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La France a peur de Bozo le clown…

Wednesday 22 October 2014 à 11:18

Bozo_Clown

Que se passe-t-il ? La France a peur d’un clown. La presse nous explique depuis quelques semaines que des clowns effraient le bon peuple dans le Nord de notre pays. La réponse de la Société ne s’est pas faite attendre. Un jeune homme qui s’était déguisé en clown et avait effrayé des passants a été condamné à six mois de prison avec sursis. Bien entendu, ce genre de blague de potache peut mal tourner. Une personne cardiaque, un policier à la gâchette facile…. tout est possible. Mais tout de même… Six mois de prison ? Pourquoi pas Guantanamo ?

par ailleurs, les impostures et autres caméras cachées n’ont jamais généré de telles peines lorsqu’elles sont réalisées pour des télévisions ou des radios. On a même vu par le passé un animateur radio annoncer l’arrivée des extra-terrestres, provoquant une panique dans la population américaine.

Que nous dit une Société qui condamne les auteurs de blagues de potaches à six mois de prison avec sursis et qui par ailleurs confère une véritable impunité aux membres d’une classe dirigeante dont les exactions sont bien plus nocives pour le reste de la population ?

Tremblez, voici les clowns :

 

 

Le gang des vilains petits canards

Wednesday 15 October 2014 à 17:25

Soulcie_Soutien_CredoLa presse, ça eut payé mon bon monsieur! Et la presse indé alors, sans régie pub, sans bizness modèle ni directeur du marketing? Que faire de ces journaux séditieux qui ne jouent pas le jeu de la guerre économique?

C’est un peu le rêve de toute structure animée par des journalistes de n’être dépendant que de ses lecteurs — dépendant économiquement, pas idéologiquement. Reflets.info a été assez clair le mois dernier. Un nouvel appel nouvel aux dons a été lancé afin de trouver des moyens régulier pour rémunérer un tant soit peu les rédacteurs et encadrer le travail éditorial de manière plus « professionnelle » (c’est par là pour contribuer).

Laissez-moi vous parler aussi de Zélium, un journal satirique imprimé, sorti dans les kiosques pendant deux ans, de début 2011 à fin 2012. Depuis, le frêle esquif n’est pas mort, il est ressorti de manière épisodique (4 numéros en douze mois), désormais distribué « à la main » lors de festivals, placé en dépôt vente dans un réseau de diffuseurs (bars, librairies) et vendu via une boutique en ligne. Ce regain d’activité a été possible grâce à quatre contrats « aidés » (CDD à temps partiel) obtenus par l’association éditrice cette année.

berthRestent les dons et les contributions volontaires. Zélium a choisi de passer par le crowd funding pour tenter de relancer le journal en kiosque. Objectif plutôt modeste (8500€), à atteindre avant le 26 octobre, qui devrait amorcer la pompe pour l’impression de deux numéros et une diffusion réduite de quelques milliers d’exemplaires…

Que ce soit pour Reflets ou pour Zélium, Basta! ou CQFD, pour un journal en ligne ou un canard papier, si les frais de fonctionnements ne sont pas les mêmes, le paradoxe existentiel est de même nature. Ces publications sont toutes animées et fabriquées par des pros, des journalistes, photographes ou illustrateurs professionnels mais qui choisissent de contribuer de manière bénévole.

Quoi? Bénévoles? Des pros qui se la jouent amateur! Oui, dans une presse libre mais pas libérale, comme le suggère une tribune de Zélium parue sur le site de Politis à l’occasion des 8èmes « Assises du journalisme » qui se déroulent à Metz du 16 au 18 octobre. Si bien que pour un journal distribué en kiosques, seuls les intermédiaires incontournables sont rémunérés — l’imprimeur et les messageries (deux sociétés se partagent le marché, le MLP et Prestalis (ex-NMPP). En sachant que l’imprimeur a toujours accepté des ristournes conséquentes pour soutenir le titre. Sinon, rédacteurs, dessinateurs, relecteurs et maquettistes ont toujours été bénévoles.

Aurel-macronLa presse « indépendante » ne l’est pas seulement vis-à-vis des annonceurs. Fatalement, elle doit se confronter aussi à l’économie tout court. Une entreprise de presse doit salarier ses contributeurs, que ce soit à temps plein ou partiel (un pigiste se doit d’être rémunéré aussi en salaire, même si de plus en plus de publications leur imposent des notes d’auteur, sans aucune cotisation sécu ou chômage, ou, pire, en leur imposant le statut d’auto-entrepreneur…).

Voilà le paradoxe: en acceptant de lancer des journaux sans moyens, mués plus par l’envie et les convictions que par le salariat et la carrière, cela participe aussi à la lente précarisation des métiers de la presse. Certes, la presse « concurrentielle », surtout les quotidiens et les hebdos, n’ont pas besoin de nous pour niveler tout par le bas, de signer des conventions de stage de six mois ou un an, organisant une concurrence déloyale au sein même de leur rédaction, menaçant les CDD existants et les pigistes. Quel que sera le résultat de la collecte de fonds, la sanction sera économique: les ventes, les frais d’impression et de diffusion devront fatalement dégager un petit bénéfice afin d’espérer sortir les numéros suivants.

 

rifo

« C’est à se demander pourquoi des miséreux qui ne sont même pas payés pour leurs proses ou leurs dessins s’obstinent à fabriquer ces journaux aussi peu palpitants. Ces gens-là ne croient à rien. Ils sont désespérants, à tenir à bout de bras une presse sans ambition », ironise Zélium.

L’autre paradoxe, c’est que l’économie libérale de la presse apparaît comme une belle escroquerie. Comme le rappelle Serge Halimi dans le dernier Monde diplomatique (reproduit in extenso ici), les grands groupes industriels qui ont raflé les titres les plus influents (dernier en date, le trio Bergé Niel Pigasse au Monde et le patron de Numéricable à Libé) mettent en avant la crise (alimentée par les politiques libérales prônée pourtant par les grands patrons de presse!) et la désaffection du public pour dégraisser les effectifs et les rendre encore plus dépendants des pouvoirs politico-industriels.

troudkiosque« Dans le cas du journal, écrit Serge Halimi, le remède imaginé est de faire dépendre sa survie de tout autre chose que du journalisme — organisation de colloques surpayés par des collectivités territoriales, « marketing croisé » avec SFR-Numericable, l’actionnaire principal du titre, transformation des locaux du quotidien en lieu de divertissement dans un quartier « branché » de la capitale. »

Halimi rappelle aussi l’énorme gabegie que constitue le régime des aides d’État à la presse écrite. Pas loin de 700 millions d’euros par an! En 2013, près de 7 millions d’euros sont tombés dans les caisses de Télé 7 Jours, 108.600 dans celles du Monde diplomatique… Ces grands libéraux à la tête des médias dominants — tous ou presque des plus grandes fortunes (*) — sont donc de vulgaires assistés. Ils pleurent sur un secteur sinistré, constamment déficitaire (selon leurs propres calculs), mais profitent d’un régime de subventions publiques profondément inégalitaire.

Pour la presse internet, il existe le fameux « fonds Google » (FINP), doté de 60 M€ par an. Fruit d’un deal passé avec les éditeurs (procès contre Google Actualités) avec l’aval du gouvernement, ce machin profite pour l’instant en majorité aux mêmes éditeurs de presse cités précédemment… Cherchez l’erreur.

Même anomalie pour le Fonds stratégique pour le développement de la presse, géré par le ministère de la Culture, qui distribue 10 M€ par an. Bilan 2013: Ouest France et Le Parisien ont touché le plus (12,3% et 11,7% des aides totales!). 18% des aides sont allées à la PQN (quotidiens nationaux), 48% à la presse locale, 4% aux gratuits (donc déjà gavés de pubs), et seulement 28% aux « projets collectifs »…

NLCpressealerteLes petits canards boiteux peuvent aussi tenter de bénéficier d’un régime fiscal avantageux (TVA à 2,1%). Mais pour cela il faut obtenir un « numéro de commission paritaire », réservé aux titres dont la parution est régulière (minimum trimestrielle). Le régime s’est ouvert depuis peu aux journaux en ligne, en tous cas ceux disposant d’un solide modèle économique (pub, ventes d’articles, d’abonnements ou de « prestations »), comme si faire un journal gratuit avait quelque chose de suspect quand on n’appartient pas au groupe Bolloré (gratuit et sans pub on n’en parle même pas).

Alors certains dons à la presse peuvent être « défiscalisés » (les 2/3 du don déduits de l’impôt sur le revenu), sur le même principe que les œuvres caritatives ou déclarées « d’intérêt public ». Il faut passer par l’association Presse et pluralisme, qui redistribue la manne à chaque journal tous les ans (parmi les titres qui en font usage: Charlie, Siné, Causette, le Monde diplo mais aussi… l’hebdo des cathos intégristes Présent!) Manque de bol pour Zélium ou d’autres canards indés, ce statut n’est ouvert qu’aux publications qui sortent au minimum tous les mois. Un tel dispositif fiscal existe aussi  pour la presse en ligne. Mais il faut disposer d’un n° de commission paritaire…

Avant que le serpent ait complètement bouffé la queue du canard, magnez-vous de leur donner un petit coup de main.

 

Aurel-stripfinance

…….

(*) Récapitulatif de Serge Hamili: « Les Echos et Radio Classique appartiennent à M. Bernard Arnault (1re fortune française, selon Forbes), Le Point à M. François Pinault (3e), Le Figaro à M. Serge Dassault (4e), Libération à M. Drahi (6e), Le Monde et Le Nouvel Observateur à M. Xavier Niel (7e), Direct Matin et Canal Plus à M. Vincent Bolloré (10e). MM. Martin Bouygues (TF1-LCI), Jean-Paul Baudecroux (NRJ), Alain Weill (RMC, BFMTV) et Arnaud Lagardère (Europe 1, Paris Match, Le Journal du dimanche) comptent également au nombre des plus grosses fortunes de France. »

Merci aux dessinateurs contributeurs de Zélium qui ont illustré ce billet: Soulcié, Aurel, Berth, Troud, Rifo et Lacase. Plein d’autres dessins de soutien ici.

#VPN et logs : lettre ouverte à ceux qui croient encore au ‎Père Noël

Tuesday 14 October 2014 à 23:48

anoncatAujourd’hui, j’ai pu me rendre compte, une fois de plus, du décalage qu’il existe à la lecture d’un message marketing et de la réalité technique de tout service en ligne. Je dis bien technique, nous aborderons le juridique un autre jour. Et le problème, c’est que lorsque l’on cause d’un service lié à la confidentialité, si on ne comprend pas comment fonctionne techniquement un service, il y a peu de chance que l’on arrive à prendre de bonnes décisions pour préserver la confidentialité de ses communications électroniques.

J’espère qu’après la lecture de cette lettre ouverte, sans prétention aucune, vous aurez un regard un peu plus critique à la lecture du fameux « on logue rien » relayé par les classements bidons de services et les pseudos enquêtes de médias pourtant spécialisés.

#onlogrien #spanou

S’il y a un mythe récurent dans le monde fou fou fou des VPN, c’est celui du « VPN qui ne logue rien ». C’est quelque chose que j’ai déjà dit et répété maintes et maintes fois, mettez vous le une bonne fois pour toute dans le crâne : un VPN qui ne log rien, ça n’existe pas.

La transaction commerciale

Ça parait un peu idiot comme ça à expliquer, mais mieux vaut l’expliquer clairement, que ce soit dit une bonne fois pour toute : quand on souscrit à un service VPN, on communique à minima deux choses :

L’accès au service

C’est là que ça commence à devenir un peu plus intéressant. Pour accéder au service, on a en principe un identifiant client pouvant prendre plusieurs formes :

Et attention, car là on ne parle pas que technique, on parle tout simplement de traçabilité comptable, pour connaitre par exemple une date de début et de fin de service… bref on parle facturation. Et le propre d’une comptabilité, c’est de conserver des traces. Des logs comme disent les geeks. Attention ceci est un scoop : tous les services payants de VPN vous loguent comptablement.

Gestion des abus, monitoring réseau et continuité de service

Mais descendons un peu plus bas dans notre raisonnement, et parlons maintenant du quotidien technique d’un service en ligne. Tous, un jour où l’autre, subissent les abus d’un utilisateur indélicat. Sur un service aussi sensible qu’un VPN, l’indélicatesse d’un utilisateur peut entraver le bon fonctionnement d’un système, sa disponibilité, et donc gêner les autres utilisateurs du service… ou pire : tenter de compromettre la confidentialité de leurs communications en essayant de rendre indisponible le VPN.

Attention, un mythe va tomber : il faut être soit inconscient, soit con, soit un savant mélange des deux pour affirmer « On ne logue rien » .

La confidentialité des communications

Puisque c’est bien de ça qu’il s’agit, posons la question différemment. Un provider VPN qui dit « ne pas loguer de données relatives au trafic des utilisateurs », si son service est bien fichu, c’est une Lapalissade. Le truc qu’il faut écrire puisque ça rassure quand même de savoir qu’on souscrit à un service censé garantir la confidentialité de mes communications, et qu’il est en mesure de la garantir… ou pas. Ah… et puisqu’on y est, rappelons juste une chose : UN VPN NE GARANTI PAS VOTRE ANONYMAT, il ne fait généralement que vous fournir une autre IP publique et chiffre vos communications d’un point A à un point B.

Un service VPN sérieux, c’est un service qui a mis en place un mécanisme de chiffrement ne lui permettant pas de déchiffrer le trafic de ses clients, c’est un service qui ne dispose pas d’une clé unique pour déchiffrer l’intégralité du trafic de ses clients, c’est un service qui même s’il voulait loguer les activités de ses clients (historique de surfs par exemple), il ne pourrait y parvenir, ou il ne loguerait que du trafic chiffré ne présentant aucun intérêt… et là, étrangement, les services de VPN qui observent ces bonnes pratiques, ils sont beaucoup plus rares.

C’est souvent d’ailleurs ces gros VPN qui disent ne rien loguer qui sont les premiers à ne pas mettre en place un mécanisme de confidentialité persistente, ce sont les premiers qui disposent d’une clé permettant de déchiffrer l’intégralité du trafic de leurs clients… d’ailleurs ils sont souvent américains, et vous devinez pourquoi ? Bingo… parce qu’ils ont chez eux une loi tellement débile qu’on s’est sentis obligés de faire encore mieux en France, le Patriot Act, qui les oblige à ce que les communications confidentielles de leurs clients soient un peu moins confidentielles quand un service leur demande d’y accéder.

« Des milliers d’adresses IP et des serveurs dans 75 pays, même en Corée du Nord où il y a 12 internautes »

On voit souvent des VPN mettre en avant des dizaines de milliers d’adresses IP dédiées. Une IP est alors attribuée à un utilisateur, soit pour toute la durée de la souscription à son service, soit par session, à chaque fois qu’il se connecte au VPN, une adresse IP des plages du fournisseur de service lui est attribuée. Ici pas de problème pour un provider de VPN d’identifier que toto@nsa.com était sur telle adresse IP entre telle heure et telle heure… oops un log ! Oui si vous avez une IP dédiée attribuée par un service de VPN, il ne peut pas ne pas y avoir de « log ». Des événements réseau sont forcément « logués », ne serait-ce que pour éviter d’attribuer la même adresse IP publique à plusieurs clients.

Enfin, d’autres VPN, utilisent une autre technique, ce qu’on appelle l’IP crowding : tous les utilisateurs du service sortent par la même adresse IP publique. Là, ce sont des adresse IP locales qui sont attribuées à toto@nsa.com (certes, ça pourrait être un chouette bordel, on pourrait laisser le DHCP du Cisco se démerder, mais souvenez vous… le satané service comptable). Et oui, il y a bien une traçabilité des utilisateurs, mais ceci ne veut pas dire qu’un provider honnête sera en mesure de lire le trafic d’un utilisateur.

Conclusion

No bullshit : les providers VPN qui affirment ne rien loguer, sont soit des menteurs, soit des imbéciles.

Ebola : ce que le CDC prévoit si rien n’est fait de plus

Tuesday 14 October 2014 à 16:40

CDC_Zombie

Ce n’est pas dans les habitudes de Reflets de relayer la peur, ou participer à créer la panique par des annonces apocalyptiques. Avec Ebola, rien n’est pourtant plus simple : ce virus est terriblement contagieux, le plus souvent mortel et n’a encore ni vaccin ni traitement homologué.

Dans un précédent article, le virus Ebola avait été évoqué, non pas pour la menace qu’il ferait peser sur les pays industrialisés, mais pour l’épouvantable carnage qu’il risquait de provoquer en Afrique de l’Ouest et potentiellement ailleurs sur le continent, si rien de plus n’était fait pour aider les pays touchés.

Ce qui pose problème au Libéria, en Guinée, et en Sierra Léone est avant tout un déficit de moyens sanitaires. Que les populations, par leurs traditions culturelles, particulièrement sur les rites funéraires, rendent difficile l’endiguement de la maladie, est un fait avéré. Mais les systèmes de santé déplorables de ces pays sont le principal facteur qui font craindre le pire. Le CDC (Centre de contrôle et prévention des maladies, USA) renvoie les prévisions suivantes, des plus alarmistes :

This week’s MMWR (Morbidity and Mortality Weekly Report), Estimating the Future Number of Cases in the Ebola Epidemic—Liberia and Sierra Leone, 2014–2015, estimates the future number of cases if current trends continue. The MMWR also adjusts the number of cases based on estimated underreported cases.

By September 30, 2014, CDC estimates that there will be approximately 8,000 cases, or as high as 21,000 cases if corrections for underreporting are made.

Without additional interventions or changes in community behavior, CDC estimates that by January 20, 2015, there will be a total of approximately 550,000 Ebola cases in Liberia and Sierra Leone or 1.4 million if corrections for underreporting are made.

Cases in Liberia are currently doubling every 15-20 days, and those in Sierra Leone and Guinea are doubling every 30-40 days.

Halting the epidemic requires that approximately 70% of Ebola cases be cared for in Ebola Treatment Units or, if they are at capacity, at home or in a community setting in which there is a reduced risk of disease transmission and safe burials are provided.

550 000 cas sont approximativement prévus d’ici à la fin janvier pour le Libéria et la Sierra Léone par le CDC, mais jusqu’à 1,4 millions si des sous-déclarations sont observées. Le CDC atteste de la crise sanitaire en cours, et souligne que l’épidémie peut être stoppée si 70% des cas d’Ebola étaient pris en charge dans des unités de traitement spécialisées, ou à domicile avec des précautions pour empêcher la propagation, aidé de sépultures « sécurisées ». Les 70% de cas Ebola pris en charge ne le seront pas sans l’aide massive des pays développés, de la communauté internationale, comme tous les observateur le soulignent.

Si la comparaison entre un pays comme la France et les pays d’Afrique de l’Ouest n’est pas possible en termes de gestion de crise et de prise en charge de malades infectés par le virus Ebola, les personnels soignants français sont tout de même inquiets. La France est spécialiste du déni dans les cas des gestions de catastrophes. Il suffit de se rappeler le nuage de Tchernobyl s’arrêtant à la frontière en 1986 pour s’en convaincre. Le manque de personnel hospitalier causé par les politiques de réduction des fonctionnaires n’est pas étranger non plus à cette inquiétude.

Aider l’Afrique de l’Ouest à éradiquer Ebola semble de toutes les manières une nécessité, par obligation morale en premier lieu. Et plus trivialement, pour se protéger d’une pandémie mondiale possible.

Mais que se passe-t-il chez Bull et Nexa Technologies ?

Monday 13 October 2014 à 22:42

bull-monde-ouvert

L’histoire est compliquée, et croyez-le, c’est fait exprès. Rappel des épisodes précédents…  En 2007, la société de services informatiques Amesys vend à Kadhafi un système d’écoute global pour espionner toute la population libyenne. 2010, Bull annonce racheter Amesys. En fait, Bull est offert sur un plateau à Philippe Vannier, Dominique Lesourd et Marc Hériard-Dubreuil. Pour la totalité ou presque du groupe Amesys, les trois amis, réunis avec d’autres au sein de la holding Crescendo Industries, deviennent actionnaires majoritaires, de très loin au sein de Bull. Pris la main dans le sac libyen par Reflets, Owni, puis le Wall Street Journal, Bull finit par annoncer la vente de ses activités Eagle (le système d’écoute global). Il faut se refaire une virginité. L’image d’une société vendant des outils de surveillance à des Etats franchement fâchés avec les Droits de l’Homme, est mauvaise. Reflets et quelques autres montrent que la vente est une cession déguisée, Bull vendant cette activité à un actionnaire de Crescendo Technologies, Stéphane Salies. La société qui rachète s’appelle Nexa Technologies. Elle vend en France des outils de Deep Packet Inspection (DPI) pour les entreprises. C’est la vitrine officielle. Mais à Dubaï, Advanced Middle East Systems (lire AMESys), contrôlée par le même Stéphane Salies vend des outils d’interception massifs. C’est là que les gros contrats peuvent se faire en toute discrétion. 2014, consécration pour les trois ingénieurs du contrat libyen et de tous ceux qui ont suivi, au Maroc, au Gabon, au Kazakhstan, au Emirats, etc, Atos leur rachète  Bull. On peut tirer deux leçons de ce parcours.

La première, il suffit de bons appuis pour partir de presque rien et arriver avec beaucoup.  Selon les syndicats, Crescendo Industries aurait fait une plus-value de 100 millions d’euros en quatre ans… La seconde, il est possible de vendre à un terroriste notoire (Abdallah Senoussi) un système de surveillance global pour qu’il espionne la population (comprenez les opposants) sans aucun souci, la trajectoire ascendante se poursuivra. Ni Thierry Breton (patron de Atos et ancien ministre) qui rachète Bull aux trois amis, ni les clients étatiques ou privés de Bull et d’Amesys n’y trouvent quoi que ce soit à redire.

Mais revenons à Nexa Technologies. La vente à Atos semble inquiéter quelque peu Philippe Vannier. Une fois Bull vendu, il n’est pas impossible qu’Atos lui plante un couteau dans le dos. Parfois, les grands squales se mangent entre eux. En 2013, Philippe Vannier fait modifier ses conditions de départ et affine la partie concernant son éventuelle éviction. Et puis, Atos pourrait-il conserver Philippe Vannier si la justice le rattrapait ? Pour mémoire, un juge d’instruction planche actuellement sur l’éventualité d’une complicité de tortures pour l’affaire libyenne.

Reflets avait bien compris depuis le début que Nexa était une coquille mise en place par Philippe Vannier pour mettre au chaud la juteuse activité Eagle rebaptisée pour l’occasion Cerebro. D’une part Nexa avait été hébergée pendant des mois dans les locaux mêmes d’Amesys, d’autre part,  Stéphane Salies est l’homme qui a mis en place cette activité au sein d’Amesys puis de Bull. En outre, il est actionnaire de Crescendo Industries, la holding qui chapeaute Bull et Amesys.

La rentrée 2014 a été l’occasion de quelques mouvements au sein de Nexa.

Premier point, Nexa Technologies avoue enfin qu’elle a été montée pour exfiltrer l’activité Eagle. Elle n’est pas un acheteur sorti du bois, elle est une « spin off de Bull ». Sans blagues ?

Nexa-spinoff
Deuxième point, Nexa n’appartient visiblement plus à Bull ou à Stéphane Salies, mais à un groupe allemand, Plath Group. Si ce n’est pas limpide dans les documents de Nexa Technologies, ça l’est un peu plus sur le site allemand qui explique que Nexa fait partie de son groupe.

Plath-Nexa

Nexa Technologies a augmenté son capital social le 12 septembre 2014. Il est passé de 1.071.000 euros à 1.530.000 euros. Quelque 45.900 actions nouvelles dénommées ADP 2014 ont été créées et portent des droits particuliers. Notamment en cas de versement de dividende. Après cette augmentation de capital, l’organigramme de la société est profondément remanié.

Stéphane Salies abandonne le poste de président à Olivier Bohbot, ex-salarié d’Amesys, ex-salarié de Bull.

Stéphane Salies est toutefois nommé Directeur général et, ouf, on a eu peur, il dispose des mêmes pouvoir que ceux du président.
Entrent au Comité de gestion (nouvellement créé), deux Allemands, nommés par Palth GmbH :

Hinrich Albert Brügmann et Nico Scharfe.

nexa-conseil-gestion
Enfin, troisième point, Nexa Technologies prévoit les modalités de versement de dividendes.

A croire que cette activité d’interception globale est quand même rentable… Lors de la vente des activités Eagle par Bull, Philippe Vannier faisait tout ce qu’il pouvait pour en minimiser l’intérêt.

Interrogé par Les Echos, Philippe Vannier a déclaré la semaine passée que les activités liées à Eagle “pèsent moins de 0,5% du chiffre d’affaires du groupe, elles ne sont pas stratégiques ou significatives pour nous“.

Pas stratégiques, pas significatives, mais tout de même utiles pour recaser des gens ou pour gagner quelques sous à Dubaï.

Dubaï, justement… La préparation du versement de dividendes par Nexa Technologies inclue étrangement une société domiciliée dans la zone franche à Dubaï :

nexa-dividendesLes éventuels bénéfices d’Advanced Middle East Systems FZ-LLC, établie dans la zone franche, là où personne ne peut aller creuser, sont pris en comptes pour l’éventuel versement de dividendes par Nexa Technologies.

Bref, tout ce que Reflets expliquait après la vente des activités Eagle à Nexa Technologies est désormais gravé officiellement dans le marbre : Nexa est une spin off de Bull, elle contrôle Advanced Middle East Systems et Stéphane Salies est à la tête de ces deux entreprises.

Reste à comprendre pourquoi Plath Group prend le contrôle de Nexa (et de AMESys ?) et si cela a été fait avec ou sans l’accord tacite ou pas des autorités françaises, grosses consommatrices des outils d’Amesys, canal historique.

Une jolie galaxie de sociétés holdings

C’est compliqué… Nous le disions en introduction. C’est d’autant plus compliqué que les trois amis, Philippe Vannier, Dominique Lesourd, Marc Hériard-Dubreuil et Stéphane Salies se sont fait une spécialité de la création de sociétés holdings aux participations croisées. Or la plupart de ces entreprises ne publient pas leurs comptes.

Première Holding, Crescendo Industries. Derniers comptes disponibles : 2012.

Voici l’actionnariat de cette entreprise qui détenait jusqu’à la vente à Atos, le plus gros volume d’actions Bull :

capital

Parmi les actionnaires de Crescendo, on trouve :

RSFJ

Domiciliée à MARSEILLE 14 (13014), au 36 Impasse des Petits Champs, la société RSFJ est active depuis 5 ans. Cette société civile a vu le jour le 13 octobre 2008, immatriculée à Marseille, sous le numéro d’enregistrement 508 517 166, cette entreprise est spécialisée dans le secteur d’activité des fonds de placement et entités financières similaires. Actuellement, le capital social de la société RSFJ est de 6 143 260,00 euros.

M. Raymond AUPHAN, né en 1968, en tant que associé-gérant, est dirigeant de l’entreprise RSFJ.

Raymond AUPHAN

Président
AMESYS SYSTEMS ENGINEERING
13080 AIX EN PROVENCE

RSFJ ne publie pas ses comptes

Raymond Auphan était jusqu’il y a peu l’un des dirigeants d’Amesys, aux côtés, à la grande époque, de Philippe Vannier, Stéphane Salies et Olivier Bohbot.

amesys-dossier-presse-2009

Allegro Asset Management

Il s’agit de l’une des sociétés holding détenues par Stéphane Salies.

Installée à BOULOGNE BILLANCOURT (92100), au 94 Rue de Paris, l’entreprise ALLEGRO ASSET MANAGEMENT  est active depuis 8 ans. Cette société à responsabilité limitée  unipersonnelle a vu le jour le 27 avril 2006, immatriculée à Nanterre,  sous le numéro d’enregistrement 489 291 526,  cette société est spécialisée dans le secteur d’activité du conseil  pour les affaires et autres conseils de gestion. A ce jour, le capital  social de l’entreprise ALLEGRO ASSET MANAGEMENT est de 691 000,00 euros.

M. Stephane SALIES, né en 1964, en tant que gérant, est dirigeant de l’entreprise ALLEGRO ASSET MANAGEMENT.

Stéphane Salies :

Président
AMESYS TRANSPORT
13080 AIX EN PROVENCE

Gérant
ALLEGRO ASSET MANAGEMENT
92100 BOULOGNE BILLANCOURT

Gérant
ALLEGRETTO ASSET MANAGEMENT
92100 BOULOGNE BILLANCOURT

DG
NEXA TECHNOLOGIES
92100 BOULOGNE BILLANCOURT

Gérant
MODERATO ASSET MANAGEMENT
92100 BOULOGNE BILLANCOURT

REINNAV

Située à NEUILLY SUR SEINE (92200), au 36 Boulevard Georges Seurat, la société REINNAV. Cette société civile, enregistrée à Nanterre, sous le numéro d’immatriculation 513 067 470 est spécialisée dans le secteur des activités des sociétés holding. Actuellement, le capital social de l’entreprise REINNAV est de 7 563 452,00 euros.

M. Philippe VANNIER, né en 1960, en tant que associé-gérant, est dirigeant de la société REINNAV.

Reinnav ne publie pas ses comptes

MANTATECH

Implantée à PARIS (75008), au 123 Avenue des Champs Elysees, l’entreprise MANTATECH  est active depuis 6 ans. Cette société par actions simplifiée a vu le  jour le 10 mars 2008, enregistrée à Paris, sous le numéro  d’immatriculation 502 936 321. Actuellement, le capital social de la société MANTATECH est de 246 400,00 euros.

M. Vivien HERIARD DUBREUIL, né en 1979, en sa qualité de président, est dirigeant de l’entreprise MANTATECH.

L V L F

L’entreprise L V L F a été radiée le 30 juillet 2013.

Implantée à PARIS (75008), au 123 Avenue des Champs Elysees, la société L V L F  a été en activité durant 17 ans. Cette société par actions simplifiée  avait vu le jour le 29 février 1996, enregistrée à Paris, sous le numéro  d’immatriculation 404 126 070, cette société était spécialisée dans le secteur des activités des sociétés holding.

M. Marc HERIARD-DUBREUIL, né en 1951, en tant que président, était dirigeant de la société L V L F.

LVLF ne publiait pas ses comptes

LVLF 2

Localisée à PARIS (75008), au 123 Avenue des Champs Elysees, la société LVLF 2  est active depuis 1 an. Cette société par actions simplifiée à associé  unique a vu le jour le 5 décembre 2012, immatriculée à Paris, sous  l’enregistrement 789 752 862, cette  entreprise est spécialisée dans le secteur des activités des sociétés  holding. A ce jour, le capital social de l’entreprise LVLF 2 est de 10 000,00 euros.

M. Marc HERIARD, né en 1951, en tant que président, est dirigeant de l’entreprise LVLF 2.

F.N.L.V

La société F.N.L.V a été radiée le 2 septembre 2011.

Implantée à PARIS (75008), au 123 Avenue des Champs Elysees, l’entreprise F.N.L.V  a été en activité pendant 5 ans. Cette société par actions simplifiée  avait vu le jour le 5 avril 2006, enregistrée à Paris, sous  l’immatriculation 489 454 975, cette société était spécialisée dans le secteur des activités des sociétés holding.

M. Pierre HERIARD-DUBREUIL, né en 1948, en sa qualité de président, était dirigeant de la société F.N.L.V.

F.N.L.V ne publie pas ses comptes

Zephyros Invest

Société anonyme contrôlée par  Monsieur Dominique Lesourd. Introuvable sur Société.com puisque visiblement immatriculée au Luxembourg.