PROJET AUTOBLOG


Reflets

Site original : Reflets

⇐ retour index

12 cigarettes (5)

lundi 26 janvier 2015 à 13:14

face

 

Partie 5 : hésitation

— « Il a créé l’univers ? Vous pouvez m’expliquer cette affirmation ? »

Elle vrilla ses yeux dans les siens. C’était le moment. Tout se jouait maintenant. Elle inspira lentement puis se jeta à l’eau :

— « Il a re-créé l’univers si vous voulez… avec le C-Quantum. Enfin, au départ c’était une reproduction. Parfaite. A l’identique. Un programme quantique qui débutait à l’origine sans aucune donnée quantique, sans rien. Puis le code se lançait, et ce que l’on nomme la lumière, la matière jaillissait dans les tréfonds de la machine. Il était possible de visionner cet univers, identique au nôtre. Et dans la machine, en quelques secondes, des équivalents de millions d’années se déroulaient, qui pouvaient être freinés, si on le désirait, ou se dérouler en accéléré. C’était tellement inconcevable, incroyable que tout le monde eut peur. Sauf lui. Ils lui ont dit d’arrêter la machine, de détruire le code. Il ne voulait pas… »

Le médecin pencha la tête :

— « L’univers dans une machine… je ne comprends pas bien ce que cela signifie, ni ce qu’il y a de si effrayant. C’était en fin de compte un monde virtuel, une reproduction de notre monde, mais en informatique. Ca n’a rien d’extraordinaire, bien que ce soit original et surement révolutionnaire, parce qu’effectué avec ce fameux calculateur quantique, mais…. »

La femme eut une moue amusée.

— « Vous ne saisissez pas bien ce que les scientifiques ont compris avec cette démonstration. Ce n’était pas un jeu qu’il avait codé. Il avait démontré… — Elle fit une pause — Il avait démontré… que nous étions dans un programme informatique. Que l’univers n’était rien d’autre qu’un code quantique. Et ce code, il l’avait recréé. »

Le médecin fronça les sourcils. Il pensa aux 12 cigarettes. Au boitier d’argent. Au fumeur de la salle 42. A cette femme. A son rôle à lui. Sa fonction. Ses responsabilités. A ce lieu. S’il appuyait, la sécurité serait là en moins de deux minutes et la femme serait arrêtée, désactivée. Il hésita. Il avait envie d’en savoir plus. Il lui répondit le plus tranquillement possible.

— « Il aurait donc démontré que nous sommes le produit d’un programme d’informatique quantique ? En recréant le programme, si je vous suis bien, qui serait la structure de notre univers ? Et cette découverte l’a mené ici ? Pourquoi, d’après vous est-il ici ? »

— « Parce qu’il a refusé de s’arrêter. Parce qu’il est allé plus loin. Sans que personne ne le sache. Et parce qu’il est impérieux que je puisse justement avoir accès à lui. Pour qu’il change le code. »

Le médecin tapota rapidement : « paranoïa, délires obsessionnels, psychose ? »

— « Je vois. Vous voulez qu’il change le code ? Quel code ? »

— « Vous vous en doutez, docteur, non ? »

Le médecin déglutit. Un tremblement incontrôlé s’était emparé de sa jambe. Il n’avait pas le choix. Il allait devoir passer en niveau 2. C’était certainement un événement aléatoire imprévisible. On l’avait prévenu de cette possibilité : ce genre de choses étaient possibles. Et lui, ne s’était pas méfié depuis le début. Il s’en voulut. Immanquablement.

(Vous pourrez retrouver la suite et l’intégralité de cette nouvelle ainsi que d’autres, prochainement, au format ebook et à la vente sur Reflets)

Syriza : oligarchic test ON

lundi 26 janvier 2015 à 12:07

syriza-bayraklar

Ils avaient peur, maintenant ils sont effrayés, c’est une catastrophe ! Les rouges de Syriza ont gagné les élections législatives anticipées en Grèce ! Terrible ! Le séisme anti-europe débute en Grèce, tout va s’écrouler, on est foutus. Imaginez quand même que les gens, là-bas, avec leur bulletin de vote, ont viré les partis à la solde de la Troïka. Ces partis qui pratiquaient depuis 6 ans la même politique libérale commandée depuis Bruxelles et qui a mis à genoux le pays. C’est grave. Très grave. Pourquoi ? Parce que ce sont des gens de la gauche « radicale », Syriza. Et dans gauche radicale, il y a « radicale ». Houlala.

La gauche est radicale quand elle n’est pas à droite

C’est un peu ça qui est drôle dans l’histoire de l’élection de Syriza : ce parti n’est pas considéré comme un parti de gauche, mais comme un parti de gauche radicale. Ce qui voudrait dire que les partis-sociaux démocrates européens, qui poussent en permanence à la politique libérale que veut la droite européenne, seraient à gauche, mais seulement à gauche et « pas radicaux ». Etrange détournement sémantique que de faire de partis de droite déclarés à gauche des partis de gauche, alors qu’ils font la politique des partis de droite. Mais le fond de l’affaire n’est pas là. Ce qui est bien avec la presque majorité (à deux sièges près) de Syriza, c’est que la politique qu’ils comptent mener est quasiment la politique proposée par les partis sociaux-démocrates du type le « Parti socialiste français » ! Mais avant d’être élus. Parce qu’une fois élus, les socialistes français n’étaient plus de « gauche » (radicale ou non) : ils ne voulaient plus de transformation sociale, plus de renégociation du traité sur la convergence (le machin qui détermine l’austérité obligatoire), plus de régulation forte de la finance, etc…

Syriza : un gros test pour l’oligarchie

En réalité, si Syriza tient ses promesses (qui ne sont pas de sortir de l’UE ou de l’euro), c’est la mise en cause des politiques voulues par l’oligarchie européenne, qui se profile. Si le peuple grec, son économie, vont mieux — avec une politique sociale, de redistribution des richesses, une lutte contre la corruption réelle, un arrêt de l’austérité — l’oligarchie sera démasquée. Discréditée. Un petit pays, représentant 2% de l’économie européenne, ayant été écroulé par les politiques droitières, anti-sociales du FMI, de la Commission européenne, de la BCE et des dirigeants des plus grosse économies du continent, pourrait démontrer qu’en pratiquant une politique de gauche, la sortie de crise est possible. Le redressement économique, social,  d’un pays de la zone euro, serait alors une démonstration. De l’escroquerie des actions politiques de réduction budgétaires, des politiques d’austérité, mais aussi des dirigeants qui les ont soutenues. Comment vont-ils faire, nos dirigeants, pour continuer à faire passer la pilule de la rigueur qui n’a aucun effet positif, si la Grèce démontre qu’en faisant l’inverse, ça fonctionne ?

Hollande, tu le sens le virage ?

Flanby est très emmerdé. S’il s’effraye de l’arrivée de Syriza au pouvoir, il fait le jeu de la droite et passe pour un pur escroc. S’il applaudit, il passe pour un imbécile, puisque la politique que veut mener Syriza est celle contre laquelle il lutte. Il doit attendre. Et croiser les doigts pour que ça ne marche pas en Grèce. Que ce soit pire qu’avant. Mais il aura des aides, Hollande, pour faire chuter la Grèce : les marchés financiers, en premier lieu. Et des pressions de la Commission aussi. Pourvu que le virage grec ne soit pas une réussite. Sinon, c’est toute l’oligarchie qui va se retrouver à poil devant les populations. « Eh bé alors, vous nous avez pourtant dit que la seule solution valable c’était l’austérité, et le réformes du marché du travail, des retraites, du chômage, et là, ils font l’inverse, et ça fonctionne mieux, et chez nous c’est pire ? Non, mais ho, hé, ça va mal aller, hein ! C’est quoi ce truc ? Pourquoi que vous nous avez mentis, hein ? » viendra dire le bon peuple, c’est-à-dire nous. Pour la plupart, en tout cas. Enfin, espérons-le.

Bref. Tout ça est amusant. Sauf qu’évidemment, en embuscade, devinez qui est là ? Les « bas du front », qui soutiennent… Syriza ! Le comble. Mais bon, on sait que le rateau est large chez eux désormais. Très large. En France, on n’est de toute façon pas assez mal en point pour avoir envie d’essayer une politique de gauche de type Syriza. Ce serait trop risqué pour nos actions en bourse, nos bien immobiliers, nos cooptations, copinages, avantages, et autres privilèges — bien répartis dans une part non négligeable de la population. A moins que l’exemple grec, suivi d’un exemple espagnol ne réveille quelque chose ici ?

A voir…

 

Propagande et petits arrangements entre ennemis

lundi 26 janvier 2015 à 10:05

hollande-charlie

Hollande est Charlie, il aime la liberté d’expression, il défend les valeurs de la République, il est enfin président. C’est émouvant, et troublant à la fois. La population le lui rend bien puisqu’elle a décidé enfin de répondre un peu plus positivement à la question « est-ce que bon, en fin de compte, il est pas si mal ce président ? » : et là, bingo ! Ils sont 29% de Français échantillonnés à répondre désormais positivement à la question, au lieu de 17% avant les morts du 7,8 et 9 janvier. Tout n’est que question d’apparence et de trouille : des affreux djihadistes détruisent la vie de 17 personnes en hurlant « Allahou Akbar », les flics font leur boulot de flic, buttent les vilains terroristes, et on encense le chef de l’Etat après qu’il a invité les pires bafoueurs de libertés d’expression de la planète. Mais pire : Flanby va aller rendre hommage au roi d’Arabie saoudite décédé il y a quelques jours.

Je te tiens par la barbichette

kalashnikov-marui-ak47-electrique

Ceci n’est pas une Kalachnikov

 

Quelle obligation est faite à Hollande d’aller au pays du wahhabisme, la secte qui rend fou les jeunes français qui se prennent pour des djihadistes et flinguent des journalistes, des artistes, des flics et des Juifs ? Aucune normalement, mais il y a un mais : le pétrole saoudien, le pognon saoudien, et les ventes de matériel militaire de la France à l’Arabie saoudite. Il semble que cette monarchie qui ne respecte aucune règle de base des droits de l’homme, qui fait décapiter des femmes sur la place publique, ou donner 1000 coups de fouets à un bloggeur par sessions de 50, qui coupe la main des voleurs, et finance des mouvements djihadistes et terroristes depuis des décennies n’est pas un problème pour le successeur de Nicolas Sarkozy. François Hollande, l’homme au pédalo, pédale tranquillement jusque dans la théocratie la plus violente et liberticide de la planète sans ciller pour rendre ses hommages au défunt roi du tas de sable le plus cher du monde. Applaudissements…

La propagande, c’est pratique, et pas cher

$_35

Toi aussi, pour 30€, sois Charlie, comme Flanby, Viktor Orban ou David Cameron

Désormais, grâce au réseau des réseaux et ses « social networks », tout se fait dans le bruit, la confusion, l’emballement et la propagation de l’émotion. Vous transformez une population en Charlie en 24h, et vous lui faites oublier toute son histoire en 5 jours. A la fin, les gens chantent la Marseillaise et applaudissent les sniper sur les toits. Si on leur demandait de se mettre une plume dans le cul par solidarité avec les poulets, ils le feraient. Info continue, journalistes sur le pont sur le même sujet 24/24 : le message finit par rentrer, et chacun — dans sa solitude — de se sentir enfin membre d’une nation, acteur d’un moment historique, dans l’unité retrouvée. Au moins quelques jours. C’est beau et émouvant à la fois. En plus, il y a quelques ennemis intérieurs, et le frisson peut vous gagner. Cerise sur le gâteau : d’un seul coup les politiques arrivent même à vous faire croire que voter pour eux a du sens et un intérêt concret. Dingue…

Les morts ont un prix en France

pujadas

50 morts en Irak dans un attentat à la bombe : et maintenant, les résultats de la Coupe de France de football.

 

Voir au JT de 20h des cadavres de gosses, de vieillards, des innocents massacrés par les drones américains n’est pas un problème. On continue à se passer le sel tout en maugréant sur ces journalistes qui diffusent des horreurs à la télé. Les morts, quand ils sont des étrangers basanés, surtout s’ils sont « islamistes » (musulman n’est plus très utilisé, le terme n’est pas assez anxiogène), n’ont pas de valeur. Ils n’existent pas vraiment. Les écrans ont cette faculté d’éloigner ou de rapprocher les drames, de les rendre soit totalement acceptables, ou au contraire, terribles et indignes. Les Charlie vont demander le retour de l’uniforme à l’école, de la Marseillaise chantée par les mômes (toujours dans les écoles), l’application stricte de la laïcité (ils ne savent pas ce que c’est mais croient que c’est l’imposition de l’athéisme ou l’interdiction de montrer que vous êtes croyant), l’augmentation de la surveillance de tous, pas tous, pour tous, et au final, ils retourneront à leurs JT mater les « morts islamistes ». Jusqu’au prochain meurtre de masse à la Kalachnikov  ?

Le Qatar, la France sont dans un bateau, le terrorisme ne tombe pas à l’eau, que reste-t-il ?

mercredi 14 janvier 2015 à 23:15
François Hollande et l'émir du Qatar, le Cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, à l'Elysée, le 23 juin 2014. (ERIC FEFERBERG / AFP)

François Hollande et l’émir du Qatar, le Cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, à l’Elysée, le 23 juin 2014. (ERIC FEFERBERG / AFP)

François Hollande et Nicolas Sarkozy sont Charlie. C’est une bonne nouvelle. On n’a jamais autant parlé de renseignement. C’est un drôle de hasard. Car les deux hommes ont un rôle non négligeable dans ce domaine. Nicolas Sarkozy était un gros consommateur d’informations remontées par les services, à son plus grand profit. Il est aussi l’homme qui était aux manettes lorsque s’est montée l’ignoble opération « Amesys en Libye« . Opération qui a mené, comme en ont témoigné des victimes, à la torture d’opposants dans ce pays (l’affaire est actuellement à l’instruction à Paris). Nicolas Sarkozy est également au centre d’un rapprochement périlleux et très intéressé avec le Qatar. François Hollande a fait la preuve de la « continuité de l’Etat » en poursuivant la très bonne relation entretenue par notre pays avec le Qatar. A tel point que l’une des premières personnalités rencontrées par François Hollande au cours du premier mois de sa présidence n’était autre que le premier ministre qatari. Cette proximité avec ce petit Etat n’a jamais pâti du tombereau d’articles documentés pointant le soutien implicite ou direct des autorités au terrorisme. Mais maintenant, tout ça c’est fini. Nicolas Sarkozy et surtout, François Hollande qui est aux manettes, sont devenus Charlie. Le terrorisme n’a qu’à bien se tenir. Et aider des Etats policiers (comme le Maroc ou le Qatar) à traquer leurs opposants, c’est f-i-n-i. Ou pas…

sarkozy-qatar

Le rôle de nos présidents successifs dans le domaine du renseignement est essentiel. Cette branche agit selon un agenda politique. C’est l’exécutif qui détermine la politique du monde du renseignement français. Pas le pouvoir judiciaire ni le législatif. Quand les services français ont décidé de prendre sous leur aile Qosmos et Amesys, cela ne s’est pas fait sans appui politique. L’implication de l’équipe rapprochée de Nicolas Sarkozy est désormais acquise au vu des documents publiés. Les investissements du FSI dans Bull et Qosmos ne sont pas anodins. C’est une décision politique. Quand s’est dessinée ce que nous avons appelé la théorie abracadabrantesque, qui consistait sans doute à vendre à n’importe qui (y compris des terroristes condamnés comme tels) des outils permettant une mise sous surveillance de tout un pays -même dictatorial ou policier, c’est une décision politique. L’enjeu était alléchant. Sur le papier.

On allait disposer d’une infrastructure permettant une délocalisation des écoutes. Le rêve… Plus de cadre juridique contraignant. L’accès aux données de n’importe qui, n’importe-où.

Le premier client était emblématique. La Libye de Kadhafi. Avec comme interlocuteur d’Amesys, Abdallah Senoussi, le beau-frère du colonel. Un type charmant, condamné en France par contumace pour terrorisme en raison de son rôle dans l’attentat du DC 10 d’UTA. Le même Senoussi qui fut au centre d’une intense activité des proches de Nicolas Sarkozy dans le but de faire annuler sa condamnation.

qosmamesys

Mais le système de surveillance massive d’Amesys ne pouvait se limiter à un seul client. Le Qatar, autre pays riant et respectueux des Droits de l’Homme a acquis cette technologie. Là-bas, le projet portait le nom « Finger » (doigt) en référence à une barre chocolatée et au nom de la capitale, Doha (prononcez Doigt). Comme nous l’avions écrit en novembre 2011, Amesys a vendu au Qatar un Eagle, cet outil de surveillance massive. Le « client », l’interface d’Amesys, si vous préférez, est très probablement le State Security Bureau qui réglait à Amesys 1.084.950 euros fin 2011. Cette entité ne doit des comptes qu’à l’Emir, une vraie composante démocratique d’un Etat démocratique.

Bien entendu, Philippe Vannier, le patron d’Amesys n’a jamais été inquiété pour sa vente de produits de surveillance massive à des dictateurs ou des Etats policiers. Droite, gauche, peu importe, on passe l’éponge. Mieux, il a été largement récompensé pour son oeuvre. Le gouvernement l’a laissé prendre possession de Bull, fournisseur officiel de la DGSE ou du CEA. Sachant combien ces deux organisations sont essentielles pour l’Etat, une prise de contrôle de Bull ne pouvait se faire sans un aval gouvernemental. Quant à Qosmos, sa « business unit » Kairos est dédiée à la DGSE. Bref, les murs sont poreux entre gouvernement, services de renseignement, sociétés de surveillance, ventes à des pays pas du tout démocratiques ayant des liens avec le terrorisme, les arrangements sont… Massifs, également.

Nous avons donc des Charlie comme Nicolas Sarkozy ou François Hollande qui de la main gauche tapent sur les terroristes tout en jouant du menton, et qui de la main droite, tissent des relations très étroites avec les pays qui le soutiennent. C’est la magie des relations internationales, de la diplomatie. Observez bien l’air grave, la compassion affichée avec les morts de Charlie Hebdo, les policiers, les inconnus des 7 et 9 janvier. Maintenant, pensez aux deux présidents et aux « magouilles » diplomatiques, économiques et de « relations internationales » entamées avec des pays connus  -en dépit des dénégations des uns et des autres- pour leur leur proximité avec des mouvements terroristes.

Photo : Orban-Pool/Sipa/Rex

Photo : Orban-Pool/Sipa/Rex

Et si vous avez un peu de temps, vous pouvez aussi revoir le documentaire Syriana qui tente d’expliquer le chaos dans lequel les « dirigeants » politiques et économiques plongent le monde. Certains pour le pouvoir, d’autres pour l’argent. Ceux qui payent le prix sont toujours les mêmes.

Forker Podemos ?

mercredi 14 janvier 2015 à 16:35

podemos

Je partage l’avis de Yovan Menkevick sur le fait qu’il faille un peu plus se préoccuper de Podemos qui me passionne depuis quelques mois, bien que je n’ai trouvé que trop peu d’informations consistantes (telles Alencontre, Contretemps, Global Voices, Paul Jorion…) disponibles pour qui ne parle pas espagnol.

Réfléchir à forker Podemos ouvre toute une série de questions.

Bien qu’essentielles, je laisse de côté celles des conditions de possibilité historiques, sociologiques (charismatiques ?) qui ont amené l’émergence de ce mouvement en Espagne, bien différent de Syriza; le premier ayant su créer une dynamique d’aller-retour entre le centre et une base nettement plus auto-organisée.

Je laisse également de côté la question des lieux du politique. Oui, il faut que les gens puissent se rencontrer en chair et en os. Même s’il y a moins de cafés que précédemment, de nombreux lieux existent; privés, mais surtout publics, à réinvestir comme le propose Sophie Wahnich.

La question que j’aimerais mettre en débat est celle des éléments software qui peuvent faciliter l’émergence et l’organisation à long terme d’un Podemos. Il ne s’agit pas des explications et de l’adhésion que peut obtenir un député autour d’un projet de loi comme le propose Parlement et citoyens par exemple mais bien d’un autre mode de fonctionnement.

Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité nous disposons grâce à l’informatique d’une capacité de diffusion dont le coût n’est pas lié à la quantité et d’une puissance de calcul et de communication qui sont susceptibles de rassembler, mobiliser, relier, prendre des décisions… Et pourtant, trop souvent une mobilisation s’opère sans parvenir à durer où à se relier à ses sœurs ou cousines. La multiplication des feux de pailles risquant alors d’avoir un effet démobilisateur.

La simplicité du concept de base de Podemos offre l’avantage de pouvoir structurer un très grand nombre d’initiatives et de renforcer les compétences mutuelles. Deux type de cercles existent : les cercles basés sur une communauté géographique et ceux sur une communauté d’intérêt ou de compétence. Quand le cercle de Monvillage s’interroge sur la gestion communale de l’eau, il peut faire appel au cercle des scientifiques spécialisés en la matière. De même celui-ci peut réfléchir à des propositions générales qui peuvent concerner de nombreux villages, un région, le pays tout entier.

Ce système de cercle ne règle pas pour autant la manière dont circule l’information, s’opèrent les modes de décision au sein d’un cercle, entre les cercles ou entre le centre et les périphéries. A trop vouloir les structurer, le système perdrait sa créativité tout comme il risque d’éclater s’il n’a aucune structure.

Le mode de structuration d’un mouvement influence son développement. Sur quels outils un Podemos pourrait-il s’appuyer? Celui-ci ou un autre, ici ou ailleurs, la question restera similaire tout comme la responsabilité des geeks et autres codeurs.

Quels outils ? Petite ébauche pour ouvrir à cette discussion:

S’informer

Le niveau basique de l’information permet à chacun d’entrer dans un domaine, d’acquérir une connaissance minimale qui va lui permettre de saisir peu à peu les enjeux et leur complexité.

Le wiki a fait ses preuves comme modèle d’organisation de cette information. Il oblige à être didactique, à séparer ce qui relève du factuel (ou de ce qui fait consensus) de ce qui relève du débat, pousse à la participation, invite à une socialisation des moyens de production. Sa construction même relève déjà d’une démarche qui nécessite discussion, accord… La lourdeur de Wikipedia ne doit pas remettre en question le modèle proposé.

De multiples wiki existent déjà ou pourraient voir le jour dans les différents domaines concerné par des cercles.

Au delà de l’information de base, reste l’immense flux des informations de ce qui relèvent des débats en cours, de l’actualité, des nouvelles découvertes et que l’on retrouve sur les blogs, certains sites d’info, dans les hashtags… Autant dire que s’y retrouver n’est pas choses simple, le flot du trop d’information venant étouffer l’information pertinente. Quels outils de curation utiliser? Est-ce rêver que d’imaginer une grammaire évolutive des hashtags, des systèmes d’autocomplétion?… Peut-être un cercle peut-il se construire son Seenthis, mais cela n’est néanmoins pas à la portée de tout le monde et l’aspect rhizomique manque. Comme on le voit, ce premier niveau, d’éducation permanente, pourrait-on dire manque déjà d’outils.

Faire réseau, tisser des liens, se compter

Comment savoir que dans le village voisin quelqu’un partage mes préoccupations?

On notera que dans la pratique, Podemos, tout comme les printemps arabes, occupy wall street, etc… utilisent très préférentiellement Facebook et Twitter. Il est indispensable de tenir compte de cette donnée, même si, comme on le sait, elle pose d’énormes problèmes en terme de blocage, pistage, référence auprès d’un futur employeur, manipulation< de l’information,…

Seenthis, mentionné plus haut peut déjà servir à faire réseau. Certes, il y a des alternatives à Facebook: Diaspora, Ning (sans compter les dizaines d’initiatives qui naissent et meurent Path, Bebo, App.net ). Néanmoins, la (très dure) donnée de base dont il faut tenir compte réside dans le fait que les gens vont là où est déjà leur réseau : sur Facebook. C’est la raison pour laquelle je partage la position de Peter Sunde qui estime nécessaire de construire un réseau social alternatif qui soit interopérable avec Facebook. Nous y reviendrons.

Délibérer – Décider

Une fois informé, il y a lieu de débattre et de décider. Plusieurs softs tentent de contribuer à cette aide à la décision: Loomio et Appgree (utilisés par Podemos), Liquid-feedback (Parti Pirate Allemand), Getopinionated (Parti pirate belge), etc. On peut retrouver quelques listes (celle de l‘Electronic direct democracy et celle de Michael Allan sur Zelea) qui tentent de comparer modalités, avantages de ces softs. Ici, l’expérience concrète de Podemos serait précieuse. De quel soft une assemblée non-geek peut-elle se saisir ? Et éventuellement quelles améliorations apporter. Un cercle élargi autour de ces questions serait d’ailleurs utile car décider via une démocratie délibérative, débattante, participative dépasse largement les questions de référendum s’avère particulièrement complexe ( cfr p ex. Alban Bouvier ).

Se mobiliser, agir

Se mobiliser, mener une action, construire un projet nécessite également des soft. Qu’il s’agisse d’organiser une manifestation, traduire un texte, aménager un lieu, rédiger un projet… Comment rassembler un certain nombre de ressources autour d’un objectif donné. L’objectif est similaire à celui visé par les sites de crowdfundig, tels Kikstarter ( plus de 700 plate-formes existent, quelques unes sont opensource) à la différence du fait qu’il ne s’agit pas seulement de ressources financières. L’objet serait plutôt une système de petites annonces indiquant thématique (#), ressources nécessaires, localisation,… Chacun ayant la possibilité de s’y abonner et d’indiquer qu’il participe au projet.

Outre son aspect utile à l’action, ce type de soft offrirait l’avantage d’être indirectement pédagogique : fixer des objectifs, préciser des ressources, une temporalité… Facebook permet de dire qui participe à un événement; j’ai vu passer des soft qui aident à organiser une fête; mais je n’ai rien vu (et vous?) alliant à la fois gestion de projet, Boncoin et Indiegogo.

Contrôler

Comment les décisions prises s’acheminent dans un processus législatif? Sur ce point, les outils de La Quadrature du Net constituent déjà une bonne avancée.

Et alors ?

Des softs pourraient donner un coup de pouce à un Podemos, mais cela implique que les geeks sortent de leur village gaulois où le jeu de go apprend qu’on ne peut qu’y mourir. Cela implique que l’interopérationalité doit être une priorité. Le modèle de Textsecure est idéal: envoyer un sms comme d’habitude et sécurisé vers un autre utilisateur de Textsecure. Certes, c’est plus simple avec le système de SMS que Facebook, mais de nombreux modèles du libre existent grâce à cette l’interopérationalité (les live session ou multiboot de linux, les apkdownloader, etc…).

Il ne s’agit pas seulement créer des passerelles mais aussi de parler latin, c’est nettement moins précis que le code gaulois mais si on veut être compris par tout le monde…

Pour poursuivre dans la métaphore d’Astérix (ou celle de l’avant garde du prolétariat, ou celle de l’aristocratie), la tribu isolée va à l’encontre de tout mouvement politique, lequel implique toujours de devoir sacrifier une partie de son vouloir pour construire un vouloir commun. Internet permet autant de rassemble que de diviser. Il est effrayant de voir à quel point sont redondants nombre de blogs, initiatives, forks, sans compter les versions de Linux dont la multiplicité nuit à la propagation.

Mettre de l’énergie dans les softs qui aideraient un Podemos et en les utilisant soi-même pour élargir (et partiellement unifier) une communauté serait peut-être une contribution utile à un fork de Podemos.

Bonne annéé !