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Les fous de la caverne de Platon en 16/9 et #Podemos

Sunday 28 December 2014 à 17:32

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Ce qui différencie un individu sain d’esprit d’un autre plus ou moins affecté psychologiquement est assez simple à repérer. L’individu sain d’esprit a tendance à ne pas se contenter des apparences, à ne pas s’engouffrer dans des évidences, à toujours faire fonctionner ce que l’on appelle le « sens critique ». A l’inverse, les individus psychologiquement affectés ne cherchent pas à comprendre au delà des apparences, acceptent benoîtement ce qui leur est servi, et surtout s’emballent dans des croyances ou des convictions sans aucunes nuances. La plupart du temps, ces croyances ou convictions ne sont pas de leur fait, elles leur sont renvoyées, présentées, soufflées, répétées. Toute la difficulté survient lorsque c’est une société dans son ensemble qui se met à être affectée. Massivement. Jusqu’à ses dirigeants, ses « élites », ses « intellectuels » ou autres individus fortement médiatisés, ceux que l’on nomme les « leaders d’opinion ». Et comme nous sommes dans une démocratie d’opinion…

L’opinion commune

C’est à cause de l’Europe que ça ne va pas. Le chômage, il n’y a rien à faire, si ce n’est tout réformer. De toute façon, il y a trop d’étrangers. Si ça continue, on ne sera bientôt plus chez nous. En France, on est pas assez compétitifs, il y a trop de charges. C’est normal la surveillance, il faut quand même faire quelque chose, et puis quand on n’a rien à se reprocher… Toutes ces phrases, et bien d’autres, circulent et se répètent à l’envi. Via les réseaux sociaux, le supermarché du coin, devant les écoles ou à la sécu, autour d’un verre, et sont cautionnées de façon savante par des personnages télévisuels bien connus : l’économiste à la bouille rondouillarde, le politologue aux traits émaciés, le spécialiste des sondages vieillissant, le journaliste éditorialiste incontournable. Que faire de tous ces discours toujours identiques, qui, quand ils sont mis à l’épreuve de la réalité s’écroulent, mais continuent d’être chantonnés quotidiennement dans les media ? Et lorsqu’ils se perdent dans un nuage de contradictions et de mensonges ne sont jamais relevés comme tels ? Les défenseurs du libéralisme économique ne voyaient aucune crise en vue quelques mois avant celle des subprimes, en 2007-2008, et continuent — après s’être trompés en permanence dans leurs analyses — à venir donner le « La » dans les media sur la « crise économique » qu’ils niaient et l’atténuent en permanence avec des promesses de reprise par la croissance.

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L’opinion populaire a pris le pas sur la réflexion et l’action. Une population qui déprime devant des écrans, sans autre espoir que de nouveaux épisodes de Top Chef, The Voice, ou Secret Story, une nouvelle vidéo Youtube du comique à la quenelle, des tweets abscons ou un nouveau message Facebook, qui s’indigne en direct devant des événements qu’elles ne comprend pas — au delà des images chocs — est une population victime de son époque. Une population qui a arrêté de réfléchir. Une population qui peut s’habituer à tout, qui peut accepter tout. Même l’insupportable. Pour ceux qui continuent ou s’efforcent d’exercer leur sens critique, c’est un challenge. Lequel ? Celui de ne pas se conformer au sens commun et d’en subir les conséquences. Parce que quand tout le monde devient fou, ceux qui restent sains d’esprit sont considérés… comme anormaux.

Caverne de Platon en 16/9

Le principe de la caverne de Platon s’applique assez bien au monde actuel, celui de la surenchère d’information et de la fabrication des idées. Regarder les ombres qui circulent sur le mur et penser que c’est le monde, alors que le monde est derrière celui qui observe le mur de la caverne, bien qu’il ne le regarde pas.  Pour lui, le monde, ce sont ces ombres qui s’agitent sur le mur. Les images des journaux télé, les articles de presse, les analyses, reportages médiatiques sont les ombres projetées sur le mur de la caverne. La réalité est autre, et se décline en des milliers de nuances, se déploie dans un tissu de complexité autrement plus important que ce qui est décrit, renvoyé sur les écrans.

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Quels qu’ils soient. Les solutions à de nombreux problèmes, sociaux, économiques, par exemple, existent, sont à portée de main, ont été décrites par des chercheurs indépendants qui ont consacré leur vie professionnelle à ces domaines. Personne ne les invite dans les médias ces chercheurs, personne n’en parle. Les ombres qui s’agitent sont plus intéressantes, visiblement. Les individus qui constituent la société, dans leur grande majorité, sont dociles. Ils regardent la télévision, parce qu’il faut regarder la télévision. C’est une obligation sociale, la télévision. Qui n’a pas de télévision, ne la regarde jamais ? Quelques individus sains d’esprit fous. Et pourtant, c’est tout de même là que se situe un début d’ouverture possible, de dialogue et de changement. En arrêtant de regarder la télévision. De regarder les ombres.

En Espagne : Podemos

Il est difficile de savoir si les médias télévisuels parlent de Podemos quand on ne les regarde pas. Mais c’est difficile à croire. La presse peut rapidement aborder le mouvement politique Podemos du bout des lèvres, comme dans un article du quotidien Le Monde de jeudi dernier. Mais de là à en faire des Une ou des ouvertures de journaux, des analyses importantes dans les grands médias, il n’y a qu’un pas. Qui n’est pas franchi. Pourtant, Podemos est le parti/mouvement politique qui est aujourd’hui en tête de tous les sondages en Espagne et pourrait bien mettre en panne la fameuse alternance droite-gauche espagnole, très similaire à la nôtre. Mais ce sont les Indignados, Podemos, pas des caciques de grands partis. Des profs de science-politiques, des militants d’Attac, bref des gens qui veulent faire muter le système espagnol vers un mieux-disant social, avec du revenu de base, de la répartition des richesses, de la sortie de l’austérité et la mise en œuvre d’une démocratie populaire réelle.

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L’Espagne est en train de tenter de créer une alternative politique crédible et pleine d’espoir. La France, elle, continue à se battre la coulpe et agiter des chiffons rouges. Observer le mouvement Podemos, trouver des alliances avec lui serait une idée séduisante pour ceux qui veulent agir dans le monde, au delà du théâtre des ombres. A moins que nous ne soyons vraiment tous devenus totalement fous et ne puissions même pas entendre, voire, s’intéresser à ce que des voisins en quête de progrès social et de libertés citoyennes sont en train d’essayer de créer ?