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Coucou, c’est moi, la crise financière, je suis de retour…

vendredi 30 septembre 2016 à 20:59

banker-smallLe spectre d’un retour en 2008 est à nos portes. Ça ne date pas d’hier, nous en avons parlé à de multiples reprises ici même. Mais cette fois, ça se précise. Vous avez dû le lire ces derniers jours, la Deutsche Bank est dans une situation catastrophique et en plus, les Etats-Unis veulent lui imposer une amende de 14 milliards de dollars, ce qui l’achèverait quasi-instantanément. Bien entendu, ce ne serait pas la première banque à faire faillite, mais il se trouve que celle-ci est énorme. Et comme vous le savez désormais, il existe un truc magique pour les banquiers. Lorsqu’une grosse banque s’est complètement plantée, soit en raison de l’incurie de ses dirigeants, soit parce qu’elle a réalisé des opérations douteuses ou trop dangereuses et qu’elle a perdu, elle prononce la phrase magique : « risque systémique ». Du coup, les Etats contribuables la renflouent. C’est probablement le seul secteur économique à bénéficier de cette carte magique qui marche à peu près à tous les coups. L’ironie de l’histoire, c’est que ce sont ceux-là mêmes qui exercent les plus grosses pressions sur les gouvernements pour obtenir leur désengagement et une auto-régulation qui font le plus appel à nos porte-monnaies. Dans le cas de la Deutsche Bank, elle est particulièrement systémique. En cas de faillite, ce serait tout le système bancaire européen qui souffrirait, et par rebond, ceux des autres grandes puissances régionales. In fine, l’économie mondiale souffrirait sans doute sévèrement.

Mais que s’est-il passé ? N’avait-on pas tiré les leçons de 2008 ? La crise des subprimes, suivie de la crise de la dette, n’avait-elles pas mis un terme à la spéculation la plus incongrue, n’avait-on pas encadré les bonus des banquiers ? N’avait-on pas réformé le cadre dans lequel elles évoluent ?

La réponse est non.

Tous les affreux anarcho-communistes (le système aime bien ce type d’argument pertinent pour désigner ses contradicteurs) le crient sur tous les toits depuis 2008, mais personne n’écoute au sein du système : ni les politiques, ni les industriels, ni le secteur de la finance.

Pour comprendre les détails et savoir comment on en est arrivé là, vous pouvez lire le résumé fait par Mediapart ou aller lire les articles publiés sur le toujours excellent Zerohedge (un peu plus technique mais plus détaillé).

La chute éventuelle de la Deutsche Bank est un casse-tête pour tout le système financier, mais surtout pour les gouvernements et les banques centrales.

Comment sauve-ton le soldat Deutsche Bank quand on s’est lié les mains ?

Tout va très bien madame la marquise…

On peut commencer à s’inquiéter quand Christine Laboulette Lagarde se met à parler d’un sujet pour dire que tout va bien. La pire économiste du monde vient de nous gratifier d’un magistral :

« Deutsche Bank is a systemic important player in the global financial system.

But, is on a solid base currently, and we are not at a stage in which I see the need for a government intervention. »

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Ce qui, pour les initiés confirme que la situation est grave. Les initiés le savent d’ailleurs depuis des mois et la majorité tente de sauver ses investissements, ce qui précipite la chute du titre en bourse et fait fondre les fonds propres de la banque comme neige au soleil. Le cours de la banque allemande a plongé comme jamais et il est aujourd’hui nettement en dessous de ses niveau aux pires moments de la dernière crise. Sa capitalisation boursière a fondu d’un quart en moins d’un mois… On notera également que la banque est engagée sur des produits dérivés à hauteur de 42 000 à 60 000 milliards de dollars, selon les estimations. Une paille.

Allez, un petit chiffre pour mettre en regard de tous ces milliards très « virtuels », celui du produit intérieur brut (PIB) européen en 2015. Il s’est établi à 16 229 milliards de dollars. Si vous avez une idée pour éviter un effet Titanic pour la zone euro en cas de défaut de la Deutsche Bank, merci d’écrire à Christine Laboulette Lagarde et aux dirigeants européens qui continuent de jouer tranquillement de la musique sur le pont du paquebot.

Tu t’es vu quand t’as Chypré ?

Mais revenons aux méthodes de sauvetage… Angela Merkel, prise dans ses contradictions a dit publiquement que l’Etat allemand ne serait pas un payeur en dernier ressort. En clair, pas d’intervention étatique. Déclaration qui n’a pas aidé la banque, les marchés craignant désormais le pire. Mais ce n’est pas tout. Angela Merkel est prisonnière de choix précédents.

En avril 2013, l’Europe décide de « sauver » Chypre, nouveau domino qui tangue dangereusement. Mais cette fois, Bruxelles, en plus des fameux plans d’austérité décide que le coup du sauvetage des banques doit inclure… Les déposants. Au delà de 100.000 euros, leurs avoirs participeront au renflouement des banquiers qui ont planté leur établissement. C’était une nouveauté qui risquait fort de miner la confiance, la matière première des banquiers. Mais… Cela concernait Chypre. Un tout petit pays, éloigné, perdu au fond de la Méditerranée. Le monde financier ayant une capacité incroyable pour masquer la réalité s’est dit en rigolant du sort des chypriotes que finalement, cela ne risquait pas d’arriver dans un pays aussi fort que… L’Allemagne. Le géant économique européen ne pouvait être touché, pas plus que la France, par exemple. Nous, nous avons des banques solides. C’est bien connu.

Oui, mais non.

Comment Angela Merkel et ses amis pourraient ils continuer de justifier ce qui a été fait pour Chypre et refuser cette solution pour la Deutsche Bank?

D’autant plus que la Cour de justice européenne vient de rendre un arrêt très intéressant et étrangement passé complètement inaperçu.

Le 20 septembre, elle a confirmé le rejet de recours en annulation et en indemnité (détails ici) d’investisseurs ou déposants mauvais coucheurs concernant la restructuration du secteur bancaire chypriote. Sur le mode « un peu responsables, mais pas coupables vu que c’est pas elle, c’est l’autre », la Cour a renvoyé dans leurs cordes ceux qui trouvaient que quand même, se faire plumer par une baque qui a planté tout le monde, c’était un peu exagéré.

On voit d’ici les responsables politiques français et ceux du secteur financier expliquer dans le sillage de Christine Laboulette Lagarde qu’il n’y a aucune inquiétude à avoir pour la France.

Oui, mais non.

La Deusche Bank étant ce qu’elle est, une catastrophe aurait des effets très probables sur les systèmes bancaires et les économie de plusieurs pays. Dont la France, l’Italie (le maillon faible de toujours), l’Espagne…D’autant que très vite, les investisseurs (les investisseurs institutionnels, ou les zinzins, dans le jargon de la finance) s’intéresseraient à la Commerzbank, au Crédit Suisse, Barclays… Toutes en pleine forme…

Qui sait ?

Et bonne année 2017, vos dirigeants politiques vous protègent.

Bush, Blair et Sarkozy ont dynamité la planète : qui doit payer ?

mercredi 28 septembre 2016 à 09:48

C’est en visionnant de nouveau Farenheit 9/11, hier, qu’une évidence — déjà traitée dans nos colonnes — m’est revenue en pleine face : le monde a été dynamité par trois ou quatre chefs d’Etat des plus grandes puissances occidentales, et depuis, rien n’est plus comme avant. Une somme de problèmes inextricables et profonds qui mine toutes les sociétés (développées ou non) est liée à cette guerre totale, injuste et monstrueuse qui a été activée par quelques faucons corrompus à la solde de multinationales de l’armement ou de l’énergie à la suite des attentats du World Trade Center en 2001.

Le djihad mondial est une réaction aux deux guerres fabriquées par les Etats-Unis d’Amérique, le Royaume-Uni et la France : celle d’Irak, puis celle de Libye. Le terrorisme de masse est le fait, en premier lieu, de ces 3 pays occidentaux, qui ont massacré des centaines de milliers de personnes, torturé, et détruit ces pays sans raison et sans commune mesure dans l’histoire.

C’est cette  histoire machiavélique que raconte Michael Moore, et si un documentariste sérieux et courageux suivait ses traces en France, le résultat serait similaire avec la Libye.

Tony Blair est le seul à être attaqué en justice, à la Cour pénale internationale, pour avoir entre autre menti à la nation à propos de l’intervention en Irak. Malgré la plainte du barreau d’Athène à son encontre suite à la publication du rapport Chilcot, et une autre enquête du bureau du Parquet de la CPI, il n’est pas certain que Tony Blair soit vraiment inquiété. Le rapport Chilcot fait pourtant état de « crimes de guerre », « crimes contre l’humanité » et « actions de génocide »…

Visionner Farenheit 9/11 aujourd’hui, en 2016 — avec les lois sur le renseignements, le terrorisme, avec l’état d’urgence, la déliquescence du système politique français — est un exercice très intéressant. Ce documentaire éclaire avec un brio certain le « pourquoi » de la situation dans laquelle nous sommes — tous — plongés.

(Si la vidéo ne s’affiche pas ci-dessous pour diverses raisons de paramétrages de navigateur, vous pouvez la visionner ici : https://vimeo.com/16049739)

Farenheit 911 from FoxMulder 2012 on Vimeo.

Sarkozy et les millions libyens : l’ultime vérification de l’état de la France

mardi 27 septembre 2016 à 13:45

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Nos collègues de Mediapart continuent leur travail d’enquête sur le soupçon de financement (de 50 millions d’euros) de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy par le pouvoir libyen, en 2007. Le dernier rebondissement en date, alors que Claude Guéant — plus proche collaborateur de l’ex président français — a déjà été mis en examen pour « blanchiment de fraude fiscale », « faux » et « usage de faux » (pour avoir touché 500 000€ d’un fonds offshore de l’Etat libyen) est la découverte d’un carnet. Mais pas n’importe quel carnet, puisque c’est celui du défunt chef du gouvernement puis ministre du pétrole libyen, Choukri Ghanem. Celui-ci avait pour habitude d’y rapporter de nombreuses choses, dont les contenus des réunions avec  les personnes d’influence du régime libyen de l’époque. Ce carnet apporte donc à la justice française un éclairage très précis sur cette affaire…

Des millions que Sarkozy veut « très vite »

Cette réunion, du 27 avril 2007, retracée par le carnet de Choukri Ghanem indique que Bachir Saleh (gestionnaire d’un fonds souverain), a versé 1,5 millions d’euros à Nicolas Sarkozy, mais que d’autres caciques du régime comptent bien faire la même chose.

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Selon l’article de Mediapart ce sont 5 millions de plus qui doivent être transférés au futur chef de l’Etat français entre les deux tours de la présidentielle :

« 3 millions envoyés par Saïf al-Islam Kadhafi et 2 millions par Abdallah Senoussi, chef des services secrets intérieurs libyens et beau-frère de Kadhafi. Soit un total de 6,5 millions d’euros qui auraient été versés, selon les écrits de Choukri Ghanem, en pleine campagne électorale au clan Sarkozy »

Il semblerait que ceux qui devaient toucher ces fonds étaient très impatients et demandaient avec insistance quand ceux-ci seraient versés. L’impatience, ce vilain défaut qui caractérise certains chefs d’Etat…

Petit meurtres entre amis ?

L’affaire du financement libyen de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy ne s’arrête pas là. Et Mediapart de rappeler que le lendemain de la révélation du document indiquant l’accord de principe de  50 millions versés par Kadhafi et son entourage pour financer la campagne de Nicolas Sarkozy, le 29 avril 2012, Choukri Ghanem meurt très bêtement à Vienne, en Autriche. Le pauvre homme, réfugié là-bas après la guerre de Libye déclenchée par le même Sarkozy en 2011, s’est noyé dans le Danube suite à une crise cardiaque. Vraiment trop ballot. Il faut dire aussi qu’aller barboter dans le Danube en pleine nuit avec un cœur « fragile », ce n’est pas très malin.

Il y eut quand même quelques soupçons de meurtre, mais vite balayés par la police autrichienne qui a conclu à la noyade accidentelle, tandis que les proches de Choukri Ghanem continuent, eux, à n’en pas démordre et affirment qu’il a été assassiné.

Le petit carnet qui peut démontrer l’état de la France…

Ce carnet a été trouvé lors d’une perquisition effectuée aux Pays-Bas — en lien avec une gigantesque affaire de pots-de-vin norvégienne impliquant Choukri Ghanem — et la justice norvégienne a eu la bonne idée de le communiquer à la justice française. Il y aurait beaucoup de choses compromettantes pour le pouvoir français dans ce carnet. Et ce que Mediapart décrit du carnet amène un éclairage tout à fait différent que le story telling sarkozyste au sujet du financement libyen, des « balivernes » fabriquées après l’intervention militaire de 2011, juste pour se venger de Nicolas. Sauf que visiblement, non.

Le carnet de Choukri Ghanem date de 2007, période qualifiée de « lune de miel » entre la France et Khadafi par un ambassadeur américain de l’époque. Il confirme parfaitement tout ce qu’a révélé l’ancien chef du gouvernement libyen de l’époque, Baghdadi Mahmoudi, qui a expliqué alors qu’il était réfugié en Tunisie, par la voix de son avocat, « avoir remis à une délégation française envoyée par Sarkozy de l’argent, beaucoup d’argent, des millions d’euros en liasses de billet« .

Alors que la note de 2006 sur le financement de 50 millions a été authentifiée, et n’est donc pas un « faux grossier » comme le prétendait Nicolas Sarkozy, le carnet « du baigneur nocturne du Danube au cœur fragile » —  Choukri Ghanem — vient confirmer la réalité de ces transactions. La question qui s’impose immédiatement à la lecture de toute cette affaire, est donc simple, mais très importante : « que peut-il se passer désormais ? »

Parce que si la justice française ne met pas en examen le principal concerné, Nicolas Sarkozy, et n’utilise pas ces preuves pour connaître la vérité, il faudra se poser quelques dernières questions, bien plus sombres : « la France est-elle encore un État de droit, sommes-nous encore en démocratie, même partiellement, et peut-on accepter d’être dirigés par des politiques potentiellement mafieux, criminels et protégés par la justice ? »

Ça se pose là…

Le chaudron puant

lundi 26 septembre 2016 à 16:29

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A six mois de la présidentielle, l’ambiance en France est très particulière. Médiatiquement, politiquement et socialement, les discours les plus primaires et les plus réactionnaires ont recouvert la plupart des réflexions. L’espace politique français — au sens large — est passé des débats de société de fond aux polémiques les plus puantes. Ce constat est possible non pas par la seule observation des chaînes de télévision ou de radio les plus plébiscitées, mais aussi par les titres de la presse papier et internet, ainsi — et surtout — que les échanges sur les « grands » réseaux sociaux. Le chaudron commence à bien bouillir, rempli d’ordures, et son odeur se répand de plus en plus fortement, recouvrant la plupart des paroles, actes ou initiatives « progressistes ».

L’idée même d’améliorer la société, par la lutte contre les inégalités, la meilleure répartition des richesses et du travail, la nécessité d’un projet collectif, d’un renouveau des institutions et du système politique à bout de souffle, de créer des nouvelles conditions pour le vivre ensemble, de changer de modèle économique, a été recouverte par des ordures polémistes et primaires : une sorte de guerre des petites phrases sur le registre des micro-problèmes et de leurs micro-solutions. Mais le chaudron puant n’est pas seulement français. Il devient mondial. Comment cela est-il possible, et comment supporter — voire lutter — contre ce nouvel environnement politico-médiatique ?

Le populisme : faire de la politique de comptoir pour ratisser large, mais sans prendre la tête

Le concept de populisme a été détourné de sons sens, en France, en quelques années, nécessairement, puisqu’étant réservé originellement à des idées des partis d’extrême droite. Il ne pouvait alors être utilisé par d’autres. Désormais, le populisme se déclare comme un mode politique de proximité du peuple, de parler vrai [au peuple], de se préoccuper des problèmes du peuple, de vouloir le bien du peuple, etc… La réalité du populisme est pourtant toute autre, puisqu’il est à la fois historiquement et politiquement le ferment du fascisme. Le plus grand populiste de l’histoire contemporaine est Mussolini. Ses discours, son comportement, toute sa sinistre carrière politique sont basés sur ce concept de populisme. Le Duce a été copié de nombreuses fois, et peut-être jamais égalé, encore que…

Nationalisme, patriotisme, racines [des origines], grandeur [perdue] à restaurer, analyses et solutions simples, à la portée de tous, gouvernance de « bon père de famille », paternalisme donc, et déclaration des « ennemis » à abattre, ou des minorités à contraindre sont les principaux ingrédients qui nourrissent la recette du populisme dans ce chaudron pestilentiel.

La politique en France a toujours subi le populisme de certains, mais à la marge. La langue de bois, le politiquement correct, la pensée unique ont été les pendants extrêmes du populisme (alors réservé au poujadistes dont Jean-Marie Le Pen et sa fille sont issus) durant des décennies. Mais pour autant, de De Gaulle à Pompidou, de Giscard à Mitterrand, en passant par Chirac, les chef d’Etat de la Vè République — sauf de Sarkozy et Hollande — ont toujours refusé de pratiquer le populisme. Que ce soit pour gagner une élection, comme dans leur gouvernance. Encore que la campagne de Chirac de 1995, avec son slogan « Mangez des pommes » commençait à donner une bonne idée de la suite des événements. « La feuille de paie ne doit pas être l’ennemi de l’emploi« . Voici ce qu’en disait le journal l »Humanité sur Internet, en 1995 :

« Il maintient que «la feuille de paie n’est pas l’ennemi de l’emploi», mais, dans le même temps, justifie le gel des salaires annoncé par le premier ministre, et ajoute même que «la feuille de paie des fonctionnaires est aussi la feuille d’impôt». La contradiction présidentielle entre les aspirations au changement, ses propres engagements à réduire la fracture sociale, et les actes, qui vont à contresens, s’aiguise. Question: quand désignera-t-on les vrais privilégiés de l’argent ? Sur les essais nucléaires, Jacques Chirac s’est montré défensif. Nouvelle baisse dans les sondages du président et du gouvernement. »

Six mois après son élection, Chirac augmentait la TVA, après une campagne axée sur un concept très « à gauche » : la réduction de la fracture sociale. Cherchez l’erreur…

Mais le vrai populisme du chaudron puant actuel n’était pas encore là : les débats ouverts par les journaux et les médias radiotélévisés se situaient encore au dessus de la ceinture, parlant de problèmes sociaux réels, d’inégalités concrètes, d’amélioration des conditions du plus grand nombre au sein de la société, bien que quelques prémisses du chaudron soient déjà présentes. « Le bruit et l’odeur » avait déjà été lancé par le même Chirac avant son élection, une première histoire d’interdiction de foulard musulman avait été tentée et abandonnée au début des années 90…

Pour résumer le populisme français : il se situe dans la croyance qu’une majorité d’électeurs sont mécontents, qu’ils sont plutôt incultes, qu’on peut leur faire croire que leurs problèmes sont avant tout causés par une partie de la population étrangère à la « patrie originelle » (gauloise ?), ou  cause de blocages créés par des groupes d’intérêts qui prennent tout le monde en otage (les syndicats en général) et que le bons sens, l’évidence dans les décisions à prendre, sont celles que prendraient n’importe quel « bon père de famille ».

Dans ce registre, le populisme résume chaque cause d’un problème à un unique facteur. Pour le concept du chômage et de « l’emploi » : c’est à cause des « charges » sur les salaires (qui sont en réalité, les cotisations sociales pour abonder les recettes publiques et maintenir le système de répartition collectif) qui empêchent la compétitivité. Pour l’insécurité, c’est le communautarisme, le refus de l’intégration et le radicalisme religieux. Et pour le reste, ceux qui font bouillir le chaudron évitent d’en parler. Culture, santé, éducation, énergie, préventions (de consommation de drogue, de la délinquance, du suicide, etc.) actions associatives, lutte contre les inégalités croissantes, précarité, emploi : tous ces sujets, complexes, loin des préoccupations des « masses », sont très peu abordés, voire totalement occultés ou réduits à leur plus simple expression. Le débat sur la énième réforme de l’éducation nationale s’est effectué sur les horaires, l’apprentissage pur des fondamentaux ou l’éveil des enfants en groupe, le rétablissement de l’uniforme pour certains, la sécurité scolaire et introduire des tablettes informatiques pour faire rentrer le numérique dans l’éducation nationale…

Le gloubi-boulga mortifère…

Ce populisme, cette recette mortifère qui bouillonne dans le chaudron puant, trouve un combustible multiple pour le cuire à feu doux et permanent. La parole s’est libérée avec le quinquennat Sarkozy où chacun se devait d’être « décomplexé« . Chacun à sa place, mais décomplexé. Tout le monde était encouragé à laisser aller la parole la plus libérée possible.

Les 1% ont pu exposer toute l’indécence de leur pensée, les 99% ont pu montrer toute l’étendue de leur racisme, qui traduit souvent une haine de leur condition… Les politiques ont pu exprimer tout ce qu’ils pensaient que le peuple voulait entendre. Et comme le fonds de commerce du FN fonctionne plutôt bien depuis des dizaines années, pourquoi ne pas aller piocher dans ce discours ?

Les politiques sont sans doute ceux qui alimentent le plus le feu sous le chaudron. Le point marquant a sans conteste été le fameux cynique et opportuniste débat sur l’identité nationale lancé par Nicolas Sarkozy en octobre 2009. Cette brèche monumentale portée au pacte républicain ne s’est jamais refermée et tous s’y engouffrent, clivant, segmentant la société.

Les politiques excellent également dans le contre-exemple, ce qui nourrit le populisme. La batterie de casseroles de Sarkozy suffirait à elle-même à illustrer cette attitude qui consiste à ressasser : faites ce que je dis, pas ce que je fais. Mais à gauche, les exemples sont multiples également. Cahuzac pour ne citer que celui-ci. En Europe également avec Jean-Claude Junker ou Neelie Kroes…

La presse n’est pas en reste. En relayant, en transformant en clickbait la moindre phrase, aussi ignominieuse soit-elle, elle rajoute du combustible, encourage les uns et les autres à répondre, avec chaque fois des arguments pires que les précédents. Et sa mise sous tutelle par sept grands patrons français n’aide pas à rétablir le contrat de confiance entre les rédactions et leurs lecteurs tant les exemples de censure ou d’auto-censure se multiplient…

Le peuple, quant à lui, au lieu de demander des comptes à ses politiques, à la presse, au lieu de leur dire qu’ils ne sont pas élus pour cela, qu’ils ne sont pas lus pour cela, le peuple clique, retweete, participe. Il participe à la radicalisation globale. Oui, certains se radicalisent façon Daesh. D’autres se radicalisent façon Marine Le Pen , façon Patrick Buisson ou façon Eric Zemmour (à qui la presse donne tant de place). Bien sûr, les uns tuent ou posent des bombes, les autres éructent des idées nauséabondes. Ce n’est pas la même chose. Mais par la radicalisation, des mots et des idées, c’est in fine la confrontation qui s’annonce.

Le grand remplacement… des cerveaux

Il faut lire la fachosphère sur Twitter ou Facebook pour bien comprendre la transformation en cours. Dédé du 68, Gérard88 et les autres en sont persuadés, l’extinction des Français gaulois est en cours. Même ce gauchiste de Sarkozy le dit, c’est donc que c’est un fait acquis et partagé. Le « grand remplacement » s’opère. Les musulmans Sarazin (forcément islamo-nazis) reviennent. Demain, il n’y aura plus un Gaulois dans ce pays. Il est temps de faire quelque chose avant d’être submergés.

Prenons deux minutes pour analyser ces inepties. Elles font, comme le populisme décrit plus haut, fi de toute analyse scientifique, ne s’encombrent pas de réflexion et simplifient à l’extrême.

La preuve du grand remplacement ? Les bouchers sont tous hallal désormais. Fini le petit boucher du quartier, bien gaulois, avec du saucisson, des tripes et des pieds de porc en rayon.

En fait dans l’esprit de la fachosphère IRL ou sur le réseau, il existerait une société immuable, figée, depuis les années 50, une France du Général de Gaulle, qui n’aurait pas bougé. Ou si, qui aurait été forcée de se cacher dans des caves, tandis que les Sarazin, les Chinois, les Martiens, peut-être, auraient peu à peu investi les appartement, les maisons et les commerces laissés vacants par la population gauloise, fuyant vers les caves. Une société en mutation, qui se métisse tant par les couleurs, les cultures, les croyances, c’est inconcevable. Cela n’existe pas. Et pourtant…

Pour qui a vécu les transformations de nos voisins espagnols, ou anglais, ou même allemands ces 30 dernières années… Toutes les sociétés évoluent, se transforment. Des habitudes de vie disparaissent. Et pour preuve, les pulls jacquard, les mocassins à pompon, plus personne, ou presque, n’admet que ce soit à la mode. Peu de Gaulois, pensent encore en 2016 que pour faire entrer un garçon dans la vie d’adulte, il faut l’emmener au Bordel. En 1900, si. On divorce un peu plus aujourd’hui aussi qu’au début du siècle. Est-ce mal ? Est-ce bien ? Peu importe, c’est juste une évolution des mœurs, des habitudes de vie. C’est nécessaire, humain.

Le fameux « grand remplacement« , ou plus simplement l’évolution de la société, risque même d’arriver dans les endroits les plus inattendus. Comme par exemple en Iran ou en Arabie saoudite. Car ce qui semble acquis pour l’éternité, ne l’est en fait pas, et tout change…

L’extrême-droite française se focalise actuellement sur les « islamo-nazis ». En d’autres termes, les terroristes de Daesh. Le terme permet d’allier islamistes (un peu vague mais fait référence dans leur têtes aux radicaux qui posent les bombes) et nazi. Ce dernier point est intéressant, car par opposition, il permet à celui qui prononce ce terme, de s’en exclure. L’extrême-droite ne serait donc pas nazi, ni fan de cette idéologie. Pourtant…

Par extension, l’immigration qui ferait tant de mal aux Gaulois, selon l’extrême-droite, est une sorte de cellule dormante des islamo-nazis. A l’inverse, les Gaulois, sont des gens bien sous tout rapport. Encore une fois, la globalisation est à l’œuvre. Ce serait considérer que tous les Gaulois sont des gens parfaits alors qu’une foule d’études scientifiques très sérieuses prouvent qu’il y a de nombreux crétins durs dans cette population. Même des gens agressifs, violents, délinquants, terroristes, assassins, homophobes, sexistes… Bref de tout, comme partout. Mais sortir de la généralisation, c’est un peu compliqué pour notre fachosphère.

Les grands débats de société… en 140 caractères

Ce basculement massif vers le populisme s’est effectué pour une grande part avec la possibilité du relais populaire des petites phrases, rumeurs, théories fumeuses et autres saillies politiques via les réseaux sociaux. Pas Internet, mais les réseaux sociaux, dont les deux plus importants sont Facebook et Twitter. Cet emballement des Français (qui comptent parmi les plus grands utilisateurs de Facebook de la planète) pour ces « médias numériques populaires » ont très rapidement été perçus comme une opportunité de la part de la presse, et des médias radiotélévisés. La situation financière calamiteuse et la perte de lecteurs de cette première l’a poussée à monétiser le buzz généré par les plateformes californiennes de « partages et d’échanges d’informations », allègrement suivies par les secondes.

Nous sommes arrivé à un moment où le tempo de l’actualité est rythmé à moitié par les tweets ravageurs de politiciens ou des citations de leurs discours, d’extraits d’interviews. Le tout en 140 caractères maximum. Ou avec un post sur un mur. L’approximation, la fausseté, voire les mensonges les plus flagrants sont ainsi relayés à la vitesses des tuyaux numériques. Un petit maire de droite extrême bien raciste ordonne une interdiction de tenue de plage portée par quelque femmes d’origine maghrébine, et c’est un buzz médiatique qui dure un mois. Un mois… Emportements, militantisme, rejet, agacement, indignation, tout y passe…

C’est en fait une nouvelle période qui s’est ouverte, celle de la création des sujets d’actualités politiques par la foule, ou par les « stars des réseaux sociaux », qu’elles soient des politiques ou non. Les groupes militants de tous bords sont donc très friands de ce phénomène, puisqu’en quelques clics, voire quelques aides automatisées (principe de l’astroturfing), une foule se crée, prête à en découdre, à défendre, attaquer, se plaindre, s’indigner, mais dans tous les cas : fait parler d’elle et surtout de son sujet.

Ces nouvelles formes de débats médiatiques commencent à être observés plus attentivement pour tenter de comprendre à la fois leur fonctionnement et les enjeux démocratiques, de société qu’ils impliquent. La rédactrice en chef du Guardian, Katharine Vinter, s’est fendue d’un article à ce propos cet été, traduit dans Courrier International. Ses constats sont plutôt sombres, amènent des réflexions, parfois lapidaires, mais pas sans intérêt :

« A l’heure du numérique, il n’a jamais été aussi facile de publier des informations mensongères qui sont immédiatement reprises et passent pour des vérités. »

La journaliste analyse plusieurs emballements médiatiques nationaux au Royaume-Uni dont la fameuse affaire de « la tête de porc » — dans laquelle David Cameron aurait introduit ses parties intimes — ainsi que la campagne pour le Brexit. Dans les deux cas, les mensonges, rumeurs, affirmations non vérifiées ont été amplifiées via les réseaux sociaux au point de devenir des vérités, des certitudes. Une fois l’emballement passé, que ce soir dans le cas du Brexit ou de la tête de cochon, il s’est révélé que rien n’était vérifié. Aucun témoin pour Cameron, et des politiques pro-Brexit avouant qu’ en fin de compte, il ne leur serait pas possible de faire ce qu’ils assénaient durant la campagne— mais une fois le Brexit voté…

Un article reprenant celui de Viner cherche à comprendre ce qu’il se passe au delà de l’amplification des rumeurs et de l’emballement des foules sur les réseaux sociaux. Un phénomène très important est celui de l’influence des algorithmes et de l’enfermement des usagers des réseaux dans leurs propres convictions, dans leurs propres sphères de croyance.

Tom Steinberg (@steiny), le fondateur de MySociety a réagi après la victoire du Brexit à ce sujet :

« Je cherche activement des gens qui se réjouissent de la victoire des pro-Brexit sur Facebook, mais les filtres sont tellement forts et tellement intégrés aux fonctions de recherche personnalisées sur des plateformes comme Facebook que je n’arrive pas à trouver une seule personne contente de ce résultat électoral, et ce alors que près de la moitié du pays est clairement euphorique aujourd’hui »… Pour lui, il y a là un facteur de division extrêmement grave de la société : « nous ne pouvons pas vivre dans un pays où la moitié des gens ne savent strictement rien de l’autre moitié ».

Amère mixture…

Les politiques ont décidé de continuer coûte que coûte dans la même voie, et les média, incapables de se remettre en question suivent le mouvement. Le principe d’un chaudron-arène puant, populiste à souhaits, où chacun essaye de surenchérir sur l’autre dans les propositions les plus basses du front et simplistes à l’extrême risque de perdurer jusqu’à la fameuse élection de 2017. Celle où tous les sondages donnent Marine Le Pen au deuxième tour. Celle où les réseaux sociaux relayent et donnent le « la » de l’actualité « chaude ».

Le contrat social français est en réalité un lointain souvenir, les bulles de pensées unilatérales des réseaux sociaux vont continuer à enfler, et aucune alternative au populisme ambiant ne semble poindre à l’horizon. Ni groupe, ni individu ne se hisse au dessus de la mêlée, et s’ils existent, aucun média d’influence n’a l’air de vouloir leur donner la parole. Comme si la nécessité d’aller jusqu’au bout de la recette était une obligation. Le chaudron puant sera visiblement touillé jusqu’au bout, et quand il faudra avaler sa mixture, il est probable que ce soit la grimace qui prédomine pour le plus grand nombre. Le poison amer du populisme est-il un passage obligé pour forcer l’ensemble d’une société à changer positivement ? Probable. Mais combien de victimes fera-t-il avant cette potentielle bascule ?

Le compte Twitter de Reflets.info est bloqué

samedi 17 septembre 2016 à 14:33

wtf-twitterNous vous racontions ici comment, avec l’aide de la fachosphère, Jean-Paul Ney avait réussi à faire suspendre par Twitter le compte @_kitetoa_. Nous évoquions en fin d’article le fait qu’il est imprudent de faire reposer ses capacités d’expression sur Internet, sur une plate-forme que l’on ne contrôle pas. Aujourd’hui, c’est le compte @_Reflets_ qui est bloqué par Twitter. A première vue, nous n’avons plus de moyens de vous tenir au courant des articles publiés sur Reflets.info.

A priori.

Nous sommes des dinosaures du Net, dit-on. Alors utilisons les outils qui ont toujours été à notre disposition et qui le sont encore. Le mail. Si, si… Nous avons mis en place une mailing-list, ou en français « liste de discussion ». Il vous suffit de vous inscrire et vous pourrez discuter avec nous et avec tous les gens qui s’y seront inscrits. Pas de limites à 140 caractères, peu de chances de vous faire suspendre votre abonnement (sauf propos répréhensibles et trolls polluants), bref, plutôt pas mal pour engager la conversation. Entrez votre email dans le champs ci-dessous et cliquez sur « Inscription ». Le tour est joué. Ce formulaire se trouve aussi (avec le même pour le désabonnement) sur la page d’accueil du site, dans la colonne de droite, sous les brèves.






Voilà pour la communication. Elle est rétablie, si vous le souhaitez. Et elle ne dépend pas d’une plate-forme qui suspend ou bloque les comptes sur des motifs qui vont vous étonner…

Oui, vous vous demandez peut-être pourquoi Twitter a bloqué le compte de @_Reflets_…

Et bien tout simplement parce que nous avons fait un lien vers le résultat d’une requête Whois.

Pour ceux qui ne savent pas ce que c’est, nous allons l’expliquer. Pour les autres, vous pouvez sauter ce paragraphe. Lorsque l’on achète un nom de domaine (par exemple reflets.info), il faut fournir à l’entreprise qui l’enregistre un certain nombre d’informations, comme le nom, l’adresse, le numéro de téléphone et le mail du propriétaire. De même pour le contact administratif. Il s’agit de savoir à qui appartient le nom de domaine et de pouvoir le joindre en cas de problème. Ces informations sont publiques et une simple recherche permet de les afficher. Celui qui les fournit sait qu’elles seront publiques.

Jean-Paul Ney reprochait à Kitetoa d’avoir divulgué des informations personnelles. Or ces informations sont connues depuis longtemps. Il les a lui-même diffusées sur Internet dans son CV, sur ses sites et… Dans le whois de ses noms de domaines. Nous avons pointé ce fait sur Twitter avec un lien vers le résultat d’une requête dans la base Whois. Et que nous dit Twitter ?

 

 

reflets-blocked

blocked2

En clair, selon Twitter, il n’est pas possible de publier des informations publiques comme celle-ci :

jeanpaulneywhois

Les bases Whois sont peut-être considérées par Twitter comme confidentielles ? Dans ce cas, Twitter habite dans un autre Internet que le notre. Promis nous n’avons rien piraté pour arriver là.

La presse et les réseaux sociaux…

Depuis des mois, la presse plonge aveuglément dans les réseaux sociaux. Bien entendu, leur présence sur ces plate-formes est nécessaire. C’est un outil pratique pour diffuser des liens vers les articles publiés. A l’inverse, les réseaux sociaux essayent d’accaparer les contenus, histoire de « centraliser » ceux-ci sur leurs plates-formes. Et la presse qui y voit une nouvelle source de revenus se plie volontiers à cette demande. Ce sont les nouveaux « formats de publication » dont on entend parler ces temps-ci.

Après s’être fait déposséder du marché de la publicité en ligne par les Facebook et autres Google, la presse abandonne désormais le coeur de son métier, c’est à dire ses contenus. Un choix qui risque fort d’avoir des conséquences quand on voit qu’un lien vers le résultat d’une requête Whois peut aboutir au blocage du compte d’un journal ayant un numéro de commission paritaire (IPG qui plus est) et des journalistes encartés… Que faut-il faire de plus pour être considéré par Twitter comme un organe de presse et donc voir sa liberté d’expression respectée ?

A ce jour, en dépit des centaines de messages adressés par les abonnés de Twitter à Twitter France et à son directeur Général Damien Viel, Twitter n’a répondu à aucune question sur le sort des comptes @_kitetoa_ ou @_reflets_.