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Dans quelle mesure le nouveau contrat social [connecté] est-il supportable (1) ?

Wednesday 3 June 2015 à 12:08

contrat-connecte

Est-il pertinent de comprendre la société, les forces qui s’y exercent, les mentalités qui s’y développent par le prisme des changements technologico-économiques ? Petite tentative.

Il n’est pas évident d’analyser de façon pertinente les changements radicaux en cours dans nos sociétés modernes. Simplement en l’espace de 10 ans, c’est une somme considérable de phénomènes qui se sont modifiés : modes de vie, de communications, d’échanges marchands, de fonctionnements professionnels : tout ou presque s’est transformé de manière drastique. Ces changements sont survenus majoritairement par le biais des technologies numériques. Cette évidence ne l’est pas obligatoirement pour les jeunes générations qui —immergées dans ces avancées technologiques depuis leur naissance ou presque — s’adaptent sans même s’en rendre compte. A quoi s’adaptent-ils en réalité ?

A de nouveaux types de contrat sociaux. Il y aurait donc un contrat social modifié, voire plusieurs ? Certains y verront une exagération, convaincus que l’immobilisme français tant dénoncé dans la sphère médiatique est une réalité objective, et que « rien ne bouge » au pays des 550 fromages, du stockage de déchets nucléaires massif, et des trains grandes vitesse dont le prix des billets au guichet est calculé sur le pouvoir d’achat de la « moyenne bourgeoisie ». Ils ont peut-être tort. Tentative de démonstration.

De l’ ORTF au minitel…

Comprendre le monde actuel est facilité si l’on remonte à une époque pas si lointaine et pourtant excessivement « archaïque », à certains niveaux, si l’on se rappelle de son fonctionnement. Avant l’émergence de la micro-informatique et de la télématique, et surtout d’Internet, il y avait une France très différente. Analogique. Très créative par certains aspects, mais très tranquille. Deux chaînes de télévision en noir et blanc, un ministère de l’information, de la censure d’Etat, une population coupée en strates sociales très distinctes, des « évidences sociales » acceptées par la une grande majorité. Le tableau des années 60 et 70 est  édifiant : la France est alors un pays industriel majeur, mais administré par l’Etat, qui fabrique ses élites, ses ouvriers et ses employés de bureau comme le boulanger fabrique des baguettes. Le prix de la baguette est d’ailleurs fixé par l’Etat, comme celui des produits agricoles. Le capitalisme est encadré par l’Etat. Ca protège, mais dans le même temps… c’est un peu figé.

micral

Ceci est le premier micro-ordinateur au monde, le Micral N. Il est français. Conçu en 1972 et lancé en 1973 par R2E pour l’INRIA , équipé d’un Intel 8008, le Micral fonctionnait sans écran et sans clavier. Entrées par switchs, sortie par voyants.

Les années 80 vont commencer à modifier la donne. Profondément. Les verrous étatiques sautent en partie, et des nouveautés technologiques modifient (un peu) les mentalités : prix libres, concurrence érigée en règle, arrivée de la micro-informatique personnelle, de la télématique… Mais rien ne change encore en profondeur. C’est une sorte de superposition de mondes : le vieux et le « un peu nouveau », l’un sur l’autre. Le contrat social français n’est d’ailleurs pas modifié, si ce n’est qu’il ploie sous un chômage devenu endémique et des citoyens vivant au dessus de leur moyens par le biais du crédit à la consommation.

90’s : La mondialisation s’officialise

Du traité de Maastricht qui officialise la perte de souveraineté française à la création de l’OMC, en passant par l’apparition des entreprises transnationales géantes et la dérégulation des flux financiers, cette décennie est importante. Elle pose les bases du « hight-tech-monde » qui suivra. Pour autant les années 90 ne sont toujours pas un moment de changement de société majeur. Le contrat social français est encore et toujours le même. Les principales bases du high-tech monde se situent à des niveaux qui échappent aux citoyens, le plus souvent par le biais de réglementations décidées dans des instances nationales, européennes ou même mondiales. Dérégulation (bancaire, financière), normes (à tous les niveaux), interdictions (le plus souvent sur les modes de vie), ouvertures (à la concurrence, à la libre circulation des marchandises, etc…). Internet s’ouvre au public, mais de façon marginale : c’est une toute petite part de la population qui s’y connecte.

Les joyeuses scènes de plateaux de télévision enfumés où de jeunes ou moins jeunes gens refont le monde, inventent des nouvelles façons de faire et penser le vivre ensemble, la « culture », sont de l’histoire ancienne. Contrôles techniques des véhicules, interdiction de fumer au travail, obligations de mise aux normes de toutes sortes : l’hygiénisme sécuritaire moderne se met en place dans les années 90. Doucement.

Les années 2000 : de Facebook… à l’Iphone

La société française est encore entre deux mondes lors du basculemet dans le XXIème siècle. Internet est toujours utilisé par une maigre partie de la population, les technologies DSL ne sont pas encore généralisées. Le réseau reste encore un « truc » sympa et pratique durant la moitié de la première décennie du XXIème siècle. Blogs, sites perso, de porno ou d’infos, chats, mails sont l’essentiel de l’utilisation des internautes français. Wikipedia est créée en 2001, Wikimedia en 2003. Le e-commerce a débuté, bien entendu, mais reste encore limité. Le web 2.0 tel qu’il est aujourd’hui défini n’en est qu’à ses balbutiements.

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Tout va changer avec la généralisation massive du haut débit mais surtout les outils mobiles et les services d’échanges de masse, nommé bizarrement « réseaux sociaux » ou « économie collaborative ». Le smartphone (qui n’a rien de smart, mais permet surtout d’avoir un ordinateur miniaturisé qui inclut les capacité techniques d’un téléphone) est une pierre angulaire du nouveau contrat social connecté en cours. Allié à de nombreuses « modifications légales » poussées par les politiques. Le vivre ensemble est modifié dès 2005, la société ne sera plus jamais la même, et encore moins à partir de 2008. Cette fin de décennie, et celle qui débute ensuite, sont un concentré de changements radicaux profondément induits par les technologies numériques… et par les réponses des politiques à ces changements.

A suivre : contrat social connecté (2) : de la surveillance généralisée à la régulation étatique d’Internet

Etat français et Amesys : business as usual (bis repetita)

Tuesday 2 June 2015 à 20:52

amesysNous le savons depuis des #lustre(s) chez Reflets, mais cela ne manque jamais de nous interpeler. Vous avez une procédure devant le pôle du tribunal de Paris spécialisé sur les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre et la torture qui vise la société Amesys pour son rôle dans la vente d’un système d’écoute massif en Libye. Et que croyez-vous que fait l’Etat Français ? Il continue de commercer avec Amesys et sa galaxie de sociétés, comme si de rien n’était. Il le fait même savoir. La lecture de cet article nous a mené assez naturellement sur le BOAMP. Où l’on trouve parmi les sociétés à qui ont été attribué des lots pour des systèmes de forensic, la société Elexo (en savoir plus sur Elexo). La fameuse société Elexo qui achète et revend toutes sortes de matériel pour le compte d’Amesys…

elexo-doampCe n’est pas aussi cher qu’un GLINT pour la Libye, qui coute au bas mot quelques millions et un Bull, mais 4,351 millions d’euros, ce n’est pas mal…

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Dans un élan de transparence, le ministère de la défense marocain menace de poursuites les journalistes et les associations de défense des droits de l’Homme évoquant le projet PopCorn d’Amesys

Tuesday 2 June 2015 à 15:01

amesysPopCorn, c’est le nom d’un projet Eagle, au Maroc. Il n’est pas dans notre habitude de publier des preuves de sujets que nous avançons, tout particulièrement quand ces preuves font l’objet d’examen dans une procédure en cours.

L’existence du projet PopCorn ne fait aucun doute, nous travaillons sur ce sujet depuis le 2 février 2011, plus de quatre années durant lesquelles nous avons accumulé des preuves que nous tenons bien évidemment à la disposition de la justice… justice qui s’est pour le moment montrée plus intéressée par notre Google KungFu que par les contractants, les intermédiaires et les appuis de l’exécutif français pour revendre des armes électroniques et des outils de surveillance de masse à des états dont les droits de l’Homme n’ont jamais été une préoccupation du quotidien (Libye, Qatar, Syrie, Gabon, Maroc, on en passe…).

Interrogé par nos confrères de Telquel.ma, Jean-Marc Manach qui a beaucoup travaillé sur ces contrats, émet des doutes sur l’effectivité du projet Popcorn. Plus précisément, il déclare ne pas savoir si ce dernier est aujourd’hui actif. Même si nous n’avons pas de photos des salles hébergeant l’Eagle marocain, il y a quand même un faisceau de présomptions du côté français qui le laissent entendre. Amesys a bien envoyé des ingénieurs au Maroc, pas des technico-commerciaux, des ingénieurs dont la spécialité n’est pas la signature de contrat mais le tuning du livrable lui-même ou la transmission de connaissances (post phase de mise en production). Par ailleurs, une commande de deux millions de dollars en disques durs dans le cadre du projet PopCorn, pour ne pas les utiliser, laisse rêveur. Le Citizen Lab et Slate ont mis en évidence l’utilisation dans ce pays d’ outils de Hacking Team, à destination des gouvernements, des outils qui ont servi à espionner des journalistes et des militants des Droits de l’Homme, notamment ceux de l’association Mamfakinch.

De son côté, Amesys, visée par une enquête préliminaire en France s’est empressée de délocaliser son activité à Dubai. Nouvelle plaquette commerciale (en fait la même avec des couleurs et des noms différents), nouveau nom (Advanced Middle East SYStem … oui ça fait Amesys), des dirigeants qui restent les mêmes (les papas d’Eagle), tout a été fait pour assurer une continuité des services et honorer les contrats dont il est démontré pour certains qu’ils ont été appuyés par l’exécutif français. Et quand on se penche sur certaines personnes peu fréquentables, on imagine mal que ceci ait pu se passer autrement qu’en toute connaissance de cause de la part des autorités françaises.

De là à penser que la « fuite » des activités de surveillance de masse a été pensée et organisée par l’exécutif français, il n’y a pas loin. Pourquoi organiser la fuite d’une activité rentable ? Parce qu’elle est illégale et qu’il n’est pas à exclure qu’il y ait des prises d’intérêts tout aussi illégales dans la négociation de ces contrats d’état à état dont la France niait l’existence il y a encore peu, tout en envoyant ses hauts fonctionnaires les négocier et ses agents coopérer à leur installation et leur mise en service. Chaque mois qui passe dans l’interminable enquête visant Amesys permet à l’entreprise de faire disparaitre tout élément à charge en délocalisant ses activités à Dubaï. Et à l’Etat français, d’inscrire dans son propre droit des techniques d’interception de masse grâce à une loi sur le renseignement qui donne ses lettres de noblesse à des pratiques illégales a-légales, à l’encontre de sa propre population.

Autrement dit, regardez, nous aussi on le fait, on est le pays des Droits de l’Homme, vous voyez bien que c’est « 100% Droits de l’Homme compliant® », un superbe argument commercial tout neuf, en cours de validation par le Parlement… que demande l’exécutif ? Et chaque jour qui passe est un jour qui lave le sombre passé d’Amesys un peu plus blanc que blanc…

Il n’est donc pas surprenant que malgré les éléments que nous avons publié sur Reflets, le ministère de l’intérieur marocain exerce des pressions sur des militants des Droits de l’Homme et des journalistes de son pays, comme il n’est pas plus étonnant que nous voyions dans les commentaires de nos articles des personnes hurler que nos documents sont des faux. Reflets est réputé pour ses talents multimédia, la falsification de documents audios et de documents vidéo.

Plus sérieusement, ces documents qui évoquent 18 châssis de Blade center IBM et une somme de 2 millions de dollars uniquement en disques durs, on peut en penser ce que l’on en veut… D’ailleurs en France, Amesys appelle ça un stylo, le Quai d’Orsay appelle ça du « Matériel grand public« , un matériel grand public dont la seule divulgation conduit déjà à l’auto censure au Maroc.

… Le Maroc, cet ami d’une France irréprochable hein ?

Le gouvfr simplifie et relance l’économie avec des débits de boisson

Tuesday 2 June 2015 à 11:26
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Mandon (secrétaire d’Etat en charge de la réforme de l’Etat et de la simplification) : « Simplifier pour redynamiser, c’est simple : il suffira d’ouvrir plein de débits de boissons campagnards pour gros alcoolos »

Au milieu des diverses annonces du projet de simplification, dont certaines sur la baisses des contraintes environnementales devraient faire bondir pas mal de monde, il y a des mesures… surprenantes.

L’une d’elles est placée dans la case « revitalisation des territoires ruraux ou périurbains » et propose pour atteindre ce noble objectif… de réformer la Licence IV des débits de boisson, puisqu’elle est « fortement limitée ».

Le gouvernement prépare en outre une réforme du régime des débits de boisson à consommer sur place, en particulier la célèbre licence IV « dont le nombre est fortement limité », au nom de la « revitalisation des territoires ruraux ou périurbains ».

Revitaliser les territoires ruraux avec plus de lieux à bibine, au lieu de s’intéresser, par exemple aux zones blanches internet des déserts numériques de nos campagnes, c’est très moderne tout ça.

Un choix politique.

Un vrai.

 

Affaire Bluetouff, Loi renseignement, Snowden, Wikileaks : the big picture

Friday 29 May 2015 à 14:28

V

Il y a plusieurs manières d’envisager des événements qui n’ont aucuns rapports directs visibles entre eux mais se concentrent sur des sujets similaires, ou tout du moins parallèles. La première est de traiter chacun d’entre eux séparément et de faire les constats qui s’imposent. C’est le cas des révélations de Wikileaks, puis celles d’Edward Snowden, qui sont le plus souvent orientées dans un cadre géopolitique, avec comme leitmotiv la puissance américaine sans limite, et sa capacité à se mettre hors-la-loi, si elle l’estime nécessaire. Aux politiques de s’indigner poliment, aux journalistes de pointer la réalité des écoutes et de la surveillance de l’administration Obama, aux citoyens de conspuer les acteurs ce ces affaires… et les vaches numériques sont bien gardées. Puis vient la Loi renseignement, en France. Et la confirmation en Cassation de la décision de la Cour d’appel à l’encontre de Bluetouff. Si bien entendu toutes ces affaires n’ont pas autant de poids les unes que les autres, elles sont néanmoins des sortes de bornes, d’une époque qui… change. Radicalement.

Le grand verrouillage mondial est en cours

Lors de la diffusion de la vidéo « Collateral Murder » par Wikileaks, en 2010, personne n’aurait pu imaginer que 3 ans plus tard on apprendrait que les communications de la planète étaient intégralement surveillées par la NSA. Puis, que la France ferait voter une loi de surveillance de masse d’Internet. Que les lanceurs d’alerte seraient pourchassés par des Etats dits « de droit », comme de vulgaires criminels, (et certains, comme Manning, enfermé pour 35 ans) alors que ce sont ces mêmes lanceurs d’alerte qui dénoncent des crimes d’Etat.

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Ce principe de « tuer le messager » est désormais la règle. Et l’affaire de Bluetouff et des fichiers de l’ANSES en est une parfaite illustration. Cet article de blog est éclairant, puisqu’il résume de façon claire et simple la dite affaire. Il dénonce aussi les commentaires absurdes et totalement débilitants de pseudo-analystes de la « chose internet » et du « droit qui en découlerait (selon eux) — analystes qui en viennent à raconter n’importe quoi. Comme comparer le réseau avec des maisons, avec plein d’éléments du monde physique, pour essayer — de façon assez minable, il faut bien le dire — de démontrer une atteinte envers l’ANSES et une faute de Bluetouff, qui n’existe que dans leur pitoyable cerveau d’hypster désœuvré.

Un serveur Internet n’est pas une maison avec des portes, on ne copie pas des fichiers comme on photocopierait des documents, on ne « vole » pas des documents dans répertoires publiques sur le réseau, la confidentialité des données ne s’établit pas en déclarant à un juge qu’elles le sont. Et si aujourd’hui on condamne les internautes, journalistes, sur leur volonté et la compréhension supposée de leurs actes de copie de PDF dans des répertoires publics, il est urgent d’appeler des psychiatres à l’aide ou établir qu’une police de la pensée existe et qu’elle est désormais habilitée à poursuivre tout un chacun et à faire condamner.

Que dit l’époque ?

Nous sommes à la croisée des chemins. Le basculement de civilisation est en cours, quoi qu’en pensent ceux qui ne voient dans l’escalade de la surveillance numérique qu’une simple logique politique opportuniste.

La nouvelle civilisation qui se met en marche est celle de l’information globale et du contrôle des données qui en découle. Une société totalitaire, de gouvernance algorithmique — si les Etats, aidés des multinationales passent au stade de l’industrialisation du contrôle des données — se profile, et en réalité, se met en place. L’alliance des députés conservateurs et sociaux-démocrates au sein de la Commission Commerce du Parlement européen, hier, pour avaliser les points les plus liberticides du Traité de libre échange Etats-Unis-Union européenne (TAFTA ou TTIP), en est la parfaite illustration.

(…) Des amendements très contestables ont été votés conjointement par les sociaux démocrates et la droite sur les services, l’énergie ou encore la propriété intellectuelle, entre autres.

La « grande coalition » entre la majorité des sociaux-démocrates et les conservateurs appelle ainsi à la totale libéralisation du commerce des énergies fossiles entre l’UE et les Etats-Unis et privilégie le mode de négociation le plus risqué sur les services.

C’est une déception majeure pour tous les observateurs de la société civile. Ce vote a d’ailleurs été salué comme une avancée par Business Europe, le lobby des plus grandes multinationales européennes (…)

On peut toujours se cacher derrière son petit doigt et argumenter devant son clavier et son écran sur le fait que Bluetouff savait ou pas que les PDF [des PDF qui pouvaient tuer la planète, selon un juge] n’étaient pas « destinés » à être copiés, le fait est que le droit à informer à pris une sacrée claque avec cette décision en appel, confirmée par la Cour de cassation.

Parce qu’au final, les documents de l’ANSES, qui ne contenaient aucune marque de confidentialité, amenaient par contre de nombreuses informations sur la capacité de l’Agence en question à bien connaître la dangerosité de certains produits, à indiquer clairement leur interdiction à l’étranger, et à prôner pourtant… la continuation d’études, de rapports et autres observations « scientifiques » sur ces mêmes produits en France. A les laisser donc circuler dans le commerce. Des produits dangereux et démontrés comme tels… par l’Agence en question.

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Cette information n’a donc aucune valeur pour le public ? Les impôts de chacun d’entre nous financent une agence censée protéger notre santé,  et celle-ci porte plainte parce que des documents démontrant sa mollesse caractérisée sur des sujets de santé publique sont dévoilés ? Tandis qu’elle laisse ces documents à disposition sur le net, dans des répertoires publics, la justice condamne le messager, et il faudrait en plus défendre la « justesse de la décision » de cette dernière ? On croit nager en plein délire. Mais non. Aucun délire. Nous avons simplement basculé dans ce nouveau monde. Celui du contrôle de l’information.

Et maintenant ?

Le métier de journaliste, s’il est effectué avec honnêteté, dans une éthique sincère, n’est pas facile. Celui de spécialiste en sécurité, « hacker public » et lanceur d’alerte, comme c’est le cas de Bluetouff, encore moins. Le but d’une publication comme Reflets est d’informer, réfléchir, alerter, fouiller, triturer tout ce qui traverse la société. Pas de relayer le message des puissants ou de groupe d’intérêts quels qu’ils soient. Il va sans dire que le soutien de certains lecteurs/commentateurs à l’égard de la justice qui n’a de justice dans cette affaire que le nom, est plus qu’agaçant. Inquiétant. Mais sont-ils conscients de la gravité d’une telle décision pour l’avenir ? Oui, l’avenir de nos communications, notre capacité à s’informer, à informer, à dénoncer, alerter ?  Que va-t-elle devenir ? Va-t-elle se retrouver piégée dans l' »Internet civilisé » rêvé par N. Sarkozy et qui se met en place avec F. Hollande ? Un Internet où l’utilisateur est guidé, encadré, et où toute action non conforme au droit national établi à un instant « T » peut être un crime ? Un Internet avant tout marchand, placé sous l’œil vigilant des « radars-caméras administratifs numériques » des services de l’Etat ? Un Internet qu’ils auront défendu, ces vaillants analystes du « droit des serveurs », un Internet où « on ne fouille pas dans les tiroirs des gens quand on rentre dans leur maison » ?

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Si les serveurs internet sont des maisons avec des portes, et les répertoires des serveurs des tiroirs que l’on peut ou non fouiller, même quand ils sont ouverts, alors le grand village Internet est une prison. Et en prison, les gardiens sont les ennemis. Surtout quand les détenus sont majoritairement innocents.

A bon entendeur.