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Marisol, devine qui vient faire le djihad ce soir ?

Tuesday 23 December 2014 à 19:03

yahaha

En France, en 2014, l’information va vite. Très vite. L’info en continu permet presque de mater en « direct live » les morts ou les blessés de n’importe quel fait divers. Enfin, au moins les flaques de sang qui subsistent après le drame. Tout ça sans même avoir à bouger de son canapé (qui commence à être bien défoncé par les heures passées à subir de façon consentie le lavage de cerveau national). C’est chouette d’être au courant d’un peu tout, avec ces chaînes d’info continue : surtout pour suivre les faits divers les plus anxiogènes, avec plein de morceaux d’infos non-vérifiées dedans. Des types qui foncent dans la foule en hurlant Allahou Akbar, un drapeau de l’Etat islamique accroché à l’intérieur du véhicule, par exemple. Ah non, en fait il gueulait, mais on ne sait pas vraiment quoi. Le drapeau ? Oui, enfin, certains pensent que, non, en fait il n’y en avait pas, mais attendez…on me dit dans l’oreillette, qu’un autre terroriste a foncé dans la foule à Nantes cette fois-ci… Oui, ok,  n’y avait pas de drapeau dans le véhicule à Dijon, et le type était en pleine décompensation psy, parce qu’en fait il fait des séjours en psychiatrie depuis des années, et… attendez, le type de Nantes aussi était un cas psychiatrique…mais bon, allez coco, l’info n’attend pas.

Le saviez-vous ?

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Pendant que super Manuel fait jouer ses mâchoires dans les médias frrrrrrançais, et est rapidement obligé de se reprendre sur le « conducteur fou » de Dijon qui n’est pas un djihadiste, mais que « quand même on n’a jamais été autant en danger avec le terrorisme en France« , il y a des milliers de personnes — plus de 70 000 en 2010 pour être précis — qui sont internées en psychiatrie chaque année. Dans leur grande majorité, ce n’est pas pour une dépression qu’elles sont internées, les personnes, bien qu’il y en ait aussi pour ça, mais très souvent pour des pathologies de type « psychose ». Bouffées délirantes, bipolarité (anciennement maniaco-dépression), schizophrénie…… Et que fait-on de ces personnes fragiles, affectées, malades, qui subissent des affres psychiques insupportables et qui ont grandement besoin d’aide ? On les bourre de cachets, on les attache dans des chambres d’isolement, on les laisse errer dans des couloirs. Et dès qu’on estime qu’elles sont « calmes », on les fout dehors, parce qu’il faut en prendre d’autres et que les places sont limitées. Les personnels soignants des HP français qui participent à ce non-soin n’ont pas franchement le choix, ne leur jetons pas la pierre — et la boucle est bouclée. Un chouette système de « santé mentale », non ? La France est restée au niveau de Vol au dessus d’un nid de coucou, sans que quiconque (ou presque) ne s’en préoccupe, et tout va bien ? Mais quel est donc le rapport avec notre terrorisme djihadiste, me direz-vous ? Il est hautement relié. Suivez le guide.

Le wahhabite est-il plus taré que le Témoin de Jéhova ?

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Le djihad, c’est d’un côté un mot fourre-tout ultra anxiogène pour les occidentaux et une permission de faire n’importe quoi pour les troupes wahhabites issues du royaume pétrolier ami de la France, l’Arabie saoudite. Dans ce royaume, la religion musulmane est un peu spéciale. Pour faire une comparaison, c’est un peu comme si on avait un pays européen dirigée par les Témoins de Jéhova. Avec la loi des Témoins de Jéhova, les coutumes des Témoins de Jéhova, la nourriture, les règles, l’éducation, bref, chacun a compris le truc. Chez les wahhabites, la croyance islamique, comparée à l’islam classique (qu’il soit chiite ou sunnite) est à peu près aussi délirante qu’entre un Témoin de Jéhova et un catholique ou un protestant. D’un côté, on croit en Dieu, on a des rituels, et voilà. De l’autre, chez les Témoins ou les wahhabites, on croit à la fin du monde, à l’imminence d’un messie, d’un combat entre les forces du bien et du mal, et de la nécessité de s’infliger et d’infliger aux autres tout un tas d’interdits plus affreux les uns que les autres pour être raccord avec le Dieu tout-puissant. Mais pour le bien, hein. Les salafistes de Syrie sont issus du wahhabisme saoudien, et leur machin religieux a été inventé au XVIIIème siècle. Une secte, en gros. Avec beaucoup de pétrodollars.

Mais revenons au djihad. Il n’y a pas un djihad, mais quatre. Oui, c’est vrai tout le monde s’en fout la plupart du temps, que ce soient des musulmans ou des non-musulmans, mais c’est tout de même intéressant d’aller regarder les fondements de cette notion religieuse, parce qu’on comprend mieux ce qu’est l’islam, enfin pas vraiment puisque le djihad est une « option » de l’islam. Pas l’islam tel qu’on voudrait qu’il soit et qui justifierait d’égorger ou de torturer ses ennemis déclarés. Que l’on soit de n’importe quel bord d’ailleurs…

Donc, pour information, sans aller très loin, djihad signifie « s’efforcer », pour des expressions comme « faire un effort dans le chemin de Dieu », ce genre de choses. Et il n’y en a pas un de djihad, mais quatre. Un djihad par le cœur, un second par la langue, un par la main et le dernier…par l’épée (le seul qui est retenu visiblement, de nos jours). Le djihad n’a même pas de statut officiel dans le sunnisme, mais qui s’en soucie ? Le Coran indique(Cor. II, La vache : 190-191) que « Le chaos (fitna) est pire que la guerre. Tant qu’eux ne vous combattront pas dans l’enceinte sacrée, ne leur livrez pas la guerre (…)».  Ce qui change pas mal la donne quand les « djihadistes » de l’EI attaquent tout ce qui n’est pas comme eux pour se créer un territoire. Dans un monde normal, il serait intéressant que les abrutis qui partent pour la Syrie en croyant faire le djihad du « vrai islam » réalisent qu’ils ne font qu’une chose : participer à une entreprise guerrière totalement condamnable par la religion qu’ils croient défendre. Dans un monde normal…

Mais que se passe-t-il vraiment ?

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Super Flanby, dit pépère, a décidé d’organiser une réunion interministérielle suite aux trois actes criminels « étranges » et concomitants qui viennent de se produire. Des actes de type « djihadiste ». Le type qui a poignardé un policier à Tours en plein commissariat en criant Allahou Akbar était-il poussé par une « idéologie islamique » et pratiquant le « terrorisme personnel » (sic) comme l’explique savamment un criminologue psychiatre sur une chaîne de radio de service public (vers 6’50, ndlr) ? Voyons-voir un peu : terrorisme personnel. Quelle est cette nouvelle définition ? Ah oui, c’est en lien avec la nouvelle loi anti-terroriste : entreprise terroriste individuelle. Je suis une bande à moi tout seul comme le chantait Renaud il y a quelques décennies. Nous rentrons donc, politiquement, dans la dernière ligne droite de la société de surveillance et de contrôle, de type « démocratie représentative paranoïaque autoritaire, tendance pédonazi djihadiste avec torture de chatons et radicalisation propagandiste sur les zinternets ».

Avec tout ça, comme n’importe qui, tout seul dans son coin, peut devenir un terroriste hyper dangereux — qui se radicalise en 30 minutes avec des idéologies islamistes diffusée sur l’internet pas civilisé — il n’y a plus qu’une seule solution : déclarer l’état d’urgence permanent avec mise sous surveillance de tous, sans préavis ni limite. On ne sait jamais…

Reviendons à la psychiatrie

Ce qui est drôle (sans l’être), c’est qu’un chef d’Etat, son premier ministre, décident de se réunir pour savoir « quoi faire », après des violences commises par des personnes malades, mais sans jamais parler de la maladie. En se questionnant, de façon publique, dans une vaste et profonde mayonnaise médiatico-politique sur la problématique des criminels isolés, de « terroristes islamistes individuels », de « concomitance troublante des actes » — tout en esquivant le fond de l’affaire, qui est celle des problèmes psychiatriques d’une partie importante de la population et des non-soins prodigués par le système de santé — que fait donc le gouvernement français ? Hum ? Personne pour répondre ? Il faut parler des islamistes qui plongent dans un délire d’ultra-violence après avoir entendu des voix, sans parler de ce qui sous-tend toute l’histoire, le fait d’entendre des voix ? Et que celui qui entend des voix il est scotché devant les chaînes d’info, comme le reste de la population ? Et qu’il voit les infos de façon concomitante ?

Le malaise général de cette population, qui craque psychologiquement sous les coups de boutoirs de la rigueur budgétaire et de la pression économique, managériale, technocratique, du vide de vie démocratique qui envahit tout l’espace, du manque de respect et de dignité des élites face aux difficultés du plus grand nombre, n’ont aucun intérêt ?

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Si des personnes se mettent à passer à l’acte, que ce soit avec des morceaux de djihad dedans ou les reptiliens, il faut juste retenir l’aspect criminel ? Le fou qui passe à l’acte n’est plus désormais un malade, il est juste un criminel, comme il y a 100 ans ? On ne soigne plus les gens, on tente juste de les contenir ? Payer des personnels des services de l’Etat pour faire de la prévention des problèmes psychiatriques, ouvrir des centres de jour au lieu de les fermer aurait un peu plus de gueule que de chercher à empêcher les « terrorismes personnels », à la mode Sarkozy-Hortefeux-Guéant, non ?. En ayant à l’esprit que les schizophrènes, en proportion, sont moins criminels que les « sains d’esprits ». Mais nous n’en sommes plus là, puisque ce sont désormais des terroristes islamistes en puissance, ou des « dérangés » qui foncent sur la foule. Le tout avec des envoyés spéciaux des chaînes d’infos continue qui commentent le néant du fait divers, le tout aspergé de rumeurs non vérifiées.

Chère Marisol Touraine, êtes-vous au courant que votre ministère est censé s’occuper aussi du secteur psychiatrique ? Savez-vous que les moyens d’accueil de ce secteur sont minables et abominables ? Qu’aucune politique de santé mentale sérieuse n’est en œuvre dans ce pays ? Allez, un effort, 70 000 personnes en souffrance psychique, c’est peut être plus intéressant qu’interdire les vapoteuses dans les lieux publics, non ?

P.S : Il faudrait aussi réfléchir aux 30% de personnes en prison qui sont des cas psychiatriques et devraient être soignées au lieu d’être enfermées. Ces gens sortent de prison encore plus fous qu’ils ne l’étaient en y entrant, et mériteraient d’être soignés. Même s’ils ont commis des délits ou des crimes, ce sont des malades, madame la Ministre. Parlez-en à votre collègue Garde des sceaux, ensemble vous pourriez réfléchir à une politique « de gauche » à ce sujet ? En dernier lieu, touchez un mot à pépère du phénomène de la « société de l’instant et du fait divers », des dangers sociaux du manque de projet politique, de la démocratie citoyenne et participative en carence et de la responsabilité politique quand un pays se met à aller massivement mal, psychologiquement parlant.

#LQDN va crever : la démocratie citoyenne peut la sauver

Saturday 20 December 2014 à 15:43

LQDN

Reflets accueillait hier hier Jérémie Zimmermann, le co-fondateur de La Quadrature Du Net. Nous étions en radio, pour une émission consacrée au monde post-Snowden. Nous rappelions alors au micro, l’importance d’effectuer des dons à LQDN, et c’est peu dire : la Quadrature Du Net sera pliée, détruite, dissoute, écrasée, balayée début janvier si nous ne nous mobilisons pas tous pour financer l’association.

Démocratie citoyenne en marche

Il est possible de regarder passer les trains pour une grande majorité des citoyens, ou au contraire, se mobiliser. Si une majorité d’entre nous se demande comment participer à une démocratie citoyenne, pour changer la société dans un sens plus humaniste, avec en tête le partage et l’échange, le moment est venu de se dire que notre argent peut servir à ça. Entre donner ses sous à Carrefour, Leclerc, Orange, Free, Bouygues, SFR, Amazon, Apple, Microsoft, Vinci, et tous les autres, et permettre à une association citoyenne de défendre nos libertés numériques, quel choix opérer ? 10 € de don minimal : même quelqu’un qui ne gagne pas franchement beaucoup de sous peut le faire. Ce serait dommage de se rendre compte, dans 15 jours, qu’il y a en réalité seulement 4500 ou 5000 personnes en France qui sont prêtes à mettre la main à la poche pour défendre les choses suivantes :

Vraiment, ce serait très dommage. Il n’est pas certain que l’on s’en remette d’ailleurs. Ils auraient gagné, les autres, ceux qui veulent nous vendre leur Minitel 3.0. Qui coûte en moyenne entre 15 et 30€ par mois pour y accéder.

Sur ce blog, un article drôle et mordant qui explique bien mieux que celui-ci, les enjeux de ce manque de dons.

Il faut avouer qu’il y a des jours où l’on peut manquer de drôlerie face au paradoxe moderne : quand des centaines de milliers de personnes se ruent acheter le dernier smartphone à la mode [qui va les contrôler] pour des centaines d’euros, il n’y a plus qu’une poignée de personnes pour donner 10, 20, ou 50 € afin de contrer la société de surveillance et de contrôle en cours de construction.

Il faut donner à La Quadrature Du Net. Parce qu’il n’y a pas le choix, pour ceux qui veulent construire un monde… le plus libre possible. Chez Reflets, nous croisons les doigts pour que le meilleur d’Internet sauve LQDN. C’est avec des petites rivières que l’on crée des grands fleuves.

Soutien à LQDN : https://soutien.laquadrature.net/

Article « Laissons crever la Quadrature du Net » du site Affordance.info : http://affordance.typepad.com//mon_weblog/2014/12/laissons-crever-la-quadrature-du-net.html

MàJ le 22/12/2014 à 15h43 : Il semble qu’un gros sursaut ait eu lieu ce week-end, les dons ayant bondi à plus de 200 000 euros ! Près de 6000 donateurs : LQDN devrait pouvoir repartir en 2015 : merci à tous, pour…nous tous… Ce qui ne signifie pas qu’il faut s’arrêter là : le nerf de la guerre reste le financement. La liberté a un prix. Continuons de soutenir financièrement LQDN, et au passage, n’oubliez pas Reflets :-)

Piratage de Sony : pourquoi est-il très peu probable que la Corée du Nord soit à l’origine de l’attaque ?

Saturday 20 December 2014 à 13:38
Le hacker nord coréen identifié par la NSA aurait une souris avec un gros bouton rouge, ça fiche la trouille non ?

Le hacker nord coréen identifié par la NSA aurait un ordinateur à roulettes et une souris avec un gros bouton rouge, ça fiche la trouille non ?

Sony aurait-il été une victime collatérale d’un conflit 100% asiatique ? Le piratage de l’entreprise fait pourtant son petit effet dans l’administration américaine et dans les médias. C’est forcément la culture de la plus grande puissance du monde libre qui est agressée, même si Sony est une entreprise japonaise, on apprécie d’y voir une vision fantasmée des studios hollywoodiens, ceux qui nous vendent du rêve et de la liberté, rêve et liberté que nous achetons les yeux fermés.

Quel ennemi de la liberté pourrait bien s’en prendre à la culture du monde libre sinon la Corée du Nord ? D’ailleurs ça ne peut être qu’eux, la preuve, les journaux de connexion relèvent la présence d’adresses IP nord coréennes.

Ainsi, la police fédérale a découvert plusieurs adresses IP (ndlr : le numéro d’identification d’un ordinateur connecté à internet), étant associées à des infrastructures nord-coréennes connues.

Et le truc, avec les adresses IP nord coréennes, c’est que c’est tellement pas banal qu’on les repère tout de suite. Et c’est surtout là que le doute commence à s’installer… L’Internet nord coréen, nous avons quand même un peu examiné ses tuyaux, et la tâche fut rendue assez simple, car cet Internet là, il a une particularité, celle de ne justement pas avoir de tuyau.

UPDATE : voir les données actualisées de l’excellent NKNetobserver (thx Athoune), avec un bloc de 1024 IP plus deux autres ranges.

powell

Question numéro 1 : Comment font les nords coréens pour mener une attaque d’envergure et très élaborée à en croire les services américains qui mènent l’enquête depuis leur propre territoire sans infrastructure ?

Quand on observe la Corée du nord de nuit depuis une imagerie satellite, on se dit que si nos hackers nords coréens ne bossent pas dans des bunkers, ils vont vite se faire gauler…

1 point blanc : 1 hacker nord coréen

1 point blanc = 1 hacker nord coréen

Séoul, mars 2013 : la Corée du Sud au bord d’un cyber apocalypse, ou presque.

Kim Jung Un en train d'inspecter les rampes de lancement de ses missiles ballistiques

Kim Jong Un en train d’inspecter les silos de lancement de ses missiles balistiques

Juste après les élections présidentielles en Corée du Sud, le pays était « cyber attaqué », mais pas trop fort quand même. Juste de gros embouteillages qui ont rendu indisponibles les plus grands médias du pays. Un bon gros déni de service distribué (DDoS), le truc qui fait des cyber bouchons, mais aucun cyber mort. Seoul s’empresse alors de dénoncer une attaque sans précédant émanant de Pyongyang… Mais quelque chose cloche. La Corée du Nord n’est pas un pays à se montrer peu fier de ses tout petits cybers attributs. La crème de la crème des hackers gouvernementaux nords coréens, officiant pour le bureau de reconnaissance du pays, sont formés en Chine, dans la prestigieuse Université Tsinghua, à Pékin, et qui regroupe à elle seule de gros laboratoires de recherche aux spécialités assez variées mais pointues.

Question Numéro 2 : La Corée du Nord n’est elle pas un ennemi commun un peu trop facilement désigné parce que ça arrange tout le monde ?

Vous avez dit manipulation politique ?

C’est la candidate Park Geun-hye du parti Saenuri, marqué à droite, qui remporte l’élection présidentielle et accède au pouvoir en février 2012. Un an après, la Corée du Sud est tellement cyber attaquée d’un coup d’un seul que c’est quand même un peu suspect. Toujours courant 2013, ce sont des banques sud coréennes qui sont victimes de DDoS, toujours pas de cyber morts, juste de gros embouteillages, une méthode un peu suspecte pour l’unité d’élite du bras armé cyber du Bureau 121.

Oui la Corée du Nord recèle surement de talentueux hackers, formés par des chinois non moins talentueux, qui n’auraient probablement pas manqué de leur apprendre les bases de l’anonymisation des connexions en vue d’une attaque au service d’un gouvernement, ou encore à se servir de rebonds depuis des pays tiers dotés d’infrastructures un peu moins en carton que celles de leur pays.

Mais Reuters n’hésite pas, dès le 5 décembre (!), à désigner le Bureau 121 comme étant à l’origine de l’attaque menée sur Sony. Il faudra 2 semaines aux autorités américaines pour appuyer ce qui n’est à ce moment là que pure spéculation mais les médias ont bien préparé le terrain, l’administration Obama n’a plus qu’à s’engouffrer dans la brèche pour balancer son plan de communication bien rôdé, avec des hackers asiatiques, du FBI, des trucs « super sophistiqués, et de la dictature avec du monde libre dedans.

Car passé la première barrière matérielle, à savoir trouver un ordinateur non monté sur roulettes et une souris sans gros nez rouge, il faut quand même un minimum de bande passante pour s’attaquer à des infrastructures importantes. Niveau Internet, le pays est tellement pauvre que la légende veut qu’il faut mettre de l’engrais au pied des poteaux téléphoniques pour pinguer son fournisseur d’accès… La poignée de privilégiés qui a accès à Internet surfent avec le débit que nous avions en 1996… le truc « un peu » léger quand on doit se farcir ne serait-ce que la phase de découverte de l’infrastructure de tous les gros médias sud coréens, étape préalable à l’attaque elle même. Le hacker nord coréen est probablement le hacker le plus patient du monde.

Un autre élément à avoir en tête, c’est que la connectivité internationale du pays est assurée par un satellite chinois… et par Sprint, une entreprise américaine. Ce petit détail n’est évidemment pas sans poser quelques petits problèmes pour mener « une attaque massive » sur le territoire américain. Pour vous rendre l’image plus simple, nous dirons que même avec un très gros zizi et après deux packs de bière, vous risquez d’avoir du mal à faire déborder un fleuve de son lit. Dernier point, une attaque massive depuis la Corée du Nord dont le flux passerait par un satellite chinois ou par les tuyaux d’une entreprise américaine qui scrute scrupuleusement le moindre paquet émis, niveau discrétion, on a déjà vu un peu plus élaboré.

Il n’y a qu’un seul opérateur en Corée du Nord, évidemment gouvernemental, il s’agit de Star Joint Venture Co, (STAR KP) et leur « infra » est très régulièrement KO. Les sites nords coréens, c’est pas non plus ce qui étouffe ou spam indexe Google. Comme le montre NKNetobserver, les autres ranges sont ceux du chinois KPTC et un range alloué par Satgate.

Pyongyang à l’assaut d’Hollywood

Kim et ses biatches

Kim et ses biatches

Quel magnifique scénario de blockbuster ! Les hackers nord coréens qui font plier une major américaine japonaise de l’entertainment. L’armée du peuple qui fait front face à l’impérialisme américain japonais pour laver l’honneur souillé, par une production hollywoodienne du dieu vivant Kim Jong Un.

La cible, Sony, est déjà connue pour ses systèmes informatiques poreux qui lui avaient valu des piratages à répétition avec des fuites massives de données. L’affront, un film nanard se voulant burlesque et bien lourdingue mettant en scène une tentative d’assassinat du leader nord coréen.

Et boum, Sony baisse son pantalon à la surprise générale devant « Les Gardiens de la Paix », un mystérieux groupe de hackers nord coréens.

Les USA volent au secours de Sony et annoncent une « réponse proportionnée » et montre les dents devant la dictature, il faut plus de lois contre les cybers attaques, plus de moyens… plus de tout. Le terrorisme numérique, c’est du lourd, même quand c’est fait par un clown avec une souris à gros nez rouge. Comme nous l’avons déjà expliqué ici, si les USA comptent répondre de manière proportionnée, il leur faudra 20 secondes pour mettre tout le pays dans le noir en frappant 4 points stratégiques et l’impact serait ridicule puisque la Corée du Nord n’a aucune infrastructure critique connectée au Net, et pire, le peuple lui même est connecté sur un gros intranet 100% nord coréen, le Kwangmyong. … mais pas à Internet.

Même le FBI est formel, il reconnaît les techniques de l’attaque des banques sud coréennes qui auraient paralysé ces dernières… la classe, des services intérieurs qui reconnaissent les flux d’attaques de banques étrangères, ils sont comme ça le FBI, c’est des cadors. Tellement des cadors qu’ils n’auront pas manqué de remarquer que les infrastructures nord coréennes sont tellement percées que n’importe qui peut trouver sans mal une ou deux ip sur place pour mener une attaque depuis là bas exploitant ce qu’il faut comme ressources en dehors du pays et grossièrement laisser traîner quelques logs qui attestent de rien du tout mais qui réveilleront quelques sentiments nationalistes en Asie comme aux USA.

Dernier point technique : un réseau depuis lequel on attaque est un réseau « vivant », mais voilà, le réseau nord coréen, lui il ne bouge pas. Pas de nouvelles routes, pas de nouveaux morceaux d’infrastructures, rien n’a bougé, tout semble figé depuis des mois. Rien qui ne pourrait donner la moindre indication sur la plausibilité d’une attaque « depuis la Corée du Nord ».

L’histoire du censeur qui partage au monde ce qu’il veut censurer, c’est un peu gros

C’est bien connu, quand vous cherchez à censurer un film, le premier truc que vous faites, c’est de le partager sur les réseaux peer to peer pour l’offrir au monde entier. Sony s’engage alors dans une action qui n’est pas sans rappeler les tentatives désespérées du gouvernement américain de censurer Wikileaks, en lançant des DDoS sur les sites qui partagent les films volés.

La farce est un peu grossière mais le FBI n’en démord pas, c’est bien Pyongyang le responsable… suspens, sueur froide, la Corée du Nord, c’est des vrais méchants, ils ont même un arsenal nucléaire… enfin non ça on n’y croit pas trop, mais c’est quand même des méchants et c’est toujours bien de montrer les dents devant une dictature après avoir joué les hippies communistes avec Cuba…

Mais alors qui pourrait bien chercher à faire accuser la Corée du Nord, en s’attaquant à des intérêts japonais, et assez fort pour faire réagir les USA ? Allo, Séoul ? Y’a un peu de friture sur la ligne…

Merci au Professeur Kavé Salamatian pour sa contribution à l’écriture de cet article

Radio Reflets #4 : le monde post-Snowden

Thursday 18 December 2014 à 11:06

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#RadioReflets4 - vendredi 19 décembre.

Téléchargez le podcast

Format OggFormat mp3

La playlist de l’émission :

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Le thème :

Pour sa quatrième émission de radio, Reflets va tenter de comprendre en quoi les révélations d’Edward Snowden ont changé, ou pas, notre monde, nos sociétés, notre façon d’agir.

Une infrastructure de surveillance généralisée a été dévoilée. Elle s’étend sur toute la planète. Nous sommes au milieu d’un gigantesque panoptique. L’auto-censure est-elle en marche ? Peut-on en sortir ? Le veut-on ? Qu’est-ce qui a changé au sein de cette gigantesque infrastructure depuis ces révélations ? Nos invités tenteront de répondre à toutes ces questions.

Les invités :

Animateurs : Drapher, Kitetoa et Bluetouff (en direct de la Corée du Nord)

Technique et programmation musicale : Epimae.

Le flux audio est assuré par Tryphon

Hashtag : #RadioReflets4

La date : le 19 décembre de 14h à 15h15 h.

Le sonore de Jean-Jacques Urvoas tiré de la matinale de France Inter du 18/12 — qui n’a pas voulu se lancer à l’antenne chez nous le 19 — est là :

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Patrick Abadie voudrait un Internet qui lave plus blanc

Tuesday 16 December 2014 à 12:51

statisticatorIl a une moustache, un masque rouge et un slip jaune. Son nom ? Statisticator. C’est un super héros virtuel qui, en cette belle année 2001 décide de révéler aux internautes ébahis qu’une entreprise ne peut décemment pas se valoriser sur la base du nombre de ses visiteurs. Entre les discours marketing bien huilés et la réalité, il y a un gouffre. La nouvelle économaïe bat son plein, des sites internet basiques se vendent plusieurs millions de francs, tout baigne dans l’huile de noix de coco. Pas pour longtemps. Les investisseurs commencent à douter. Et Statisticator, le héros au slip jaune ne va pas aider à sortir de la spirale qui mènera à l’éclatement de la bulle Internet. Il explique par le menu comment gonfler ses statistiques, fournit des outils pour le faire, affiche les statistiques réelles des sites, bref, il casse le mythe. Dans la foultitude des sociétés épinglées, Tchatche.com et son propriétaire de l’époque, Patrick Abadie. La pilule n’est pas passée. Douze ans plus tard, Patrick Abadie est décidé à faire le ménage. Il veut un Internet qui lave plus blanc, façon droit à l’oubli bien pratique. Hébergeant l’article qui le dérange, j’ai donc reçu plusieurs mises en demeures visant à retirer ce papier du Web. Mais les démarches de l’avocat de Patrick Abadie sont subtiles et cela a failli coûter la vie à Kitetoa.com. Encore…

2009 : premier courrier de Patrick Abadie. Selon lui, cet article est ancien, ne reflète plus l’actualité et lui nuit. Je classe ce courrier parmi d’autres du même type.

avocat-impact-net

D’une part, il est évident que l’actualité de chacun évolue et les journaux sont remplis d’archives qui ne la reflètent plus. D’autre part, le délai de prescription pour la diffamation est de trois mois. Patrick Abadie est en retard.

12 décembre 2014 : nouveau courrier, du cabinet d’avocats Bayle & Hasbanian, cette fois. Je dois retirer la page en question sous huit jours ou m’exposer à des poursuites judiciaires. Qui plus est, je suis sommé de formuler une proposition d’indemnisation.

Ce dernier courrier m’est parvenu par le biais de mon registrar, Gandi, car la personne qui relève aimablement le courrier dans une boite postale en Suisse pour Kitetoa.com a visiblement oublié de le faire depuis un moment.

Petite leçon de chose à l’usage des internautes qui ne disposent pas d’un nom de domaine (www.machintruc.com par exemple) : les coordonnées présentes dans la base Whois qui recense les propriétaires de domaines, doivent être exactes et permettre de joindre le propriétaire.

Initialement, un Whois de Kitetoa.com renvoyait mon nom, mon adresse personnelle et mon numéro de téléphone. Jusqu’au jour où ces informations ont largement aidé un certain Jean-Paul Ney a harceler ma famille et menacer de mort mes enfants. J’ai donc décidé de remplacer ces informations par mon nom de plume et l’adresse d’une boite postale en Suisse où mon serveur est hébergé.

Kitetoa.com : ça va être tout noir

L’avocat de Patrick Abadie reconnaît dans ce courrier que l’information exposée dans cet article en 2001 était juste. Pas de diffamation, donc. Au surplus, le délai de prescription est largement dépassé. Mieux, la personne en charge du dossier au sein du cabinet m’indique par téléphone qu’une demande de droit à l’oubli auprès de Google a échoué. Que faire ? Un courrier signé par un avocat avec des menaces de procès, cela fonctionne généralement assez bien avec les auteurs de blogs peu informés de ces problématiques. Mais il existe une autre méthode qui permet d’obtenir satisfaction, même si l’on ne dispose d’aucun levier juridique et que l’auteur se montre un peu récalcitrant à gober les menaces lancées dans le vent. Il suffit de contrôler les données dans la base Whois, d’en trouver une qui ne soit pas juste et de faire pression sur le registrar. Celui-ci doit pouvoir s’assurer que le détenteur du nom de domaine est bien qui il dit être, et pouvoir le joindre à tout moment.

Le cabinet d’avocats Bayle & Hasbanian a donc exercé ce type de pression sur Gandi. Ce dernier a bien entendu pu me joindre, disposant d’un email valide et de mon numéro de portable. Mais son courrier était lui aussi très clair : soit les données dans la base étaient mises à jour, soit le service était coupé. Plus de kitetoa.com, donc, après environ vingt ans de bons et loyaux services offerts aux Internautes.

Le retour de l’OpStayinAlive

Cette méthode de contournement juridique avait déjà été testée sans succès par Merav Griguer, du cabinet Feral-Schuhl / Sainte-Marie pour le compte de Jean-Paul Ney. J’avais à l’époque décidé d’écrire une série baptisée OpStayinAlive. La démarche était exactement la même. Pas de levier juridique pour faire retirer les pages qui dérangent, donc, tentative de faire disparaître Kitetoa.com dans son ensemble.

Cette démarche est bien entendu stupide. Les pages sont probablement archivées sur www.archive.org et une disparition de pages générerait sans doute un effet Streisand, du datalove en pagaille, bref, ceux qui voudraient que ce soit tout noir obtiendraient l’effet inverse.

Disparaître ou ne pas disparaître, telle est la question

Les démarches de Merav Griguer, du cabinet Feral-Schuhl / Sainte-Marie pour le compte de Jean-Paul Ney ont échoué. Kitetoa.com est toujours là. Les démarches du cabinet d’avocats Bayle & Hasbanian pour le compte de Patrick Abadie également. Le site est toujours là, mes discussions avec Gandi ayant porté leurs fruits, bien plus que celles que j’ai eues avec ce cabinet d’avocats à qui je n’ai pas réussi à faire comprendre les effets de bord potentiels de ses démarches.

Depuis la création de Kitetoa.com, seules quelques pages ont disparu du site ainsi qu’une image. Toujours de mon fait et sans aucune pression extérieure. J’attends donc avec zénitude un éventuel procès. J’ai toujours été partisan d’une prise de parole responsable. Si un article devait poser problème, je le défendrai en justice. Mon métier, journaliste, m’a appris à ne publier que des choses que je peux prouver. C’est d’ailleurs ce qui a guidé tous nos écrits sur Reflets.