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Histoire politique : tout dépend du point de vue (2)

mardi 11 novembre 2014 à 20:03

Hollywood-CIA

— « Une dictature est un système politique totalitaire. Le terme dictature n’est peut-être pas le plus approprié pour caractériser les nations occidentales et leur organisation mondiale, l’ONU, mais je préfère l’utiliser par commodité, parce qu’il résume de façon pertinente le fonctionnement politique de cette époque. Le principe de la dictature est avant tout celui d’imposer une idéologie à la majorité. Une façon de voir le monde, de fonctionner en son sein, si vous voulez. Le principe de la dictature est qu’une poignée d’individus, quand ce n’est pas un seul, parfois, décide pour le reste. Dans le cas des nations occidentales, c’est une dictature économique, financière, militaire et bien entendu politique qui se mit en place, au sortir de la seconde guerre mondiale, au milieu du XXème siècle. Une poignée d’Etat l’a mise en place, à l’encontre, principalement, des Etats du sud de la planète. Gardez en tête qu’une dictature est avant tout un système qui organise la vie d’une nation ou de plusieurs, et dans lequel des moyens étatiques ou privés sont mis en œuvre de façon massive pour forcer, inciter, obliger, amener les populations à aller dans un sens. Que ce soit au niveau des valeurs morales, du fonctionnement social, économique, ou même existentiel. Ai-je répondu à votre question ? »

— « Oui, merci orateur »

La foule d’étudiants se leva, puis se rassit dans un même mouvement. Dehors, la tempête s’amplifiait jetant des pierres grosses comme le poing contre les volets de métal. Les systèmes de distorsion acoustique intelligents annulaient le bruit effroyable présent à l’extérieur. Dans la salle, tout était silencieux dans l’attente de la reprise de parole de l’orateur.

—  « Le XXème siècle, à partir du dénouement de la seconde guerre mondiale, n’a été qu’une longue succession d’interventions militaires, politiques, économiques pour assurer la domination des 20% sur le reste de l’humanité. Les guerres d’indépendance ont amené les nations de l’ONU à pratiquer la torture, les meurtres de masse, les bombardements, le soutien à des régimes policiers sanglants. Le pays le plus en pointe dans cette terrible imposition d’un ordre global fut celui nommé USA. Sa capacité économique était le levier principal pour parvenir à maintenir une domination sans partage, ou presque : il détenait la maitrise de la monnaie mondiale de référence ainsi que et les structures financières les plus puissantes qui ruinaient des pays et des peuples à volonté. Les multinationales de l’économie numériques étaient aussi les leurs lors du basculement dans le siècle de l’exode, le dernier »

L’orateur saisit un verre d’eau, le but lentement, le reposa sur son pupitre et embrassa l’assemblée d’un regard sombre. Sa voix, lorsqu’il reprit la parole, était un ton plus grave.

— « Ce que je vais vous dire maintenant n’est pas quelque chose qui me fait plaisir, puisque cela met en cause notre fonctionnement, sachant que dans l’absolu nous sommes issus de cette humanité. Mais il le faut. Le meilleur antidote à tout poison est le poison lui-même, l’ignorance est mère de toute violence, vous le savez bien »

La foule se leva et d’une seule voix parfaitement harmonieuse reprit la phrase de l’orateur :

— « Le meilleur antidote à tout poison est le poison lui-même, l’ignorance est mère de toute violence »

Les deux mille étudiants se rassirent d’un même mouvement parfaitement synchrone. L’orateur ne put réprimer un léger sourire, et poursuivit :

— « Le système idéologique, à partir de la dernière décennie du XXIème siècle devint unique avec la disparition d’un bloc politique intitulé Union Soviétique. Ce système, le communisme — dictatorial lui aussi — avait échoué à imposer son idéologie sur le reste. Ses dirigeants et sa population se rangèrent donc du côté de celui des USA et de ses alliés occidentaux, et donc du capitalisme. Cette idéologie capitaliste s’était modifiée en une vingtaine d’année sous la pression de quelques chefs d’Etats importants, aidés de grands capitaines de l’industrie et de la finance pour devenir un système libéral ou libéraliste. Certains le nommèrent même ultra-libéralisme ou néo-libréalisme à l’aube du XXIème siècle. Ce système libéral fut la clef de la domination totale des 20% des plus riches, le monde blanc occidental, sur le reste de l’humanité. Et ce que je vais vous révéler, ne va pas vous inciter à considérer l’humanité sous un angle favorable, puisque si ce système put se mettre en place aussi facilement, avec autant de force et fit autant de ravages, c’est qu’il n’était ni imposé, ni subi »

L’hologramme représentant le globe terrestre se mit à tourner et des traits lumineux de couleurs différentes se mirent à le parcourir. Une dizaine, puis une centaine, jusqu’à strier sa totalité. Les pays de couleurs différentes se mirent à clignoter, à pâlir pour certains, d’autres à devenir plus foncés.

— « Vous pouvez accéder au détail explicatif de cette animation via le holo-mind mis à votre disposition pour comprendre le détail des interactions complexes qui s’affichent en ce moment même. Comme vous le comprenez, ces interactions de flux fiananciers, transferts de richesse, de matières premières, échanges commerciaux, interventions militaires, augmentation, baisse ou stagnation du niveau de vie des populations, permettent de voir des changements majeurs s’opérer entre 1990 et 2025. Ces 35 années sont décisives puisqu’elle démontrent comment le continent nommé Afrique a été pillé, comment celui nommé Asie s’est enrichi de façon globale sans améliorer la condition de ses habitants, et comment le continent Amérique du sud, s’il a mieux résisté, n’a pas fortement progressé comme certains échanges pourraient le laisser envisager. Dans le même temps, les pays en bleu se sont renforcés. Toujours les mêmes : USA et ex-empires coloniaux »

Une voix, identique à celle de la première intervention, mais située ailleurs dans la salle, se fit entendre :

— « Cette domination des pays en bleu, ce sont les 20% des humains les plus riches, les blancs occidentaux, n’est-ce pas, orateur ? Mais pourquoi les populations noires, ou jaunes, ou marrons n’ont rien fait contre cela ? Elles étaient pourtant autonomes depuis la fin des colonies ? »

L’orateur avala sa salive et dirigea son regard vers l’espace d’où le système amplifiait la voix .

— « Oui, elles étaient autonomes, en théorie. Mais ce qui détermine la domination des 20% n’est pas la capacité des dominés à se défendre, mais celle des dominants à ne jamais douter de leur bonne foi. Et c’est cela que je vais tenter de vous expliquer. L’arme principale de cette domination n’était ni les menaces, ni les armées, ni la finance, en tant que telle. L’arme principale de ce système était un poison, et ce poison était… les écrans »

L’orateur tendit le bras vers son verre d’eau, but une gorgée et attendit. Personne ne bougeait. Dehors, la tempête commençait à faiblir. Les robots nettoyeurs allaient bientôt sortir.

 

(Fin du chapitre 2)

Histoire politique : tout dépend du point de vue (1)

lundi 10 novembre 2014 à 19:00

from-internet

La salle de conférence était bondée. Plus de deux mille étudiants, dans un silence quasi religieux,  attendaient que l’orateur prenne la parole. Dehors, la tempête battait son plein, rageuse, empêchant tout être vivant de sortir des bâtiments — mais heureusement parfaitement protégés. Les rideaux de métal s’étaient refermés sans un bruit quelques minutes avant qu’elle ne débute et l’air conditionné rafraichissait la salle, dont la température s’était élevée sensiblement par la seule accumulation de la chaleur corporelle cumulée de la foule.

L’orateur s’approcha d’un pupitre, se racla la gorge et débuta sa conférence. Le silence était complet.

— « Ce cours d’histoire est le seul qui aborde le fonctionnement de l’humanité sur Terre dans ses derniers instants. Je sais que vous êtes nombreux à vous y intéresser, mais il me faut vous mettre en garde : nous n’avons rien à retenir d’intéressant des expériences passées. Rien. La seule fonction de ce cours d’histoire est de vous permettre de comprendre, succintement, comment l’humanité d’alors a échoué. L’intérêt de l’histoire est de s’inspirer de ce que nous avons construit depuis 323 ans, pas d’aller répéter les horreurs perpétrés sur Terre »

La salle était toujours parfaitement silencieuse. L’orateur se racla la gorge et afficha une image holographique au centre de la salle. Une grande mappemonde terrestre se mit à tourner au dessus des 2000 étudiants.

— « Ceci est le globe terrestre. A -23 TF, soit le début du XXIème siècle pour le calendrier d’alors. Il y avait sur Terre plus de 190 nations humaines différentes reconnues par une organisation dictatoriale nommée ONU. L’organisation en question était composée de 5 Etats décisionnaires en capacité de détruire plusieurs fois la planète grâce à leur armement nucléaire. Ces 5 nations étaient les plus riches, ou tout du moins les plus puissantes, puisque certaines avaient des populations pauvres, voire très pauvres. La logique de cette organisation était simple : permettre aux grands empires de continuer à écraser le reste de l’humanité, tout en prétendant être indispensable pour l’équilibre et le bien-être de l’humanité. Mais je reviendrai sur l’ONU après vous avoir expliqué brièvement comment une part négligeable de l’humanité avait réussi à dominer le restant, et avait installé la dictature mondiale qui, comme vous le savez plus ou moins, à anéanti l’humanité d’alors »

Un laser jaillit d’un pupitre sur l’un des côtés de la salle circulaire et frappa un grand espace de terre du globe holographique.

— « Ceci est une nation importante dans le contexte d’alors. Son nom est USA, ou Etats-Unis d’Amérique. Jusqu’à la moitié du XXème siècle, les USA n’étaient pas une nation très importante, malgré une participation à la première guerre mondiale moderne. L’administration américaine ne parvenait pas entrer vraiment en compétition avec les nations d’Europe, les empires coloniaux. Ce n’est qu’après la seconde guerre mondiale que les USA devinrent la nation principale, et prirent la tête de la dictature mondiale. Avec l’ONU, mais pas uniquement. Nous y reviendrons »

La partie la plus haute du globe se colora en bleu, l’autre moitié en rouge, avec certaines parties en jaune, en vert et en orange.

— « L’histoire du XXème et XXIème siècle est complexe, mais il est nécessaire, pour l’appréhender correctement, de comprendre une chose qui a toujours été cachée aux être humains de ces époques : le mensonge généralisé d’Etat, la création d’une vision du monde totalement fausse et fabriquée ont été permanents. Au point que des générations entières d’individus ont appris à ne jamais comprendre dans quel monde ils vivaient et quels étaient les véritables tenants et aboutissants des politiques menées par ceux qu’ils élisaient à la tête de leurs Etats — les plus riches — ceux qui constituent ce qu’on appelle désormais « la dictature occidentale. »

L’orateur ferma les yeux quelques instants, reprit sa respiration, et attendit. Une voix s’éleva de la foule d’étudiants, amplifiée par les systèmes intelligents :

— « Qu’est-ce exactement qu’une dictature, orateur ? »

(Fin du chapitre 1)

Bluecoat s’offre une parution presse parfaite

lundi 10 novembre 2014 à 17:35

citizen lab bluecoat

C’est chose courante dans les entreprises : obtenir une parution dans un journal, qui vante directement ou indirectement les bienfaits de la société. Présentée la plupart du temps comme une contribution d’un « expert », elle prend la forme d’un article plus ou moins bien rédigé. Généralement moins bien, mais il y a des exceptions et c’est à cela que l’on reconnaît le bon communiquant. Il écrit presque comme un journaliste et sait faire autre chose que qu’un communiqué de presse qui finira irrémédiablement dans la poubelle de tout journaliste qui prend son travail au sérieux. Aujourd’hui, c’est Bluecoat, une société bien connue des lecteurs de Reflets , qui a réussi à se faire une belle publicité sur le dos des Echos.

bluecoat-les-echos

Dans le secteur de la sécurité informatique, les dirigeants d’entreprise ont l’impression d’avoir touché le saint Graal lorsque leur chargé de communication leur obtient un article dans les inénarrables MagSecurs ou Global Security Mag. On y trouve reproduits, mot pour mot, les communiqués de presse des entreprises, présentés comme des informations et sans mise en garde aucune du lecteur. Dans ce monde rempli de poneys et de licornes, toutes les solutions, toutes les entreprises, tous les produits, sont merveilleux, efficaces, révolutionnaires.

Mais revenons à Bluecoat. Un lecteur assidu de Reflets a repéré la publication dans Les Echos, un véritable journal cette fois, d’un « article » de Dominique Loiselet, directeur France de Bluecoat.

Le monsieur, évidemment expert du sujet, y explique que la cybersécurité et la protection des données personnelles sont deux jambes coordonnées. Pourquoi pas.

Sauf que, bien entendu, les lecteurs de Reflets le savent bien, jusqu’ici, Bluecoat s’est surtout illustrée par sa capacité à « égarer » des appliances, celles-ci apparaissant par magie vaudou dans des pays particulièrement fâchés avec les Droits de l’Homme. Du coup, Bluecoat est, à l’insu de son plein gré, devenu expert en données personnelles récupérées par les services de police ou de renseignement de ces pays pour le plus grand malheur des opposants politiques. Le meilleur exemple étant bien entendu celui de la Syrie, dont Reflets et Telecomix avaient assuré la médiatisation. A tel point que les scénaristes de The Good Wife en avaient tiré un épisode, utilisant même dans les plaidoiries l’un des arguments phares de Reflets.

Que nous dit Dominique Loiselet ?

Quelques évidences largement partagées sur la cybersécurité, puis… Ceci :

Reste que la coordination entre les deux jambes pourrait être améliorée. Le fait par exemple qu’il faille encourager le chiffrage des données pour sécuriser les informations personnelles, comme le recommande l’Agence Européenne de Cybersécurité ENISA, est incontestable. Mais les flux chiffrés sont aussi des voies d’accès privilégiées… pour les pirates. Quelles sont alors les conditions que les entreprises et organisations doivent respecter pour utiliser des outils de déchiffrage tout en respectant les impératifs en matière de protection des données personnelles ? À ce jour, aucun texte public – loi, règlement ou simple communication des autorités – ne répond clairement à la question.

Le lecteur non averti verra dans tout cela l’avis d’un expert en sécurité informatique et donc, incidemment, en protection des données personnelles.

Le lecteur averti y verra la publication d’un papier en support des idées et des produits de Bluecoat, avec une étonnante précision dans le timing.

Premier indice, sur le site de Bluecoat, on trouve une information sur un produit assurant le déchiffrement des données sur un réseau d’entreprise, justement, pour éviter de ne pas voir passer une attaque.

bluecoat-pub-site-web

Décidément, cette histoire de déchiffrement « interne » des flux chiffrés est à la mode. Quelle concomitance dans la parution de cet « article », la promotion de ce cet outil de Bluecoat, qui fait justement cela, et… Un avis de l’Ansii sur ce sujet :

ansii-avis-flux-https

Bienvenue dans la Comm‘. Sous couvert d’un article d’expert, les Echos participent gratuitement (on imagine) à la campagne produit de Bluecoat. Un deal win-win. Bien entendu, les experts du domaine pourraient y voir encore d’autres choses lorsque Bloecoat met l’accent sur l’intérêt du déchiffrement des flux HTTPS. Relets, par exemple, serait curieux de savoir sur quelle technologie repose ce type d’offre, notamment lorsqu’il s’agit de déchiffrer du flux live et à quoi ressemblent les derniers deals de Bluecoat dans ce domaine. Nul doute, Magsecurs et Global Security Mag vont nous l’apprendre dans leur prochain opus.

Good evening, Paris

samedi 8 novembre 2014 à 15:20

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Lire l’article sur Mediapart qui révèle ce document

Ainsi que : «A Sivens, un drame était inévitable»

 

Good evening, London. Allow me first to apologize for this interruption. I do, like many of you, appreciate the comforts of every day routine — the security of the familiar, the tranquility of repetition. I enjoy them as much as any bloke. But in the spirit of commemoration, whereby those important events of the past, usually associated with someone’s death or the end of some awful bloody struggle, are celebrated with a nice holiday, I thought we could mark this November the 5th, a day that is sadly no longer remembered, by taking some time out of our daily lives to sit down and have a little chat. There are of course those who do not want us to speak. I suspect even now, orders are being shouted into telephones, and men with guns will soon be on their way. Why? Because while the truncheon may be used in lieu of conversation, words will always retain their power. Words offer the means to meaning, and for those who will listen, the enunciation of truth. And the truth is, there is something terribly wrong with this country, isn’t there? Cruelty and injustice, intolerance and oppression. And where once you had the freedom to object, to think and speak as you saw fit, you now have censors and systems of surveillance coercing your conformity and soliciting your submission. How did this happen? Who’s to blame? Well certainly there are those more responsible than others, and they will be held accountable, but again truth be told, if you’re looking for the guilty, you need only look into a mirror. I know why you did it. I know you were afraid. Who wouldn’t be? War, terror, disease. There were a myriad of problems which conspired to corrupt your reason and rob you of your common sense. Fear got the best of you, and in your panic you turned to the now high chancellor, Adam Sutler. He promised you order, he promised you peace, and all he demanded in return was your silent, obedient consent. Last night I sought to end that silence. Last night I destroyed the Old Bailey, to remind this country of what it has forgotten. More than 400 years ago a great citizen wished to embed the fifth of November forever in our memory. His hope was to remind the world that fairness, justice, and freedom are more than words, they are perspectives. So if you’ve seen nothing, if the crimes of this government remain unknown to you then I would suggest that you allow the fifth of November to pass unmarked. But if you see what I see, if you feel as I feel, and if you would seek as I seek, then I ask you to stand beside me one year from tonight, outside the gates of Parliament, and together we shall give them a fifth of November that shall never, ever be forgot.

De la justice et de l’éthique

samedi 8 novembre 2014 à 12:15

etical

En 1994 j’observais ce qui allait devenir Internet. J’échangeais des mails avec des gens un peu partout dans le monde. Cela court-circuitait les barrières habituelles. Plus de chargé(e) de la communication, plus de secrétariat. Je basculais d’un monde organisé verticalement dans un monde auto-organisé horizontalement. Mon instinct me disait qu’une vision auto-régulée de la planète et de ses habitants n’était pas impossible dans un avenir plus ou moins proche. Bref, celui-ci s’annonçait plutôt radieux. L’information allait enfin circuler, sans frontières, sans barrières humaines, sans contrôle. Chacun pourrait se faire sa propre opinion. Et agir en conséquence. Il y a quelques jours, à l’Open World Forum, j’expliquais à un auditoire que s’il était incongru de se départir de ce qui fait notre unicité, en publiant nos informations personnelles, nos pensées intimes, sur les serveurs d’une entreprise privée, il était encore plus dangereux de laisser les Etats s’approprier ces informations. Reflets a alerté longuement depuis 2011 sur les dangers de certaines infrastructures étatiques reposant sur le Deep packet Inspection. Edward Snowden a montré jusqu’où pouvait s’étendre la curiosité maladive des Etats. A tel point que l’on peut se demander dans quel esprit paranoïaque peut naître l’idée d’une mise sur écoute de la population mondiale. Que fait la planète, que font ses habitants pour réclamer justice après ces révélations ? Rien.

Que font les êtres humains, pourtant très bien armés avec Internet, pour réclamer justice après la fabrication de la crise économique et financière par leurs élus et le monde de la finance, deux univers étrangement poreux ? Rien.

Que font les humains pour réclamer justice après des années de guerre sale, de torture, d’assassinats indiscriminés de civils à grands coups de missiles, de drones et de décisions secrètes à la Maison-Blanche ? Rien.

Abou-Ghraib

Que font les humains pour réclamer justice après les effets de décennies d’une diplomatie occulte, ayant mené des opérations peu avouables, armé des terroristes pour contrer tel ou tel danger supposé ? Rien.

S’il existe bien des « complotistes », comme le système aime à les définir, pour alerter sans relâche, une très grande majorité reste silencieuse.

A quoi vous sert Internet ? A suivre les tweets sur la Nouvelle Star ? A plonger dans le buzz de la politique, des petites phrases aussi ridicules qu’insignifiantes ? Peut-être est-il temps, enfin, 20 ans plus tard, de reprendre le contrôle sur ces outils et de publier jusqu’à ce que la morale commune, l’éthique, viennent, portées par des millions de voix, obtenir justice.

Restaurer un minimum d’équilibre serait en effet utile. Avant que tout ne bascule dans un inconnu qui risque d’être violent.

La violence engendre la violence, comme l’a rappelé la famille de Rémi Fraisse à l’adresse de ceux qui seraient tentés de répondre à la mort de leur fils par les mêmes moyens que ceux de l’Etat.

Celle qui vient, peut-être, sera générée par la violence imposée aux Hommes. Celle qui consiste à siphonner de la manière la plus gloutonne et la plus violente possible tout ce qui peut l’être. Au plus grand bénéfice d’une toute petite oligarchie. Ce n’est pas nouveau, mais le rythme s’accélère.

Jean Jaurès dont on célèbre actuellement le centenaire avait eu ces mots en juin 1906 :

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Si les Hommes se soumettent à la puissance étatique, c’est parce qu’ils acceptent un contrat social. Généralement quand une des parties ne respecte pas sa part d’un contrat, celui-ci devient caduque, la Justice se chargeant de solder les comptes. Mais ici… Quelle Justice viendra déterminer que l’Etat s’est mis au service de puissances privées oubliant qu’il était au service de ceux qui l’ont fait, les citoyens ?

La récente publication des LuxLeaks montre par exemple la mise à disposition par le Luxembourg d’outils pour que les entreprises multinationales puissent éviter de payer des impôts sur leurs bénéfices. Qui était Premier ministre du Luxembourg et précédemment ministre des Finances du Grand Duché ? Jean-Claude Juncker, actuel président de la Commission Européenne. Nul doute qu’il aura a cœur de lutter contre l’optimisation fiscale pour mener à bien son grand projet visant à « mettre la croissance et l’emploi au cœur des priorités de la prochaine commission« .

Que doivent faire les citoyens d’un Etat qui :

Il n’y a pas d’issue par le haut possible.

Cet entêtement est particulièrement dangereux. Pour nous et pour les générations qui viennent.

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A terme, la réponse des citoyens, si elle passe par les urnes ne peut qu’être particulièrement mortifère avec l’arrivée d’une Marine Le Pen ou d’un Jean-Luc Mélenchon au pouvoir, tous deux aussi empêtrés l’un que l’autre dans des idées du passé sclérosantes et violentes. Elles ne reposent que sur la haine des autres. Des « étrangers » pour l’une, des « riches », pour l’autre. Ce n’est pas de haine dont ce monde a besoin, mais de justice, de morale commune, de dialogue, d’éthique.

L’alternative à une sortie par les urnes est une « révolution ». L’Histoire a prouvé qu’elles ne sont jamais parfaitement spontanées et qu’elles sont souvent sanglantes.

Ce n’est pas non plus ce dont un peuple a besoin. Il a bien plus intérêt à une co-construction de l’avenir et à bénéficier du respect qui lui est dû de la part de ceux qui sont censés travailler pour lui, sur la base d’un contrat social signé par les deux parties.

On est bien loin ces temps-ci d’un respect ou d’une co-construction. Nicolas Sarkozy avait tracé la voie, François Hollande y marche sans vergogne, lui-président. A ses côtés, Manuel Valls, sans doute atteint du même complexe que Nicolas Sarkozy. Il a un furieux besoin d’occuper l’espace et d’écraser toute contestation.

malik

Etonnanement, l’étincelle évoquée par l’auteur en août 2012 ne vient pas. Chaque mois, en France comme ailleurs, s’empilent scandales, prises illégales d’intérêts, corruption, évasion fiscale, rien n’est épargné. Un scandale chasse l’autre, chaque fois plus éloigné de l’éthique, de la morale commune, de la justice.

Le traitement médiatique, pour ceux qui continuent de lire la presse ou d’écouter la radio n’est pas propice à une rébellion des populations.

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Quant à Internet, lorsqu’il ne sert pas à suivre à la seconde près les frasques de Nabila, il sert à manipuler l’opinion, le vote des électeurs. Ne craignez rien, ce n’est que l’une des « expériences » de Facebook. Rien de grave.