PROJET AUTOBLOG


Reflets

Site original : Reflets

⇐ retour index

Atos-Amesys S01E02 : à la recherche de l’éthique perdue

vendredi 18 mars 2016 à 21:06

amesysCher Thierry Breton, quelque chose a manifestement dysfonctionné au sein du service de communication d’Atos. Notre article n’a semble-t-il pas été glissé dans votre revue de presse quotidienne ce matin puisque vous n’avez pas pris contact avec nos experts en communication digitale numérique.

C’est dommage. Nous évoquions les problèmes qui pourraient se poser à Atos en termes d’image si l’instruction en cours contre Amesys (que vous avez rachetée via votre absorption de Bull) venait à faire Paf!. Bien entendu, pour ne pas lasser nos lecteurs, dont vous, nous n’avions pas fait une liste exhaustive des problèmes à venir. Nous aurions préféré échanger au calme avec votre service de communication.

Mais puisque vous ne nous avez pas encore contactés, nous souhaiterions vous exposer d’autres pistes d’inquiétude. Il est essentiel que vous puissiez parer à toute mise en cause de la part de mauvais coucheurs, de la presse ou même, qui sait, de la Justice. Imaginez qu’un jour, d’odieux droitsdelhommistes étendent les plaintes contre Amesys. Par exemple au rôle d’Amesys (et de la SSII Alten) dans l’installation d’un Eagle au Maroc, à Rabat ? Alten, comme Atos, pourrait être éclaboussée par une procédure judiciaire. On ne voudrait pas vous inquiéter mais sur ce point, les autres contrats d’Amesys, à part la Libye, il y a quand même moyen de voir les ventilateurs fonctionner à bloc.

Oui, parce que voyez-vous, un outil comme Eagle (aujourd’hui renommé Cerebro – haha, la bonne blague… Cerebro…), ça intéresse surtout des dictateurs. Il y a bien entendu des exceptions, mais généralement, les démocraties qui s’équipent, ne chassent pas l’opposant pour le torturer. Du coup, il y a plein de pays riants qui ont acheté du Eagle.

Parmi les clients, on trouve par exemple le SILAM, à Libreville, au Gabon, le State Security Bureau à Doha au Qatar.

Imaginez, Thierry Breton, que des journalistes mal intentionnés produisent les preuves des relations commerciales d’Amesys avec ces entités (SILAM, State Security Bureau, par exemple) si des plaintes étaient déposées pour le rôle d’Amesys dans ces pays. Bien sûr ce ne serait que menteries, toutes les personnes saines d’esprit sachant bien qu’il s’agit de la ventes de stylos et non pas de systèmes d’écoutes globales pouvant mener à des arrestations d’opposants politiques et à leur torture par les tonton Macoutes locaux (voir notre article précédent). Mais tout de même. Nous qui sommes spécialistes de tout ce qui est digital nous savons combien une rumeur de ce type peut vous atteindre… Profondément.

Au secours, ça part en vrille

Non franchement… Avoir racheté Bull et sa galaxie Amesys, avoir placé Philippe Vannier à un poste de responsabilité au sein d’Atos, c’était un pari dangereux. Bien entendu, vous pouviez espérer du business en plus avec Bull en tant que tel, mais la galaxie Amesys… Et conserver Philippe Vannier, lui qui avait déjà fait une culbute abracadabrantesque ? Il aurait pu se retirer et jouir paisiblement de la petite fortune réalisée. Non, vous l’avez gardé. Peut-être parce qu’il a ses entrées dans les services de renseignement, surtout extérieurs (la fameuse boite postale B.G.A.CG350/R, 14 rue Saint-Dominique), via la galaxie Amesys qui leur vend (notamment au travers d’Elexo), des tonnes de matériels d’écoute rigolos ? Qui sait.

Non, ce qui serait embêtant se serait que vous tombiez sur un juge rouge. Vous savez, ces petits pois, comme disait Nicolas Sarkozy, mais rouges. Pas verts. Ceux qui en veulent à la liberté d’entreprendre, ces socialo-communistes indomptables, qui font la sourde oreille lorsque le gouvernement leur demande de mettre la pédale douce.

Imaginez un juge de ce type qui commence à regarder de près la comptabilité d’Amesys et qui lui demande s’expliquer en détail sur les lignes du bilan.

Nous vous donnons un exemple comme ça, en passant, juste pour se faire une idée, celui du Festival mondial des arts nègres au Sénégal. En quoi consistaient exactement ces relations commerciales d’Amesys avec ce qui était à l’époque de notoriété publique un vaste outil de corruption au profit de la famille au pouvoir ?

Non, vraiment, Thierry Breton, vous avez besoin de nos conseils digitaux ! Appelez nous.

 

 

 

 

Thierry Breton, nous avons une idée pour Atos et ses lanceurs d’alerte

jeudi 17 mars 2016 à 17:40
Photo : Marc Bertrand (via agence REA) — http://www.marcbertrand.com/

Photo : Marc Bertrand (via agence REA) — http://www.marcbertrand.com/

Reflets souhaite modestement s’inviter dans le débat malheureusement un peu confidentiel qui s’est engagé entre Atos et la Lettre A. Cette dernière a publié des articles critiquant le manque de protection des lanceurs d’alerte au sein d’Atos, tandis que la SSII répond a coups de communiqué que si, les lanceurs d’alerte sont une composante bien prise en compte et qu’ils sont protégés.

C’est beau.

Mais il faudrait aller plus loin pour être crédible dans la volonté de transparence, la volonté de faire « le bien » (façon Google) en faisant remonter à la surface les mauvaises pratiques, moralement, éthiquement, ou juridiquement contestables.

Reflets a donc réfléchi à un plan de communication ultime. Quelque chose qui pourrait asseoir Atos comme LA SSII ayant franchi le pas, celle qui montrerait la voie à toutes les autres entreprises françaises. Celle qui se placerait à tout jamais du côté des entreprises éthiques.

Nous sommes prêts à collaborer avec les équipes de communication d’Atos pour la mise en place de ce projet, y compris sur le terrain digital numérique où nous excellons. Le tout, gratuitement.

Voici les grandes lignes de ce que nous proposons.

Premier point, revoir un peu la position de Philippe Vannier, actuellement Directeur Exécutif, Big Data & Sécurité, Directeur de la Technologie du Groupe.

Oui, c’est un peu embêtant éthiquement parlant. Cela pourrait être reproché au groupe par de mauvais coucheurs.

Imaginez que ces mauvais coucheurs sont tout à fait capables de mal interpréter la lecture des articles de Libération et de France Inter sur Amesys, la boite fondée par Phillipe Vannier et désormais très précisément accusée d’avoir contribué à la torture d’opposants libyens par la vente d’un matériel permettant d’écouter toute la population de ce pays à Kadhafi. Bien entendu, tout cela était connu, surtout depuis la publication par le Wall Street Journal des images montrant les dossiers des opposants dans le centre d’écoute Amesys à Tripoli. Mais c’était un journal américain et donc assez lointain.

Ces mauvais coucheurs seraient capables de ne pas avaler l’explication pourtant tout à fait logique et réelle du stylo. Amesys n’a jamais vendu un système d’écoute globale de la population libyenne à un dictateur sanguinaire. Elle a vendu un stylo à un dirigeant international reçu en grandes pompes par la France de Nicolas Sarkozy. C’est très différent. Mais il y a toujours des complotistes qui cherchent la petite bête, interprètent de travers des informations pourtant tout à fait réelles, validées par le comité de direction avant publication du communiqué de presse officiel.

Prenons un exemple au hasard. Amesys a toujours clamé que son rôle était très clairement confiné à deux années : 2007/2008. Le contrat date de 2007 et le matériel a été livré en 2008. Point. Ce qui est évidemment vrai puisque cela a été écrit dans un communiqué de presse. Toutefois, les mauvais coucheurs risque de ressortir cette information forcément fausse publiée dans le Wall Street Journal selon laquelle le nom de Renaud Roques était affichée avec son numéro de téléphone, en cas de problème, sur les murs du centre d’écoutes à Tripoli. Ils en tireraient peut-être la conclusion tout à fait idiote que Renaud Roques et son équipe pouvaient continuer de superviser l’installation technique durant toutes ces années, jusqu’à la chute du régime. Et pourquoi pas après ? Complotistes…

Une autre fausse information pourrait être remontée à la surface… Ces complotistes pourraient imaginer que si, début janvier 2011, Amesys retirait des fonds en liquide (environ 3000 euros) pour ses menues dépenses en Libye, c’est que l’équipe, et peut-être même Philippe Vannier, se rendait sur place autour de cette date ?Manquerait plus qu’un journal gonzo aille publier les documents qui pseudo prouveraient ce retrait d’argent liquide avec une mention pour son usage…

Et si ça faisait Paf! ?

Non, franchement, monsieur Breton, tout cela est inquiétant. Si l’instruction menée par les juges du pôle spécialisé dans les crimes contre l’Humanité et les crimes de guerre au Tribunal de Paris venait à conclure qu’Amesys a bien contribué à torturer des gens en Libye, le scandale rejaillirait immanquablement sur Atos qui a déjà eu du mal avec son image de marque par le passé.

La presse, toujours mal intentionnée, pourrait vous reprocher d’avoir racheté Amesys, en rachetant Bull qui avait été acquis par Philippe Vannier et ses acolytes dans des conditions jugées par les mauvais coucheurs comme « rocambolesques ». Pire, elle pourrait vous demander pourquoi vous avez offert à Philippe Vannier un poste de Directeur Exécutif au sein d’Atos alors que l’entreprise qu’il avait fondée faisait l’objet d’interrogations assez ennuyeuses sur un plan éthique et moral.

Oui, si cette instruction faisait Paf!, vous pourriez vous retrouver embarqué par le scandale. Tout dépend bien entendu de la profondeur à laquelle iront creuser les juges. Iront-ils jusqu’à rechercher les responsabilités politiques, iront-ils chercher le rôle joué par Amesys et Qosmos dans le grand projet d’outil de surveillance globale inter-camp politique restant à finir d’installer en France ?

Iront-il rechercher la responsabilité éventuelle d’Amesys ou de Qosmos dans la torture de citoyens de pays riants comme le Maroc ou les Emirats Arabes Unis… et soyons fous, le Kazakhstan ? Iront-ils creuser la relation étrange entre Amesys, Qosmos et Al Fahad Smart Systems ? Tout cela serait fâcheux et irréfléchi de leur part. La vérité est ailleurs. Dans les communiqués de presse de Bull, Amesys, Qosmos et bientôt Atos.

Franchement, monsieur Breton, si nous pouvons vous éviter tous ces soucis d’image, nous le ferons sans sourciller et gratuitement. N’hésitez pas à demander à vos équipes de communication, lesquelles, nous l’espérons vous glisseront ce papier dans votre revue de presse quotidienne, de prendre contact avec nos experts en « communication digitale ».

Bien à vous,

Toute l’équipe de Reflets.

Aucun responsable de la crise financière poursuivi : étonnant non ? Non…

lundi 14 mars 2016 à 21:39

Crise de la dette souveraineC’est un peu comme une rengaine que l’on doit resservir, dans son rôle de journaliste, crise après crise… Le secteur financier est un secteur économique à part. Il fabrique des crises à intervalle régulier, chaque fois plus grave. Et lorsque la crise survient, il lance son incantation de magie vaudou pour éviter des faillites en chaîne : il se rapproche des pouvoirs publics et dit « risque systémique ». Cela suffit pour obtenir les fonds nécessaires pour éponger la crise. Quel gouvernement voudrait voir tout son secteur bancaire s’écrouler comme une suite de dominos ? Le secteur est passé maître dans l’art de privatiser les bénéfices et de nationaliser les pertes. Le payeur en dernier ressort étant, à chaque fois, le contribuable, c’est à dire la première victime de la crise déclenchée par le secteur. Ce qui intrigue un peu tout le monde depuis la dernière crise en date, c’est que personne n’a été traîné devant un tribunal alors que la fraude organisée autour des subprime est désormais avérée. Et pourtant… C’est assez simple à comprendre. Le secteur financier règles ses petites affaires en famille, évite les condamnations judiciaires autant que faire se peut car il a son incantation magique (risque systémique) et que les dirigeants de ce secteur sont éminemment utiles aux pouvoirs publics qui ne veulent pas les « effrayer » (c’est mauvais pour la croissance). De récentes publications (voir les documents dans une DropBox) aux Etats-Unis offrent un éclairage très intéressant sur ce sujet.

Peu après la crise financière déclenchée par le scandale des subprime, le Congrès américain a mis en place une commission chargée d’enquêter sur cet énorme merdier. La Financial Crisis Inquiry Commission n’avait pas de pouvoir d’enquête judiciaire, mais elle a entendu un nombre incalculable de personnes, épluché des tonnes de documents et produit des rapports cinglants. Elle a même transmis un certain nombre de dossiers (concernant entre autres Goldman Sachs, AIG, Merrill Lynch, Citigroup ou Fannie Mae) au Département de la Justice, sans qu’il ne se passe quoi que ce soit.

C’est pourri ? On s’en fout…

En plein délire des subprime, plusieurs entreprises du secteur financier ont fait appel à Clayton Holdings, chargeant cette société d’ausculter une très (trop?) faible partie les prêts qui étaient enveloppés dans des titres (les fameux subprime). Résultat sur le million de prêts examinés ? Quelque 30% ne tenaient pas la route. Qu’a fait Wall Street une fois alertée par Clayton Holdings ? Rien. Et surtout, ne pas prévenir les investisseurs. Tout a continué comme avant. Tant que ça rapporte…

C’est un principe, Wall Street et le secteur de la finance en règle générale, n’aiment pas trop la publicité. La réponse de JP Morgan à la FCIC lorsque celle-ci demande si elle peut publier les documents issus de ses entretiens avec des salariés de la firme américaine est en ce sens extrêmement parlante. Il ne faudrait pas que le contenu de ces entretiens puisse servir à qui aurait porté plainte contre la firme (si, si, c’est dit comme cela dans la réponse)…

Et pourtant, il y a pas mal de choses intéressantes dans ces entretiens, comme ici. Ou . Ce dernier entretien a ceci d’intéressant qu’il met en lumière les aller-retours des financiers entre le secteur privé et le secteur public. On peut ainsi avoir été Chief Risk Officer à Bear Stearns qui a fait faillite avec le tsunami des subprime et être ensuite employé par la Federal Reserve Bank de New York… Même s’il s’agit de Réserve Fédérale de New York, il n’est pas inutile de perdre de vue que c’est la banque centrale américaine (Fed) dont la Fed de New York est membre, qui a initié le quantitative easing visant à … sauver les banques américaines de la faillite après la crise qu’elles avaient déclenché, en leur offrant des liquidités à très peu de frais. Etonnante porosité.

La plupart des banques américaines ont conclu des accords avec le gouvernement et payé des amendes plus ou moins importantes. Bien entendu, les défenseurs du secteurs notent qu’il y a une différence entre une activité illégale et une activité moralement répréhensible. On ne poursuit pas une activité moralement contestable. Il n’y a pas de textes de loi pour cela. Ce serait donc un défaut dans l’encadrement des activités financières qui expliquerait l’absence de poursuites. Mais il ne faut pas perdre de vue que si des accords ont été trouvés, c’est que des poursuites pouvaient être engagées. Il faut bien un levier. Les procès n’auraient peut-être pas été tous gagnés, mais il semble bien qu’il s’agisse en l’espèce d’un clair manque de volonté politique. Allez savoir pourquoi…

 

CHATONS : l’AMAP du logiciel libre anti-GAFAM ?

vendredi 11 mars 2016 à 11:12

L’association Framasoft continue sa « campagne » (et ses actions) pour « dégoogliser Internet ».

L’initiative a pour objectif de favoriser un Internet libre, décentralisé, éthique et solidaire

De nombreux outils ont été mis à disposition des utilisateurs désireux de s’autonomiser face aux outils en ligne des géants du web de la Silicon Valley.

Le réseau social Framasphere, qui est un nœud de Diaspora, est un exemple très intéressant d’alternative à Twitter/Facebook. Mais l’association ne peut pas tout faire et tout maintenir, et surtout, ne veut pas devenir ce qu’elle reproche aux géants : un organe centralisateur.

Le projet CHATONS est donc là pour permettre une décentralisation des services alternatifs à ceux des multinationales de la Silicon Valley.

Le projet CHATONS signifie : Collectif d’Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires

Des FAI, hébergeurs membres de la FFDN sont déjà acteurs du projet. L’objectif est qu’un maximum de service alternatifs puissent être répartis auprès d’un maximum d’hébergeurs alternatifs.

La page du projet CHATONS : http://framablog.org/2016/02/09/chatons-le-collectif-anti-gafam/

 

Cute-Kittens-In-Computer-Case

Chaos proche-oriental, Califat, réfugiés : y a du sang dans le gaz…

mercredi 9 mars 2016 à 16:43

La situation en Syrie est dramatique. Malheureusement, le traitement médiatique de ce conflit monstrueux est totalement aveugle, et orienté. Rapide résumé de cette probable guerre énergétique qui ne dit pas son nom.

al-Baghdadi

Al Baghdadi, le grand manitou du Califat islamique : celui par qui la douche froide arrive. Et comment on va faire maintenant pour notre gazoduc ?

Au nom du gaz ! Heu, pardon, d’Allah…

Depuis le début du conflit syrien, tout est fait pour simplifier la situation et démontrer au public occidental qu’il y aurait deux camps : celui d’un horrible dictateur, Bachar El Assad, et celui des « rebelles », qui se défendraient contre ses exactions et voudraient le renverser. La raison du conflit serait donc simple, au point que des commentateurs ont parlé en 2011, d’un « printemps syrien ». Faire un parallèle entre la révolution tunisienne et un soulèvement populaire en Syrie laissait le champ libre à une analyse simpliste et « stratégiquement pratique » pour certaines puissances. Au premier chef desquelles les monarchies du Golfe, et leurs alliés : les puissances occidentales, France et Grande-Bretagne en tête.

Les spécialistes de la région, et plus particulièrement ceux qui travaillent sur les accords stratégiques énergétiques, rappellent quelques éléments qui laissent penser que l’origine du conflit en Syrie, n’est ni simple, ni aussi simpliste qu’on veut bien nous le dire.

Pour ces analystes, le point de départ du conflit de 2011 pourrait bien résider dans un accord avorté entre le Qatar et la Syrie datant de 2009. Avorté au profit de l’Iran…

Cet accord, que le Qatar comptait faire signer à Bachar el Assad pour laisser passer un gazoduc sur le territoire syrien en direction de la Turquie (vers le projet de gazoduc Nabucco sous impulsion américaine) pour desservir l’Europe, était très important. Pour le Qatar, comme pour les européens, les Turcs et les Américains.

Entretien avec David Amsellem – Le facteur gazier dans le conflit syrien – 10/03/2014 (lesclesdumoyentorient.com) :

En 2009, l’émir du Qatar proposait ainsi à Bachar El-Assad la construction d’un gazoduc reliant leurs deux pays en passant par l’Arabie saoudite et la Jordanie afin d’acheminer le gaz du gisement North Dome, situé dans le Golfe persique, vers l’Europe. Or, le Qatar partage une partie de ce gisement avec l’Iran, un allié privilégié de la Syrie. Pour cette raison, Damas a refusé le projet qatari et a signé en 2011 avec Téhéran un accord pour la construction d’un gazoduc reliant l’Iran à la Syrie en passant par l’Irak (Islamic gaz pipeline). Ces projets ont été gelés avec le début de la guerre civile.

L’Iran, ennemi juré des monarchies saoudiennes et qataris. Alors que l’on sait que les contingents de mercenaires très bien équipés par ces mêmes monarchies continuent d’essayer de faire tomber le régime de Damas depuis bientôt 5 ans, un doute nous assaille. L’histoire serait-elle autre que celle décrite à longueur d’articles et de reportages ?

Le gaz aurait dû passer, mais l’EI arrive…

Avec 3 milliards de dollars d’aide aux rebelles en 2013, le Qatar n’y est pas allé pas avec le dos de la cuillère pour faire tomber le « boucher de Damas », ainsi nommé en Occident par commodité de langage et par habitude propagandiste. Il faut aller vite, parce qu’il y a des projets de gazoducs concurrents, avec les Russes, alliés de la Syrie et de son « horrible président » (les princes du Qatar, eux sont des dirigeants amis).

Extrait d’une citation de David Rigoulet-Roze, chercheur rattaché à l’Institut d’Analyse Stratégique (Le 09/09/2013 – TV5Monde – Syrie : le gaz du Qatar influence-t-il le conflit ?) :

Le problème du Qatar, c’est un champ de gaz commun avec l’Iran. Jusqu’à présent le Qatar exporte son gaz par méthanier, mais l’inconvénient des méthaniers c’est qu’ils transitent par le détroit d’Ormuz sous surveillance étroite de l’Iran. Ces incertitudes ont poussé le Qatar à chercher d’autres options, dont la voie terrestre, avec la formalisation d’un « pipe », à destination des européens, passant par le Nord et débouchant sur la Méditerranée.Mais les Russes ont eux aussi un projet concurrent, South stream, et qui déboucherait à proximité de la Turquie, en mer Noire.

L’Arabie Saoudite n’a pas été en reste dans le financement et le soutien aux groupes salafistes armés en guerre avec l’armée régulière syrienne. Les deux monarchies concurrentes ne s’apprécient pourtant guère, et le gazoduc quatari devant passer par l’Arabie Saoudite, il est difficile de comprendre comment l’affaire pourrait se régler. Des placements de dirigeants au sein d’un futur pouvoir syrien : qataris et saoudiens se répartiraient des places dans le gouvernement à Damas ? Toute la belle stratégie européano-russo-qataro-saoudienne est de toute manière tombée à l’eau en 2014, quand le barbu enturbanné Al Baghdadi proclame le Califat, c’est à dire l’État islamique. Le ralliement de la plupart des groupes armés à l’EI va jeter un léger froid chez les financiers des monarchies.

 Et maintenant, on fait quoi ?

Ceux qui ont misé sur une chute du régime syrien et ont soutenu les groupes salafistes ou les Frères musulmans en Syrie, se retrouvent aujourd’hui avec une union sacrée des mercenaires intégristes autour du Califat islamique. Laurent Fabius ne voulait-il pas livrer des armes à ces groupes, que son gouvernement maudit aujourd’hui ? Les actes criminels au nom de l’État islamique sont venus démontrer que les intérêts cachés et les soutiens en coulisses des États dits « démocratiques » ou des puissances pétrolières et gazières à des fins d’intérêts financiers et politiques, ne peuvent mener qu’à des désastres.

Les Syriens n’ont pas été soutenus. Ni pour stopper la répression aveugle que faisait s’exercer leur chef d’Etat à leur encontre, ni pour arrêter les fous de dieu qui voulaient prendre le pouvoir. Le gouvernement français se mêle de ces conflits prétendant le faire par » humanisme ». Il semble que ce ne soit pas vraiment le cas, pour ceux qui pouvaient encore le croire. Et lorsque la France subit une riposte terroriste sur son territoire, sa seule réponse est de réduire les libertés de sa population et faire s’exercer une suspicion généralisée.

L’investissement de la France dans le conflit syrien aidé de ses alliés qataris, saoudiens, n’est pas pointé du doigt par les observateurs du conflit, et lorsque les Russes s’en mêlent, rien n’est dit sur la partie d’échec stratégique en cours. Le gaz qatari est surement loin désormais. Sauf à penser que l’État islamique puisse être réduit à néant, ce qui semble très incertain. Mais les gens payent dans le sang cette guerre manipulée. Au point que les populations européennes en viennent à ne même pas voir que ce sont leurs gouvernements qui ont participé à pousser le million de réfugiés qui fuient la guerre.

La propagande de guerre est en pleine activité (article de Guillaume Champeau sur Numérama)

Les habitants du monde riche se bâfrent devant les actualités télévisées, convaincus de voir la réalité.

Rien ne change.

Tout empire.