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12 cigarettes (1)

jeudi 1 janvier 2015 à 18:17

12-cigarettes-1

Partie 1 : la naissance

Je fume 12 cigarettes par jour.
Pas une de plus, pas une de moins.
Chaque cigarette a un sens précis, une valeur, un goût, un temps, un espace qui lui est propre.
Chaque cigarette raconte sa propre histoire, exhale une saveur unique. C’est un plaisir qui ne se partage pas, qui ne concerne que le fumeur et sa tige de papier-tabac. Un univers se crée dès que la cigarette est allumée, un univers de fumée opaque qui protège le fumeur du monde glacial qui l’entoure. Une douce chaleur envahit son palet, des picotements diffus et excitants se répandent sur sa langue, pénètrent ses cloisons nasales, envahissent le corps du fumeur et lui apportent l’apaisement tant attendu. L’esprit se vide, se mélange aux sensations, vogue, puis une pensée se forme, précise, claire, efficace. La conscience du fumeur s’exacerbe au moment de l’inhalation, qui peut alors pénétrer plus profondément en lui-même, ressentir plus intensément sa propre présence, la présence des autres. Chaque instant partagé avec la cigarette a une valeur, un goût, un temps, un espace qui lui est propre. C’est pour cela qu’il est nécessaire de ne fumer qu’un nombre établi de cigarettes chaque jour. Sans cela, la distorsion guette, la confusion prend place, le fumeur est lui-même aspiré comme la fumée qu’il inspire.
Je n’arrive pas à comprendre que l’on puisse fumer n’importe comment, sans rigueur, aléatoirement, comme une mécanique emballée. Ça doit être très désagréable. Improbable. Chaotique. Je ne pourrais pas fumer ainsi.
Mes douze cigarettes me sont livrées chaque matin à huit heures. Elles n’ont pas de marque. Pas de filtre non plus. Juste le papier blanc et le tabac couleur de blé. Je prends toujours la première à gauche du boîtier en argent, entre le pouce et l’index. Je l’observe, la roule doucement entre mes doigts puis la pose à côté du boîtier. Mes yeux se portent sur le ciel plaqué derrière la fenêtre, je sens presque immanquablement qu’il va changer lorsque j’aurai avalé la première bouffée. Si chaque cigarette a un sens précis, celle du matin correspond à ma naissance. La nuit est une mort, le matin une naissance. Il y a douze allumettes dans le boîtier d’argent. Une pour chaque cigarette, bien entendu. Je n’ai jamais échoué dans l’allumage de chacune d’entre elles depuis que je fume. Et je fume depuis très longtemps. Il y a toujours le son de l’allumette qui s’enflamme, plein de nuances : les allumettes ne s’enflamment jamais exactement de la même manière, ne produisent jamais exactement le même bruit. Chaque cigarette a un sens.
J’allume ma première cigarette qui représente ma naissance. Le ciel s’obscurcit, le monde disparaît, je suis dans les ténèbres. La lumière jaillit : je nais

*  *

— « Comment je l’ai connu ? C’est une question gênante, je ne sais pas si je vais pouvoir vous répondre comme ça. C’est difficile à dire, et vous allez penser que je vous mens, ou bien que j’ai la mémoire fragile. Je ne peux pas le dire précisément. En fait j’ai l’impression de l’avoir toujours connu, comme si… il n’y avait pas de début précis. Oui, ça me revient, je sais pourquoi j’ai cette sensation : je rêvais de lui avant de le rencontrer, et vous savez, parfois, on confond les rêves et la réalité, on n’arrive pas à savoir ce qui est du rêve et ce qui est de la réalité. Donc, quand je l’ai vu, je ne savais pas si c’était dans un rêve ou bien dans la réalité. »
La pièce était éclairée par une rampe de leds blanches au plafond et n’avait aucune fenêtre. C’était un peu oppressant. La femme d’une quarantaine d’années avait arrêté de parler et attendait visiblement que le médecin en blouse blanche — assis de l’autre côté du sommaire bureau de métal qui les séparait — lui réponde. Il avait posé ses mains bien à plat devant lui, sur le bureau. Il reprit la parole alors qu’elle hésitait à lui demander si sa réponse lui convenait.
— « Mais vous ne pouvez me préciser quand vous l’avez rencontré, comment son identité vous est connue ? »
— « Non, je ne crois pas l’avoir rencontré, mais je le connais. C’est pour cela que je vous demande une visite, vous comprenez ? »
Le médecin la fixait, droit dans les yeux. Quel âge pouvait-il avoir ? 35 ? 40 ? 45 ? Pas de rides prononcées, pas de cheveux bancs, mais on sentait une assurance dans sa voix, et sa façon de se tenir… c’était un homme sans âge. C’est ce qu’elle conclut. Il lui répondit, en souriant un peu, du coin droit de la bouche.
— « Oui, je comprends. Nous vous avons reçue, et vous devez le savoir, parce que vous avez des éléments de compréhension à propos de ce patient… si particulier. Mais avant de savoir si vous pouvez le rencontrer, nous avons besoin de mieux comprendre vos motivations. C’est une nécessité, et je vous rappelle que nous ne vous avons jamais promis que vous le rencontreriez. Vous vous en souvenez ? »
Elle acquiesça.
— « Bien. Voyons en premier lieu ce que vous savez de son passé. Nous savons qu’il a un métier, le connaissez-vous ? »
— « Oui. Mais ce n’est pas ça qui importe, vous le savez bien, docteur. »
— « Pourquoi donc, d’après vous ? »
— « Parce que ce qui importe, c’est où nous sommes, et la date. »
Le médecin inspira un peu plus fort. Ses mains étaient toujours posées à plat, mais un léger tressaillement fit se soulever quelques uns de ses doigts.
— « Vous savez donc pour les cigarettes ? »
elle éclata de rire.
— « Bien sûr ! Et vous n’y pouvez rien, docteur, absolument rien ! »
Le médecin se recula sur sa chaise et se massa les yeux, puis les tempes. Il ne savait pas si ce qu’il était en train de faire, pouvait jouer positivement ou négativement. Il se demanda si ce n’était pas une erreur d’avoir accepté de recevoir cette femme. Il était 10h. La deuxième cigarette était allumée. Immanquablement.

Il paraît que la Loi de programmation militaire vous protège…

mardi 30 décembre 2014 à 22:39

nsa-obama-hollandeMais pourquoi t’inquiéter, internaute ? La France ne fait pas d’écoutes massives, promis, juré, craché, si je mens, je vais accéder à  un poste bien sympatoche en enfer, parole de spécialiste de la surveillance. C’est en tout cas ce que martèlent des gens comme Jean-Jacques Urvoas, président de la Commission des Lois, mais aussi, membre de la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité (CNCIS). Ou encore, Alain Zabulon, coordonnateur national du renseignement. Un pas suivant l’autre, on arrive à la Loi de programmation militaire qui, affirment-ils n’autorise pas la surveillance massive de type NSA. Mieux, ils martèlent ad nauseam que la loi en question durcit les conditions des interceptions, avec à la clef, une surveillance des surveillants par la CNCIS.

Ce discours est dangereux pour la démocratie. Inlassablement, je le répète au fil d’articles ou d’interventions sur Twitter, comme le démontrent mes échanges du jour avec Jean-Marc Manach (1).

C’est un sophisme intéressant qui nous est proposé : la loi (quelle qu’elle soit, notez…) n’autorise pas la surveillance massive. Nous sommes en démocratie. Et qui plus est, la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, expose en son article 12 que « Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa  famille,  son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes à son  honneur et à sa  réputation. Toute personne a droit à la protection de  la loi contre de telles  immixtions ou de telles atteintes. »

ecoutes

La France, pays autoproclamé des Droits de l’Homme, ne ferait pas quelque chose qui contreviendrait à cette Déclaration.

Impossible.

Même si ce mot n’est pas Français, selon l’adage.

Ce discours est partiellement vrai. Il manque la fin. C’est ce que nous allons tenter d’expliciter ici.

Oui, il est interdit de faire du massif. Il existe dans ce pays deux scenarii d’écoutes qui contreviennent à l’article 12 de la Déclaration des Droits de l’Homme, et ce, légalement.

Premier cas : un juge autorise et contrôle les écoutes, qui sont ciblées. Ces actes judiciaires sont donc susceptibles d’être contestés par les parties.

Deuxième cas, les écoutes administratives. Validées par l’exécutif, elles ne sont pas contrôlées par le judiciaire. Ce qui commence à devenir délicat dans une démocratie. Mais  reste légal.

Maintenant le massif.

Il n’existe pas. Officiellement.

C’est sa nature.

Il n’existait pas non plus aux Etats-Unis avant Edward Snowden. C’est pratique. Pas de loi l’autorisant… Pas d’écoutes massives. Jusqu’au jour où un lanceur d’alerte vient exposer une mise sur écoute de la planète entière.

Vous me direz, comme Jean-Marc Manach dans son article publié sur Arrêt sur Images, que les services français n’ont pas les mêmes moyens que la NSA. Du coup, même s’ils le voulaient, ils ne pourraient pas mettre en place une telle infrastructure.

Oui, mais non.

D’une part, la France est en pointe dans ce domaine. L’article de Jean-Marc Manach sur Arrêt sur Images et ses anciens papiers sur Amesys le démontrent. Qosmos et Amesys ont reçu un financement public. Partout où les Eagle d’Amesys sont installés, un câble Alcatel débouche, un hasard sans doute. Qosmos marche main dans la main avec la DGSE au point de dédier plusieurs de ses ingénieurs à des projets du service de renseignement. L’enquête de la vice-procureur pour des faits de complicité de torture visant Qosmos le démontre en filigrane.

Et les Shadoks pompaient, pompaient, pompaient

D’autre part, la NSA elle-même, a mis en garde la France de manière très diplomatiquement explicite : arrêtez de nous taper dessus ou nous révélons l’étendue de notre coopération dans l’échange de données pompées illégalement sur les grands Internets.

shadoks

C’était peu après les révélations du Monde sur l’accord Lustre qui dresse les limites de ces échanges. Le Monde indiquait que la NSA avait récupéré 70 millions de métadonnées en un mois en France. C’est le patron de la NSA qui a craché le morceau devant les représentants américains : nous n’avons pas collecté ces données, elles nous ont été données par les pays en questions dont la France.

Un peu gênée aux entournures, la France expliquait que ces données avaient été collectées, non pas sur le territoire national, mais sur les terrains d’opérations extérieures. Il faut croire votre pays sur parole.

Quelque 70 millions de métadonnées en un mois… En Afghanistan ? Au Mali ?

Soyons fous, croyons notre pays sur parole. Celui qui a autorisé la vente de systèmes d’écoutes massifs à l’échelle de pays entiers à la Libye de Kadhafi, au Qatar, au Kazakhstan, à l’Arabie saoudite, au Gabon, aux Emirats…

Ces données ont été interceptées à l’étranger. C’est donc légal-illégal. Légal parce que les services peuvent le faire sans que l’on puisse le leur reprocher, c’est leur métier qui veut cela. Tant qu’ils ne se font pas prendre la main dans le pot de confiture. Et illégal parce que si quelqu’un portait plainte et pouvait prouver les activités des services, il pourrait obtenir gain de cause devant un tribunal.

Mais surtout, 70 millions de métadonnées en un mois, c’est du massif. Pas du ciblé.

lustre-superbe

La LPM ou tout autre texte encadrant les écoutes est donc un cache-sexe. Le zizi est caché derrière, dans des accords tels que Lustre. Peu importe qu’un pays mette en place des lois sur la pseudo protection des surveillés en masse, peu importe qu’il mette en place un contrôle parlementaire. Tout cela est invalidé par ce qui est fait dans le cadre des accords de lutte contre le terrorisme. Une idée folle qui a germé après le 11 septembre, cet acte barbare qui a plongé le monde dans la sidération. Au nom de cette lutte contre le terrorisme, tout le monde est devenu suspect. Vous, moi, ma grand-mère et votre petit neuveu avec son portable dernier cri.

Et les suspects, ils doivent être surveillés. Même parfois, torturés. Coupables ou pas, peu importe. Le documentaire 24H, nous l’a assez bien prouvé, pour éviter que la bombe n’explose, on peut torturer. Les Etats-Unis, autre grande démocratie, a « légalisé » la torture, les enlèvements et internements extra-judiciaires, sans perspective de procès. Pourtant, vous noterez qu’il n’est pas écrit dans les textes de loi américains que ces choses sont autorisées. Tout cela se faisait dans le plus grand secret.

Laisser entendre que la loi nous protège, comme le font Jean-Jacques Urvoas ou même -peut-être involontairement- Jean-Marc Manach, c’est endormir les populations pour que des activités illégales puissent être menées sans que lesdites populations ne se révoltent. J’affirme, moi, que je ne suis pas un suspect dans des activités terroristes (ce qui a d’ailleurs été confirmé dans un jugement condamnant Jean-Paul Ney), pas plus que ma grand-mère ou votre neveu. A ce titre, j’affirme qu’aucun service ne devrait être autorisé à écouter mes communications (ou les vôtres). Celles-ci ne pouvant l’être que dans un cadre judiciaire, sous contrôle d’un juge. Une « démocratie » panoptique qui s’affranchit de ses règles élémentaire pour lutter contre ses ennemis n’est plus une démocratie. C’est autre chose. Elle a muté.

(1) full disclosure : Jean-Marc Manach travaillait dans mon service à Transfert.

De la fragilité de la liberté (2) : les années de la honte

mardi 30 décembre 2014 à 21:34

auschwitz

C’est sur fond de nazisme naissant, que le deuxième tome de Ken Follet démarre. Partout en Europe, des crises surgissent. Qu’elles soient syndicalistes, identitaires, raciales, sociales, elles témoignent d’un profond malaise et de frustrations aiguës.

C’est la crise, le monde vacille, les repères explosent. Celui qui est différent devient dangereux. Les couleurs de peau, la religion, l’orientation sexuelle, l’origine socioculturelle, les convictions politiques deviennent objets de haine. Certains profitent de la situation pour pointer les responsables de la crise, les boucs émissaires, les races maudites.

Lynchage, ségrégation au pays des cow-boys

Aux USA, la ségrégation raciale n’est pas nouvelle, loin de là, comme en témoignent ces clichés photographiques anonymes.

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Malgré l’abolition de l’esclavage, le sort des noirs ne s’est pas amélioré. Si les blancs américains voient leur richesse s’accroître, les noirs quant à eux se trouvent harcelés, particulièrement dans le Sud de la nation, violentés, discriminés, violences menées de main de maître par le très inquiétant KKK (Ku Klux Klan)

KKK

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La violence de ce traitement explosa en pleine face de nombreux jeunes noirs partis combattre au nom de la Démocratie en Europe lors de la première guerre mondiale. C’est grâce à cette expérience traumatisante qu’ils ont pu mesurer l’injustice de leur sort et ainsi organiser la lutte pour leurs libertés, aidés de la plupart des mouvements religieux noirs et d’une partie de la communauté juive américaine, sans oublier le NAACP.

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C’est ainsi qu’ils s’engagèrent dans une longue lutte pour la liberté qui durera des décennies.

 L’homme à la moustache au pays de la bière

A des milliers de kilomètres de là, en Allemagne, un autre drame se prépare, celui qui a certainement bouleversé le cours de l’humanité. C’est aussi la pire et la première vraie propagande par l’image. L’image est une arme redoutable, et Hitler l’avait certainement compris bien avant les autres.

C’est Heinrich Hoffmann, photographe officiel du dictateur, qui saura le mieux transmettre par l’image les multiples facettes du Führer.

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hitler

"Der Fhrer mit der Jugend" (Adolf Hitler mit kleinem M„dchen)

fou

tenebreux

 

Hitler rehearsing his gestures for a speech

Cette série de clichés du photographe exprime bien mieux que des mots ce qu’Hitler était. Le Führer était un humain élu par d’autres humains et ce constat n’en est que plus effrayant car il nous rappelle que l’histoire peut toujours recommencer, qu’aucune leçon n’est définitive, que la honte peut toujours revenir, que l’impensable est toujours là, prêt à ressurgir.

Ken Follet décrit des scènes saisissantes en Allemagne et partout en Europe : des gens qui n’y croyaient pas, qui par lâcheté ne prenaient pas au sérieux ce petit homme moustachu, d’autres qui y croyaient dur comme fer et étaient prêts à s’engager auprès du Führer pour purifier la race aryenne. Il décrit les premières violences des futurs nazis : tortures d’homosexuels, viols de femmes, massacres de tout ce qui ne correspondait pas à leurs idéaux, et ce dans un climat de lâcheté et de déni qui, par certains moments, peuvent rappeler certaines choses du siècle actuel. La crise économique avait-elle abruti les consciences ?

L’horreur et la honte, un passage nécessaire pour conquérir la liberté ?

A la fin de la guerre, l’Europe est meurtrie, elle a honte d’avoir cautionné par son silence de telles horreurs. Comment s’en relèvera-t-elle ? De grandes évolutions et révolutions se préparent aux quatre coins du monde. Les nations s’organisent pour éviter le pire, les blocs se fondent, la guerre froide se met en place. La pire arme, la plus honteuse est envoyée par la « plus grande démocratie du monde »… Démocratie ? vous avez bien dit démocratie ?

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Chaos Communication Congress : le paradis des hackers

mardi 30 décembre 2014 à 21:27

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Fin décembre 2014 s’est tenu à Hambourg le très attendu 31c3. Il s’agit du 31è congrès annuel du Chaos Computer Club (CCC), qui est le plus ancien groupe de hackers allemand, fondé en 1981. Le CCC véhicule depuis sa création un discours politique basé sur la liberté de circulation sur le Net et une meilleure compréhension de la technologie par tous. Ses aspirations libertaires sont très connues en Allemagne, par réaction historique au fascisme qu’il rejette avec vigueur.

Pendant quatre jours, 10 000 hackers du monde entier assistent à plus de 150 conférences, se rencontrent, échangent et font la fête. L’ambiance est confraternelle et rigolarde. Le rassemblement a lieu dans un immense centre de congrès, le CCH. En plus des conférences, de grandes salles accueillent des tables rondes autour desquelles des groupes de hackers échangent des conseils, parlent de leur travail, ou font la démonstration de machines incroyables, toujours connectées à des ordinateurs. Par ici un bras articulé joue tout seul au go à l’aide d’un aimant, par là un panneau lumineux reprend l’image animée de la Matrice. La Quadrature du Net offre le thé dans un espace très couru, la Quadra’TeaHouse, et comme dans toute bonne convention de hackers, le centre est ouvert 24h/24 pendant 5 jours, le paradis ne s’arrête jamais !

Un jour nouveau

La conférence d’introduction au congrès fait le constat que dans une ère post-Snowden, la communauté des hackers a commencé à reprendre le contrôle de l’Internet, en permettant un usage plus large des moyens de protection de la vie privée. Comme les problématiques des hackers sont désormais celles de tout le monde, il convient que la communauté enseigne à tous ce qu’elle a appris. Il s’agit ainsi d’un jour nouveau – « A new dawn » le nom officiel du congrès cette année – qui devrait permettre au réseau de retrouver sa fonction première.

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Alec Empire, musicien et producteur, est le leader du groupe Atari Teenage Riot. Il ouvre le congrès sur un point de vue d’artiste engagé. Qualifié par la presse de « terroriste sonore », il se dit très inspiré par les hackers, et reste persuadé que l’art doit être utilisé comme une arme politique. Il est attristé que le modèle de la musique suive celui de transformation financière du monde : un petit nombre produit toute la musique, car le public n’est plus sensible à sa richesse et sa complexité, de la même manière qu’une minorité toujours plus restreinte amasse tous les biens matériels. Il soutient Wikileaks et le mouvement des Anonymous, et invite les hackers à se rapprocher des artistes. Car pour lui, le combat pour la vie privée rejoint celui pour la créativité. Ainsi, il déplore que les algorithmes de prédiction artistique des grandes entreprises amènent beaucoup de monde à aimer sans réfléchir, mais pense que les hackers ne tombent typiquement pas dans ce panneau.

Du journalisme et de la politique

Une présentation commune réunit trois stars du journalisme d’investigation, Julia Angwin de ProPublica, Jack Gillum de Associated Press et Laura Poitras, notamment documentariste, et auteur de « Citizen Four » sur l’affaire Snowden. A l’aide de nombreuses anecdotes issues de leur travail de terrain, ils démontrent que la cryptographie actuelle dessert leur volonté de protéger leurs sources, car elle est trop complexe à utiliser.

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Un membre anonyme du comité invisible, appartenant au groupe de Tarnac, exprime lors d’une conférence l’idée qu’on ne peut travailler que pour ou contre l’oppression sécuritaire. Se référant à Telecomix, un groupe de hackers connu notamment pour son action lors des révolutions arabes (et dont Reflets a beaucoup parlé ou avec qui nous avons travaillé), il rappelle que les réseaux sont une extension de la réalité physique. Pour lui, la théorie Cybernétique, exposée dans les années 1940 et qui voulait édifier une science générale du fonctionnement de l’esprit, est aujourd’hui utilisée comme outil de contrôle de nos consciences, en modelant par exemple nos peurs et nos désirs. Il pense que la découverte de l’étendue des pouvoirs de la NSA indique qu’il faut apprendre à se cacher afin de se protéger de l’activité criminelle qui consiste à nous imposer nos choix ; ainsi la liberté n’est plus un objectif, mais un combat.

Des révélations sur l’OTAN et la NSA

Une autre conférence très attendue réunit Laura Poitras et Jacob Appelbaum, un des développeurs principaux de TOR, l’outil d’anonymisation de navigation. Elle est concomitante à la publication dans le Spiegel de deux articles. Le premier indique qu’alors que les combats en Afghanistan s’arrêtent, des documents confidentiels de l’OTAN révèlent l’existence de listes secrètes de personnes, cibles des USA. Certains étaient sur la liste car, vendeurs de drogue, ils supportaient financièrement le mouvement. Les conférenciers se demandent si une démocratie peut ainsi cibler ses ennemis quand l’objectif n’est pas d’empêcher une attaque imminente. Par ailleurs, les méthodes utilisées pour identifier les cibles laissaient trop de place à la possibilité d’atteindre des cibles civiles par erreur.

jacob

Le second article fait émerger de nouveaux éléments dans les efforts faits par la NSA pour décoder dans certains cas le gênant chiffrement des communications, notamment sur SSH – très utilisé pour sécuriser l’accès des informaticiens aux serveurs – que l’agence déclare avoir cassé. Alors que Skype est de nouveau décrit comme absolument pas sûr, malgré les déclarations de Microsoft à ce sujet, de même que les technologies de tunnels chiffrés PPTP et IPSEC, certains outils continuent de résister aux oreilles indiscrètes. TOR bien sûr, mais aussi GPG qui permet de chiffrer les courriels, et OTR qui sécurise les conversations instantanées sont de ceux-là, ainsi que Tails, un système d’exploitation basé sur ces problématiques. La NSA essaye également d’abaisser le niveau de chiffrement des protocoles standard, par exemple en infiltrant l’IETF, groupe qui établit les normes de l’Internet. Le problème évident est que toute personne découvrant ces faiblesses – et pas seulement la NSA – est capable de déchiffrer les échanges entre les personnes ou avec le cloud. A la fin de la présentation, Jacob fait applaudir les développeurs des projets logiciels ayant résisté aux attaques, et invite la communauté à les aider en contribuant au code, ou en leur donnant de l’argent.

Du hack, encore du hack, toujours du hack

A chaque congrès, de nouveaux exploits techniques de hackers sont révélés. Cette année est marquée par la découverte de failles importantes dans le réseau SS7, qui relie les opérateurs téléphoniques. Ces failles permettent notamment de suivre la géolocalisation d’un téléphone, de transférer des appels, et de recevoir des copies de communications. On note aussi la possibilité de pirater les macbook d’Apple par le port Thunderbolt. Enfin, et ce n’est pas la première fois que l’on s’amuse avec le sujet au CCC, un hacker a annoncé avoir réussi à reproduire l’empreinte digitale de la ministre de la défense allemande, Ursula von der Leyen, à partir d’une simple photo. Cela remet en cause la sécurité des appareils biométriques basés sur ces empreintes. Le hacker n’a pu s’empêcher d’ironiser : « Après cette démonstration, les politiciens porteront sûrement des gants quand ils parleront en public ».

L’édition 2014 du Chaos Communication Congress restera dans les mémoires comme très dense, et très politique. Après quatre jours et quatre nuits de hack, de fraternité et de danse, les participants se quittent à regrets, en remerciant chaleureusement les bénévoles qui ont permis cette grande organisation. On garde au cœur l’impression d’avoir été plongé au cœur de l’histoire en train de s’écrire.

De la fragilité de la liberté (1) : les hommes s’entretuent, les femmes se cherchent

lundi 29 décembre 2014 à 14:02

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Le vingtième siècle a vu se confronter des extrêmes : nazisme, communisme, fascisme, guerre froide, libération sexuelle… Ces événements, parfois d’une infinie violence, ont démontré toute la puissance du clivage humain entre envie de liberté et désir de conformisme, quitte à perpétrer des crimes contre l’humanité qui restent gravés profondément dans la mémoire collective.

C’est ce que l’écrivain Ken Follet a voulu montrer dans sa trilogie « la chute des géants » en suivant le devenir de familles russes, allemandes, anglaises et américaines au travers de plusieurs générations. Les lecteurs suivent ces dernières depuis la première guerre mondiale jusqu’à l’élection d’Obama, en passant par le nazisme et la chute du mur de Berlin.

Mais son œuvre, quoique passionnante et vibrante d’humanité, ne serait pas complète si on ne l’analysait pas à travers les œuvres photographiques du siècle, que ce soient les plus honteuses ou les plus porteuses d’espérance.

Une drôle de guerre et des drôles de nanas

Cette magnifique fresque de Ken Follet commence à la veille de la première guerre mondiale. On y découvre ou redécouvre la succession d’événements qui ont mené des millions de jeunes gens sur le front et qui les ont transformés en chair à canons. Le lecteur perçoit rapidement le drame qui est en train de se jouer et qui va au bout du compte préparer l’horreur extrême des décennies suivantes.

Pendant que ces jeunes gens vont de force participer à cette tuerie, comme en témoignent ces clichés de voleurs d’images anonymes, peut-être morts dans cette boucherie, se déroule un combat à peine moins violent.

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En effet, profitant de l’absence des chefs de familles, dans un immense élan de liberté, les suffragettes anglaises ont lancé avec courage et pugnacité les premières pierres du féminisme, en réclamant le vote pour les femmes. Le constat de l’absence nécessaire des hommes dans ce combat n’est pas superflu, et ce fut sûrement le premier clivage de ce siècle : l’horreur d’une guerre qui permet une première conquête démocratique.

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L’arrivée fracassante d’un géant, les femmes à l’honneur

Dans d’autres contrées, plus froides et plus lointaines, les populations commencent à entendre le pas d’un ogre puissant et liberticide, portant pourtant des espoirs infinis de démocratie.

Lenintribune

revorusse

Cette révolution russe a connu de nombreux rebondissements et a porté d’immenses espérances. Le reste de l’Europe observe l’avènement de Lénine, certains avec envie, d’autres avec angoisse.

Pour l’heure il n’est question que de liberté, de démocratie et de réappropriation du pouvoir par le peuple ; les femmes ne sont pas en reste. L’union des femmes pour l’égalité des droits existe officiellement depuis 1905, et cette organisation aura un rôle majeur dans les événements qui conduiront à la révolution russe, avec le rôle central des ouvrières. La première journée internationale de la femme, celle que nous connaissons aujourd’hui, verra le jour en 1910. C’est d’ailleurs l’une de ces journées en 1917 qui verra la révolution éclater. Coïncidence ?

femme

femmes russes

Tous les acteurs sont désormais en place dans cette marche du siècle : dictateurs en devenir, soldats, femmes, conservateurs, visionnaires… qui engendrent espoir, liberté… mais tout ne sera pas évidemment si simple.

Au delà de l’implication citoyenne et politique de ces femmes et de ces hommes, un autre drame est en train de se préparer. Une page d’histoire s’apprête à être écrite avec du sang et des larmes.

hitler