétés qui en découlent et s’en revendiquent, mais aussi par une nouvelle forme de religion qui s’y est instaurée. Le terme de religion est peut être galvaudé, mais étant un « produit de remplacement » avec les mêmes formes de pratiques et d’effets, il est difficile d’employer un autre terme. De plus, religion vient du latin « religare », signifiant « qui relie », et les sociétés occidentales ont inventé une nouvelle religion, qui relie les individus. Elle s’appelle le matérialisme capitaliste.

La religion du désir matériel

Dans cette religion, ce qui relie les individus sont les objets. Les objets de désir plus précisément. La femme est « libre », « émancipée », et le modèle qu’elle est censée atteindre est celui de la figure de la « prostitué indépendante », autonome et fière de pouvoir affirmer sa beauté et le désir sexuel qu’elle se doit de répandre autour d’elle. Une prostitué dans les formes, mais qui ne se prostitue pas, au sens propre. La liberté, en Occident, c’est de donner envie de consommer, et de consommer « sans entraves ». Sexuellement, surtout mais pas seulement. L’objet de désir est central. Il représente la quête absolue et permanente des individus : acquisitions de biens, de services, de nouveaux pouvoirs, de nouvelles capacités. L’homme est lui aussi libre, émancipé, et le modèle qu’il doit atteindre est celui de la puissance par la capacité financière, morale et physique : sa séduction, centrale, passe par un corps sculpté, jeune, une plastique la plus irréprochable qui soit, et si c’est impossible, par l’argent qui lui offre la possibilité d’accéder de façon quasi illimitée aux femmes émancipées les plus désirables, ces prostitués qui n’en sont pas, mais en ont tous les attributs. Progresser, s’améliorer matériellement, agrandir son pouvoir matériel, sur les autres, gagner, croître, dominer : tous ces concepts sont vendus en permanence par la religion matérialiste capitaliste grâce ses prêtres du marketing, via les programmes de télévision, les enseignes commerciales sur le réseau mondial, au cinéma ou en affiches publicitaires.


Victoria Silvstedt dans une pub suggestive par LeNouvelObservateur

Une majorité d’enfants occidentaux regardent de la pornographie dès l’âge de 11-12 ans aujourd’hui en Occident. Ce « programme filmé de pornographie en ligne » est un produit d’appel qui synthétise le fonctionnement en société. Il est très important. La pornographie véhicule toutes les valeurs de la société et de sa religion matérialiste capitaliste : la domination, l’humiliation, la consommation, l’excès, la vulgarité, la facilité, l’égoïsme, la soumission, l’apologie de l’argent, de la puissance et de la bestialité.

Ignorer le phénomène de la pornographie et de ses effets dans la société d’aujourd’hui est équivalent à ignorer les discours des islamistes intégristes dans les sociétés arabes. Mais la pornographie n’est pas seulement présente dans les vidéos XXX du net, au sein des sociétés occidentales. La téléréalité est par exemple un spectacle pornographique non sexuellement explicite. Mais il est une forme de pornographie. Il filme l’intimité des personnes, les forçant à fabriquer du spectacle avec leurs individualités, le plus crûment possible.

La pornographie comme modèle

La pornographie est présente un peu partout dans la culture actuelle occidentale. Montrer les choses, au plus près, sans âme, de manière répétitive, sans autre objectif qu’exciter le spectateur pour lui créer une addiction, le rendre hyper-dépendant. Information courte, toujours identique dans le traitement, thèmes et format récurrents faisant appels aux émotions les plus basiques, lumières et techniques de tournage peu chères et répétitives. Les exemples de l’invasion de la pornographie dans les sociétés occidentales sont légions. Les effets de cettte invasion sont parfaitement connus, ils mènent à des comportements individuels et collectifs assez négatifs, pour au final écrouler la culture ancienne, ciment du vivre ensemble et de l’équilibre sociétal. La décadence de la culture occidentale est une réalité, tout comme la décadence culturelle des pays arabo-musulmans. Ces décadences ne passent simplement pas (entièrement) par les mêmes phénomènes.


Albanie : les présentatrices à moitié nues font… par nonstopzappingofficiel

Cher Kamel Daoud, la culture dont je suis issu n’a pas toujours été telle qu’elle est aujourd’hui, il reste même encore des traces de l’ancienne. Tout comme la culture arabo-musulmane n’a pas toujours été telle qu’elle est aujourd’hui. Les sociétés, les cultures interagissent les unes avec les autres, de plus en plus. Croire que c’est une religion, l’islam en l’occurrence, issue d’une culture ancestrale, qui abaisse les individus, les plonge dans la brutalité ou la vulgarité, est une erreur. L’islam rigoriste, politique, actuel, tout comme la culture et la politique chrétienne ou « humaniste et droit-de-l’hommiste » occidentale [devenue une pornographie culturelle avec son église matérialiste-capitaliste] ne sont rien d’autre qu’une réponse, à un moment donné, d’êtres humains embarqués dans une aventure très moderne, appelée mondialisation. Une aventure complexe, qui demande de nombreuses analyses pour en connaître tous les effets…

Parler du rouleau compresseur de la mondialisation

Réduire les problèmes qu’engendre cette mondialisation (économique, politique) à des causes religieuses et culturelles est faire l’impasse sur le sujet. Et laisser accroire que ce rouleau compresseur du capitalisme financier a-culturel ne serait en rien responsable des problèmes actuels, mais lui préférer une résurgence du religieux, est un aveuglement certain. Sinon, comment expliquer les femmes arabes algériennes en maillot de bain deux pièces nonchalamment étalées sur les plages d’Algérie dans les années 70 ? C’était une époque où Alger était la capitale des révolutionnaires marxistes. L’islam était pourtant la religion officielle, partagée par le plus grand nombre. Personne ne peut penser que le Front islamique du salut a brisé l’Algérie par hasard, à partir de 1992, au moment même où le bloc soviétique s’écroulait. A moins que ?

Dans un moment difficile pour l’Europe (à son niveau), où l’essentialisme revient en force, doublé de nationalismes teintés d’intégrismes, religieux ou non, il semble plus que nécessaire de refuser une vision forcément réductrice des « arabo-musulmans », voire des musulmans tout court, faite d’une addition de frustrations sexuelles et de mépris de la « femme ». Cette vision est celle de ceux qui refusent de regarder la poutre qu’ils ont dans l’œil tout en cherchant les pailles dans ceux des autres. Les autres : les étrangers, les non-occidentaux, les arabes, les musulmans. Cette métaphore de la poutre et de la paille, toute chrétienne, devrait nous rappeler que rien n’est acquis et que ce que nous nommons « culture » ou « religion » ne sont peut-être en fait —désormais — rien d’autre qu’une forme ou une autre de ce qu’on appelle plus prosaïquement « propagande ».

Ne nous laissons pas aveugler par elle. Qu’elle qu’elle soit. D’où qu’elle provienne.

Bien à vous.

Drapher.

Individualisme, solidarité, société de consommation et loi El Khomri

dimanche 28 février 2016 à 12:25
ministre-travail-myriam-el-khomri-saint-ouen-5-novembre-2015

Et oui, et oui… Ceci est la ministre du travail en pleine action. Pour écrire à la ministre, c’est ici : http://travail-emploi.gouv.fr/ministere/article/ecrire-a-la-ministre

 

L’unanimité, à gauche — et peut être au delà — contre le projet de réforme du code du travail est symptomatique d’un mal français : le clivage. Ce trouble psychiatrique permet à un individu de vivre avec deux personnalités bien distinctes qui ne se rencontrent pas, et qui souvent sont parfaitement antinomiques. Que se passe-t-il quand une population dans son ensemble est atteinte de ce mal ?

30 ans d’individualisme forcené

Observer le projet de la ministre du travail en prenant un peu de recul historique avec la société française, offre une perspective différente que celle qui prévaut, basée sur une indignation de l’instant face à un recul des droits du travail. Réalité : depuis trois décennies, le projet français, partagé par le plus grand nombre, adopté dans les modes de vies et l’éducation des enfants est celui de l’individualisme. Réussite individuelle, sacralisation de l’individu-roi, liberté par l’individualisme, conquêtes et avancées par les individus seuls, consommation individuelle en croissance perpétuelle, etc…

Le modèle social que la France a voulu, désiré, activé et plébiscité est celui du capitalisme libéral et de l’émancipation des individus par la réussite socio-économique individuelle matérialiste basée sur la compétition et la productivité personnelle. La ruée vers les centres commerciaux, la consommation massive de produits de loisirs et de distractions, l’aspiration générale à une élévation du confort matériel personnel sont les principales valeurs communes qui relient les habitants de l’hexagone. Ce modèle de société, calqué sur celui des Etats-Unis a été promu par les élites et fortement appelé de leurs vœux par les individus, tout en refusant de lâcher les anciennes valeurs accolée à l’ancien système, bien plus collectif, voire collectiviste. Le beurre et l’argent du beurre, pourraient dire certains, qui militent depuis longtemps pour que le choix de l’individualisme soit plein et entier et mène à l’abandon des fondamentaux français de protections sociales par une répartition des richesses plus ou moins bien orchestrée.

Le clivage

Une grande partie de la population française estime que la protection sociale ne doit pas être touchée, que les fondamentaux issus du C.N.R (Conseil national de la résistance : sécurité sociale, retraite, rétablissement de la semaine de 40 heures, etc…) ne doivent pas être abolis. Dans le même temps, tous ces Français n’ont absolument aucun désir de partager quoi que ce soit collectivement ou de modifier leur fonctionnement de type individualiste. De façon synthétique, cette mentalité pourrait être résumée par « Laissez-moi tranquille, laissez-moi agir en parfait égoïste, sans me préoccuper des autres, mais conservez-moi tous les avantages que le partage collectif offre. Donnez-moi de la solidarité, tout en me permettant de vivre en parfait égoïste… »

Ne pas vouloir être engagé collectivement toute en voulant bénéficier du collectif. Surconsommer tout en se plaignant du manque de moyens financiers personnels. Plébisciter les structures économiques les plus oppressives et se plaindre de l’oppression qu’elles exercent. Hurler sur les prélèvements étatiques tout en hurlant sur la baisse des services de l’Etat. Vouloir de la qualité tout en payant de moins en moins cher…

Dans l’hypermarché hexagonal, personne ne vous entend crier

Cette réforme du code du travail a une vertu. Celle de mettre une grande partie des Français devant un fait accompli. Celui d’une parfaite ambivalence et d’une forme de duplicité collective qu’il va bien falloir « assumer ». La mémoire d’un peuple est souvent courte. Ont-ils oublié qu’ils avaient élu Jacques Chirac en 1995, puis réélu le même en 2002 ? Milité, en grande majorité, pour une mondialisation où chacun était censé profiter des bienfaits de la libéralisation des marchés, avec le boursicotage pour tous ? Ont-ils oublié qu’ils ont élu Sarkozy en 2007 ? Le slogan le plus populaire aujourd’hui ne serait-il pas, au fond « un Iphone et un Ipad pour tous ? ». La vie quotidienne des habitants de ce pays est totalement asservie aux marchés financier, par la collaboration active des premiers dans le financement actif de ces derniers.

La jeunesse pourrait…?

La France est le pays de l’OCDE qui a le taux de syndicalisation le plus bas : 5%. Les dirigeants des PME n’ont aucunes forces syndicales et se laissent mener par le MEDEF, une structure dirigée par des patrons de très grandes entreprises, entièrement vouée à la défense des multinationales. Dans ce contexte, la lutte sociale est proche du néant, et la ministre du travail joue sur du velours, puisque malgré les quelques signes d’un mouvements intersyndical, la fronde contre son projet de réforme du code du travail n’a pas beaucoup de chances de devenir un véritable mouvement social. A moins que…

Les 18-30 ans seraient-ils en train de se réveiller ? Sur les réseaux sociaux, il semble que oui. Le hashtag #OnVautMieuxQueCa devient « viral », et la vidéo éponyme, très sympathique dans la forme, et sérieuse dans le fond, pourrait devenir une sorte d’étendard unificateur. Certes. Une remarque quand même : le terme de « valoir mieux » renvoie-t-il à une demande économique de la jeunesse avant toute chose ? Le problème de fond serait-il juste de donner plus de valeur financière aux salariés ?

Dans tous les cas, si toute cette contestation reste confortablement au chaud devant un écran au fond d’un salon, elle ne risque pas de gêner particulièrement le gouvernement. Myriam El Khomri a déjà répondu à une autre action en ligne, la pétition contre son projet de réforme, et la communication des « pros » et « anti » tourne à fond.  Une autre pétition tourne, favorable à la loi El Khormi, d’ailleurs. Mais on ne fait pas plier un gouvernement avec de la communication. C’est dans la rue, et nulle part ailleurs que la contestation peut obtenir gain de cause et faire reculer un gouvernement.

Si la jeunesse, qui jusque là s’est contentée de compter les points tout en s’inquiétant de sa faculté à « s’insérer », se contente de manifester son mécontentement par et sur le net, elle obtiendra des garanties équivalentes à l’outil de contestation utilisé : virtuelles. Non pas parce que le net est déconnecté du réel, ou qu’il serait « à côté de la société », mais simplement parce qu’il est un outil de communication. Et que le risque physique, avec le net, est proche du néant, alors que dans la rue, il est réel. L’engagement physique ne peut qu’obliger les pouvoirs politiques à négocier, pas l’engagement numérique seul, qui les agace, mais pas beaucoup plus. Si la rue est envahie, l’espace conquis par classe dominante est envahi, leur pouvoir de contrôle est attaqué. Internet ne peut pas être envahi, les dominants n’y vivent pas et s’en moquent comme de leur premier mandat. Sans oublier que leurs soutiens les plus nombreux sont âgés, peu connectés, et insensibles aux luttes numériques.

En fait, il ne va peut-être rien se passer…

Le projet El Khomri est un projet de réforme sociale qui a pour objectif de faire basculer un peu plus la société du travail dans le monde de l’exploitation néo-libérale, déjà en œuvre dans une majorité de pays aujourd’hui. La plupart des Français ont cautionné ce système depuis son origine, ils ne feront rien contre, pour la plupart. Restent les résistants de la première heure et la jeunesse désabusée du pays pour contrer ce projet, et peut-être, proposer autre chose à la place : une économie sociale et solidaire ?

On peut toujours rêver…

En attendant, quelques politiques tentent de proposer des bribes de solutions ou alternatives au système en place. La réponse de la ministre du travail n’est pas, là encore, à la hauteur de l’enjeu. Qui en aurait douté ?