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Informer : un métier compliqué

lundi 12 octobre 2015 à 21:25

Informer-nest-pas-un-delitLe quatrième pouvoir n’est plus ce qu’il était. Sans parler, bien entendu, des journalistes qui se déplacent sur des terrains à risque, informer devient de plus en plus compliqué. Dans un recueil d’expériences vécues, 16 journalistes en donnent des exemples précis. « Informer n’est pas un délit, ensemble contre les nouvelles censures » (Calman-Lévy – 17 euros) est finalement une longue énumération des types de bâtons mis dans les roues du journaliste d’investigation. Les actionnaires, les annonceurs, les politiques, l’Etat, les officines, les communicants, la justice, tout y passe. Au travers d’exemples vécus, les journalistes racontent leur quotidien, la censure plus ou moins efficace et plus ou moins directe qui tente de les museler, les formes qu’elle prend.

C’est un constat très alarmant. Si l’on peut aisément se faire une idée du poids des annonceurs ou des actionnaires, de plus en plus lourd, l’opacité et l’omerta mises en place par les serviteurs de l’Etat face à l’investigation journalistique laisse sans voix. Mathilde Mathieu, de Mediapart livre un récit effrayant de ses difficultés à obtenir des informations sur le train de vie des parlementaires. Elle expose également les sanctions qui s’abattent sur ceux qui ont le malheur d’être simplement soupçonnés d’avoir renseigné un journaliste au sein de l’Assemblée Nationale ou du Sénat.

Les auteurs auraient également pu s’interroger sur le public. Souvent apathique, lassé des révélations en cascade ?

Mathilde Mathieu tire ce constat sur le Parlement : « Il s’est tué littéralement. Car l’antiparlementarisme se nourrit plus du secret, terreau des pires fantasmes, que de l’exposition des dérives individuelles en place publique ».

C’est juste. Mais pour ceux qui lisent Mediapart, ou d’autres enquêtes sur d’autres supports, la réponse des lecteurs devrait-elle vraiment être l’antiparlementarisme ou le développement de théories complotistes, ou plutôt une démarche de demande de comptes ?

« Même pas peur » : le documentaire à voir (vraiment)

vendredi 9 octobre 2015 à 13:56

Reflets a attendu plusieurs jours avant de réfléchir, réagir, analyser les événements du 7 au 9 janvier : le meurtre de 18 personnes  (dont une partie de la rédaction du journal Charlie Hebdo) par trois apprentis djihadistes.

La manifestation du 11 janvier et l’emballement sur les réseaux sociaux d’une foule d’internautes se revendiquant tous d’un unique slogan — le fameux « Je suis Charlie » — ne présumaient pas une suite très favorable à ce drame, largement récupéré par les politiques adeptes de la défense de la liberté d’expression, en façade, mais de la restriction des libertés individuelles et collectives, dans les actes.

Revendiquer la République tout en pointant du doigt les personnes issues d’une origine étrangère, de confession musulmane, accepter que la démocratie française se transforme en société panoptique, brandir la Liberté, la Fraternité tout en distillant la peur et le tout-sécuritaire, est désormais la règle. Ne pas prendre du recul et ne pas réfléchir en profondeur à cet « après-Charlie », totalement contradictoire dans les discours et les injonctions politiques ou médiatiques qu’il véhicule, a été une erreur grave.

Cette erreur est désormais corrigée par un documentaire d’Ana Dumitrescu, qui vient tout juste de sortir, et intitulé « Même pas peur ! ».

C’est ce qu’on appelle un documentaire « salvateur », qui débute au lendemain du 11 janvier 2015 et interroge des chercheurs, universitaires, observateurs de la société, sur la peur induite par le discours politique. « Même pas peur ! »  n’est malheureusement programmé, pour l’heure que dans 5 salles parisiennes uniquement.

« Même pas peur ! » est programmé un peu partout : http:/www.memepaspeur-film.com/actus_files/seances.php (toutes nos excuses pour l’information un peu plus haut regrettant le manque de programmation, extraite d’un site de programmation de salles…)

http://memepaspeur-film.com

Le Safe Harbour prend l’eau – et après?

jeudi 8 octobre 2015 à 17:59

navirenaufrageLa justice européenne vient de rendre un arrêt qui ouvre une nouvelle brèche visiblement préoccupante pour le modèle économique des mastodontes du Big Data. La Cour de justice de l’UE, sise au Luxembourg (CJUE), vient en effet d’invalider un des piliers du libre échange de données personnelles entre les USA et l’Europe. C’est ce cadre juridique, appelé « Safe Harbour », qui a fait les frais de l’arrêt du 6 octobre [cf un résumé de la cour].

Cela fait 15 ans qu’il permet à des entreprises non européennes d’exploiter des données privées de citoyens européens, procédé devenu le cœur de métier des multinationales. En y regardant de plus près, ce « havre de paix » (« sphère de sécurité » selon la traduction de la cour), est presque aussi parlant que la maxime orwellienne « La liberté c’est l’esclavage ». Ce cadre juridique prétend que les législations des Etats signataires du Safe Harbour sont « adéquates » vis à vis des lois européennes de protection des données personnelles, réputées comme les plus exigeantes en la matière. L’arrêt de la cour du Luxembourg met en charpie cette « adéquation » supposée. Même si ça fait 15 ans que ça dure.

C’est un citoyen autrichien, Max Schrems, inquiet du sort que le géant Facebook réservait à ses données, suite aux révélations de Snowden, qui a porté plainte en Irlande, lieu où ses données étaient stockées avant d’être transférées aux USA, plainte qui est parvenue, au gré d’un parcours sinueux, jusqu’aux juges européens. Cela fait de nombreuses années que des doutes sérieux ont été émis sur le faiblesse de la protection d’un tel cadre juridique. Mais aucun gouvernement ne l’a dénoncé, puisque’il a été négocié, à la fin des années 90, par le Commission européenne (CE). C’est la CE qui se prend l’arrêt du 6 octobre en pleine poire:

À cet égard, la Cour rappelle que la Commission était tenue de constater que les États-Unis assurent effectivement, en raison de leur législation interne ou de leurs engagements internationaux, un niveau de protection des droits fondamentaux substantiellement équivalent à celui garanti au sein de l’Union (…). La Cour relève que la Commission n’a pas opéré un tel constat, mais qu’elle s’est bornée à examiner le régime de la sphère de sécurité. En outre, les exigences relatives à la sécurité nationale (…) l’emportent sur le régime de la sphère de sécurité, si bien que les entreprises américaines sont tenues d’écarter, sans limitation, les règles de protection prévues par ce régime, lorsqu’elles entrent en conflit avec de telles exigences. Le régime américain de la sphère de sécurité rend ainsi possible des ingérences, par les autorités publiques américaines, dans les droits fondamentaux des personnes, la décision de la Commission ne faisant état ni de l’existence, aux États-Unis, de règles destinées à limiter ces éventuelles ingérences ni de l’existence d’une protection juridique efficace contre ces ingérences.

La Cour de justice ne fait qu’enfoncer le clou. Elle a déjà envoyé un signal identique il y a dix-huit mois. En avril 2014, la même cour a invalidé une autre mesure clé de la police numérique : la conservation de toutes les données, de connexion et de trafic, qu’un individu laisse derrière lui sur les réseaux. Mesure destinée à pouvoir identifier n’importe qui n’importe quand, pour, bien sur, prévenir le terrorisme ou toute « infraction grave ». C’est la directive de 2006 sur le « rétention des données » qui s’est trouvée, dans un arrêt d’un 8 avril 2014, elle aussi invalidée (arrêt que Reflets.info avait analysé en profondeur à l’époque).

Ce nouvel acte juridique, salué comme il se doit par les ONG, ne doit tout de même pas nous faire rêver. Exactement comme dans le cas de la directive devenue illégale 8 ans après son entrée en vigueur, la condamnation du Safe Harbour n’entraîne aucune conséquence concrète pour le plaignant Max Schrems et ses centaines de millions de congénères. La Cour n’a aucune compétence pour exiger quoique ce soit en matière de pratiques commerciales et n’a pas non plus les moyens d’exiger de l’exécutif européen qu’il prennent immédiatement des mesures pour que l’invalidité du cadre attaqué protège mieux les utilisateurs. En matière juridique, une décision peut pourtant s’imposer au forceps si le « trouble manifeste » pour les personnes concernées – soit à peu près toute la population qui utilise un moyen de communication numérique – est avéré; ce que ne constate donc pas la CJUE. Exactement comme lorsque la directive « rétention des données » a été recalée : aucune donnée stockée abusivement n’a été détruite, et la Cour ne l’a d’ailleurs jamais demandé. Il n’aurait pas été scandaleux que le transfert des données de Facebook vers les USA soit purement et simplement suspendu de manière conservatoire. Rien de tout cela n’a même été envisagé.

Facebook, l’entreprise qui est censée avoir perdu cette bataille judiciaire, ne s’en cache pas : elle s’empresse de ne rien faire, à part juger « impératif que les gouvernements de l’UE et des États-Unis assurent qu’ils continuent de fournir des méthodes fiables pour des transferts légaux de données ». La brèche ouverte par cet arrêt de la CJUE apparait donc aussi efficace qu’un coup de canif dans la coque d’un cuirassé.

#EELV : avoir raison sur tout n’est pas politiquement payant (reportage #Tuppervert)

jeudi 8 octobre 2015 à 14:37

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La pratique de la politique en France — et potentiellement un peu partout ailleurs dans les grandes démocraties — est basée sur un concept simple à résumer : chaque parti politique fait une analyse des problèmes de sa société, une sorte d’inventaire, et procède ensuite à une liste de solutions, avec des priorités dans leur application. Puis chacun d’entre eux explique que si ces solutions étaient appliquées, elles règleraient les problèmes pointés, ou tout du moins, les amoindriraient. Problèmes dans une société : solutions politiques. Améliorer. Réduire les aspects négatifs. Progresser.

Etrangement, un parti politique un peu à part dans le panorama français n’arrive absolument pas à convaincre les électeurs : Europe Ecologie Les Verts. Pourquoi — alors que les problèmes écologiques sont centraux — le seul parti politique à les analyser, amener des solutions sur ce sujet qui touche tous les pans de la société, ne trouve-t-il quasiment aucun écho auprès des citoyens ?

Réunion Tuppervert : introduction

EELV n’est pas un parti comme les autres, et il n’est pas composé, en « région » tout du moins, de candidats classiques. Ce ne sont pas des « politiques », ce sont des gens militants, qui ne pratiquent pas la langue de bois. Cette soirée intitulée « Tuppervert » et organisée chez un membre d’une association en est la preuve.

Le concept est simple : des candidats EELV aux régionales proposent d’aller manger chez ceux qui veulent bien les recevoir pour discuter. L’hôte s’engage seulement à inviter des personnes pour ne pas se retrouver entre quatre yeux, et que le débat puisse exister. La réunion Tuppervert de mardi soir était composée du candidat tête de liste EELV, de la deuxième tête de liste des prochaines élections d’une région française, et deux autres membres d’EELV. Six citoyens non militants, non-élus, étaient présents.

Synthèse de la soirée, et un peu plus…

La définition de l’écologie (demandée par l’un des participants)  que la seconde tête de liste donne, fait mal au crâne, devient une sorte de longue litanie de problèmes : elle finit par avouer que « c’est compliqué » (de définir l’écologie, ndlr). Le candidat tête de liste est un maire-paysan, en (agriculture bio depuis plus de 30 ans). Les trois autres ne se définissent pas par leur métier ou leur poste. La discussion va bon train, autour de leur vision politique, de ce qu’ils veulent, de pourquoi ils se présentent, militent, etc…

Du côté du maire-paysan, les choses sont très claires : les problèmes et solutions qu’il souligne se situent essentiellement au niveau de l’agriculture, de l’alimentation, des modes de production agro-alimentaires. Pour lui, la société va mal parce que les filières courtes, anciennes, ont été abolies par les industriels : perte de qualité, problèmes de santé, coûts, emplois détruits, consommateurs piégés, etc…

Mais si le « dada » politique du maire-paysan écologiste est très parlant, concret (et parfaitement écologiste) celui des autres membres d’EELV l’est nettement moins, et est bien plus représentatif du « problème » que ce parti traîne avec lui.

Refuser les priorités et globaliser les problèmes : tout pour faire fuir

Le discours central — sincère — des écologistes présents à cette soirée (et que l’on retrouve en permanence à EELV) peut se résumer de la manière suivante : nous vivons dans un monde en totale déliquescence, qui se meurt, puisque la nature est pourrie par l’homme. Il faut donc changer de modèle pour empêcher le pire. Les activités humaines sont donc néfastes et vont précipiter la perte de l’humanité. Suivent des listes de problèmes : les pollutions et leurs conséquences, l’énergie nucléaire, l’agriculture intensive, les transports, la surconsommation, la malbouffe, la rareté énergétique…

Il est difficile de retenir tous les problèmes soulevés tellement ils sont nombreux, et chaque membre présent autour de la table de hocher la tête puisqu’il est (heureusement) difficile de trouver un individu qui verrait un côté positif à la pollution, à la dégradation de la santé ou à la dangerosité de l’énergie nucléaire…

Cette liste à la Prévert des problèmes à résoudre, donne le tournis. Il est donc demandé par un citoyen présent autour de la table si des priorités ne seraient pas utiles, pour tenter d’envisager une faisabilité concrète ? La réponse vient avec le prospectus national d’EELV et son slogan : « sauvons le climat ». Ce serait donc la priorité numéro 1 et l’objectif du parti écologiste français. Sauver le climat.

Peut-on sauver le climat d’une planète ? Les Français équipés au tout-nucléaire sont des acteurs de rejets de gaz à effet de serre infimes au niveau mondial, pourquoi donc les appeler à quelque chose qui n’est pas directement de leur ressort ? Au delà de l’absurdité de ce slogan très marketing (on ne sauve pas un climat (!) et puis si l’on réfléchit bien, les Français passeraient de 0,8% d’émissions actuelles planétaire de GES à 0,5%, que le climat n’en serait pas modifié positivement pour autant), pourquoi ne pas parler en priorité des problèmes directs, locaux, qui concernent les gens au quotidien ?

Qui est le communiquant qui a bien pu inventer ce slogan du climat qui ne vote pas ?

La disparition des abeilles, et autres insectes pollinisateurs n’est pas mise en avant, ainsi que l’accélération de la destruction de la biodiversité, ou de la pollution de l’air et l’explosion des cancers. La réponse des membres d’EELV, face à ce constat, est certainement l’essence même de la problématique de ce parti : « C’est vrai, mais tout est important, tout est lié, on en parle aussi, il faut s’attaquer à tous les problèmes, mais le problème principal de l’humanité qu’on met en avant qui relie tout, c’est le changement climatique« .

Dichotomie sincère et paradoxe sociétal

« Penser local, agir global » pourrait être le résumé de la pensée écologiste renvoyée par les membres d’EELV de cette soirée. A l’exception du maire-paysan, mais il a peu parlé… Ce « penser local, agir global » est une dichotomie étonnante puisque le slogan revendiqué de l’une des militantes est le slogan écologiste bien connu (et inverse) : « Penser global, agir local ».

EELV demande aux gens de voter pour eux afin que le parti se préoccupe d’enjeux planétaires, qui ne concernent pas de façon directe la vie quotidienne des citoyens. Sur leur bonne foi et sur une hypothèse cataclysmique, celle du changement climatique de plus de 2 degrés qui devrait survenir. Mais EELV, dans le même temps, explique aux gens que tous les autres problèmes sont aussi très importants et doivent être réglés. Dont celui de l’énergie, des transports, et de la responsabilité des citoyens, qui doivent « faire quelque chose pour abaisser leur pollution ». Le diesel est abordé : il faut que les gens arrêtent de rouler en diesel. Il faut arrêter les énergies fossiles.

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Ce paradoxe sociétal renvoyé par EELV est le suivant : expliquer aux gens qu’ils sont une partie du problème et que la société dans laquelle ils vivent doit changer, en leur faisant perdre de leur autonomie (économique ou de mouvement), en premier lieu, tout en expliquant qu’ils sont en train de mourir à petit feu à cause de choix politiques qui leur échappent, mais qu’ils devraient juste accepter de changer de mode de vie et de modèle de société en votant pour des équipes qui s’attellent avant tout à… sauver le climat d’une planète (sic), planète qui devrait devenir invivable dans 50 ans, parce que la température pourrait augmenter de plus de 2 degrés. Ouf.

Courir après plusieurs lièvres… c’est revenir bredouille

Que les membres d’EELV aient « raison sur tout » est certainement vrai. Il faut sortir du nucléaire. Il faut sortir des énergies fossiles, il faut empêcher la destruction de la biodiversité, il faut être sobre en énergie, il faut protéger la santé de tous, il faut arrêter le modèle de société d’hyperconsommation, de surproduction, il faut arrêter les filières longues agro-industrielles pour basculer dans les filières courtes et majoritairement agro-écologiques, changer de modèle de production agricole, de mode de travail.

Cette utopie de « tout changer », parce qu' »un autre monde est possible » ne peut pas survenir en courant tous les lièvres à la fois. Il n’est pas possible de convaincre des gens que ce nouveau monde est possible en s’attaquant à tous les pans de l’existence. Parce qu’il n’est pas possible de s’attaquer à tous les pans d’une société en même temps.

Ne serait-il pas plus pertinent « écologiquement parlant » d’aider financièrement les gens qui achètent et mettent en terre chez eux des plantes mellifères ou des haies champêtres ?

C’est pour quoi, pour les politiques — qui ne veulent pas changer grand chose, mais démontrer qu’ils sont conscients des problèmes d’environnement et d’écologie — la solution a été toute trouvée : « sauver le climat » (en organisant la COP21 entre autres) et tout miser sur une unique cause-facteur négatif environnemental/écologique : le CO2.

Il n’y a pas besoin de changer de modèle de société, pas besoin de commencer à faire de l’écologie si toute l’action politique à vocation écologique est centrée sur les seules énergies fossiles et le CO2 au premier rang. Ce qui se profile est un changement de modèle, mais avant tout de modèle énergétique et économique. La pollution des eaux, des terres, la destruction de la biodiversité ne seront pas stoppées dans un monde décarbonné, puisque toujours assis sur la croissance économique, les marchés financiers, et la productivité industrielle maximale.

La bataille de l’énergie sera gagnée, c’est certain, et celle de l’écologie ?

Si tous les grands partis politiques de gouvernement des pays industriels ont décidé de faire de la lutte contre les gaz à effet de serre leur priorité écologique depuis des années, ce n’est pas anodin. Les modèles économiques ont déjà basculé (pas changé fondamentalement, juste basculé) par ce biais, mais l’environnement n’est pas mieux protégé. Au contraire : les pollutions ne cessent de progresser, avec leurs lots de maladies et de destructions. La biodiversité s’écroule toujours dans un monde ultra-industriel, même s’il est en cours d’être décarbonné avec des énergies renouvelables installées en masse dans les grands pays émetteurs de CO2.

Pourquoi ne pas mettre en priorité comme action écologique centrale la protection des ressources naturelles, comme l’eau et la terre ? Commencer par expliquer aux citoyens que leur santé, leur bien-être est entièrement dépendant des modes de productions agricoles, industrielles, et que participer à faire changer ces modèle — en premier lieu — est indispensable ? S’attaquer à réduire les pollutions des terres et de l’eau est le seul moyen de préserver la biodiversité. La biodiversité n’est pas détruite par les GES dont le CO2 au premier chef. Les gens le savent.

Pourquoi EELV brandit-il « l’écologie financière » de lutte contre les émissions carbone, tout en appelant à modifier tous les autres aspects de la vie quotidienne, au lieu de proposer une lutte concrète, un changement possible, qui touche les gens de façon concrète, et dont les effets se ressentiront sur la santé de tous ?

Pourquoi le combat de l’écologie, qui est en réalité de protéger la biodiversité, de participer à « jardiner » la nature en la préservant plutôt qu’en la détruisant, est-il devenu une sorte de combat holistique contre les activités humaines dans leur ensemble, et l’émission de CO2 en particulier ?

Une politique écologique à recentrer ?

La réunion Tuppervert de mardi soir représente bien le problème actuel, mondial, de l’écologie politique. L’écologie politique n’a plus d’espace d’écoute populaire parce qu’elle parle de tout, sans parler de quelque chose en particulier. Qu’elle veut « changer la vie » des gens d’un pays, tout en voulant sauver l’humanité toute entière. Qu’elle veut faire disparaître des habitudes, des conforts chèrement acquis par les populations, pour le bien de tous, sans compensations ni même incitations particulières, sur la peur seulement d’un lendemain apocalyptique climatique. Les discussions autour des transports symbolisent bien ces contradictions.

EELV peut tout faire, le café chez vous, pédaler gratuitement pour votre électricité, promener votre chien : c’est une énergie nouvelle !

Le discours autour des véhicules diesel « qui doivent disparaître » est effarant. 70% des Français ont des diesel, 50% des foyers fiscaux sont trop faibles économiquement pour payer des impôts sur le revenu et il faudrait pourtant qu’ils changent leur véhicule et s’équipent de voitures neuves propres ?

Dans le même temps, à aucun moment de la discussion, le ferroutage n’a été abordé. Alors que l’on sait que la pollution diesel est massivement causée par les transports routiers de poids-lourds. Cette pollution n’est pas le fait principal des véhicules des particuliers, et c’est la qualité de l’air qui est en jeu avant tout, une pollution très concrète et directe, pas hypothétique dans un futur plus ou moins lointain. Cette volonté de ne plus pointer les choix (et solutions) politiques des transports par poids-lourds, pour parler avant tout des pollutions des particuliers-électeurs qui ne peuvent pas changer leur mode de transport, est étonnante.

EELV est un parti certainement composé de gens honnêtes et engagés, humanistes, et très conscients des problèmes écologiques, sociaux, qui touchent la société. Il semble par contre, que si les discours — faits de multi-objectifs — ainsi que la vocation politique concrète d ‘EELV, ne sont pas recentrés, il restera un parti d’altermondialistes-utopistes qui ont raison sur tout, mais avec très peu de citoyens qui veulent les voir arriver aux responsabilités.

A la fin de la soirée, les membres d’EELV sont repartis avec leurs véhicules diesel et véhicules essence.

Edit du 9/10 : « et véhicules essence ».

Le seul autour de la table à avoir accompli une transition énergétique complète en produisant intégralement son électricité au solaire dans une maison bioclimatique écologique, (et possesseur d’un véhicule hybride) … était l’auteur de ces lignes.

Ce n’est pas très sympathique de le dire, mais ça ne s’invente quand même pas.

Snowden dévoile les schtroumpfs du GCHQ

mercredi 7 octobre 2015 à 18:00

C’est une nouvelle annonce du plus célèbre lanceur d’alerte de tous les temps, Edward Snowden, qui a convié la BBC à venir discuter en Russie. La révélation est simple, elle concerne un programme offensif du GCHQ (les services d’écoutes britanniques) nommé « smurf » (schtroumpfs) qui permet de prendre le contrôle d’un smartphone en mode discrétion totale, à partir d’un sms chiffré sans notification à l’utilisateur et donc… invisible.

L’exploit est semble-t-il bien fait, très efficace, et les schtroumpfs embarqués dans votre « téléphone intelligent » peuvent s’en donner à cœur à joie. Olivier Iteanu, l’avocat spécialisé en droit numérique — contacté par téléphone — est très clair : c’est de la violation de propriété privé, de l’accès frauduleux, c’est interdit par la loi. Pour autant, le gouvernement britannique explique que « tout est sous contrôle, tout est fait dans les règles de l’art » — circulez, il n’y a rien à voir.

Nous vivons une époque très particulière.