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Forker Podemos ?

Wednesday 14 January 2015 à 16:35

podemos

Je partage l’avis de Yovan Menkevick sur le fait qu’il faille un peu plus se préoccuper de Podemos qui me passionne depuis quelques mois, bien que je n’ai trouvé que trop peu d’informations consistantes (telles Alencontre, Contretemps, Global Voices, Paul Jorion…) disponibles pour qui ne parle pas espagnol.

Réfléchir à forker Podemos ouvre toute une série de questions.

Bien qu’essentielles, je laisse de côté celles des conditions de possibilité historiques, sociologiques (charismatiques ?) qui ont amené l’émergence de ce mouvement en Espagne, bien différent de Syriza; le premier ayant su créer une dynamique d’aller-retour entre le centre et une base nettement plus auto-organisée.

Je laisse également de côté la question des lieux du politique. Oui, il faut que les gens puissent se rencontrer en chair et en os. Même s’il y a moins de cafés que précédemment, de nombreux lieux existent; privés, mais surtout publics, à réinvestir comme le propose Sophie Wahnich.

La question que j’aimerais mettre en débat est celle des éléments software qui peuvent faciliter l’émergence et l’organisation à long terme d’un Podemos. Il ne s’agit pas des explications et de l’adhésion que peut obtenir un député autour d’un projet de loi comme le propose Parlement et citoyens par exemple mais bien d’un autre mode de fonctionnement.

Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité nous disposons grâce à l’informatique d’une capacité de diffusion dont le coût n’est pas lié à la quantité et d’une puissance de calcul et de communication qui sont susceptibles de rassembler, mobiliser, relier, prendre des décisions… Et pourtant, trop souvent une mobilisation s’opère sans parvenir à durer où à se relier à ses sœurs ou cousines. La multiplication des feux de pailles risquant alors d’avoir un effet démobilisateur.

La simplicité du concept de base de Podemos offre l’avantage de pouvoir structurer un très grand nombre d’initiatives et de renforcer les compétences mutuelles. Deux type de cercles existent : les cercles basés sur une communauté géographique et ceux sur une communauté d’intérêt ou de compétence. Quand le cercle de Monvillage s’interroge sur la gestion communale de l’eau, il peut faire appel au cercle des scientifiques spécialisés en la matière. De même celui-ci peut réfléchir à des propositions générales qui peuvent concerner de nombreux villages, un région, le pays tout entier.

Ce système de cercle ne règle pas pour autant la manière dont circule l’information, s’opèrent les modes de décision au sein d’un cercle, entre les cercles ou entre le centre et les périphéries. A trop vouloir les structurer, le système perdrait sa créativité tout comme il risque d’éclater s’il n’a aucune structure.

Le mode de structuration d’un mouvement influence son développement. Sur quels outils un Podemos pourrait-il s’appuyer? Celui-ci ou un autre, ici ou ailleurs, la question restera similaire tout comme la responsabilité des geeks et autres codeurs.

Quels outils ? Petite ébauche pour ouvrir à cette discussion:

S’informer

Le niveau basique de l’information permet à chacun d’entrer dans un domaine, d’acquérir une connaissance minimale qui va lui permettre de saisir peu à peu les enjeux et leur complexité.

Le wiki a fait ses preuves comme modèle d’organisation de cette information. Il oblige à être didactique, à séparer ce qui relève du factuel (ou de ce qui fait consensus) de ce qui relève du débat, pousse à la participation, invite à une socialisation des moyens de production. Sa construction même relève déjà d’une démarche qui nécessite discussion, accord… La lourdeur de Wikipedia ne doit pas remettre en question le modèle proposé.

De multiples wiki existent déjà ou pourraient voir le jour dans les différents domaines concerné par des cercles.

Au delà de l’information de base, reste l’immense flux des informations de ce qui relèvent des débats en cours, de l’actualité, des nouvelles découvertes et que l’on retrouve sur les blogs, certains sites d’info, dans les hashtags… Autant dire que s’y retrouver n’est pas choses simple, le flot du trop d’information venant étouffer l’information pertinente. Quels outils de curation utiliser? Est-ce rêver que d’imaginer une grammaire évolutive des hashtags, des systèmes d’autocomplétion?… Peut-être un cercle peut-il se construire son Seenthis, mais cela n’est néanmoins pas à la portée de tout le monde et l’aspect rhizomique manque. Comme on le voit, ce premier niveau, d’éducation permanente, pourrait-on dire manque déjà d’outils.

Faire réseau, tisser des liens, se compter

Comment savoir que dans le village voisin quelqu’un partage mes préoccupations?

On notera que dans la pratique, Podemos, tout comme les printemps arabes, occupy wall street, etc… utilisent très préférentiellement Facebook et Twitter. Il est indispensable de tenir compte de cette donnée, même si, comme on le sait, elle pose d’énormes problèmes en terme de blocage, pistage, référence auprès d’un futur employeur, manipulation< de l’information,…

Seenthis, mentionné plus haut peut déjà servir à faire réseau. Certes, il y a des alternatives à Facebook: Diaspora, Ning (sans compter les dizaines d’initiatives qui naissent et meurent Path, Bebo, App.net ). Néanmoins, la (très dure) donnée de base dont il faut tenir compte réside dans le fait que les gens vont là où est déjà leur réseau : sur Facebook. C’est la raison pour laquelle je partage la position de Peter Sunde qui estime nécessaire de construire un réseau social alternatif qui soit interopérable avec Facebook. Nous y reviendrons.

Délibérer – Décider

Une fois informé, il y a lieu de débattre et de décider. Plusieurs softs tentent de contribuer à cette aide à la décision: Loomio et Appgree (utilisés par Podemos), Liquid-feedback (Parti Pirate Allemand), Getopinionated (Parti pirate belge), etc. On peut retrouver quelques listes (celle de l‘Electronic direct democracy et celle de Michael Allan sur Zelea) qui tentent de comparer modalités, avantages de ces softs. Ici, l’expérience concrète de Podemos serait précieuse. De quel soft une assemblée non-geek peut-elle se saisir ? Et éventuellement quelles améliorations apporter. Un cercle élargi autour de ces questions serait d’ailleurs utile car décider via une démocratie délibérative, débattante, participative dépasse largement les questions de référendum s’avère particulièrement complexe ( cfr p ex. Alban Bouvier ).

Se mobiliser, agir

Se mobiliser, mener une action, construire un projet nécessite également des soft. Qu’il s’agisse d’organiser une manifestation, traduire un texte, aménager un lieu, rédiger un projet… Comment rassembler un certain nombre de ressources autour d’un objectif donné. L’objectif est similaire à celui visé par les sites de crowdfundig, tels Kikstarter ( plus de 700 plate-formes existent, quelques unes sont opensource) à la différence du fait qu’il ne s’agit pas seulement de ressources financières. L’objet serait plutôt une système de petites annonces indiquant thématique (#), ressources nécessaires, localisation,… Chacun ayant la possibilité de s’y abonner et d’indiquer qu’il participe au projet.

Outre son aspect utile à l’action, ce type de soft offrirait l’avantage d’être indirectement pédagogique : fixer des objectifs, préciser des ressources, une temporalité… Facebook permet de dire qui participe à un événement; j’ai vu passer des soft qui aident à organiser une fête; mais je n’ai rien vu (et vous?) alliant à la fois gestion de projet, Boncoin et Indiegogo.

Contrôler

Comment les décisions prises s’acheminent dans un processus législatif? Sur ce point, les outils de La Quadrature du Net constituent déjà une bonne avancée.

Et alors ?

Des softs pourraient donner un coup de pouce à un Podemos, mais cela implique que les geeks sortent de leur village gaulois où le jeu de go apprend qu’on ne peut qu’y mourir. Cela implique que l’interopérationalité doit être une priorité. Le modèle de Textsecure est idéal: envoyer un sms comme d’habitude et sécurisé vers un autre utilisateur de Textsecure. Certes, c’est plus simple avec le système de SMS que Facebook, mais de nombreux modèles du libre existent grâce à cette l’interopérationalité (les live session ou multiboot de linux, les apkdownloader, etc…).

Il ne s’agit pas seulement créer des passerelles mais aussi de parler latin, c’est nettement moins précis que le code gaulois mais si on veut être compris par tout le monde…

Pour poursuivre dans la métaphore d’Astérix (ou celle de l’avant garde du prolétariat, ou celle de l’aristocratie), la tribu isolée va à l’encontre de tout mouvement politique, lequel implique toujours de devoir sacrifier une partie de son vouloir pour construire un vouloir commun. Internet permet autant de rassemble que de diviser. Il est effrayant de voir à quel point sont redondants nombre de blogs, initiatives, forks, sans compter les versions de Linux dont la multiplicité nuit à la propagation.

Mettre de l’énergie dans les softs qui aideraient un Podemos et en les utilisant soi-même pour élargir (et partiellement unifier) une communauté serait peut-être une contribution utile à un fork de Podemos.

Bonne annéé !