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Do you speak lacrymo?

Thursday 12 May 2016 à 20:03

Bon, j’ai entendu le passage du 49-3 en direct, comme on écouterait un match de foot, en croyant jusqu’au bout qu’il se passerait quelque chose, genre la station Mir qui tombe juste devant l’Assemblé Nationale. L’annonce du report des votes, déjà, ça laissait peu d’espoir, et le suspens n’a pas été long. Passage en force.

Gros bazar devant l’Assemblée, le pont est bloqué, grosse pluie. Grosse flemme, je rentre, et je rate la fête de la lacrymo et de la grenade à broyer les couilles.

Nuage de lacrymo et parapluies

Nuage de lacrymo et parapluies

Donc, manif officielle ce jeudi, jour de vote de la motion de censure. Les frondeurs se sont humiliés à deux voix près, il n’y a aucune chance pour celle posée par l’UDI et LR.

Le trajet de la manif est atypique. Denfert – Assemblée. Dans le quartier des cols marguerite et jupes plissées.

Bon, yet another manif, on retrouve les mêmes pancartes, banderoles et groupes. Par contre, la foule est très mélangée, que ce soit les tranches d’âges ou la répartition hommes/femmes. Le casque est très tendance, avec du scotch dessus, pour désigner les journalistes ou les médics, ou sans rien.
Une proportion étonnante de masques divers, pour respirer. Du masque à poussières au masque à gaz en passant par l’écharpe de supporteur ou le keffieh. Et les masques, c’est pour tout le monde, on a dépassé le stade du distinguo entre le vilain casseur et de la mémé militante : masques pour tout le monde. La lunette de piscine reste un classique, tout comme le masque de ski, plus impressionnant.

Un rigolo distribue des bouts de PQ et met du citron dessus. Quelle idée saugrenue. Ah tiens, un gros nuage blanc, alors que je suis en milieu de manif, côté syndicat, et donc du côté des gentils comme l’a bien précisé la Préfécture de Police. Ah oui, ça pue, ça pique, ça pleure, ça tousse. Pas si saugrenue que ça son idée.

Les trajets innovants sont toujours stressants. On ne connaît pas forcément les voies de sorties, ni même si on est proche de la destination ou pas. Des toutes façons, au bout d’un moment, il n’y a plus de voies d’échappatoires, les rues adjacentes sont bloquées avec des murs de plexis maintenus par une espèce de parapluie géant, installé au cul d’un camion bleu marine. On a passé le stade du mur de CRS avec qui les petits vieux ou les poussettes peuvent négocier, là, on a un mur, grillage + plexi, comme au zoo. On ne négocie pas avec un mur.

Ça commence à bouchonner devant l’église Saint-François-Xavier. La fin du trajet est proche, le camion de la CGT, à ma hauteur, annonce qu’ils vont plier le gros champignon, et annoncer la dispersion. La place est super pleine, je ne sais où je suis, ni ce qu’il se passe. Situation des plus classiques. Oh, un envoi de grenade lacrymo, en cloche. La fascination de ces tirs sur les manifestants est comparable aux feux d’artifice sur les zombies de Romero. Sauf que là, c’est en odorama, et ça pique très fort. La place était tranquille, remplie, mais sans tension, sans bruits, et pouf, en welcome bonus, les lacrymos.

C’est gentil de demander la dispersion sur une place avec les issues verrouillées. Bon, le boulevard tourne et revient en arrière, et on débouche devant l’église, faisant juste une petite boucle. Voilà, nassé, avec le reste de la manifestation, bien dense, qui arrive.

Il est juste 16h, autant attendre un peu l’heure du vote, au moins. Glandouillage sur le téléphone. Ah tiens, il y a deux réseaux HSBC. La banque est à l’autre coin de la place, et elle a été repérée. C’est écrit « Panama papers », en gros, dessus, à la bombe, en rappel à ceux qui ne suivent pas l’actualité. Bon, ça commence à se remplir, l’énervement à monter. Ah tiens, une volée de bouteilles et autres projectiles en direction de la banque. OK, j’ai fait mon quota et je n’aime pas les tonfas, je prends la seule voie ouverte, avec juste quelques gardes mobiles trop espacés pour bloquer quoique ce soit.

C’est normal, ils bloquent un peu plus bas. Donc, ils dispersent la manif à la lacrymo, ET ils bloquent les voies de sorties. Ils doivent compter sur l’évaporation, ou un truc comme ça. Mais c’est mal fichu, ils sont suffisamment nombreux pour empêcher de passer, mais trop peu pour nous empêcher d’insister. Ils ont surtout compris que leur position n’est pas légitime, pour ne pas dire absurde. La foule se densifie, et n’est pas impressionnée par les playmobils, paf, un passage s’ouvre, une vague de manifestants peut passer.
Ils n’ont rien trouvé de mieux que de filtrer, et donc de refermer derrière la première vague. Sauf que les gens qui sont passés ne rentrent pas gentiment voir les images du 20h dans leur maison, ils restent juste derrière. Les CRS se retrouvent, trop peu nombreux, avec des gens devant et derrière. C’est une très bête idée, il faut le reconnaître.

Ça commence à chanter « Laissez les passer » et à taper des mains. Une foule qui agit en cadence, ça change tout de suite l’ambiance. Des syndicalistes passent un peu en force, avec leur camionnette. Un CRS est vexé, il sort son Baygon vert, enfin, son gros spray pour en arroser un, un bon coup de 49-3 dans la gueule. Sauf que la cible, c’est une ménagère de plus de 50 ans, pas un dangereux zadistes, classique punching-ball. Ses collègues syndicalistes en gilet orange lui rincent le visage à grande eau, à la bouteille, pendant que les gens filment la scène au téléphone. Voilà, pour l’exemple, une femme, âgée. La pédagogie du CRS.

Bon, ça vire au vinaigre, j’ai eu ma dose. Dans le métro, des annonces de stations métros bloquées, de part et d’autre de l’Assemblée Nationale, il y a donc eu du monde, malgré la fatigue, le temps de merde et le passage en force de la loi.

Par contre, la fable du gentil manifestant encadré par les syndicalistes responsables, et les vilains casseurs qui cassent une si belle ambiance, ça va être dur à vendre.