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Comment faire bouillir une population sans qu’elle ne s’en rende compte

samedi 20 août 2016 à 18:23

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Tout le monde ou presque connaît l’histoire de la grenouille que l’on fait bouillir vivante à feu doux. Le principe que raconte cette histoire est simple : si vous voulez faire cuire une grenouille vivante en la faisant bouillir, il ne faut pas la plonger dans une casserole d’eau bouillante, puisque sous l’effet de la trop forte chaleur, celle-ci s’enfuirait aussitôt. La bonne méthode est donc celle qui consiste à mettre la grenouille dans l’eau froide de la casserole et faire monter doucement la température. La grenouille aime l’eau, et elle s’accomode lentement de la montée en température. De froide à tiède puis à chaude, la grenouille n’est pas incommodée, et s’endort doucement sous l’effet apaisant de la chaleur progressive. Quand l’eau arrive à ébullition, il est trop tard, la grenouille, engourdie, ne tente même plus de s’échapper et se laisse bouillir sans broncher.

Cette histoire est transposable en politique. La seule différence est qu’il n’y a pas une personne ou plusieurs ayant décidé de façon déterminée et coordonnée de faire cuire la grenouille qui dans ce cas là, est la population française. La population française est en train de bouillir lentement dans sa casserole d’eau par une succession d’opportunités, nécessités, velléités, et volontés croisées d’une somme d’individus limitée. Les élites. Ils ne sont pas particulièrement coordonnés les uns avec les autres, peuvent même souvent être opposées de par leurs ambitions personnelles mais ont en commun un objectif chevillé au corps : que rien ne change.

Pourquoi la cuisson lente ?

Pour filer la métaphore avec la grenouille, la population française est depuis déjà fort longtemps très mécontente de son sort et de ses élites. Si l’eau représente l’environnement politique, économique et médiatique, la grenouille française n’a pas envie d’y barboter éternellement. Les raisons sont simple : l’eau confinée dans sa casserole devient sale avec le temps, elle se trouble, et l’envie d’aller barboter dans une mare naturelle et sympathique peut à la longue se faire sentir. Pour ceux qui maîtrisent la casserole, il est par contre nécessaire de maintenir la grenouille dans celle-ci, parce que maintenir la grenouille dans la casserole est l’unique activité qui justifie la position fort agréable et enviable de « cuisinier ». Le but ultime étant bien entendu de la cuire. Que faire chaque fois que la grenouille tente de s’échapper ? Pourquoi cuire la grenouille ?

Une grenouille qui doit bouillir très lentement

Savourer les chairs d’une grenouille bien cuite est un plaisir comme un autre, mais dans le cas de la population française, ce n’est pas l’objectif principal qui anime ceux qui font chauffer l’eau. En réalité, le but est surtout de faire durer aussi longtemps que possible la cuisson afin d’empêcher la grenouille de s’échapper de son récipient. Une fois cuite et morte — ce qui peut prendre beaucoup de temps — le cuisinier a plusieurs options : soit servir la grenouille sur un plateau à des convives, soit la mettre de côté et en faire cuire une autre. Mais dans l’absolu, l’opération française pour faire bouillir la grenouille n’est pas franchement culinaire, ni vraiment réfléchie. Il n’est donc pas prévu de manger la grenouille, seulement la laisser bouillir doucement dans sa casserole. Par nécessité.

Comment faire bouillir l’eau à feu très doux ?

L’eau étant l’environnement médiatique et politique, la population étant la grenouille, nous somme arrivés à un moment où cette dernière commence à avoir chaud dans sa casserole. De nombreux éléments ont participé à faire chauffer l’eau. La distraction en premier lieu. Populiste. Une empoignade permanente plus ou moins fabriquée : par la téléréalité et par les pseudo combats politiques. Ces réchauffements télémédiatiques ont très bien fonctionné jusqu’à il y a peu : images de véhicules qui brûlent  dans les banlieues, reportages sur les trafics de drogue, les quartiers sensibles où la police ne peut plus rentrer, médicocrité des individus prêts à tout pour un quart d’heure de gloire, jeux d’argent, justification de la compétition entre les personnes et valorisation de l’injustice. Rien n’ a été épargné à la grenouille pour que la température monte. Jusqu’à lui donner en spectacle des responsables politiques censés être opposés qui se serrent la main pour s’accorder à dire qu’ils sont en fait parfaitement en accord. Mais qui prétendent le contraire.

Quoi de mieux ensuite que de créer des polémiques à répétition sur des sujets sociétaux plutôt que de parler des problèmes sociaux ?

Ça frémit, avec des petites bulles d’eau chaude de partout

Le mariage pour tous, n’a posé aucun problème dans les pays voisins, alors qu’en France une guerre civile (dans les rues et dans les salles-à-manger autour du poulet rôti du dimanche) a failli se déclencher. La jeune Rom rénvoyée dans son pays et « sauvée » par le Président qui lui propose de revenir seule, des gâteries pour un conducteur de scooter résidant de l’Elysée, le conseiller qui collectionnait les chaussures de luxe, le coiffeur d’Etat à 10 000 euros, le comique noir interdit de spectacle, l’antismétimisme déclaré cause nationale par le Premier ministre alors que le « racisme anti-musulman » explose. Des dizaines de sujets polémiques sociétaux se déversent depuis ces deux ou trois dernières années sans discontinuer. Leur intérêt est simple : accentuer un peu la montée en température de l’eau. La grenouille commence à suer devant son poste.

Ce n’est pas loin de bouillir

La présidentielle arrive à grands pas et elle est l’occasion de faire monter l’eau à ébullition. Ne pas oublier que le but est d’arriver à faire bouillir la grenouille. Pour LR, l’intérêt est évident : reprendre les manettes de la cuisinière à bois, maintenir l’eau à température stable, avec des plus ou moins gros bouillons qui maintiennent la grenouille dans un état d’hébétude suffisant pour qu’elle roupille, mais sans la tuer… si possible. Tout en prétendant vouloir nettoyer la casserole et conserver la grenouille dans une eau claire et tempérée. Pour le camp socialiste au gouvernement, l’idée est avant tout de faire monter la température très rapidement pour que la grenouille se sente très mal très vite. Pourquoi ? Cette opération est là pour lui indiquer que si elle vote LR, ce sera encore pire, avec une température qui grimpera encore plus haut, alors qu’avec eux les socialistes, ils feront redescendre la température. Et puis il y a le cuisinier FN qui attend de prendre les manettes, et qui lui, veut faire monter la température jusqu’à faire s’évaporer l’eau. Voire faire péter la cuisinière sous l’effet de la chaleur.

Une cuisine bien particulière

Le plus amusant dans cette histoire reste qu’il n’y a de casserole et d’eau qui chauffe, que par la volonté des différentes acteurs. Le feu est alimenté uniquement parce que la grenouille accepte de rester dans sa casserole et prête de l’attention à ceux qui fourrent des bûches dessous. Le fonctionnement général de cette affaire de cuisine française est basé sur le divertissement et l’attention. Divertir, pour maintenir la grenouille dans son état de tranquilité molle dans son eau qui monte en température, mais aussi attirer son attention sur des sujets qui la forcent à se gratter la tête dans sa casserole et à y rester, pour que les cuisiniers continuent leur tambouille.

La loi travail est un très bon exemple. Cette réforme n’a été lancée que pour une unique raison : coincer la droite et l’extrême droite à un an de l’échéance présidentielle. Un gouvernement se disant de gauche fait passer en force une loi dont rêve la droite depuis des lustres. La droite est bien embêttée, parce que si elle adhère, elle explique qu’elle n’est plus dans l’opposition et qu’elle ne ferait pas mieux si elle reprenait les manettes.  Elle est donc forcée d’annoncer qu’elle irait « bien plus loin » dans la casse en question. Et comme la majorité des grenouilles est absolument affligée par la destruction des droits salariaux, les socialistes au gouvernement peuvent compter sur le fait que dans les urnes, un paquet d’électeurs vont hésiter, de peur que la droite ne fasse pire encore. Pour l’extrême droite c’est encore plus difficile, puisque leur nouveau discours anti-mondialisation et anti-capitaliste les empêche de suivre la droite sur la pente du moins disant social, et à l’inverse les fait passer pour des alliés de l’extrême gauche s’ils critiquent la Loi travail. Toute cette cuisine à besoin d’être alimentée avec des sujets soit clivants, soit débiles, qui occultent les vrais problèmes de fond. En résumé : Pokémon Go, le Burkini, l’Internet ami des terroristes qu’il faut contrôler (l’Internet, pas les terroriste), nos valeurs sont attaquées par l’islam, les arabes sont tous des djihadistes en puissance, ayez peur mais consommez quand même, un État policier, s’il ne s’en prend qu’aux musulmans, vous êtes pour ?

Le but est de continuer à entretenir le feu sous la casserole, maintenir l’ébullition, et arriver au gros bouillon de la présidentielle. La grenouille sera à point, avec deux options. Soit elle est totalement endormie mais continue à alimenter ses cuistots et va massivement aux urnes par peur que la température ne monte quand même trop (ou pas assez), ou bien elle se détourne des urnes, parce que cette histoire de casserole et d’ébouillantage « ça commence à bien faire ».

Morale de l’histoire

Être une grenouille dans une casserole d’eau qui chauffe n’est pas une fatalité, puisqu’il suffit de cesser de donner crédit à ceux qui alimentent le feu pour que ces derniers soient bien embettés. De plus, en cessant de prendre au sérieux cette histoire de casserole d’eau, la possibilité qu’il y ait un « ailleurs » peut commencer à s’envisager pour la grenouille. Une sorte de ras-le-bol de bouillir lentement qui mène à sortir de la casserole, avec des solutions — comme faire tomber de l’eau sur le feu pour l’éteindre — qui sont envisageables.

Mais pour ça, il faudrait que la grenouille cesse de prendre ce qu’elle est et ce qui l’entoure pour la réalité. Puisqu’en fait, la véritable morale de l’histoire, c’est qu’en fait, il n’y a ni grenouille, ni casserole d’eau, ni cuistots. Il n’y a qu’une immense illusion répétée à l’envi tous les jours sur des écrans et diffusée par des hauts-parleurs : « vous êtes une grenouille dans une casserole d’eau qui chauffe et vous allez cuire… »

L’homme qui inversait les courbes à mains nues

samedi 20 août 2016 à 12:30

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Il l’avait annoncé, en avait fait un challenge personnel qui déterminerait même sa candidature à la présidentielle de 2017, et il l’a fait : un homme, seul, avec ses petites mains à réussi à inverser une courbe devant les yeux ébahis d’une population de plus de 63 millions de personnes. « Il inverse une courbe à mains nues, mesdames et messieurs ! Retenez votre souffle, soyez vigilants, aucun trucage, cet exploit va se réaliser devant vous ! »

François Hollande, le président qui inverse les courbes s’est confié récemment sur sa crainte au sujet de la trace qu’il laisserait dans l’histoire. Le président ne devrait pas s’inquiéter, puisque cette trace dans l’histoire politique française est désormais écrite pour l’éternité : elle est celle de l’inversion de la courbe. Et c’est magnifique.

François Hollande aurait pu choisir de parler des gens, de ce que sa politique allait leur apporter, comment elle pourrait améliorer leur sort, c’est vrai. Mais s’engager dans l’humain, dans le concret n’est pas franchement son dada. Les hommes et les femmes sont imprévisibles, ils ne sont jamais satisfaits, et puis surtout leur capacité au mieux-être ne se mesure pas, et pour François Hollande, ce qui prime par dessus tout ce sont les chiffres.

La comptabilité a ça de bien : elle ne s’interprête  pas, elle parle d’elle même. Bon, il est vrai qu’on peut la truquer un peu pour qu’elle colle avec les objectifs que l’on s’est donné. Mais franchement, quelle importance ? Si le but est de faire fléchir puis inverser une courbe, et que l’on y parvient, qu’importe la manière que l’on utilise pour y parvenir. Un peu comme au cirque avec le prestidigitateur. Le public, ce qu’il veut, c’est voir la magie s’opérer, pas connaître les coulisses du tour de passe-passe.

Il y a donc cette courbe du chômage, qui s’est inversée. Des milliers d’hommes et de femmes ont été envoyés de façon un peu péremptoire dans des formations qu’ils n’ont pas toujours souhaité suivre, c’est vrai. D’autres, plutôt jeunes, ont été embauchés dans des « emplois d’avenir » qui n’ont d’avenir que le nom puisqu’ils ne seront pas éternellement jeunes. D’autres ont été radiés de pôle-emploi, et d’autres encore, très nombreux, ont changé de catégorie parce qu’ils ont trouvé des missions intérim et ne participent plus à construire la courbe. Une dernière partie à réellement trouvé du travail stable. C’est cet ensemble magique qui a permis de construire cette courbe magnifique qui illustre à la fois la compétence et l’intégrité du chef de l’Etat.

Les mauvaises langues, qui n’aiment pas les spectacles de cirque, l’illusion, la prestidigitation, ne vont pas se géner pour dénoncer cette inversion de courbe à mains nues, et le font déjà d’ailleurs. Ils ne sont pas beaux joueurs, et devraient franchement réfléchir à leur capacité à l’émerveillement, au plaisir de la distraction, à aimer les spectacles. Ces pisse-froids qui ont perdu leur regard d’enfants prétendent que la courbe n’existe même pas, et qu’en réalité il y a des gens qui n’auraient plus, ou presque pas de travail depuis quatre ans. Un million trois cent mille en plus. 1,3 millions de gens. Alors que le spectacle ne propose pas d’inverser des gens mais une courbe. Décidément, dans ce pays, il faut tout expliquer.

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Hameçonne moi fort, gros coquin…

jeudi 18 août 2016 à 17:13

hameconC’est amusant, l’été, quand on n’a pas grand chose à faire, que de plonger dans une discussion débile qui ne mène à rien. Parfois, c’est autour d’une table, avec un peu de rosé et une musique de supermarché en fond sonore. Parfois, c’est devant son clavier.

J’ai donc reçu un mail d’une amie me demandant de lui répondre uniquement par mail, rapidement : elle a un gros souci.

Dans le temps, on faisait ça avec Doc Martine et on s’échangeait les réponses pour une bonne tranche de rigolade : répondre aux gens qui nous envoyaient des sollicitations marketing stupide commençant par « après avoir longuement navigué sur votre site, je pense que nous pouvons vous aider…« . Visiblement, ils n’étaient jamais allés sur nos sites. On les embarquait alors dans des discussions improbables.

Cette fois, mon amie me dit :

Bonjour,
Comment tu vas?  J’aurais besoin de ton aide.  Contactes moi par mail je suis injoignable via téléphone, surtout je veux que ça reste discret.

Ni une ni deux, comme je n’ai rien de particulier à faire, je lui répond :

Si tôt le matin?

Ce à quoi elle me répond :

Je suis confronté à une situation un peu gênante que j’aimerais t’exposer il y a peu les médecins ont fait la découverte d’une maladie dont je souffre depuis un bon moment qui est le cancer de la moelle osseuse, cependant, le seul moyen thérapeutique serait de me faire greffer la cellule-souche.J’ai du effectuer un voyage en Grèce pour me faire greffer mais malheureusement d’ici il m’est quasiment impossible d’accéder à mon compte bancaire et c’est pourquoi je me retourne vers toi. Je te contacte afin que tu puisses me prêter la somme de 1500€ ou ce que tu pourras dans l’immédiat. Je te rembourserai dans 4 jours. Garde une entière discrétion sur cela, car je n’aimerai pas inquiéter mes proches. En ce moment je suis injoignable via téléphone raison pour laquelle je laisse ce message.

Je peux compter sur toi ? 

Oh mon dieu ! Un cancer ? Une greffe ? Je ne m’attendais pas à quelque chose d’aussi terrible !

Je lui réponds immédiatement :

Mais grave ! Je peux même t’envoyer plus si tu veux !

Réponse immédiate :

Après renseignement, je pourrai recevoir de l’aide de l’étrange que par l’agence western union qui a un service fiable, rapide et sécurisé.  Je souhaiterai que tu passes à un bureau de la poste, ensuite demande à effectué un transfert via Western Union. Ci-dessous mes coordonnées pour le transfert:

B. C.

Pays: Grèce

Ville: Athènes

Adresse: 37-39 Kifisias Avenue Marousi,

Après le mandat effectué, fais-moi parvenir les informations du mandat et bordereau Western Union scanné par mail si possible. Je te promets de tout t’expliquer une fois sur place.

Je me dépêche de répondre :

OK, mais tu ne m’as pas dit quel montant. Comme je te le disais, aucun
souci pour t’envoyer plus si tu as besoin. Je viens de vendre ma
voiture, j’ai pas mal de liquidités à ma disposition. Comme tu le sais
elle était presque neuve.

Pas folle la guêpe, plus ? Let’s roll:

Pourrais-tu m’envoyer 2500€ aujourd’hui ?

Comme je tiens à ferrer mon petit poisson (je commence à peine), je réitère :

Bien sûr. Mais même plus. Dis-moi.

Mais mon petit poisson est bien renseigné, au delà de 2500 euros, un virement commence à attirer l’attention.

2500€ suffira

C’est là qu’on inverse l’intérêt, la curiosité. Il faut maintenant rendre mon petit poisson curieux. Quoi de mieux que de lui faire croire qu’il est tombé sur une histoire de fesses ?

Mon idée est donc de lui faire croire que je suis un ancien amant de mon amie et qu’elle est mariée. tout est fini entre nous mais tout de même, les braises sont encore chaudes. Vous allez comprendre pourquoi. Voyez-vous, nos amis politiques nous expliquent à tout bout de champ que le méchant Internet permet l’anonymat pour faire toutes sortes de choses répréhensibles. Il importe de leur démontrer par un exemple rigolo que en fait, non, pas tellement.

Je réponds donc :

Ecoutes, après tout ce qu’il y a eu entre nous, ne sois pas gênée. Tu
sais bien que je ferais n’importe quoi pour toi. Je peux très bien
t’envoyer 10.000 ou 20.000. J’ai vendu ma voiture 24.000. Donc ça me
laisse encore de quoi tenir plus que le mois. Quand rentres-tu ?

D’une part, je lui laisse entendre que je suis une proie de choix avec 24.000 euros en poche, d’autre part, je lui fais comprendre que je suis très attaché à cette amie.

Mais le petit poisson reste accroché à son rocher à 2500 euros. Soit…

Lançons le piège :

OK.

Je sais que l’on ne doit pas reparler du passé, mais je t’ai quand même
mis un message ici :

http://www.kitetoa.com/c.html

C’est discret et comme ça, ça ne passe pas par les mails. Ton mari ne
risque pas de tomber dessus.

Je pars à la Poste dès que j’ai fini ce que je suis en train de faire

Bises

Suivent deux trois banalités, le petit poisson me rappelant que La Poste ferme dans 20 minutes, me proposant une alternative abracadabrantesque :

J’ai besoin de cette somme aujourd’hui.D’ici il m’est quasiment
impossible d’accéder à mon compte bancaire.Mais il me reste toujours ma
carte prépayé PCS Master-Card qui est sans provision. Il faudra donc te
rendre chez le buraliste ou dans un kiosque à tabac le plus proche et
acheter des recharges PCS Master-Card à hauteur de 2500€ ensuite me
faire parvenir chaque code de rechargement. Je rechargerai ma carte à
l’aide de ces différents codes et me rendrai au distributeur le plus
proche.

Et de mon côté, je vais faire un tour dans mes logs, pour voir si le poisson a mordu :

cat logzdeouf.log | grep c.html

Bingo :

41.207.3.128 - - [16/Aug/2016:17:44:41 +0200] "GET /c.html HTTP/1.1" 200 405 "-" "Mozilla/5.0 (Windows NT 6.1; rv:11.0) Gecko/20100101 Firefox/11.0 CometBird/11.0"
41.207.3.128 - - [16/Aug/2016:17:48:23 +0200] "GET /c.html HTTP/1.1" 304 - "-" "Mozilla/5.0 (Windows NT 6.1; rv:11.0) Gecko/20100101 Firefox/11.0 CometBird/11.0"

Il reste à identifier l’endroit d’où notre petit poisson tente de nous arnaquer de 2500 euros :

abidjan

Roooh…

Bon, je lui ai renvoyé un mail aujourd’hui en lui demandant s’il avait bien reçu les fonds. Bien entendu, si cette conversation débile devait continuer, je ferais un update ici-même…

Comment atomiser du béton armé

mercredi 17 août 2016 à 19:40

DSC00669bisTous les symboles ont volé en éclat dimanche dernier dans la Meuse. Une foule joyeuse de 400 personnes a exécuté avec brio un permis de détruire collectif, décidé la veille, pour abattre près d’un kilomètre de béton armé qui encageait le bois Lejuc, une forêt de la commune de Mandres-en-Barrois. Comme Reflets vous l’a déjà raconté, ce bois est convoité par l’Andra, le croque-mort de l’industrie nucléaire, qui envisage d’y creuser une tombe millénaire pour dissimuler les déchets radioactifs les plus toxiques.

Cette vaste action de sabotage collectif – à peu près un millier de pans de mur en béton armé fracassés, la facture s’annonce salée – n’avait pas besoin d’une quelconque légitimité pour être exécutée. Mais le 1er août, des assos anti-nucléaires et des habitants de Mandres ont obtenu du tribunal de Bar-le-Duc une ordonnance de référé que les bétonneurs de l’Andra garderont longtemps en travers de la gorge. « Avec la chute de ce mur, ce n’est pas seulement un symbole de la violence et du passage en force de l’Andra qui est tombé ; c’est aussi la chape de plomb de la fatalité et de la résignation qui s’est fissurée », se félicitent les opposants.

 

Avant... Après...

Entre le 19 juin et le 7 juillet, les militants ont occupé une parcelle de ce bois de 230 Ha, bois qui avait été déjà partiellement dévasté pour construire un chemin de ronde et le fameux mur en béton. En occupant les lieux, ils ont pu constater un défrichage sauvage qui ne respectait pas le Code forestier et ont donc attaqué l’Agence en justice. Grande première depuis 20 ans, dans une région où l’Andra agit sans entraves, la décision de justice a donné raison aux anti-nucléaires, exigé l’arrêt immédiat des travaux et une « remise en état » de la forêt dans un délais de six mois. Remise en état qui comprend la « suppression (…) de l’empierrement et de la clôture en murs en béton – au vu de l’importance de son emprise (…) ». En mettant à bas les pans de béton, la joyeuse troupe a tout simplement aidé l’Agence à « remettre le site en l’état ».

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Ce jugement est une demi-victoire, puisque l’ordonnance précise d’emblée que l’Andra pourra s’affranchir de ses obligations si elle obtient du Préfet une « autorisation exécutoire de défrichement », ce que le Préfet s’est empressé de faire, au garde à vous, même si ces actes administratifs seront vitre contestés par les opposants.

Il était en effet symbolique, ce mur de la honte. Le symbole d’une forêt que l’Andra prétendait « protéger » avec un mur en béton, structure officiellement « démontable » (la preuve! un vrai château de cartes…). Protéger de qui? Des manants, bien entendu, les opposants ayant appelé plusieurs fois à « libérer » le bois et à le vider des engins de chantier. Un chantier justifié par des « forages géotechniques », de simples trous voyons, alors que le centre d’enfouissement, Cigeo de son petit nom, n’est pas du tout officiellement lancé. Certes, il a été autorisé par une loi expresse votée au mois de juillet. Mais la déclaration d’autorisation de ce chantier à 40 milliards n’est pas du tout encore effective. Les « travaux » du bois Lejuc n’en étaient donc pas moins insupportable pour les opposants à la poubelle nucléaire.

DSC00678bisL’Andra a toujours agi en toute impunité, tranquille, sans faire de vagues, évitant de paraître brutale ou expéditive dans ses décisions, avec toujours en tête la volonté de faire accepter délicatement son emprise à toute la population. Et bien une sérieuse cellule de crise a du se mettre en branle, en plein été, pour savoir comment réagir à la décision du TGI de Bar-le-Duc, qui lui a infligé sa première baffe judiciaire. D’ordinaire, dès que la communication de l’Agence prend des airs de guerre de tranchées, elle ne publie rien. Elle se contente de répondre à la presse directement, de façon calme et posée. Cette fois-ci, elle a été obligée de publier, le 5 août, une bafouille pitoyable (qu’il faut aller chercher dans l’espace presse, et pas dans les « actualités ») :

L’Agence reconnait une erreur d’appréciation concernant la nature des travaux de défrichement entrepris au Bois Lejuc. Ces travaux ont été réalisés pour sécuriser ce site dont elle est propriétaire et protéger les salariés qui y travaillent, suite aux dégradations et actes de malveillance commis par les opposants au projet Cigéo. L’Andra n’exclut pas de reprendre les travaux de pose de la clôture dans les prochains jours. Ces travaux, qui seront effectués sans défrichement supplémentaire, sont indispensables pour empêcher tout nouvel acte de malveillance sur la propriété de l’Andra. Initialement, l’Andra ne souhaitait pas avoir à clôturer le bois Lejuc, et n’a jamais eu à mettre en place un tel dispositif de sécurité.

Son arrogance ne s’arrête pas là. Un ancien agent de l’Office national des forêts (ONF) de Lorraine, qui connaît donc bien la région et s’est baladé dans le bois de Mandres à de nombreuses reprises ces dernières semaines, affirme qu’il a remarqué une nouvelle saignée de plusieurs mètres de large, sur toute la largeur du bois. Une saignée qui se serait effectuée après le jugement du 1er août. Pourquoi se gêner? Déjà, lors d’une précédente manif de « réoccupation », le 16 juillet (après l’expulsion du premier siège), les méthodes de l’Andra ont éclaté au grand jour, devant les journalistes qui commencent à changer de bord : milices privées composées d’ancien légionnaires appelées à « sécuriser » le bois à l’aide de manches de pioches et de barres de fer. Le tout pour laisser aux gendarmes mobiles – il y avait au moins 10 fourgons retranchés dans le laboratoire de l’Andra à Bure dimanche dernier – le rôle du « bon flic », laissant aux nervis le soin de terroriser et de frapper dans le tas.

Stopper la poubelle de Bure n’est pas seulement une évidence scientifique – comment s’assurer de la pérennité d’un terrain géologique sur plusieurs milliers d’années ? C’est aussi la réponse à une énorme escroquerie intellectuelle que la sagesse populaire a eu vite fait d’enterrer. Mettre les déchets sous le tapis, c’est aussi enterrer le débat politique sur la pérennité du programme nucléaire. La meilleure manière de gérer les déchets, c’est d’abord d’arrêter d’en produire. Et une solution s’avèrerait particulièrement pédagogique : obliger toutes les centrales à stocker leurs déchets sur site, et en surface. Tous les déchets, y compris les blouses, gants, équipements ou matériel divers faiblement contaminé, et qui sont ensuite dissimulés ailleurs, notamment dans le centre de stockage de l’Andra à Soulaine (Aube), tous, y compris les produits de fission (dont le plutonium nocif pendant des millions d’années), et les barres d’uranium usagées qui partent en stage de « recyclage » à la Hague (le centre de « retraitement » d’Areva dont les piscines de refroidissement débordent…). Tous les résidus stockés à côté des réacteurs, créant un monticule visible de tous, qui augmenterait de volume presque à l’œil nu, voilà la solution finale que l’on peut souhaiter à la filière atomique. Comment imaginer ensuite que les riverains, soumis et résignés à l’ordre nucléaire depuis qu’on leur ressasse les sornettes sur « l’indépendance énergétique de la France » (avec une technologie made in USA et de l’uranium pillé au Niger…), ne se rendent pas compte de sa nuisibilité? Oui, gérer les déchets sur site et sans les enfouir retournera l’opinion comme une crêpe. On comprend alors que la solution de l’enfouissement sur un site unique soit privilégié par les amoureux de l’atome tout puissant.

DSC00653bis Le cortège au départ de Mandres Le cortège au départ de Mandres DSC00667bis DSC00662bis Avant... Après... DSC00664bis DSC00681ANON Stelles en pagaille DSC00669bis DSC00678bis DSC00685bis DSC00675bis DSC00682bis DSC00687bis La barricade de l'entrée du bois

France 2016 : bienvenue en algocrature ?

mercredi 17 août 2016 à 15:41

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La gouvernance algorithmique, aussi appelée algopolitique, est un nouveau mode de gestion de la société , une nouvelle manière de traiter la vie démocratique. Cette récente gouvernance politique — qui ne se nomme pas — possède de nombreux aspects inquiétants facteurs de mutation sociétale,  aspects étonnamment « non discutables » et non discutés.

Le débat sur l’algopolitique n’existe pas, puisque ces outils numériques d’aide à la décision, à l’administration, à la gestion, à la sécurisation, à la prévention, à la prédiction, se sont installés dans un premier temps illégalement, en mode furtif et au final depuis peu, sous forme déclarative : « Ces outils existent, nous en avons besoin, ils sont une aide, nous les utilisons » expliquent les responsables politiques, quand ils daignent en parler. Point.

L’ « algocrature » qui survient par la mise en place de ces outils — couplés à une mise entre parenthèse de l’état de droit — modifient de façon indéniable la vie en en société et génèrent un nouveau système politique que personne ou presque ne nomme, ni n’envisage. Un nouveau contrat social en en train de survenir, mais non-négocié. Définition, analyse et réflexions sur l’algocrature française en cours de constitution.

Démocratie et dictature : démocrature

La contraction des deux termes démocratie et dictature permet de nommer cette gouvernance hybride : la démocratie (comme système politique déclarée) et la dictature (comme gestion quotidienne administrative, à certains niveaux). L’alliance des deux régimes — dictature et démocratie — dans un seul, a été définie par le terme de démocrature.

De façon synthétique, la démocrature est une démocratie qui conserve ses attributs d’origine basés sur les élections, la pluralité politique et la liberté d’opinion, ou d’information, mais qui a intégré dans son fonctionnement plusieurs attributs de la dictature.

L’exemple français — une démocrature « en cours de constitution », puisque personne n’ose encore appliquer cette terminologie à la patrie des Droits de l’homme — est très parlant : la liberté d’information et d’opinion y sont toujours en place, mais de façon partielle. De nouvelles lois sont venues les limiter : un site internet déclaré « terroriste » (ou déclaré comme faisant l’apologie du terrorisme) par l’administration peut être fermé à tout moment, comme en Chine. Un site qui a été déclaré « terroriste » mais qui n’a pas été fermé par l’administration peut transformer le citoyen qui le consulte en criminel passible de prison (2 ans ferme dans le cas de cet internaute). Comme dans n’importe quel régime policier.

De la même manière qu’au sein d’une dictature, l’Etat français s’est réservé le droit d’enfermer administrativement des opposants politiques, des citoyens contestataires, sans juge judiciaire, et ce, tant que l’état d’urgence qu’il a déclaré, perdure. Les militants écologistes de la Cop21 ont été un exemple frappant ce ce nouveau modèle « judiciaire ». La police, les services de renseignements, en démocrature française, ont des possibilités plus étendues qu’avec le système purement démocratique : ils peuvent intervenir à tout moment, à tout endroit, pénétrer les domiciles en défonçant les portes, arrêter tout citoyen considéré comme suspect par les services de renseignement, sans aucun contrôle d’un juge judiciaire. Comme en dictature.

Ce régime politique hybride, mis en place par étapes, qui justifie son existence par le danger terroriste, est pernicieux à plusieurs titres. Le premier est qui’il reste invisible pour une majorité de la population — celle qui ne correspond pas aux critères de dangerosité terroriste établis aujourd’hui — et le second, qu’il parvient à légitimer aux yeux des citoyens, des actes, procédures, comportements et attitudes de l’Etat, de ses fonctionnaires, absolument anti-démocratiques et donc liberticides.

La démocrature est mouvante, glissante, s’adapte en permanence aux événements, avec plusieurs constantes : les libertés individuelles ne sont plus centrales, l’indépendance judiciaire est mise entre parenthèses sur ordre du politique, qui finalement applique le vieil adage : « la fin justifie les moyens ».

Algocrature : le machine learning au service de la bureaucratie

Cette nouvelle forme de gouvernance qui conserve à la fois la vitrine démocratique, mais s’offre — quand le besoin s’en fait sentir — les moyens des dictatures, doit contrôler, surveiller le maximum de domaines avec la discrétion la plus absolue. Les raisons de ce contrôle maximal sont évidentes dans ce cadre particulier de gestion politique et administrative, quant à la discrétion elle est liée à l’obligation de conserver l’apparence de l’ancienne société, la « démocratie ».

Une démocrature met en avant en permanence ses attributs démocratiques et cache autant qu’elle le peut ses « facultés » tirées de la dictature. Parvenir à donner le change demande donc des outils puissants, centrés sur l’information. Les algorithmes traitant les big data au sein de systèmes de type « machine learning » sont là pour ça. Une algopolitique en démocrature donne une « algocrature ». L’administration, en algocrature, agit donc algorithmiquement dans la majorités des domaines qu’elle doit traiter. Pour contrôler et encadrer les citoyens et les rassurer dans le même temps sur ses « bonnes intentions ».

Il est crucial de comprendre quels outils peuvent être utilisés, pour capturer l’information qui circule sur les réseaux, depuis les systèmes à base de DPI d’Amesys, ou de Qosmos, comme de la présence d’une architecture de sondes d’interception des communications nationales nommé IOL, jusqu’aux aux boîtes noires, en passant par les IMSI catcher. Mais pour imaginer ce que peut faire une « presque algocrature » française avec, il faut aussi observer les possibilités de traitement des informations récoltés par les systèmes en place, ou à venir.

Croire que le sujet de la surveillance [en algocrature] se situe entre la surveillance de masse et la surveillance ciblée, comme de nombreux « experts », et autres journalistes « spécialistes » continuent à l’entretenir, est une erreur. Le problème ne se situe pas à ce niveau là, pour plusieurs raisons assez simples. L’affaire Snowden a lancé ce débat (massif/ciblé) à cause de la réponse de quelques responsables des services de renseignement français estimant pratiquer « la pêche au harpon » tandis que leurs homologues américains seraient eux dans « une pêche au chalut ». Le fond de ce débat est pourtant sans objet : le but de l' »écoute » numérique, de la capture de données à des fins de surveillance (mais qui peut servir aussi à la prédiction, l’anticipation, la gestion) dans des grands pays tels que la France (à l’architecture réseau décentralisée), n’est pas de procéder à un traitement des communications des millions d’utilisateurs d’Internet à l’échelle du territoire.

Le but d’une écoute administrative est de pouvoir, grâce aux seules données de connexion (sur les métadonnées : lire « Surveillance : le hamster qui mangeait des spaghetti ») — qui ne peuvent être chiffrées pour une bonne partie d’entre elles — créer des modèles. C’est à partir de cette statistique issues des métadonnées (une journée de données de connexion d’un utilisateurs ne représente que quelques centaines d’octets) que le ciblage plus précis peut se créer, et pourquoi pas, de « l’écoute profonde » des communications. Mais sur certaines cibles détectées automatiquement ou choisies dans un lot trié par des algorithmes. Les fameux signaux faibles. Rien n’est donc plus absurde que de continuer à se questionner sur la capacité de la France à pouvoir « surveiller massivement » sa population, ou au contraire à ne pratiquer que de la « surveillance ciblée ».

Les sondes d’écoutes obligatoires légales (IOL) sont là pour nous rappeler que, techniquement, l’interception des flux de données transitant à l’échelle nationale est possible (même si les journalistes experts du sujet n’en parlent pas : parce que cette infrastructure n’a pas été dévoilée par leurs employeurs ou par les médias qu’ils estiment de référence ?).

24h des métadonnées des 40 millions d’utilisateurs d’Internet en France ne représente que quelques téraoctets…

En réalité, l’administration française traite (ou soustraite) autant de métadonnées qu’elle le peut pour constituer les meilleurs patterns possibles, puis met sous écoute ciblée ceux qui en découlent, ou ceux que ses moyens lui permettent d’écouter. Les services de renseignements, en fin de compte, en alimentant ce débat sur « le massif vs le ciblé » ont créé un rideau de fumée très pratique pour ne pas parler du fond du sujet, qui n’est pas la « surveillance » des communications en tant que telle, mais… l’algopolitique. Si le data mining, le deep learning ont un sens pour les journalistes, il est temps qu’ils sortent de leur vision de série américaine avec des milliers d’agents des services en train de lire et écouter des conversations sur leurs ordinateurs — stockées sur des ordinateurs géants

La société du traitement statistique des risques et de la prédiction algorithmique n’est pas une dystopie futuriste, elle est déjà en train de se mettre en place. Sans l’accord ou la participation des citoyens, ce qui pose des problèmes importants. Voyons donc comment peut fonctionner cette algocrature concrètement, et comment, si personne ne la conteste, ne tente de la stopper, elle pourrait changer de façon significative notre société, et par ricochet notre quotidien.

Vision statistique et mathématique de la société

Les domaines dans lesquels le traitement algorithmique est possible ne sont limités que par une seule chose : les données disponibles. La data est au cœur de l’algocrature, et surtout la big data. La méga-donnée. Ce qui tombe bien, puisqu’en 2016 « la dématérialisation d’à peu près tout » est poussée dans ses extrémités, parfois les plus absurdes. Tout doit être « immatériel » (selon la terminologie souvent usitée par les politiques), c’est-à-dire traduit en bit de données, absolument tout. Jusqu’à l’électricité qui circule dans votre habitation, vos déclarations d’impôts, votre correspondance, vos échanges téléphoniques, vos achats, vos lectures, vos loisirs, vos déplacements, bientôt votre état de santé : tout.

C’est à partir de ce moment précis de la traduction en données numériques de la quasi totalité des échanges, activités des êtres humains que l’algocrature peut commencer à se mettre en place. Le principe de départ est simple, il réside dans un traitement statistique d’un ensemble. Des machines absorbent des quantités de données les plus importantes possibles (en fonction de leur objectif) et leurs algorithmes spécialisés pratiquent une reconnaissance des formes. Ils établissent une tendance, une similarité dans un chaos apparent d’informations.

Par exemple, la bureaucratie peut savoir quel est le comportement moyen des individus sur Internet dans un secteur géographique précis comme, disons, la Seine-Saint-Denis. En récoltant les données de connexion des Internautes de ce département sur quelques jours, une régularité va ressortir : heures de connexion, temps écoulé en ligne, type de connexions (types de réseaux sociaux pratiqués, utilisation des mails,de l’irc, consultation de sites internet, adresses IP source et destinataire, etc langue utilisée, quantité de données échangées…) Le but d’une telle récolte de métadonnées n’est pas la connaissance des comportements individuels, ou le contenu de leurs échanges, mais bien la construction d’un modèle, une forme standard établie grâce à l’ensemble des données récoltées et qui peut alors se visualiser graphiquement /cartographiquement de la manière la plus simple qui soit : cercles de couleur, lignes, nuage de points, etc…

Une fois la reconnaissance de forme effectuée, et les tendances générales établies, la seconde partie, la plus intéressante pour une administration, survient alors : la détection d’anomalies. Des irrégularités peuvent immédiatement être mises en avant par l’algorithme. Tous ceux qui ne suivent pas la tendance générale vont apparaître. Ceux qui se connectent par exemple à des heures différentes de la moyenne, qui utilisent plus un type de service que d’autres, passent plus de temps sur certains sites que le reste, utilisent une langue différente, (comme l’arabe), surfent sur des sites étrangers, chiffrent leurs communications, etc…

Il est bien entendu possible instantanément de produire des types de « datavizualisation » différents en fonction de critères précis : dévoiler seulement tous les internautes qui surfent tard la nuit, en langue arabe. Ceux qui se connectent aux même heures, et ouvrent des sessions sur les mêmes applis… Mais la régularité de l’ensemble, créée au départ par l’algorithme modélisateur permet surtout de dévoiler les irrégularités de façon automatique, et les algorithmes « apprenants » actuels n’ont pas besoin qu’on leur donne des indications : ils « savent » s’adapter et recouper de nouveaux types de comportements, tirer bénéfice de nouvelles données en fonction de la tâche de départ qui leur a été assignée. C’est ainsi que fonctionne la « boîte noire chasseuse de djihadistes » (pas encore au point, paraît-il, mais bientôt en déploiement). Tout comme l’algorithme prédictif commandé par la gendarmerie française, qui doit indiquer où et quand les prochains cambriolages doivent survenir.

Le pouvoir politique déjà soumis au règne de l’algorithmie

En 2016, l’Etat français se vante déjà d’utiliser l’algorithmie et les big data, pour « améliorer le fonctionnement collectif, garantir plus de sécurité, économiser les budgets publics ». La chasse aux fraudeurs sociaux via les algorithmes a commencé, la reconnaissance faciale a été testée, la détection des comportements terroristes ou de radicalisation sur Internet, etc (Lire l’article : « Nous vous scrutons, bien que ce ne soit pas vous la cible« ). Combien de domaines sont déjà sous gestion algorithmique ? Jusqu’à quel point la liberté de l’individu peut-elle rester compatible avec un traitement statistique et mathématique des comportements par l’administration ? Le Darpa (Département de recherche technologique de La Défense américaine), ne s’embarrasse pas de précautions puisqu’il fait la publicté de ses systèmes de détections d’anomalies au public américain avec son programme Adams : Anomaly Detection at Multiple Scales  sans aucun complexe.

Les responsables politiques actuels ont, en 2016, fermement établi une nouvelle règle implicite mais centrale pour justifier leurs actions : ils ne gouvernent plus, mais gèrent le pays. La différence entre gouvernance et gestion est très importante et directement reliée à l’algocrature en cours de constitution. Gouverner politiquement un pays c’est avant tout soumettre à une population un projet, basé sur une vision de la société. Gouverner c’est se donner les moyens d’atteindre — au moins partiellement — l’objectif que l’on a soumis à la sagacité des électeurs. Gouverner est mettre en œuvre des idées, des idéaux. A l’inverse, gérer ne requiert aucun idéal politique, ni idées à accomplir : gérer un pays, une société est une activité quotidienne technique. Technocratique dans le cas d’un gouvernement. La gestion requiert des outils, et des techniciens qui les utilisent afin d’optimiser toutes les activités censées être optimisées, maintenues.

Quoi de mieux, dans une société technocratique dont les gouvernants sont des gestionnaires, que la modélisation statistique ? Qu’elle soit prédictive ou non, l’application des théories mathématiques dans le traitement des données à des fins statistiques ou de contrôle, est le rêve de tous les individus de pouvoir. Les sensations de maîtrise, de vision globale, de capacité à anticiper, stopper les évènements défavorables qu’offre l’algopolitique sont grisantes pour le politicien en charge des affaires : un problème trouve toujours une réponse directe que la statistique et l’observation des formes générales couplée à la détection des anomalies font surgir.

Il est ainsi probable que dans un futur très proche, nos vies soient entièrement traitées et analysées, voire accompagnées par l’agorithmie, et contrôlées administrativement. Les véhicules autonomes (donc géolocalisés) vont se généraliser, tout comme les calculs de vitesse de nos déplacements routiers par caméra (pour ceux qui seraient encore avec des véhicules anciens), les objets connectés les plus anodins renverront des informations sur nos modes de vie, les assurances calculeront automatiquement les montants de nos cotisations en fonction de nos données médicales.

Nous laissons tous une empreinte numérique unique, et le machine learning — en perpétuelle amélioration  — au service de la gestion administrative du pays, ne peut que pousser les responsables  politiques à les utiliser de plus en plus. Au point que chacun d ‘entre nous ne sera plus, au final, qu’une partie d’une forme générale, une tendance ou… une anomalie scrutée de façon intrusive et invisible. Que fera l’administration des anomalies déclarées « dangereuses » ?

Au delà de toutes les problématiques concrètes en termes de liberté et de droit à la vie privée, de droit à la confidentialité, gardons à l’esprit que nos activités et nos comportement traitées par les systèmes « intelligents », même anonymes, nous transforment — dans tous les cas — d’individus, de sujets, en une vulgaire matière statistique binaire. Une partie du code. Un point sur une carte. Un numéro.

Bienvenue en algocrature.

(Prochainement : petit tour des outils et des projets d’algopolitique appliquée en algocrature)