PROJET AUTOBLOG


Reflets

Site original : Reflets

⇐ retour index

Histoire politique : tout dépend du point de vue (1)

Monday 10 November 2014 à 19:00

from-internet

La salle de conférence était bondée. Plus de deux mille étudiants, dans un silence quasi religieux,  attendaient que l’orateur prenne la parole. Dehors, la tempête battait son plein, rageuse, empêchant tout être vivant de sortir des bâtiments — mais heureusement parfaitement protégés. Les rideaux de métal s’étaient refermés sans un bruit quelques minutes avant qu’elle ne débute et l’air conditionné rafraichissait la salle, dont la température s’était élevée sensiblement par la seule accumulation de la chaleur corporelle cumulée de la foule.

L’orateur s’approcha d’un pupitre, se racla la gorge et débuta sa conférence. Le silence était complet.

— « Ce cours d’histoire est le seul qui aborde le fonctionnement de l’humanité sur Terre dans ses derniers instants. Je sais que vous êtes nombreux à vous y intéresser, mais il me faut vous mettre en garde : nous n’avons rien à retenir d’intéressant des expériences passées. Rien. La seule fonction de ce cours d’histoire est de vous permettre de comprendre, succintement, comment l’humanité d’alors a échoué. L’intérêt de l’histoire est de s’inspirer de ce que nous avons construit depuis 323 ans, pas d’aller répéter les horreurs perpétrés sur Terre »

La salle était toujours parfaitement silencieuse. L’orateur se racla la gorge et afficha une image holographique au centre de la salle. Une grande mappemonde terrestre se mit à tourner au dessus des 2000 étudiants.

— « Ceci est le globe terrestre. A -23 TF, soit le début du XXIème siècle pour le calendrier d’alors. Il y avait sur Terre plus de 190 nations humaines différentes reconnues par une organisation dictatoriale nommée ONU. L’organisation en question était composée de 5 Etats décisionnaires en capacité de détruire plusieurs fois la planète grâce à leur armement nucléaire. Ces 5 nations étaient les plus riches, ou tout du moins les plus puissantes, puisque certaines avaient des populations pauvres, voire très pauvres. La logique de cette organisation était simple : permettre aux grands empires de continuer à écraser le reste de l’humanité, tout en prétendant être indispensable pour l’équilibre et le bien-être de l’humanité. Mais je reviendrai sur l’ONU après vous avoir expliqué brièvement comment une part négligeable de l’humanité avait réussi à dominer le restant, et avait installé la dictature mondiale qui, comme vous le savez plus ou moins, à anéanti l’humanité d’alors »

Un laser jaillit d’un pupitre sur l’un des côtés de la salle circulaire et frappa un grand espace de terre du globe holographique.

— « Ceci est une nation importante dans le contexte d’alors. Son nom est USA, ou Etats-Unis d’Amérique. Jusqu’à la moitié du XXème siècle, les USA n’étaient pas une nation très importante, malgré une participation à la première guerre mondiale moderne. L’administration américaine ne parvenait pas entrer vraiment en compétition avec les nations d’Europe, les empires coloniaux. Ce n’est qu’après la seconde guerre mondiale que les USA devinrent la nation principale, et prirent la tête de la dictature mondiale. Avec l’ONU, mais pas uniquement. Nous y reviendrons »

La partie la plus haute du globe se colora en bleu, l’autre moitié en rouge, avec certaines parties en jaune, en vert et en orange.

— « L’histoire du XXème et XXIème siècle est complexe, mais il est nécessaire, pour l’appréhender correctement, de comprendre une chose qui a toujours été cachée aux être humains de ces époques : le mensonge généralisé d’Etat, la création d’une vision du monde totalement fausse et fabriquée ont été permanents. Au point que des générations entières d’individus ont appris à ne jamais comprendre dans quel monde ils vivaient et quels étaient les véritables tenants et aboutissants des politiques menées par ceux qu’ils élisaient à la tête de leurs Etats — les plus riches — ceux qui constituent ce qu’on appelle désormais « la dictature occidentale. »

L’orateur ferma les yeux quelques instants, reprit sa respiration, et attendit. Une voix s’éleva de la foule d’étudiants, amplifiée par les systèmes intelligents :

— « Qu’est-ce exactement qu’une dictature, orateur ? »

(Fin du chapitre 1)

Bluecoat s’offre une parution presse parfaite

Monday 10 November 2014 à 17:35

citizen lab bluecoat

C’est chose courante dans les entreprises : obtenir une parution dans un journal, qui vante directement ou indirectement les bienfaits de la société. Présentée la plupart du temps comme une contribution d’un « expert », elle prend la forme d’un article plus ou moins bien rédigé. Généralement moins bien, mais il y a des exceptions et c’est à cela que l’on reconnaît le bon communiquant. Il écrit presque comme un journaliste et sait faire autre chose que qu’un communiqué de presse qui finira irrémédiablement dans la poubelle de tout journaliste qui prend son travail au sérieux. Aujourd’hui, c’est Bluecoat, une société bien connue des lecteurs de Reflets , qui a réussi à se faire une belle publicité sur le dos des Echos.

bluecoat-les-echos

Dans le secteur de la sécurité informatique, les dirigeants d’entreprise ont l’impression d’avoir touché le saint Graal lorsque leur chargé de communication leur obtient un article dans les inénarrables MagSecurs ou Global Security Mag. On y trouve reproduits, mot pour mot, les communiqués de presse des entreprises, présentés comme des informations et sans mise en garde aucune du lecteur. Dans ce monde rempli de poneys et de licornes, toutes les solutions, toutes les entreprises, tous les produits, sont merveilleux, efficaces, révolutionnaires.

Mais revenons à Bluecoat. Un lecteur assidu de Reflets a repéré la publication dans Les Echos, un véritable journal cette fois, d’un « article » de Dominique Loiselet, directeur France de Bluecoat.

Le monsieur, évidemment expert du sujet, y explique que la cybersécurité et la protection des données personnelles sont deux jambes coordonnées. Pourquoi pas.

Sauf que, bien entendu, les lecteurs de Reflets le savent bien, jusqu’ici, Bluecoat s’est surtout illustrée par sa capacité à « égarer » des appliances, celles-ci apparaissant par magie vaudou dans des pays particulièrement fâchés avec les Droits de l’Homme. Du coup, Bluecoat est, à l’insu de son plein gré, devenu expert en données personnelles récupérées par les services de police ou de renseignement de ces pays pour le plus grand malheur des opposants politiques. Le meilleur exemple étant bien entendu celui de la Syrie, dont Reflets et Telecomix avaient assuré la médiatisation. A tel point que les scénaristes de The Good Wife en avaient tiré un épisode, utilisant même dans les plaidoiries l’un des arguments phares de Reflets.

Que nous dit Dominique Loiselet ?

Quelques évidences largement partagées sur la cybersécurité, puis… Ceci :

Reste que la coordination entre les deux jambes pourrait être améliorée. Le fait par exemple qu’il faille encourager le chiffrage des données pour sécuriser les informations personnelles, comme le recommande l’Agence Européenne de Cybersécurité ENISA, est incontestable. Mais les flux chiffrés sont aussi des voies d’accès privilégiées… pour les pirates. Quelles sont alors les conditions que les entreprises et organisations doivent respecter pour utiliser des outils de déchiffrage tout en respectant les impératifs en matière de protection des données personnelles ? À ce jour, aucun texte public – loi, règlement ou simple communication des autorités – ne répond clairement à la question.

Le lecteur non averti verra dans tout cela l’avis d’un expert en sécurité informatique et donc, incidemment, en protection des données personnelles.

Le lecteur averti y verra la publication d’un papier en support des idées et des produits de Bluecoat, avec une étonnante précision dans le timing.

Premier indice, sur le site de Bluecoat, on trouve une information sur un produit assurant le déchiffrement des données sur un réseau d’entreprise, justement, pour éviter de ne pas voir passer une attaque.

bluecoat-pub-site-web

Décidément, cette histoire de déchiffrement « interne » des flux chiffrés est à la mode. Quelle concomitance dans la parution de cet « article », la promotion de ce cet outil de Bluecoat, qui fait justement cela, et… Un avis de l’Ansii sur ce sujet :

ansii-avis-flux-https

Bienvenue dans la Comm‘. Sous couvert d’un article d’expert, les Echos participent gratuitement (on imagine) à la campagne produit de Bluecoat. Un deal win-win. Bien entendu, les experts du domaine pourraient y voir encore d’autres choses lorsque Bloecoat met l’accent sur l’intérêt du déchiffrement des flux HTTPS. Relets, par exemple, serait curieux de savoir sur quelle technologie repose ce type d’offre, notamment lorsqu’il s’agit de déchiffrer du flux live et à quoi ressemblent les derniers deals de Bluecoat dans ce domaine. Nul doute, Magsecurs et Global Security Mag vont nous l’apprendre dans leur prochain opus.

Good evening, Paris

Saturday 8 November 2014 à 15:20

v-justice

 

<script type="text/javascript"> (function() { var scribd = document.createElement("script"); scribd.type = "text/javascript"; scribd.async = true; scribd.src = "https://www.scribd.com/javascripts/embed_code/inject.js"; var s = document.getElementsByTagName("script")[0]; s.parentNode.insertBefore(scribd, s); })()

Lire l’article sur Mediapart qui révèle ce document

Ainsi que : «A Sivens, un drame était inévitable»

 

Good evening, London. Allow me first to apologize for this interruption. I do, like many of you, appreciate the comforts of every day routine — the security of the familiar, the tranquility of repetition. I enjoy them as much as any bloke. But in the spirit of commemoration, whereby those important events of the past, usually associated with someone’s death or the end of some awful bloody struggle, are celebrated with a nice holiday, I thought we could mark this November the 5th, a day that is sadly no longer remembered, by taking some time out of our daily lives to sit down and have a little chat. There are of course those who do not want us to speak. I suspect even now, orders are being shouted into telephones, and men with guns will soon be on their way. Why? Because while the truncheon may be used in lieu of conversation, words will always retain their power. Words offer the means to meaning, and for those who will listen, the enunciation of truth. And the truth is, there is something terribly wrong with this country, isn’t there? Cruelty and injustice, intolerance and oppression. And where once you had the freedom to object, to think and speak as you saw fit, you now have censors and systems of surveillance coercing your conformity and soliciting your submission. How did this happen? Who’s to blame? Well certainly there are those more responsible than others, and they will be held accountable, but again truth be told, if you’re looking for the guilty, you need only look into a mirror. I know why you did it. I know you were afraid. Who wouldn’t be? War, terror, disease. There were a myriad of problems which conspired to corrupt your reason and rob you of your common sense. Fear got the best of you, and in your panic you turned to the now high chancellor, Adam Sutler. He promised you order, he promised you peace, and all he demanded in return was your silent, obedient consent. Last night I sought to end that silence. Last night I destroyed the Old Bailey, to remind this country of what it has forgotten. More than 400 years ago a great citizen wished to embed the fifth of November forever in our memory. His hope was to remind the world that fairness, justice, and freedom are more than words, they are perspectives. So if you’ve seen nothing, if the crimes of this government remain unknown to you then I would suggest that you allow the fifth of November to pass unmarked. But if you see what I see, if you feel as I feel, and if you would seek as I seek, then I ask you to stand beside me one year from tonight, outside the gates of Parliament, and together we shall give them a fifth of November that shall never, ever be forgot.

De la justice et de l’éthique

Saturday 8 November 2014 à 12:15

etical

En 1994 j’observais ce qui allait devenir Internet. J’échangeais des mails avec des gens un peu partout dans le monde. Cela court-circuitait les barrières habituelles. Plus de chargé(e) de la communication, plus de secrétariat. Je basculais d’un monde organisé verticalement dans un monde auto-organisé horizontalement. Mon instinct me disait qu’une vision auto-régulée de la planète et de ses habitants n’était pas impossible dans un avenir plus ou moins proche. Bref, celui-ci s’annonçait plutôt radieux. L’information allait enfin circuler, sans frontières, sans barrières humaines, sans contrôle. Chacun pourrait se faire sa propre opinion. Et agir en conséquence. Il y a quelques jours, à l’Open World Forum, j’expliquais à un auditoire que s’il était incongru de se départir de ce qui fait notre unicité, en publiant nos informations personnelles, nos pensées intimes, sur les serveurs d’une entreprise privée, il était encore plus dangereux de laisser les Etats s’approprier ces informations. Reflets a alerté longuement depuis 2011 sur les dangers de certaines infrastructures étatiques reposant sur le Deep packet Inspection. Edward Snowden a montré jusqu’où pouvait s’étendre la curiosité maladive des Etats. A tel point que l’on peut se demander dans quel esprit paranoïaque peut naître l’idée d’une mise sur écoute de la population mondiale. Que fait la planète, que font ses habitants pour réclamer justice après ces révélations ? Rien.

Que font les êtres humains, pourtant très bien armés avec Internet, pour réclamer justice après la fabrication de la crise économique et financière par leurs élus et le monde de la finance, deux univers étrangement poreux ? Rien.

Que font les humains pour réclamer justice après des années de guerre sale, de torture, d’assassinats indiscriminés de civils à grands coups de missiles, de drones et de décisions secrètes à la Maison-Blanche ? Rien.

Abou-Ghraib

Que font les humains pour réclamer justice après les effets de décennies d’une diplomatie occulte, ayant mené des opérations peu avouables, armé des terroristes pour contrer tel ou tel danger supposé ? Rien.

S’il existe bien des « complotistes », comme le système aime à les définir, pour alerter sans relâche, une très grande majorité reste silencieuse.

A quoi vous sert Internet ? A suivre les tweets sur la Nouvelle Star ? A plonger dans le buzz de la politique, des petites phrases aussi ridicules qu’insignifiantes ? Peut-être est-il temps, enfin, 20 ans plus tard, de reprendre le contrôle sur ces outils et de publier jusqu’à ce que la morale commune, l’éthique, viennent, portées par des millions de voix, obtenir justice.

Restaurer un minimum d’équilibre serait en effet utile. Avant que tout ne bascule dans un inconnu qui risque d’être violent.

La violence engendre la violence, comme l’a rappelé la famille de Rémi Fraisse à l’adresse de ceux qui seraient tentés de répondre à la mort de leur fils par les mêmes moyens que ceux de l’Etat.

Celle qui vient, peut-être, sera générée par la violence imposée aux Hommes. Celle qui consiste à siphonner de la manière la plus gloutonne et la plus violente possible tout ce qui peut l’être. Au plus grand bénéfice d’une toute petite oligarchie. Ce n’est pas nouveau, mais le rythme s’accélère.

Jean Jaurès dont on célèbre actuellement le centenaire avait eu ces mots en juin 1906 :

jaures1jaures2jaures3jaures4

Si les Hommes se soumettent à la puissance étatique, c’est parce qu’ils acceptent un contrat social. Généralement quand une des parties ne respecte pas sa part d’un contrat, celui-ci devient caduque, la Justice se chargeant de solder les comptes. Mais ici… Quelle Justice viendra déterminer que l’Etat s’est mis au service de puissances privées oubliant qu’il était au service de ceux qui l’ont fait, les citoyens ?

La récente publication des LuxLeaks montre par exemple la mise à disposition par le Luxembourg d’outils pour que les entreprises multinationales puissent éviter de payer des impôts sur leurs bénéfices. Qui était Premier ministre du Luxembourg et précédemment ministre des Finances du Grand Duché ? Jean-Claude Juncker, actuel président de la Commission Européenne. Nul doute qu’il aura a cœur de lutter contre l’optimisation fiscale pour mener à bien son grand projet visant à « mettre la croissance et l’emploi au cœur des priorités de la prochaine commission« .

Que doivent faire les citoyens d’un Etat qui :

Il n’y a pas d’issue par le haut possible.

Cet entêtement est particulièrement dangereux. Pour nous et pour les générations qui viennent.

malik-2

A terme, la réponse des citoyens, si elle passe par les urnes ne peut qu’être particulièrement mortifère avec l’arrivée d’une Marine Le Pen ou d’un Jean-Luc Mélenchon au pouvoir, tous deux aussi empêtrés l’un que l’autre dans des idées du passé sclérosantes et violentes. Elles ne reposent que sur la haine des autres. Des « étrangers » pour l’une, des « riches », pour l’autre. Ce n’est pas de haine dont ce monde a besoin, mais de justice, de morale commune, de dialogue, d’éthique.

L’alternative à une sortie par les urnes est une « révolution ». L’Histoire a prouvé qu’elles ne sont jamais parfaitement spontanées et qu’elles sont souvent sanglantes.

Ce n’est pas non plus ce dont un peuple a besoin. Il a bien plus intérêt à une co-construction de l’avenir et à bénéficier du respect qui lui est dû de la part de ceux qui sont censés travailler pour lui, sur la base d’un contrat social signé par les deux parties.

On est bien loin ces temps-ci d’un respect ou d’une co-construction. Nicolas Sarkozy avait tracé la voie, François Hollande y marche sans vergogne, lui-président. A ses côtés, Manuel Valls, sans doute atteint du même complexe que Nicolas Sarkozy. Il a un furieux besoin d’occuper l’espace et d’écraser toute contestation.

malik

Etonnanement, l’étincelle évoquée par l’auteur en août 2012 ne vient pas. Chaque mois, en France comme ailleurs, s’empilent scandales, prises illégales d’intérêts, corruption, évasion fiscale, rien n’est épargné. Un scandale chasse l’autre, chaque fois plus éloigné de l’éthique, de la morale commune, de la justice.

Le traitement médiatique, pour ceux qui continuent de lire la presse ou d’écouter la radio n’est pas propice à une rébellion des populations.

<script type="text/javascript"> jQuery(document).ready(function($) { $('#wp_mep_2').mediaelementplayer({ m:1 ,features: ['playpause','current','progress','duration','volume','tracks','fullscreen'] }); });

bourdieu-tv

Quant à Internet, lorsqu’il ne sert pas à suivre à la seconde près les frasques de Nabila, il sert à manipuler l’opinion, le vote des électeurs. Ne craignez rien, ce n’est que l’une des « expériences » de Facebook. Rien de grave.

 

Parti Socialiste : combien de divisions ?

Thursday 6 November 2014 à 12:20

parti-socialiste-home

Le Lab d’Europe 1 nous apprend que le Parti Socialiste enregistre une baisse historique de ses adhérents. Voilà une nouvelle qui n’étonnera pas grand monde, et surtout pas les les lecteurs de Reflets. L’article qui ne donne aucun chiffre sur le nombre d’adhérents renvoie également à un papier du Parisien faisant état d’une série de radiations. Le Parisien ne donne pas non plus le nombre des adhérents. Ce chiffre est-il secret ?

Nous avons donc joint le service de presse du Parti Socialiste ce jeudi 6 novembre vers 11h30. Récit de cet appel :

- bonjour madame, ni le Lab, ni Le Parisien qui évoquent une baisse du nombre d’adhérents au PS ne donnent le chiffre global. Pourriez-vous me le communiquer?

– C’est pour quel média ?

Reflets.info- Ne quittez pas… (silence) Allo ? Pourriez-vous nous adresser votre demande par mail ?

– Je veux bien, mais ce chiffre doit être connu au sein d’un grand parti et on doit vous le demander souvent…

– Oui, mais c’est comme ça que l’on fonctionne. Envoyez un mail.

– Bien, je vais faire ça. Merci…

Retour au clavier et au mailer… :

Bonjour,

comme convenu par téléphone, je vous adresse ma question par mail.

J’ai lu un article du Lab d’Europe 1 indiquant une baisse du nombre d’adhérents du PS. Ce papier renvoie à un autre article du Parisien évoquant la même problématique. Aucun des deux supports ne donne le nombre d’adhérents du Parti Socialiste. Pourriez-vous m’indiquer ce chiffre ?

Bien à vous,
A.C.

Bien entendu, l’auteur a signalé à la dame du service de presse que l’article était pour aujourd’hui. Promis, elle fera tout pour que la réponse arrive au plus vite. Généralement, les réponse sont envoyées dans la journée ou le lendemain. Ce qui dans notre cas d’expérience journalistique d’écriture gonzo live, sera un peu tard. Il est possible que nous livrions du leak avant l’arrivée d’une hypothétique réponse…

Remontons le temps, si vous le voulez bien. En 2006, l’auteur avait concocté un petit article pour le Canard Enchaîné. A l’avant veille de l’élection présidentielle de 2007 qui allait opposer Ségolène Royal à Nicolas Sarkozy, il y était expliqué que les listing des adhérents des deux partis étaient stockés de manière accessible, sans piratage aucun par n’importe quel internaute :

ps-ump-a-poilVoici donc un chiffre qui date… Mais un chiffre.

La semaine suivante, une petite précision était apportée après le lâcher de gadgétophrases par les deux partis mis en cause :

ps-ump-a-poil-suite

Bref, Le Canard, et moi-même, donc, n’avions raconté que des bêtises.

Oui, mais non…

Le Canard n’ayant pas vocation à faire un saga sans fin de cette affaire, nous n’avions bien entendu pas tout écrit sur cette petite péripétie des sites des deux partis.

Voici les deux ou trois choses qui n’avaient pas généré un troisième article…

L’UMP avait encaissé le coup sans broncher. Le Parti Socialiste en revanche, nous avait invité à discuter en ses locaux. Nous nous présentons donc rue de Solferino. En attendant d’être invités à monter dans les étages, nous croisons… François hollande qui nous salue avec un grand sourire et un geste de la main, comme si nous nous connaissions de longue date. Ça ne mange pas de pain, c’est politique.

Nous voici dans un petit bureau. Face à nous, quelques représentants du Parti Socialiste et le prestataire informatique qui a un peu raté sa protection des sites du parti.

Etrangement, les donneurs d’ordre, les représentants du Parti Socialiste vont rester très discrets, muets. Le prestataire informatique en revanche, est très en colère. Il évoque même l’idée de poursuites judiciaires, ce qui est cocasse, vu ce qu’il risque lui-même pour ne pas avoir sécurisé des données personnelles à caractère politique.

Mais revenons un instant sur le démenti du PS. La base Rosam concernant les adhérents n’avait pas été touchée…

En effet.

Elle n’avait pas été touchée parce que ni l’auteur ni le Canard ne se livrent à des piratages, techniquement parlant. Pour autant, un vrai pirate aurait assez probablement pu parvenir jusqu’aux portes (ou derrière) de Rosam. En outre, les sites du Parti Socialiste et ceux du prestataire informatique étaient configurés pour que tout le monde puisse accéder à pas mal d’informations, notamment sur Rosam.

Ainsi, nous pouvons livrer à la dame du service de presse la méthode (de 2006) pour extraire la liste des adhérents du parti de la base Rosam :

rosame-teaserBien entendu, il existait, et elle doit avoir évolué de manière encore plus user friendly, une interface moins technique pour ce faire :

recherche-militant-nationalMais revenons au nombre de militants.

Nous n’avons plus accès aux données du Parti Socialistes comme à l’avant veille de l’élection présidentielle de 2006, mais nous pouvons conjecturer sur les chiffres de l’époque…

Le fichier « print_statistiques_federations_xls_1juin » auquel nous avions eu accès en 2006 indiquait 133 831 adhérents Rosam au 31/12/2005.

federationsfederations1

A quoi, nous pourrions éventuellement ajouter 71 963 « passages dans Rosam » de demandes d’adhésion via Internet. Total ?

205 794 adhérents.

Ce qui est en deçà de le chiffre officiel du 30 septembre 2008 : 232 511 adhérents.

A 13h20, nous n’avons toujours pas reçu de réponse à notre mail envoyé au service de presse du Parti Socialiste à 11h35.

Mais surprise, à 14h59, nous recevions une réponse du service de presse. Celui-ci n’a pas suivi nos conseils et n’a pas interrogé sa base d’adhérents. Il a fait une revue de presse :

Monsieur,

Suite à votre demande:

Tout d’abord le communiqué de presse envoyé la semaine dernière et faisant le point sur cette question:

http://www.parti-socialiste.fr/communiques/mise-au-point-du-parti-socialiste-sur-les-adhesions

 Puis la réponse de Jean-Christophe Cambadélis lors de son interview au Parisien le 20 avril dernier:

« Le PS reste une grande force avec près de 300.000 adhérents. Mais il est vrai qu’au fil du temps ce parti a perdu ses réflexes, ses règles, sa colonne vertébrale, voire son attractivité politique. L’individualisme et le narcissisme y font aussi des dégats. Le PS est une grande formation politique mais anémiée »

Bien cordialement

On notera donc que le Parti Socialiste, alors que le président de la République, issu de ses rangs et ancien premier secrétaire, est au plus bas dans les sondages, se porte trois fois mieux qu’en 2006, derniers chiffres précis que nous ayons à notre disposition. C’est à peu près à ce genre de déclarations que l’on peut mesurer le divorce entre les citoyens et les hommes politiques. Bien entendu, nous pouvons nous tromper et nous sommes prêts à retourner au PS, rue de Solférino pour assister en direct à une interrogation de la base des adhérents…

Mais il est à parier que la transparence a des limites.