PROJET AUTOBLOG


Reflets

Site original : Reflets

⇐ retour index

Chaos Communication Congress : le paradis des hackers

mardi 30 décembre 2014 à 21:27

31c3-poster-790x521

Fin décembre 2014 s’est tenu à Hambourg le très attendu 31c3. Il s’agit du 31è congrès annuel du Chaos Computer Club (CCC), qui est le plus ancien groupe de hackers allemand, fondé en 1981. Le CCC véhicule depuis sa création un discours politique basé sur la liberté de circulation sur le Net et une meilleure compréhension de la technologie par tous. Ses aspirations libertaires sont très connues en Allemagne, par réaction historique au fascisme qu’il rejette avec vigueur.

Pendant quatre jours, 10 000 hackers du monde entier assistent à plus de 150 conférences, se rencontrent, échangent et font la fête. L’ambiance est confraternelle et rigolarde. Le rassemblement a lieu dans un immense centre de congrès, le CCH. En plus des conférences, de grandes salles accueillent des tables rondes autour desquelles des groupes de hackers échangent des conseils, parlent de leur travail, ou font la démonstration de machines incroyables, toujours connectées à des ordinateurs. Par ici un bras articulé joue tout seul au go à l’aide d’un aimant, par là un panneau lumineux reprend l’image animée de la Matrice. La Quadrature du Net offre le thé dans un espace très couru, la Quadra’TeaHouse, et comme dans toute bonne convention de hackers, le centre est ouvert 24h/24 pendant 5 jours, le paradis ne s’arrête jamais !

Un jour nouveau

La conférence d’introduction au congrès fait le constat que dans une ère post-Snowden, la communauté des hackers a commencé à reprendre le contrôle de l’Internet, en permettant un usage plus large des moyens de protection de la vie privée. Comme les problématiques des hackers sont désormais celles de tout le monde, il convient que la communauté enseigne à tous ce qu’elle a appris. Il s’agit ainsi d’un jour nouveau – « A new dawn » le nom officiel du congrès cette année – qui devrait permettre au réseau de retrouver sa fonction première.

alecempire

Alec Empire, musicien et producteur, est le leader du groupe Atari Teenage Riot. Il ouvre le congrès sur un point de vue d’artiste engagé. Qualifié par la presse de « terroriste sonore », il se dit très inspiré par les hackers, et reste persuadé que l’art doit être utilisé comme une arme politique. Il est attristé que le modèle de la musique suive celui de transformation financière du monde : un petit nombre produit toute la musique, car le public n’est plus sensible à sa richesse et sa complexité, de la même manière qu’une minorité toujours plus restreinte amasse tous les biens matériels. Il soutient Wikileaks et le mouvement des Anonymous, et invite les hackers à se rapprocher des artistes. Car pour lui, le combat pour la vie privée rejoint celui pour la créativité. Ainsi, il déplore que les algorithmes de prédiction artistique des grandes entreprises amènent beaucoup de monde à aimer sans réfléchir, mais pense que les hackers ne tombent typiquement pas dans ce panneau.

Du journalisme et de la politique

Une présentation commune réunit trois stars du journalisme d’investigation, Julia Angwin de ProPublica, Jack Gillum de Associated Press et Laura Poitras, notamment documentariste, et auteur de « Citizen Four » sur l’affaire Snowden. A l’aide de nombreuses anecdotes issues de leur travail de terrain, ils démontrent que la cryptographie actuelle dessert leur volonté de protéger leurs sources, car elle est trop complexe à utiliser.

citizenfour1

Un membre anonyme du comité invisible, appartenant au groupe de Tarnac, exprime lors d’une conférence l’idée qu’on ne peut travailler que pour ou contre l’oppression sécuritaire. Se référant à Telecomix, un groupe de hackers connu notamment pour son action lors des révolutions arabes (et dont Reflets a beaucoup parlé ou avec qui nous avons travaillé), il rappelle que les réseaux sont une extension de la réalité physique. Pour lui, la théorie Cybernétique, exposée dans les années 1940 et qui voulait édifier une science générale du fonctionnement de l’esprit, est aujourd’hui utilisée comme outil de contrôle de nos consciences, en modelant par exemple nos peurs et nos désirs. Il pense que la découverte de l’étendue des pouvoirs de la NSA indique qu’il faut apprendre à se cacher afin de se protéger de l’activité criminelle qui consiste à nous imposer nos choix ; ainsi la liberté n’est plus un objectif, mais un combat.

Des révélations sur l’OTAN et la NSA

Une autre conférence très attendue réunit Laura Poitras et Jacob Appelbaum, un des développeurs principaux de TOR, l’outil d’anonymisation de navigation. Elle est concomitante à la publication dans le Spiegel de deux articles. Le premier indique qu’alors que les combats en Afghanistan s’arrêtent, des documents confidentiels de l’OTAN révèlent l’existence de listes secrètes de personnes, cibles des USA. Certains étaient sur la liste car, vendeurs de drogue, ils supportaient financièrement le mouvement. Les conférenciers se demandent si une démocratie peut ainsi cibler ses ennemis quand l’objectif n’est pas d’empêcher une attaque imminente. Par ailleurs, les méthodes utilisées pour identifier les cibles laissaient trop de place à la possibilité d’atteindre des cibles civiles par erreur.

jacob

Le second article fait émerger de nouveaux éléments dans les efforts faits par la NSA pour décoder dans certains cas le gênant chiffrement des communications, notamment sur SSH – très utilisé pour sécuriser l’accès des informaticiens aux serveurs – que l’agence déclare avoir cassé. Alors que Skype est de nouveau décrit comme absolument pas sûr, malgré les déclarations de Microsoft à ce sujet, de même que les technologies de tunnels chiffrés PPTP et IPSEC, certains outils continuent de résister aux oreilles indiscrètes. TOR bien sûr, mais aussi GPG qui permet de chiffrer les courriels, et OTR qui sécurise les conversations instantanées sont de ceux-là, ainsi que Tails, un système d’exploitation basé sur ces problématiques. La NSA essaye également d’abaisser le niveau de chiffrement des protocoles standard, par exemple en infiltrant l’IETF, groupe qui établit les normes de l’Internet. Le problème évident est que toute personne découvrant ces faiblesses – et pas seulement la NSA – est capable de déchiffrer les échanges entre les personnes ou avec le cloud. A la fin de la présentation, Jacob fait applaudir les développeurs des projets logiciels ayant résisté aux attaques, et invite la communauté à les aider en contribuant au code, ou en leur donnant de l’argent.

Du hack, encore du hack, toujours du hack

A chaque congrès, de nouveaux exploits techniques de hackers sont révélés. Cette année est marquée par la découverte de failles importantes dans le réseau SS7, qui relie les opérateurs téléphoniques. Ces failles permettent notamment de suivre la géolocalisation d’un téléphone, de transférer des appels, et de recevoir des copies de communications. On note aussi la possibilité de pirater les macbook d’Apple par le port Thunderbolt. Enfin, et ce n’est pas la première fois que l’on s’amuse avec le sujet au CCC, un hacker a annoncé avoir réussi à reproduire l’empreinte digitale de la ministre de la défense allemande, Ursula von der Leyen, à partir d’une simple photo. Cela remet en cause la sécurité des appareils biométriques basés sur ces empreintes. Le hacker n’a pu s’empêcher d’ironiser : « Après cette démonstration, les politiciens porteront sûrement des gants quand ils parleront en public ».

L’édition 2014 du Chaos Communication Congress restera dans les mémoires comme très dense, et très politique. Après quatre jours et quatre nuits de hack, de fraternité et de danse, les participants se quittent à regrets, en remerciant chaleureusement les bénévoles qui ont permis cette grande organisation. On garde au cœur l’impression d’avoir été plongé au cœur de l’histoire en train de s’écrire.

De la fragilité de la liberté (1) : les hommes s’entretuent, les femmes se cherchent

lundi 29 décembre 2014 à 14:02

une

Le vingtième siècle a vu se confronter des extrêmes : nazisme, communisme, fascisme, guerre froide, libération sexuelle… Ces événements, parfois d’une infinie violence, ont démontré toute la puissance du clivage humain entre envie de liberté et désir de conformisme, quitte à perpétrer des crimes contre l’humanité qui restent gravés profondément dans la mémoire collective.

C’est ce que l’écrivain Ken Follet a voulu montrer dans sa trilogie « la chute des géants » en suivant le devenir de familles russes, allemandes, anglaises et américaines au travers de plusieurs générations. Les lecteurs suivent ces dernières depuis la première guerre mondiale jusqu’à l’élection d’Obama, en passant par le nazisme et la chute du mur de Berlin.

Mais son œuvre, quoique passionnante et vibrante d’humanité, ne serait pas complète si on ne l’analysait pas à travers les œuvres photographiques du siècle, que ce soient les plus honteuses ou les plus porteuses d’espérance.

Une drôle de guerre et des drôles de nanas

Cette magnifique fresque de Ken Follet commence à la veille de la première guerre mondiale. On y découvre ou redécouvre la succession d’événements qui ont mené des millions de jeunes gens sur le front et qui les ont transformés en chair à canons. Le lecteur perçoit rapidement le drame qui est en train de se jouer et qui va au bout du compte préparer l’horreur extrême des décennies suivantes.

Pendant que ces jeunes gens vont de force participer à cette tuerie, comme en témoignent ces clichés de voleurs d’images anonymes, peut-être morts dans cette boucherie, se déroule un combat à peine moins violent.

tranchees

 

combats14

En effet, profitant de l’absence des chefs de familles, dans un immense élan de liberté, les suffragettes anglaises ont lancé avec courage et pugnacité les premières pierres du féminisme, en réclamant le vote pour les femmes. Le constat de l’absence nécessaire des hommes dans ce combat n’est pas superflu, et ce fut sûrement le premier clivage de ce siècle : l’horreur d’une guerre qui permet une première conquête démocratique.

histoiresuffragette03

sufregettes

L’arrivée fracassante d’un géant, les femmes à l’honneur

Dans d’autres contrées, plus froides et plus lointaines, les populations commencent à entendre le pas d’un ogre puissant et liberticide, portant pourtant des espoirs infinis de démocratie.

Lenintribune

revorusse

Cette révolution russe a connu de nombreux rebondissements et a porté d’immenses espérances. Le reste de l’Europe observe l’avènement de Lénine, certains avec envie, d’autres avec angoisse.

Pour l’heure il n’est question que de liberté, de démocratie et de réappropriation du pouvoir par le peuple ; les femmes ne sont pas en reste. L’union des femmes pour l’égalité des droits existe officiellement depuis 1905, et cette organisation aura un rôle majeur dans les événements qui conduiront à la révolution russe, avec le rôle central des ouvrières. La première journée internationale de la femme, celle que nous connaissons aujourd’hui, verra le jour en 1910. C’est d’ailleurs l’une de ces journées en 1917 qui verra la révolution éclater. Coïncidence ?

femme

femmes russes

Tous les acteurs sont désormais en place dans cette marche du siècle : dictateurs en devenir, soldats, femmes, conservateurs, visionnaires… qui engendrent espoir, liberté… mais tout ne sera pas évidemment si simple.

Au delà de l’implication citoyenne et politique de ces femmes et de ces hommes, un autre drame est en train de se préparer. Une page d’histoire s’apprête à être écrite avec du sang et des larmes.

hitler

 

 

Les fous de la caverne de Platon en 16/9 et #Podemos

dimanche 28 décembre 2014 à 17:32

jury-top-chef-2015_5024704

Ce qui différencie un individu sain d’esprit d’un autre plus ou moins affecté psychologiquement est assez simple à repérer. L’individu sain d’esprit a tendance à ne pas se contenter des apparences, à ne pas s’engouffrer dans des évidences, à toujours faire fonctionner ce que l’on appelle le « sens critique ». A l’inverse, les individus psychologiquement affectés ne cherchent pas à comprendre au delà des apparences, acceptent benoîtement ce qui leur est servi, et surtout s’emballent dans des croyances ou des convictions sans aucunes nuances. La plupart du temps, ces croyances ou convictions ne sont pas de leur fait, elles leur sont renvoyées, présentées, soufflées, répétées. Toute la difficulté survient lorsque c’est une société dans son ensemble qui se met à être affectée. Massivement. Jusqu’à ses dirigeants, ses « élites », ses « intellectuels » ou autres individus fortement médiatisés, ceux que l’on nomme les « leaders d’opinion ». Et comme nous sommes dans une démocratie d’opinion…

L’opinion commune

C’est à cause de l’Europe que ça ne va pas. Le chômage, il n’y a rien à faire, si ce n’est tout réformer. De toute façon, il y a trop d’étrangers. Si ça continue, on ne sera bientôt plus chez nous. En France, on est pas assez compétitifs, il y a trop de charges. C’est normal la surveillance, il faut quand même faire quelque chose, et puis quand on n’a rien à se reprocher… Toutes ces phrases, et bien d’autres, circulent et se répètent à l’envi. Via les réseaux sociaux, le supermarché du coin, devant les écoles ou à la sécu, autour d’un verre, et sont cautionnées de façon savante par des personnages télévisuels bien connus : l’économiste à la bouille rondouillarde, le politologue aux traits émaciés, le spécialiste des sondages vieillissant, le journaliste éditorialiste incontournable. Que faire de tous ces discours toujours identiques, qui, quand ils sont mis à l’épreuve de la réalité s’écroulent, mais continuent d’être chantonnés quotidiennement dans les media ? Et lorsqu’ils se perdent dans un nuage de contradictions et de mensonges ne sont jamais relevés comme tels ? Les défenseurs du libéralisme économique ne voyaient aucune crise en vue quelques mois avant celle des subprimes, en 2007-2008, et continuent — après s’être trompés en permanence dans leurs analyses — à venir donner le « La » dans les media sur la « crise économique » qu’ils niaient et l’atténuent en permanence avec des promesses de reprise par la croissance.

AVT_David-Pujadas_307

L’opinion populaire a pris le pas sur la réflexion et l’action. Une population qui déprime devant des écrans, sans autre espoir que de nouveaux épisodes de Top Chef, The Voice, ou Secret Story, une nouvelle vidéo Youtube du comique à la quenelle, des tweets abscons ou un nouveau message Facebook, qui s’indigne en direct devant des événements qu’elles ne comprend pas — au delà des images chocs — est une population victime de son époque. Une population qui a arrêté de réfléchir. Une population qui peut s’habituer à tout, qui peut accepter tout. Même l’insupportable. Pour ceux qui continuent ou s’efforcent d’exercer leur sens critique, c’est un challenge. Lequel ? Celui de ne pas se conformer au sens commun et d’en subir les conséquences. Parce que quand tout le monde devient fou, ceux qui restent sains d’esprit sont considérés… comme anormaux.

Caverne de Platon en 16/9

Le principe de la caverne de Platon s’applique assez bien au monde actuel, celui de la surenchère d’information et de la fabrication des idées. Regarder les ombres qui circulent sur le mur et penser que c’est le monde, alors que le monde est derrière celui qui observe le mur de la caverne, bien qu’il ne le regarde pas.  Pour lui, le monde, ce sont ces ombres qui s’agitent sur le mur. Les images des journaux télé, les articles de presse, les analyses, reportages médiatiques sont les ombres projetées sur le mur de la caverne. La réalité est autre, et se décline en des milliers de nuances, se déploie dans un tissu de complexité autrement plus important que ce qui est décrit, renvoyé sur les écrans.

manger-devant-la-television

Quels qu’ils soient. Les solutions à de nombreux problèmes, sociaux, économiques, par exemple, existent, sont à portée de main, ont été décrites par des chercheurs indépendants qui ont consacré leur vie professionnelle à ces domaines. Personne ne les invite dans les médias ces chercheurs, personne n’en parle. Les ombres qui s’agitent sont plus intéressantes, visiblement. Les individus qui constituent la société, dans leur grande majorité, sont dociles. Ils regardent la télévision, parce qu’il faut regarder la télévision. C’est une obligation sociale, la télévision. Qui n’a pas de télévision, ne la regarde jamais ? Quelques individus sains d’esprit fous. Et pourtant, c’est tout de même là que se situe un début d’ouverture possible, de dialogue et de changement. En arrêtant de regarder la télévision. De regarder les ombres.

En Espagne : Podemos

Il est difficile de savoir si les médias télévisuels parlent de Podemos quand on ne les regarde pas. Mais c’est difficile à croire. La presse peut rapidement aborder le mouvement politique Podemos du bout des lèvres, comme dans un article du quotidien Le Monde de jeudi dernier. Mais de là à en faire des Une ou des ouvertures de journaux, des analyses importantes dans les grands médias, il n’y a qu’un pas. Qui n’est pas franchi. Pourtant, Podemos est le parti/mouvement politique qui est aujourd’hui en tête de tous les sondages en Espagne et pourrait bien mettre en panne la fameuse alternance droite-gauche espagnole, très similaire à la nôtre. Mais ce sont les Indignados, Podemos, pas des caciques de grands partis. Des profs de science-politiques, des militants d’Attac, bref des gens qui veulent faire muter le système espagnol vers un mieux-disant social, avec du revenu de base, de la répartition des richesses, de la sortie de l’austérité et la mise en œuvre d’une démocratie populaire réelle.

OAaJ5t4I

L’Espagne est en train de tenter de créer une alternative politique crédible et pleine d’espoir. La France, elle, continue à se battre la coulpe et agiter des chiffons rouges. Observer le mouvement Podemos, trouver des alliances avec lui serait une idée séduisante pour ceux qui veulent agir dans le monde, au delà du théâtre des ombres. A moins que nous ne soyons vraiment tous devenus totalement fous et ne puissions même pas entendre, voire, s’intéresser à ce que des voisins en quête de progrès social et de libertés citoyennes sont en train d’essayer de créer ?

Communication visuelle de la #Gendarmerie Nationale sur Twitter : un must

mercredi 24 décembre 2014 à 19:48

La gendarmerie nationale est une institution républicaine qui a vocation à protéger les citoyens. Entre autres. Le principe d’avoir des forces de l’ordre « proches et au service des gens » est important, parce qu’il évite de créer une sorte de défiance généralisée entre population et « gardiens de la paix ». Avec tout ce que cela peut engendrer de négatif, si ce n’est pas le cas, nul besoin de faire un dessin.

Ainsi, si vous allez sur le profil twitter de la gendarmerie nationale, vous trouverez cette illustration hallucinante :

gendarmerie-twitter

Sur le coup, on peut penser à un fake, une grosse blague. Mais non. Pas du tout. Ce compte twitter est bel et bien vérifié, et il est la vitrine de la Gendarmerie Nationale sur le réseau social de micro-blogging twitter. Les terminators qui pointent sur vous leurs armes de guerre sont les types payés par vos impôts pour vous recevoir en cas de plainte à la gendarmerie du coin. Ceux qui sont censés être à votre service. Ce qui est le plus drôle, c’est qu’ils sont dans un avion. La gendarmerie, son truc, c’est les avions, tout le monde le sait. Et surtout, ces types savent accueillir le public, à n’en pas douter.

Alors que la gendarmerie n’est plus gérée par la Défense mais par l’Intérieur, n’est-il pas un peu inquiétant de voir  ses représentants se mettre en scène aussi agressivement ? Enfin, disons, qu’ils semblent juste avoir envie de vous flinguer sur leur profil twitter. Parce que vous êtes un ennemi en puissance ?

Cher Manuel, soit vous êtes dans un épisode de 24H chrono, et là, mieux vaudrait changer de job, soit vous êtes sincèrement en train de nous embarquer dans quelque chose de très glauque. Ou bien, vous vous en foutez ? Au final, il serait temps quand même de se ressaisir : tout ça va très mal finir.

Edit 26/12/14 à 19h04 : Ah, ça y’est, la vilaine image des vilains robocops dans leur avion qui vous menacent avec leurs armes a été remplacée par un truc plus cool avec des avions et des une de journaux. Ouf, un instant on a cru que… C’était juste pour rire au moment de Noël et fêter le succès de la prise d’otages d’il y a 20 ans, c’est certain. Soyons rassurés. Bon cette nouvelle image est un peu lourde, ça ralentit l’affichage, mais le cœur y est. 

Marisol, devine qui vient faire le djihad ce soir ?

mardi 23 décembre 2014 à 19:03

yahaha

En France, en 2014, l’information va vite. Très vite. L’info en continu permet presque de mater en « direct live » les morts ou les blessés de n’importe quel fait divers. Enfin, au moins les flaques de sang qui subsistent après le drame. Tout ça sans même avoir à bouger de son canapé (qui commence à être bien défoncé par les heures passées à subir de façon consentie le lavage de cerveau national). C’est chouette d’être au courant d’un peu tout, avec ces chaînes d’info continue : surtout pour suivre les faits divers les plus anxiogènes, avec plein de morceaux d’infos non-vérifiées dedans. Des types qui foncent dans la foule en hurlant Allahou Akbar, un drapeau de l’Etat islamique accroché à l’intérieur du véhicule, par exemple. Ah non, en fait il gueulait, mais on ne sait pas vraiment quoi. Le drapeau ? Oui, enfin, certains pensent que, non, en fait il n’y en avait pas, mais attendez…on me dit dans l’oreillette, qu’un autre terroriste a foncé dans la foule à Nantes cette fois-ci… Oui, ok,  n’y avait pas de drapeau dans le véhicule à Dijon, et le type était en pleine décompensation psy, parce qu’en fait il fait des séjours en psychiatrie depuis des années, et… attendez, le type de Nantes aussi était un cas psychiatrique…mais bon, allez coco, l’info n’attend pas.

Le saviez-vous ?

607249-sante-hopital-psychiatrie-gouvernement

Pendant que super Manuel fait jouer ses mâchoires dans les médias frrrrrrançais, et est rapidement obligé de se reprendre sur le « conducteur fou » de Dijon qui n’est pas un djihadiste, mais que « quand même on n’a jamais été autant en danger avec le terrorisme en France« , il y a des milliers de personnes — plus de 70 000 en 2010 pour être précis — qui sont internées en psychiatrie chaque année. Dans leur grande majorité, ce n’est pas pour une dépression qu’elles sont internées, les personnes, bien qu’il y en ait aussi pour ça, mais très souvent pour des pathologies de type « psychose ». Bouffées délirantes, bipolarité (anciennement maniaco-dépression), schizophrénie…… Et que fait-on de ces personnes fragiles, affectées, malades, qui subissent des affres psychiques insupportables et qui ont grandement besoin d’aide ? On les bourre de cachets, on les attache dans des chambres d’isolement, on les laisse errer dans des couloirs. Et dès qu’on estime qu’elles sont « calmes », on les fout dehors, parce qu’il faut en prendre d’autres et que les places sont limitées. Les personnels soignants des HP français qui participent à ce non-soin n’ont pas franchement le choix, ne leur jetons pas la pierre — et la boucle est bouclée. Un chouette système de « santé mentale », non ? La France est restée au niveau de Vol au dessus d’un nid de coucou, sans que quiconque (ou presque) ne s’en préoccupe, et tout va bien ? Mais quel est donc le rapport avec notre terrorisme djihadiste, me direz-vous ? Il est hautement relié. Suivez le guide.

Le wahhabite est-il plus taré que le Témoin de Jéhova ?

ouinideiou

Le djihad, c’est d’un côté un mot fourre-tout ultra anxiogène pour les occidentaux et une permission de faire n’importe quoi pour les troupes wahhabites issues du royaume pétrolier ami de la France, l’Arabie saoudite. Dans ce royaume, la religion musulmane est un peu spéciale. Pour faire une comparaison, c’est un peu comme si on avait un pays européen dirigée par les Témoins de Jéhova. Avec la loi des Témoins de Jéhova, les coutumes des Témoins de Jéhova, la nourriture, les règles, l’éducation, bref, chacun a compris le truc. Chez les wahhabites, la croyance islamique, comparée à l’islam classique (qu’il soit chiite ou sunnite) est à peu près aussi délirante qu’entre un Témoin de Jéhova et un catholique ou un protestant. D’un côté, on croit en Dieu, on a des rituels, et voilà. De l’autre, chez les Témoins ou les wahhabites, on croit à la fin du monde, à l’imminence d’un messie, d’un combat entre les forces du bien et du mal, et de la nécessité de s’infliger et d’infliger aux autres tout un tas d’interdits plus affreux les uns que les autres pour être raccord avec le Dieu tout-puissant. Mais pour le bien, hein. Les salafistes de Syrie sont issus du wahhabisme saoudien, et leur machin religieux a été inventé au XVIIIème siècle. Une secte, en gros. Avec beaucoup de pétrodollars.

Mais revenons au djihad. Il n’y a pas un djihad, mais quatre. Oui, c’est vrai tout le monde s’en fout la plupart du temps, que ce soient des musulmans ou des non-musulmans, mais c’est tout de même intéressant d’aller regarder les fondements de cette notion religieuse, parce qu’on comprend mieux ce qu’est l’islam, enfin pas vraiment puisque le djihad est une « option » de l’islam. Pas l’islam tel qu’on voudrait qu’il soit et qui justifierait d’égorger ou de torturer ses ennemis déclarés. Que l’on soit de n’importe quel bord d’ailleurs…

Donc, pour information, sans aller très loin, djihad signifie « s’efforcer », pour des expressions comme « faire un effort dans le chemin de Dieu », ce genre de choses. Et il n’y en a pas un de djihad, mais quatre. Un djihad par le cœur, un second par la langue, un par la main et le dernier…par l’épée (le seul qui est retenu visiblement, de nos jours). Le djihad n’a même pas de statut officiel dans le sunnisme, mais qui s’en soucie ? Le Coran indique(Cor. II, La vache : 190-191) que « Le chaos (fitna) est pire que la guerre. Tant qu’eux ne vous combattront pas dans l’enceinte sacrée, ne leur livrez pas la guerre (…)».  Ce qui change pas mal la donne quand les « djihadistes » de l’EI attaquent tout ce qui n’est pas comme eux pour se créer un territoire. Dans un monde normal, il serait intéressant que les abrutis qui partent pour la Syrie en croyant faire le djihad du « vrai islam » réalisent qu’ils ne font qu’une chose : participer à une entreprise guerrière totalement condamnable par la religion qu’ils croient défendre. Dans un monde normal…

Mais que se passe-t-il vraiment ?

pedonazis

Super Flanby, dit pépère, a décidé d’organiser une réunion interministérielle suite aux trois actes criminels « étranges » et concomitants qui viennent de se produire. Des actes de type « djihadiste ». Le type qui a poignardé un policier à Tours en plein commissariat en criant Allahou Akbar était-il poussé par une « idéologie islamique » et pratiquant le « terrorisme personnel » (sic) comme l’explique savamment un criminologue psychiatre sur une chaîne de radio de service public (vers 6’50, ndlr) ? Voyons-voir un peu : terrorisme personnel. Quelle est cette nouvelle définition ? Ah oui, c’est en lien avec la nouvelle loi anti-terroriste : entreprise terroriste individuelle. Je suis une bande à moi tout seul comme le chantait Renaud il y a quelques décennies. Nous rentrons donc, politiquement, dans la dernière ligne droite de la société de surveillance et de contrôle, de type « démocratie représentative paranoïaque autoritaire, tendance pédonazi djihadiste avec torture de chatons et radicalisation propagandiste sur les zinternets ».

Avec tout ça, comme n’importe qui, tout seul dans son coin, peut devenir un terroriste hyper dangereux — qui se radicalise en 30 minutes avec des idéologies islamistes diffusée sur l’internet pas civilisé — il n’y a plus qu’une seule solution : déclarer l’état d’urgence permanent avec mise sous surveillance de tous, sans préavis ni limite. On ne sait jamais…

Reviendons à la psychiatrie

Ce qui est drôle (sans l’être), c’est qu’un chef d’Etat, son premier ministre, décident de se réunir pour savoir « quoi faire », après des violences commises par des personnes malades, mais sans jamais parler de la maladie. En se questionnant, de façon publique, dans une vaste et profonde mayonnaise médiatico-politique sur la problématique des criminels isolés, de « terroristes islamistes individuels », de « concomitance troublante des actes » — tout en esquivant le fond de l’affaire, qui est celle des problèmes psychiatriques d’une partie importante de la population et des non-soins prodigués par le système de santé — que fait donc le gouvernement français ? Hum ? Personne pour répondre ? Il faut parler des islamistes qui plongent dans un délire d’ultra-violence après avoir entendu des voix, sans parler de ce qui sous-tend toute l’histoire, le fait d’entendre des voix ? Et que celui qui entend des voix il est scotché devant les chaînes d’info, comme le reste de la population ? Et qu’il voit les infos de façon concomitante ?

Le malaise général de cette population, qui craque psychologiquement sous les coups de boutoirs de la rigueur budgétaire et de la pression économique, managériale, technocratique, du vide de vie démocratique qui envahit tout l’espace, du manque de respect et de dignité des élites face aux difficultés du plus grand nombre, n’ont aucun intérêt ?

holala-ca-fait-peur

Si des personnes se mettent à passer à l’acte, que ce soit avec des morceaux de djihad dedans ou les reptiliens, il faut juste retenir l’aspect criminel ? Le fou qui passe à l’acte n’est plus désormais un malade, il est juste un criminel, comme il y a 100 ans ? On ne soigne plus les gens, on tente juste de les contenir ? Payer des personnels des services de l’Etat pour faire de la prévention des problèmes psychiatriques, ouvrir des centres de jour au lieu de les fermer aurait un peu plus de gueule que de chercher à empêcher les « terrorismes personnels », à la mode Sarkozy-Hortefeux-Guéant, non ?. En ayant à l’esprit que les schizophrènes, en proportion, sont moins criminels que les « sains d’esprits ». Mais nous n’en sommes plus là, puisque ce sont désormais des terroristes islamistes en puissance, ou des « dérangés » qui foncent sur la foule. Le tout avec des envoyés spéciaux des chaînes d’infos continue qui commentent le néant du fait divers, le tout aspergé de rumeurs non vérifiées.

Chère Marisol Touraine, êtes-vous au courant que votre ministère est censé s’occuper aussi du secteur psychiatrique ? Savez-vous que les moyens d’accueil de ce secteur sont minables et abominables ? Qu’aucune politique de santé mentale sérieuse n’est en œuvre dans ce pays ? Allez, un effort, 70 000 personnes en souffrance psychique, c’est peut être plus intéressant qu’interdire les vapoteuses dans les lieux publics, non ?

P.S : Il faudrait aussi réfléchir aux 30% de personnes en prison qui sont des cas psychiatriques et devraient être soignées au lieu d’être enfermées. Ces gens sortent de prison encore plus fous qu’ils ne l’étaient en y entrant, et mériteraient d’être soignés. Même s’ils ont commis des délits ou des crimes, ce sont des malades, madame la Ministre. Parlez-en à votre collègue Garde des sceaux, ensemble vous pourriez réfléchir à une politique « de gauche » à ce sujet ? En dernier lieu, touchez un mot à pépère du phénomène de la « société de l’instant et du fait divers », des dangers sociaux du manque de projet politique, de la démocratie citoyenne et participative en carence et de la responsabilité politique quand un pays se met à aller massivement mal, psychologiquement parlant.