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#LQDN va crever : la démocratie citoyenne peut la sauver

Saturday 20 December 2014 à 15:43

LQDN

Reflets accueillait hier hier Jérémie Zimmermann, le co-fondateur de La Quadrature Du Net. Nous étions en radio, pour une émission consacrée au monde post-Snowden. Nous rappelions alors au micro, l’importance d’effectuer des dons à LQDN, et c’est peu dire : la Quadrature Du Net sera pliée, détruite, dissoute, écrasée, balayée début janvier si nous ne nous mobilisons pas tous pour financer l’association.

Démocratie citoyenne en marche

Il est possible de regarder passer les trains pour une grande majorité des citoyens, ou au contraire, se mobiliser. Si une majorité d’entre nous se demande comment participer à une démocratie citoyenne, pour changer la société dans un sens plus humaniste, avec en tête le partage et l’échange, le moment est venu de se dire que notre argent peut servir à ça. Entre donner ses sous à Carrefour, Leclerc, Orange, Free, Bouygues, SFR, Amazon, Apple, Microsoft, Vinci, et tous les autres, et permettre à une association citoyenne de défendre nos libertés numériques, quel choix opérer ? 10 € de don minimal : même quelqu’un qui ne gagne pas franchement beaucoup de sous peut le faire. Ce serait dommage de se rendre compte, dans 15 jours, qu’il y a en réalité seulement 4500 ou 5000 personnes en France qui sont prêtes à mettre la main à la poche pour défendre les choses suivantes :

Vraiment, ce serait très dommage. Il n’est pas certain que l’on s’en remette d’ailleurs. Ils auraient gagné, les autres, ceux qui veulent nous vendre leur Minitel 3.0. Qui coûte en moyenne entre 15 et 30€ par mois pour y accéder.

Sur ce blog, un article drôle et mordant qui explique bien mieux que celui-ci, les enjeux de ce manque de dons.

Il faut avouer qu’il y a des jours où l’on peut manquer de drôlerie face au paradoxe moderne : quand des centaines de milliers de personnes se ruent acheter le dernier smartphone à la mode [qui va les contrôler] pour des centaines d’euros, il n’y a plus qu’une poignée de personnes pour donner 10, 20, ou 50 € afin de contrer la société de surveillance et de contrôle en cours de construction.

Il faut donner à La Quadrature Du Net. Parce qu’il n’y a pas le choix, pour ceux qui veulent construire un monde… le plus libre possible. Chez Reflets, nous croisons les doigts pour que le meilleur d’Internet sauve LQDN. C’est avec des petites rivières que l’on crée des grands fleuves.

Soutien à LQDN : https://soutien.laquadrature.net/

Article « Laissons crever la Quadrature du Net » du site Affordance.info : http://affordance.typepad.com//mon_weblog/2014/12/laissons-crever-la-quadrature-du-net.html

MàJ le 22/12/2014 à 15h43 : Il semble qu’un gros sursaut ait eu lieu ce week-end, les dons ayant bondi à plus de 200 000 euros ! Près de 6000 donateurs : LQDN devrait pouvoir repartir en 2015 : merci à tous, pour…nous tous… Ce qui ne signifie pas qu’il faut s’arrêter là : le nerf de la guerre reste le financement. La liberté a un prix. Continuons de soutenir financièrement LQDN, et au passage, n’oubliez pas Reflets :-)

Piratage de Sony : pourquoi est-il très peu probable que la Corée du Nord soit à l’origine de l’attaque ?

Saturday 20 December 2014 à 13:38
Le hacker nord coréen identifié par la NSA aurait une souris avec un gros bouton rouge, ça fiche la trouille non ?

Le hacker nord coréen identifié par la NSA aurait un ordinateur à roulettes et une souris avec un gros bouton rouge, ça fiche la trouille non ?

Sony aurait-il été une victime collatérale d’un conflit 100% asiatique ? Le piratage de l’entreprise fait pourtant son petit effet dans l’administration américaine et dans les médias. C’est forcément la culture de la plus grande puissance du monde libre qui est agressée, même si Sony est une entreprise japonaise, on apprécie d’y voir une vision fantasmée des studios hollywoodiens, ceux qui nous vendent du rêve et de la liberté, rêve et liberté que nous achetons les yeux fermés.

Quel ennemi de la liberté pourrait bien s’en prendre à la culture du monde libre sinon la Corée du Nord ? D’ailleurs ça ne peut être qu’eux, la preuve, les journaux de connexion relèvent la présence d’adresses IP nord coréennes.

Ainsi, la police fédérale a découvert plusieurs adresses IP (ndlr : le numéro d’identification d’un ordinateur connecté à internet), étant associées à des infrastructures nord-coréennes connues.

Et le truc, avec les adresses IP nord coréennes, c’est que c’est tellement pas banal qu’on les repère tout de suite. Et c’est surtout là que le doute commence à s’installer… L’Internet nord coréen, nous avons quand même un peu examiné ses tuyaux, et la tâche fut rendue assez simple, car cet Internet là, il a une particularité, celle de ne justement pas avoir de tuyau.

UPDATE : voir les données actualisées de l’excellent NKNetobserver (thx Athoune), avec un bloc de 1024 IP plus deux autres ranges.

powell

Question numéro 1 : Comment font les nords coréens pour mener une attaque d’envergure et très élaborée à en croire les services américains qui mènent l’enquête depuis leur propre territoire sans infrastructure ?

Quand on observe la Corée du nord de nuit depuis une imagerie satellite, on se dit que si nos hackers nords coréens ne bossent pas dans des bunkers, ils vont vite se faire gauler…

1 point blanc : 1 hacker nord coréen

1 point blanc = 1 hacker nord coréen

Séoul, mars 2013 : la Corée du Sud au bord d’un cyber apocalypse, ou presque.

Kim Jung Un en train d'inspecter les rampes de lancement de ses missiles ballistiques

Kim Jong Un en train d’inspecter les silos de lancement de ses missiles balistiques

Juste après les élections présidentielles en Corée du Sud, le pays était « cyber attaqué », mais pas trop fort quand même. Juste de gros embouteillages qui ont rendu indisponibles les plus grands médias du pays. Un bon gros déni de service distribué (DDoS), le truc qui fait des cyber bouchons, mais aucun cyber mort. Seoul s’empresse alors de dénoncer une attaque sans précédant émanant de Pyongyang… Mais quelque chose cloche. La Corée du Nord n’est pas un pays à se montrer peu fier de ses tout petits cybers attributs. La crème de la crème des hackers gouvernementaux nords coréens, officiant pour le bureau de reconnaissance du pays, sont formés en Chine, dans la prestigieuse Université Tsinghua, à Pékin, et qui regroupe à elle seule de gros laboratoires de recherche aux spécialités assez variées mais pointues.

Question Numéro 2 : La Corée du Nord n’est elle pas un ennemi commun un peu trop facilement désigné parce que ça arrange tout le monde ?

Vous avez dit manipulation politique ?

C’est la candidate Park Geun-hye du parti Saenuri, marqué à droite, qui remporte l’élection présidentielle et accède au pouvoir en février 2012. Un an après, la Corée du Sud est tellement cyber attaquée d’un coup d’un seul que c’est quand même un peu suspect. Toujours courant 2013, ce sont des banques sud coréennes qui sont victimes de DDoS, toujours pas de cyber morts, juste de gros embouteillages, une méthode un peu suspecte pour l’unité d’élite du bras armé cyber du Bureau 121.

Oui la Corée du Nord recèle surement de talentueux hackers, formés par des chinois non moins talentueux, qui n’auraient probablement pas manqué de leur apprendre les bases de l’anonymisation des connexions en vue d’une attaque au service d’un gouvernement, ou encore à se servir de rebonds depuis des pays tiers dotés d’infrastructures un peu moins en carton que celles de leur pays.

Mais Reuters n’hésite pas, dès le 5 décembre (!), à désigner le Bureau 121 comme étant à l’origine de l’attaque menée sur Sony. Il faudra 2 semaines aux autorités américaines pour appuyer ce qui n’est à ce moment là que pure spéculation mais les médias ont bien préparé le terrain, l’administration Obama n’a plus qu’à s’engouffrer dans la brèche pour balancer son plan de communication bien rôdé, avec des hackers asiatiques, du FBI, des trucs « super sophistiqués, et de la dictature avec du monde libre dedans.

Car passé la première barrière matérielle, à savoir trouver un ordinateur non monté sur roulettes et une souris sans gros nez rouge, il faut quand même un minimum de bande passante pour s’attaquer à des infrastructures importantes. Niveau Internet, le pays est tellement pauvre que la légende veut qu’il faut mettre de l’engrais au pied des poteaux téléphoniques pour pinguer son fournisseur d’accès… La poignée de privilégiés qui a accès à Internet surfent avec le débit que nous avions en 1996… le truc « un peu » léger quand on doit se farcir ne serait-ce que la phase de découverte de l’infrastructure de tous les gros médias sud coréens, étape préalable à l’attaque elle même. Le hacker nord coréen est probablement le hacker le plus patient du monde.

Un autre élément à avoir en tête, c’est que la connectivité internationale du pays est assurée par un satellite chinois… et par Sprint, une entreprise américaine. Ce petit détail n’est évidemment pas sans poser quelques petits problèmes pour mener « une attaque massive » sur le territoire américain. Pour vous rendre l’image plus simple, nous dirons que même avec un très gros zizi et après deux packs de bière, vous risquez d’avoir du mal à faire déborder un fleuve de son lit. Dernier point, une attaque massive depuis la Corée du Nord dont le flux passerait par un satellite chinois ou par les tuyaux d’une entreprise américaine qui scrute scrupuleusement le moindre paquet émis, niveau discrétion, on a déjà vu un peu plus élaboré.

Il n’y a qu’un seul opérateur en Corée du Nord, évidemment gouvernemental, il s’agit de Star Joint Venture Co, (STAR KP) et leur « infra » est très régulièrement KO. Les sites nords coréens, c’est pas non plus ce qui étouffe ou spam indexe Google. Comme le montre NKNetobserver, les autres ranges sont ceux du chinois KPTC et un range alloué par Satgate.

Pyongyang à l’assaut d’Hollywood

Kim et ses biatches

Kim et ses biatches

Quel magnifique scénario de blockbuster ! Les hackers nord coréens qui font plier une major américaine japonaise de l’entertainment. L’armée du peuple qui fait front face à l’impérialisme américain japonais pour laver l’honneur souillé, par une production hollywoodienne du dieu vivant Kim Jong Un.

La cible, Sony, est déjà connue pour ses systèmes informatiques poreux qui lui avaient valu des piratages à répétition avec des fuites massives de données. L’affront, un film nanard se voulant burlesque et bien lourdingue mettant en scène une tentative d’assassinat du leader nord coréen.

Et boum, Sony baisse son pantalon à la surprise générale devant « Les Gardiens de la Paix », un mystérieux groupe de hackers nord coréens.

Les USA volent au secours de Sony et annoncent une « réponse proportionnée » et montre les dents devant la dictature, il faut plus de lois contre les cybers attaques, plus de moyens… plus de tout. Le terrorisme numérique, c’est du lourd, même quand c’est fait par un clown avec une souris à gros nez rouge. Comme nous l’avons déjà expliqué ici, si les USA comptent répondre de manière proportionnée, il leur faudra 20 secondes pour mettre tout le pays dans le noir en frappant 4 points stratégiques et l’impact serait ridicule puisque la Corée du Nord n’a aucune infrastructure critique connectée au Net, et pire, le peuple lui même est connecté sur un gros intranet 100% nord coréen, le Kwangmyong. … mais pas à Internet.

Même le FBI est formel, il reconnaît les techniques de l’attaque des banques sud coréennes qui auraient paralysé ces dernières… la classe, des services intérieurs qui reconnaissent les flux d’attaques de banques étrangères, ils sont comme ça le FBI, c’est des cadors. Tellement des cadors qu’ils n’auront pas manqué de remarquer que les infrastructures nord coréennes sont tellement percées que n’importe qui peut trouver sans mal une ou deux ip sur place pour mener une attaque depuis là bas exploitant ce qu’il faut comme ressources en dehors du pays et grossièrement laisser traîner quelques logs qui attestent de rien du tout mais qui réveilleront quelques sentiments nationalistes en Asie comme aux USA.

Dernier point technique : un réseau depuis lequel on attaque est un réseau « vivant », mais voilà, le réseau nord coréen, lui il ne bouge pas. Pas de nouvelles routes, pas de nouveaux morceaux d’infrastructures, rien n’a bougé, tout semble figé depuis des mois. Rien qui ne pourrait donner la moindre indication sur la plausibilité d’une attaque « depuis la Corée du Nord ».

L’histoire du censeur qui partage au monde ce qu’il veut censurer, c’est un peu gros

C’est bien connu, quand vous cherchez à censurer un film, le premier truc que vous faites, c’est de le partager sur les réseaux peer to peer pour l’offrir au monde entier. Sony s’engage alors dans une action qui n’est pas sans rappeler les tentatives désespérées du gouvernement américain de censurer Wikileaks, en lançant des DDoS sur les sites qui partagent les films volés.

La farce est un peu grossière mais le FBI n’en démord pas, c’est bien Pyongyang le responsable… suspens, sueur froide, la Corée du Nord, c’est des vrais méchants, ils ont même un arsenal nucléaire… enfin non ça on n’y croit pas trop, mais c’est quand même des méchants et c’est toujours bien de montrer les dents devant une dictature après avoir joué les hippies communistes avec Cuba…

Mais alors qui pourrait bien chercher à faire accuser la Corée du Nord, en s’attaquant à des intérêts japonais, et assez fort pour faire réagir les USA ? Allo, Séoul ? Y’a un peu de friture sur la ligne…

Merci au Professeur Kavé Salamatian pour sa contribution à l’écriture de cet article

Radio Reflets #4 : le monde post-Snowden

Thursday 18 December 2014 à 11:06

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#RadioReflets4 - vendredi 19 décembre.

Téléchargez le podcast

Format OggFormat mp3

La playlist de l’émission :

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Le thème :

Pour sa quatrième émission de radio, Reflets va tenter de comprendre en quoi les révélations d’Edward Snowden ont changé, ou pas, notre monde, nos sociétés, notre façon d’agir.

Une infrastructure de surveillance généralisée a été dévoilée. Elle s’étend sur toute la planète. Nous sommes au milieu d’un gigantesque panoptique. L’auto-censure est-elle en marche ? Peut-on en sortir ? Le veut-on ? Qu’est-ce qui a changé au sein de cette gigantesque infrastructure depuis ces révélations ? Nos invités tenteront de répondre à toutes ces questions.

Les invités :

Animateurs : Drapher, Kitetoa et Bluetouff (en direct de la Corée du Nord)

Technique et programmation musicale : Epimae.

Le flux audio est assuré par Tryphon

Hashtag : #RadioReflets4

La date : le 19 décembre de 14h à 15h15 h.

Le sonore de Jean-Jacques Urvoas tiré de la matinale de France Inter du 18/12 — qui n’a pas voulu se lancer à l’antenne chez nous le 19 — est là :

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Patrick Abadie voudrait un Internet qui lave plus blanc

Tuesday 16 December 2014 à 12:51

statisticatorIl a une moustache, un masque rouge et un slip jaune. Son nom ? Statisticator. C’est un super héros virtuel qui, en cette belle année 2001 décide de révéler aux internautes ébahis qu’une entreprise ne peut décemment pas se valoriser sur la base du nombre de ses visiteurs. Entre les discours marketing bien huilés et la réalité, il y a un gouffre. La nouvelle économaïe bat son plein, des sites internet basiques se vendent plusieurs millions de francs, tout baigne dans l’huile de noix de coco. Pas pour longtemps. Les investisseurs commencent à douter. Et Statisticator, le héros au slip jaune ne va pas aider à sortir de la spirale qui mènera à l’éclatement de la bulle Internet. Il explique par le menu comment gonfler ses statistiques, fournit des outils pour le faire, affiche les statistiques réelles des sites, bref, il casse le mythe. Dans la foultitude des sociétés épinglées, Tchatche.com et son propriétaire de l’époque, Patrick Abadie. La pilule n’est pas passée. Douze ans plus tard, Patrick Abadie est décidé à faire le ménage. Il veut un Internet qui lave plus blanc, façon droit à l’oubli bien pratique. Hébergeant l’article qui le dérange, j’ai donc reçu plusieurs mises en demeures visant à retirer ce papier du Web. Mais les démarches de l’avocat de Patrick Abadie sont subtiles et cela a failli coûter la vie à Kitetoa.com. Encore…

2009 : premier courrier de Patrick Abadie. Selon lui, cet article est ancien, ne reflète plus l’actualité et lui nuit. Je classe ce courrier parmi d’autres du même type.

avocat-impact-net

D’une part, il est évident que l’actualité de chacun évolue et les journaux sont remplis d’archives qui ne la reflètent plus. D’autre part, le délai de prescription pour la diffamation est de trois mois. Patrick Abadie est en retard.

12 décembre 2014 : nouveau courrier, du cabinet d’avocats Bayle & Hasbanian, cette fois. Je dois retirer la page en question sous huit jours ou m’exposer à des poursuites judiciaires. Qui plus est, je suis sommé de formuler une proposition d’indemnisation.

Ce dernier courrier m’est parvenu par le biais de mon registrar, Gandi, car la personne qui relève aimablement le courrier dans une boite postale en Suisse pour Kitetoa.com a visiblement oublié de le faire depuis un moment.

Petite leçon de chose à l’usage des internautes qui ne disposent pas d’un nom de domaine (www.machintruc.com par exemple) : les coordonnées présentes dans la base Whois qui recense les propriétaires de domaines, doivent être exactes et permettre de joindre le propriétaire.

Initialement, un Whois de Kitetoa.com renvoyait mon nom, mon adresse personnelle et mon numéro de téléphone. Jusqu’au jour où ces informations ont largement aidé un certain Jean-Paul Ney a harceler ma famille et menacer de mort mes enfants. J’ai donc décidé de remplacer ces informations par mon nom de plume et l’adresse d’une boite postale en Suisse où mon serveur est hébergé.

Kitetoa.com : ça va être tout noir

L’avocat de Patrick Abadie reconnaît dans ce courrier que l’information exposée dans cet article en 2001 était juste. Pas de diffamation, donc. Au surplus, le délai de prescription est largement dépassé. Mieux, la personne en charge du dossier au sein du cabinet m’indique par téléphone qu’une demande de droit à l’oubli auprès de Google a échoué. Que faire ? Un courrier signé par un avocat avec des menaces de procès, cela fonctionne généralement assez bien avec les auteurs de blogs peu informés de ces problématiques. Mais il existe une autre méthode qui permet d’obtenir satisfaction, même si l’on ne dispose d’aucun levier juridique et que l’auteur se montre un peu récalcitrant à gober les menaces lancées dans le vent. Il suffit de contrôler les données dans la base Whois, d’en trouver une qui ne soit pas juste et de faire pression sur le registrar. Celui-ci doit pouvoir s’assurer que le détenteur du nom de domaine est bien qui il dit être, et pouvoir le joindre à tout moment.

Le cabinet d’avocats Bayle & Hasbanian a donc exercé ce type de pression sur Gandi. Ce dernier a bien entendu pu me joindre, disposant d’un email valide et de mon numéro de portable. Mais son courrier était lui aussi très clair : soit les données dans la base étaient mises à jour, soit le service était coupé. Plus de kitetoa.com, donc, après environ vingt ans de bons et loyaux services offerts aux Internautes.

Le retour de l’OpStayinAlive

Cette méthode de contournement juridique avait déjà été testée sans succès par Merav Griguer, du cabinet Feral-Schuhl / Sainte-Marie pour le compte de Jean-Paul Ney. J’avais à l’époque décidé d’écrire une série baptisée OpStayinAlive. La démarche était exactement la même. Pas de levier juridique pour faire retirer les pages qui dérangent, donc, tentative de faire disparaître Kitetoa.com dans son ensemble.

Cette démarche est bien entendu stupide. Les pages sont probablement archivées sur www.archive.org et une disparition de pages générerait sans doute un effet Streisand, du datalove en pagaille, bref, ceux qui voudraient que ce soit tout noir obtiendraient l’effet inverse.

Disparaître ou ne pas disparaître, telle est la question

Les démarches de Merav Griguer, du cabinet Feral-Schuhl / Sainte-Marie pour le compte de Jean-Paul Ney ont échoué. Kitetoa.com est toujours là. Les démarches du cabinet d’avocats Bayle & Hasbanian pour le compte de Patrick Abadie également. Le site est toujours là, mes discussions avec Gandi ayant porté leurs fruits, bien plus que celles que j’ai eues avec ce cabinet d’avocats à qui je n’ai pas réussi à faire comprendre les effets de bord potentiels de ses démarches.

Depuis la création de Kitetoa.com, seules quelques pages ont disparu du site ainsi qu’une image. Toujours de mon fait et sans aucune pression extérieure. J’attends donc avec zénitude un éventuel procès. J’ai toujours été partisan d’une prise de parole responsable. Si un article devait poser problème, je le défendrai en justice. Mon métier, journaliste, m’a appris à ne publier que des choses que je peux prouver. C’est d’ailleurs ce qui a guidé tous nos écrits sur Reflets.

Désarmer la finance pour sauver la démocratie ?

Tuesday 16 December 2014 à 00:01

L’observation attentive de l’évolution des systèmes socio-économiques des pays les plus développés — depuis les trente, et surtout les vingt dernières années — est riche d’enseignement. Le grand défi en cours n’est pas celui de l’emploi ou de la croissance économique, n’en déplaise aux décideurs politiques, mais plutôt le maintien d’un semblant de démocratie dans des sociétés modernes ultra-technologiques et génératrices d’inégalités sans commune mesure. Le capitalisme financier néolibéral a entièrement recouvert la planète depuis l’entrée de la Chine au sein de l’OMC en 2001 : va-t-il définitivement clore le chapitre des démocraties sociales de l’après seconde guerre mondiale au cours de cette deuxième décennie du XXIème siècle ?

Pays riches, populations pauvres

SDF 06022012

Les pays les plus riches accueillent en leur sein les entreprises géantes qui ont mis en coupe la planète : Monsanto, Mac Donald, Google, Apple, Facebook, Total, Exxon, Vivendi, Vinci, Lagardère, Loréal, Areva, Carrefour, BNP-Paribas, Goldman Sachs. Seulement 500 de ces plus grandes multinationales et organismes financiers possèdent à elles seules… 52% de la richesse mondiale. Les chiffres d’affaires de ces entreprises, leurs bénéfices, sont colossaux, et  pourtant, les populations des pays qui les accueillent, sont elles, de moins en moins riches. Dans ces pays riches, les salaires n’augmentent pas ou très peu, les droits sociaux reculent, le pouvoir d’achat diminue, le nombre de personnes en difficulté explose : que ce soit pour subvenir aux besoins des enfants, pour se chauffer, se soigner, payer les factures ou les loyers. Ces constats devraient mener à un changement de politique économique, ou tout du moins à une réflexion sur cette problématique des inégalités croissantes. Réfléchir  au phénomène inquiétant de l’accroissement exponentiel de la richesse des multinationales corrélé à celui de la paupérisation simultanée des populations, pour logiquement tenter de stopper ce phénomène, est-il envisageable ?

Dérégulation : des réglementations ciblées pour les uns, la liberté de tout bouffer pour les autres

Le système mis en place de façon concrète et mondiale il y a vingt ans est celui d’une globalisation des échanges au profit des multinationales. L’OMC a permis à cette époque, la quasi abolition des droits de douane, la circulation des biens et des services sans entraves (ou presque), la financiarisation de l’économie à l’échelle planétaire.

« La plupart des réductions tarifaires consenties par les pays développés étaient échelonnées sur cinq ans à compter du 1er janvier 1995. Il en résulte un abaissement de 40 pour cent des droits perçus par ces pays sur les produits industriels, qui passeront de 6,3 pour cent en moyenne à 3,8 pour cent. La valeur des produits industriels importés admis en franchise dans les pays développés augmentera sensiblement en passant de 20 pour cent à 44 pour cent (…) Il y aura aussi moins de produits assujettis à des taux de droit élevés. Le pourcentage des produits importés par les pays développés en provenance de toutes les sources sur lesquels les droits exigibles sont supérieurs à 15 pour cent diminuera pour passer de 7 pour cent à 5 pour cent. Le pourcentage des produits exportés par les pays en développement qui sont passibles de droits supérieurs à 15 pour cent dans les pays industrialisés passera de 9 pour cent à 5 pour cent. » (Source : OMC)

CHINA-TAIWAN-TECHNOLOGY-FOXCONN

Tous les verrous existants, issus de l’après guerre, entre autres ceux du domaine bancaire, ont été détruits pour amener l’économie mondiale à opérer avec le minimum de règles, à travers les champions de l’industrie et des services, avalant tout sur leur passage. Ce marché mondial a donc généré des opérateurs de taille inconnue jusqu’alors, et permis l’émergence d’une nouvelle classe d’individus aux pouvoirs immenses : les actionnaires.

Fonds de pension, fonds d’investissements, les actionnaires des multinationales, milliardaires rentiers et avides de maximisation des profits sont aujourd’hui à la tête d’entités privées capitalistiques plus riches que des nations industrielles occidentales. Les actionnaires, et les dirigeants de ces entreprises ont un pouvoir d’influence sur les décideurs politiques, facile à imaginer. Au point qu’aucune décision n’est prise sans les consulter, sans leur accord. Ce sont eux les véritables gouvernants, et désormais, chacun est en mesure de le constater. Au point qu’un président français, peu de temps avant d’être élu, fut bien obligé de l’admettre :

 

Un aveu très intéressant… dont ce président devrait se souvenir pour réorienter sa politique ? Ou une déclaration naïve et sincère  d’un candidat qui ne pensait pas du tout remporter l’élection ?

La dérégulation économique est un procédé qui permet aux entreprises de classe internationale d’opérer avec le minimum de contrôles à travers la planète. Bien entendu, dans ce système, les réglementations ne disparaissent pas, au contraire. Mais ces réglementations sont là [presque uniquement] pour contrôler les individus et les systèmes… publics. Les collectivités. Le bien public. Au profit des multinationales. Pendant que les géants « bouffent tout » sans contraintes, dans une opacité quasi totale, les systèmes réglementaires s’empilent pour forcer la main des Etats à baisser leurs investissements publics, limiter les contrôles publics, brider les libertés des citoyens. La démocratie, dans ce contexte très particulier, se résume à peu de choses. Au point que l’on peut facilement imaginer sa disparition telle qu’elle fut constituée depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Une nouvelle démocratie, qui n’en a plus que le nom

Si les entreprises cotée en bourse et les 1% des hyper riches peuvent échapper à l’impôt chaque année dans des proportions telles que les système de retraites, de santé, d’éducation peuvent être mis en péril et déclarés en faillite, c’est qu’un problème grave est survenu. Les libertés de jouir d’une pension de retraite chèrement payée au cours de sa vie professionnelle, d’être soigné, éduqué de façon équitable, ces libertés sont des droits démocratiques. Si les hyper riches — par leur pouvoir (octroyé par le laxisme politique) de contourner les règles et les lois — peuvent mettre en péril cette liberté démocratique, il est nécessaire d’agir. Ou d’admettre que nous ne sommes plus en démocratie. Une petite armée d’actionnaires détruirait le peu de richesse accumulée de milliards d’individus, écroulerait des équilibres sociaux chèrement acquis, abolirait le pouvoir des peuples, et rien ni personne ne serait en mesure de la stopper ?

parrain-mafia-internationale

Le monde dans lequel nous avons plongé et vers lequel nous nous dirigeons toujours plus profondément est celui d’une démocratie de façade, sans aucune autre alternative que le pseudo débat [sans fin] sur le travail, le chômage, et sur des choix imbéciles entre des politiques spectacles sans aucune efficacité, alors que le véritable problème se situe ailleurs : dans la confiscation de la démocratie par les maîtres du monde capitaliste : les actionnaires et leurs dirigeants. C’est vers eux que doit se diriger la révolte. Pas vers les pantins médiatiques qui déclarent détenir le pouvoir des Etats. Eux, n’ont aucun pouvoir. Ils ne gouvernent même pas. Au point de désormais l’admettre en public.

Désarmer les marchés, pour ensuite, réorienter le système capitaliste vers une nécessaire répartition des richesses, plus juste ? Afin de redonner un nouveau souffle à des sociétés au bord de l’asphyxie ? Le souffle de la démocratie citoyenne ? Que l’on soit de droite ou de gauche, le projet pourrait s’envisager, tout du moins pour la majorité, les 99% qui ne sont pas à la solde des nouveaux maîtres du monde.

Pour aller plus loin, le documentaire, « Noire Finance » :