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De la fragilité de la liberté (2) : les années de la honte

Tuesday 30 December 2014 à 21:34

auschwitz

C’est sur fond de nazisme naissant, que le deuxième tome de Ken Follet démarre. Partout en Europe, des crises surgissent. Qu’elles soient syndicalistes, identitaires, raciales, sociales, elles témoignent d’un profond malaise et de frustrations aiguës.

C’est la crise, le monde vacille, les repères explosent. Celui qui est différent devient dangereux. Les couleurs de peau, la religion, l’orientation sexuelle, l’origine socioculturelle, les convictions politiques deviennent objets de haine. Certains profitent de la situation pour pointer les responsables de la crise, les boucs émissaires, les races maudites.

Lynchage, ségrégation au pays des cow-boys

Aux USA, la ségrégation raciale n’est pas nouvelle, loin de là, comme en témoignent ces clichés photographiques anonymes.

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Malgré l’abolition de l’esclavage, le sort des noirs ne s’est pas amélioré. Si les blancs américains voient leur richesse s’accroître, les noirs quant à eux se trouvent harcelés, particulièrement dans le Sud de la nation, violentés, discriminés, violences menées de main de maître par le très inquiétant KKK (Ku Klux Klan)

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pendaisons

La violence de ce traitement explosa en pleine face de nombreux jeunes noirs partis combattre au nom de la Démocratie en Europe lors de la première guerre mondiale. C’est grâce à cette expérience traumatisante qu’ils ont pu mesurer l’injustice de leur sort et ainsi organiser la lutte pour leurs libertés, aidés de la plupart des mouvements religieux noirs et d’une partie de la communauté juive américaine, sans oublier le NAACP.

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C’est ainsi qu’ils s’engagèrent dans une longue lutte pour la liberté qui durera des décennies.

 L’homme à la moustache au pays de la bière

A des milliers de kilomètres de là, en Allemagne, un autre drame se prépare, celui qui a certainement bouleversé le cours de l’humanité. C’est aussi la pire et la première vraie propagande par l’image. L’image est une arme redoutable, et Hitler l’avait certainement compris bien avant les autres.

C’est Heinrich Hoffmann, photographe officiel du dictateur, qui saura le mieux transmettre par l’image les multiples facettes du Führer.

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hitler

"Der Fhrer mit der Jugend" (Adolf Hitler mit kleinem M„dchen)

fou

tenebreux

 

Hitler rehearsing his gestures for a speech

Cette série de clichés du photographe exprime bien mieux que des mots ce qu’Hitler était. Le Führer était un humain élu par d’autres humains et ce constat n’en est que plus effrayant car il nous rappelle que l’histoire peut toujours recommencer, qu’aucune leçon n’est définitive, que la honte peut toujours revenir, que l’impensable est toujours là, prêt à ressurgir.

Ken Follet décrit des scènes saisissantes en Allemagne et partout en Europe : des gens qui n’y croyaient pas, qui par lâcheté ne prenaient pas au sérieux ce petit homme moustachu, d’autres qui y croyaient dur comme fer et étaient prêts à s’engager auprès du Führer pour purifier la race aryenne. Il décrit les premières violences des futurs nazis : tortures d’homosexuels, viols de femmes, massacres de tout ce qui ne correspondait pas à leurs idéaux, et ce dans un climat de lâcheté et de déni qui, par certains moments, peuvent rappeler certaines choses du siècle actuel. La crise économique avait-elle abruti les consciences ?

L’horreur et la honte, un passage nécessaire pour conquérir la liberté ?

A la fin de la guerre, l’Europe est meurtrie, elle a honte d’avoir cautionné par son silence de telles horreurs. Comment s’en relèvera-t-elle ? De grandes évolutions et révolutions se préparent aux quatre coins du monde. Les nations s’organisent pour éviter le pire, les blocs se fondent, la guerre froide se met en place. La pire arme, la plus honteuse est envoyée par la « plus grande démocratie du monde »… Démocratie ? vous avez bien dit démocratie ?

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Chaos Communication Congress : le paradis des hackers

Tuesday 30 December 2014 à 21:27

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Fin décembre 2014 s’est tenu à Hambourg le très attendu 31c3. Il s’agit du 31è congrès annuel du Chaos Computer Club (CCC), qui est le plus ancien groupe de hackers allemand, fondé en 1981. Le CCC véhicule depuis sa création un discours politique basé sur la liberté de circulation sur le Net et une meilleure compréhension de la technologie par tous. Ses aspirations libertaires sont très connues en Allemagne, par réaction historique au fascisme qu’il rejette avec vigueur.

Pendant quatre jours, 10 000 hackers du monde entier assistent à plus de 150 conférences, se rencontrent, échangent et font la fête. L’ambiance est confraternelle et rigolarde. Le rassemblement a lieu dans un immense centre de congrès, le CCH. En plus des conférences, de grandes salles accueillent des tables rondes autour desquelles des groupes de hackers échangent des conseils, parlent de leur travail, ou font la démonstration de machines incroyables, toujours connectées à des ordinateurs. Par ici un bras articulé joue tout seul au go à l’aide d’un aimant, par là un panneau lumineux reprend l’image animée de la Matrice. La Quadrature du Net offre le thé dans un espace très couru, la Quadra’TeaHouse, et comme dans toute bonne convention de hackers, le centre est ouvert 24h/24 pendant 5 jours, le paradis ne s’arrête jamais !

Un jour nouveau

La conférence d’introduction au congrès fait le constat que dans une ère post-Snowden, la communauté des hackers a commencé à reprendre le contrôle de l’Internet, en permettant un usage plus large des moyens de protection de la vie privée. Comme les problématiques des hackers sont désormais celles de tout le monde, il convient que la communauté enseigne à tous ce qu’elle a appris. Il s’agit ainsi d’un jour nouveau – « A new dawn » le nom officiel du congrès cette année – qui devrait permettre au réseau de retrouver sa fonction première.

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Alec Empire, musicien et producteur, est le leader du groupe Atari Teenage Riot. Il ouvre le congrès sur un point de vue d’artiste engagé. Qualifié par la presse de « terroriste sonore », il se dit très inspiré par les hackers, et reste persuadé que l’art doit être utilisé comme une arme politique. Il est attristé que le modèle de la musique suive celui de transformation financière du monde : un petit nombre produit toute la musique, car le public n’est plus sensible à sa richesse et sa complexité, de la même manière qu’une minorité toujours plus restreinte amasse tous les biens matériels. Il soutient Wikileaks et le mouvement des Anonymous, et invite les hackers à se rapprocher des artistes. Car pour lui, le combat pour la vie privée rejoint celui pour la créativité. Ainsi, il déplore que les algorithmes de prédiction artistique des grandes entreprises amènent beaucoup de monde à aimer sans réfléchir, mais pense que les hackers ne tombent typiquement pas dans ce panneau.

Du journalisme et de la politique

Une présentation commune réunit trois stars du journalisme d’investigation, Julia Angwin de ProPublica, Jack Gillum de Associated Press et Laura Poitras, notamment documentariste, et auteur de « Citizen Four » sur l’affaire Snowden. A l’aide de nombreuses anecdotes issues de leur travail de terrain, ils démontrent que la cryptographie actuelle dessert leur volonté de protéger leurs sources, car elle est trop complexe à utiliser.

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Un membre anonyme du comité invisible, appartenant au groupe de Tarnac, exprime lors d’une conférence l’idée qu’on ne peut travailler que pour ou contre l’oppression sécuritaire. Se référant à Telecomix, un groupe de hackers connu notamment pour son action lors des révolutions arabes (et dont Reflets a beaucoup parlé ou avec qui nous avons travaillé), il rappelle que les réseaux sont une extension de la réalité physique. Pour lui, la théorie Cybernétique, exposée dans les années 1940 et qui voulait édifier une science générale du fonctionnement de l’esprit, est aujourd’hui utilisée comme outil de contrôle de nos consciences, en modelant par exemple nos peurs et nos désirs. Il pense que la découverte de l’étendue des pouvoirs de la NSA indique qu’il faut apprendre à se cacher afin de se protéger de l’activité criminelle qui consiste à nous imposer nos choix ; ainsi la liberté n’est plus un objectif, mais un combat.

Des révélations sur l’OTAN et la NSA

Une autre conférence très attendue réunit Laura Poitras et Jacob Appelbaum, un des développeurs principaux de TOR, l’outil d’anonymisation de navigation. Elle est concomitante à la publication dans le Spiegel de deux articles. Le premier indique qu’alors que les combats en Afghanistan s’arrêtent, des documents confidentiels de l’OTAN révèlent l’existence de listes secrètes de personnes, cibles des USA. Certains étaient sur la liste car, vendeurs de drogue, ils supportaient financièrement le mouvement. Les conférenciers se demandent si une démocratie peut ainsi cibler ses ennemis quand l’objectif n’est pas d’empêcher une attaque imminente. Par ailleurs, les méthodes utilisées pour identifier les cibles laissaient trop de place à la possibilité d’atteindre des cibles civiles par erreur.

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Le second article fait émerger de nouveaux éléments dans les efforts faits par la NSA pour décoder dans certains cas le gênant chiffrement des communications, notamment sur SSH – très utilisé pour sécuriser l’accès des informaticiens aux serveurs – que l’agence déclare avoir cassé. Alors que Skype est de nouveau décrit comme absolument pas sûr, malgré les déclarations de Microsoft à ce sujet, de même que les technologies de tunnels chiffrés PPTP et IPSEC, certains outils continuent de résister aux oreilles indiscrètes. TOR bien sûr, mais aussi GPG qui permet de chiffrer les courriels, et OTR qui sécurise les conversations instantanées sont de ceux-là, ainsi que Tails, un système d’exploitation basé sur ces problématiques. La NSA essaye également d’abaisser le niveau de chiffrement des protocoles standard, par exemple en infiltrant l’IETF, groupe qui établit les normes de l’Internet. Le problème évident est que toute personne découvrant ces faiblesses – et pas seulement la NSA – est capable de déchiffrer les échanges entre les personnes ou avec le cloud. A la fin de la présentation, Jacob fait applaudir les développeurs des projets logiciels ayant résisté aux attaques, et invite la communauté à les aider en contribuant au code, ou en leur donnant de l’argent.

Du hack, encore du hack, toujours du hack

A chaque congrès, de nouveaux exploits techniques de hackers sont révélés. Cette année est marquée par la découverte de failles importantes dans le réseau SS7, qui relie les opérateurs téléphoniques. Ces failles permettent notamment de suivre la géolocalisation d’un téléphone, de transférer des appels, et de recevoir des copies de communications. On note aussi la possibilité de pirater les macbook d’Apple par le port Thunderbolt. Enfin, et ce n’est pas la première fois que l’on s’amuse avec le sujet au CCC, un hacker a annoncé avoir réussi à reproduire l’empreinte digitale de la ministre de la défense allemande, Ursula von der Leyen, à partir d’une simple photo. Cela remet en cause la sécurité des appareils biométriques basés sur ces empreintes. Le hacker n’a pu s’empêcher d’ironiser : « Après cette démonstration, les politiciens porteront sûrement des gants quand ils parleront en public ».

L’édition 2014 du Chaos Communication Congress restera dans les mémoires comme très dense, et très politique. Après quatre jours et quatre nuits de hack, de fraternité et de danse, les participants se quittent à regrets, en remerciant chaleureusement les bénévoles qui ont permis cette grande organisation. On garde au cœur l’impression d’avoir été plongé au cœur de l’histoire en train de s’écrire.

De la fragilité de la liberté (1) : les hommes s’entretuent, les femmes se cherchent

Monday 29 December 2014 à 14:02

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Le vingtième siècle a vu se confronter des extrêmes : nazisme, communisme, fascisme, guerre froide, libération sexuelle… Ces événements, parfois d’une infinie violence, ont démontré toute la puissance du clivage humain entre envie de liberté et désir de conformisme, quitte à perpétrer des crimes contre l’humanité qui restent gravés profondément dans la mémoire collective.

C’est ce que l’écrivain Ken Follet a voulu montrer dans sa trilogie « la chute des géants » en suivant le devenir de familles russes, allemandes, anglaises et américaines au travers de plusieurs générations. Les lecteurs suivent ces dernières depuis la première guerre mondiale jusqu’à l’élection d’Obama, en passant par le nazisme et la chute du mur de Berlin.

Mais son œuvre, quoique passionnante et vibrante d’humanité, ne serait pas complète si on ne l’analysait pas à travers les œuvres photographiques du siècle, que ce soient les plus honteuses ou les plus porteuses d’espérance.

Une drôle de guerre et des drôles de nanas

Cette magnifique fresque de Ken Follet commence à la veille de la première guerre mondiale. On y découvre ou redécouvre la succession d’événements qui ont mené des millions de jeunes gens sur le front et qui les ont transformés en chair à canons. Le lecteur perçoit rapidement le drame qui est en train de se jouer et qui va au bout du compte préparer l’horreur extrême des décennies suivantes.

Pendant que ces jeunes gens vont de force participer à cette tuerie, comme en témoignent ces clichés de voleurs d’images anonymes, peut-être morts dans cette boucherie, se déroule un combat à peine moins violent.

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En effet, profitant de l’absence des chefs de familles, dans un immense élan de liberté, les suffragettes anglaises ont lancé avec courage et pugnacité les premières pierres du féminisme, en réclamant le vote pour les femmes. Le constat de l’absence nécessaire des hommes dans ce combat n’est pas superflu, et ce fut sûrement le premier clivage de ce siècle : l’horreur d’une guerre qui permet une première conquête démocratique.

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L’arrivée fracassante d’un géant, les femmes à l’honneur

Dans d’autres contrées, plus froides et plus lointaines, les populations commencent à entendre le pas d’un ogre puissant et liberticide, portant pourtant des espoirs infinis de démocratie.

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Cette révolution russe a connu de nombreux rebondissements et a porté d’immenses espérances. Le reste de l’Europe observe l’avènement de Lénine, certains avec envie, d’autres avec angoisse.

Pour l’heure il n’est question que de liberté, de démocratie et de réappropriation du pouvoir par le peuple ; les femmes ne sont pas en reste. L’union des femmes pour l’égalité des droits existe officiellement depuis 1905, et cette organisation aura un rôle majeur dans les événements qui conduiront à la révolution russe, avec le rôle central des ouvrières. La première journée internationale de la femme, celle que nous connaissons aujourd’hui, verra le jour en 1910. C’est d’ailleurs l’une de ces journées en 1917 qui verra la révolution éclater. Coïncidence ?

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Tous les acteurs sont désormais en place dans cette marche du siècle : dictateurs en devenir, soldats, femmes, conservateurs, visionnaires… qui engendrent espoir, liberté… mais tout ne sera pas évidemment si simple.

Au delà de l’implication citoyenne et politique de ces femmes et de ces hommes, un autre drame est en train de se préparer. Une page d’histoire s’apprête à être écrite avec du sang et des larmes.

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Les fous de la caverne de Platon en 16/9 et #Podemos

Sunday 28 December 2014 à 17:32

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Ce qui différencie un individu sain d’esprit d’un autre plus ou moins affecté psychologiquement est assez simple à repérer. L’individu sain d’esprit a tendance à ne pas se contenter des apparences, à ne pas s’engouffrer dans des évidences, à toujours faire fonctionner ce que l’on appelle le « sens critique ». A l’inverse, les individus psychologiquement affectés ne cherchent pas à comprendre au delà des apparences, acceptent benoîtement ce qui leur est servi, et surtout s’emballent dans des croyances ou des convictions sans aucunes nuances. La plupart du temps, ces croyances ou convictions ne sont pas de leur fait, elles leur sont renvoyées, présentées, soufflées, répétées. Toute la difficulté survient lorsque c’est une société dans son ensemble qui se met à être affectée. Massivement. Jusqu’à ses dirigeants, ses « élites », ses « intellectuels » ou autres individus fortement médiatisés, ceux que l’on nomme les « leaders d’opinion ». Et comme nous sommes dans une démocratie d’opinion…

L’opinion commune

C’est à cause de l’Europe que ça ne va pas. Le chômage, il n’y a rien à faire, si ce n’est tout réformer. De toute façon, il y a trop d’étrangers. Si ça continue, on ne sera bientôt plus chez nous. En France, on est pas assez compétitifs, il y a trop de charges. C’est normal la surveillance, il faut quand même faire quelque chose, et puis quand on n’a rien à se reprocher… Toutes ces phrases, et bien d’autres, circulent et se répètent à l’envi. Via les réseaux sociaux, le supermarché du coin, devant les écoles ou à la sécu, autour d’un verre, et sont cautionnées de façon savante par des personnages télévisuels bien connus : l’économiste à la bouille rondouillarde, le politologue aux traits émaciés, le spécialiste des sondages vieillissant, le journaliste éditorialiste incontournable. Que faire de tous ces discours toujours identiques, qui, quand ils sont mis à l’épreuve de la réalité s’écroulent, mais continuent d’être chantonnés quotidiennement dans les media ? Et lorsqu’ils se perdent dans un nuage de contradictions et de mensonges ne sont jamais relevés comme tels ? Les défenseurs du libéralisme économique ne voyaient aucune crise en vue quelques mois avant celle des subprimes, en 2007-2008, et continuent — après s’être trompés en permanence dans leurs analyses — à venir donner le « La » dans les media sur la « crise économique » qu’ils niaient et l’atténuent en permanence avec des promesses de reprise par la croissance.

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L’opinion populaire a pris le pas sur la réflexion et l’action. Une population qui déprime devant des écrans, sans autre espoir que de nouveaux épisodes de Top Chef, The Voice, ou Secret Story, une nouvelle vidéo Youtube du comique à la quenelle, des tweets abscons ou un nouveau message Facebook, qui s’indigne en direct devant des événements qu’elles ne comprend pas — au delà des images chocs — est une population victime de son époque. Une population qui a arrêté de réfléchir. Une population qui peut s’habituer à tout, qui peut accepter tout. Même l’insupportable. Pour ceux qui continuent ou s’efforcent d’exercer leur sens critique, c’est un challenge. Lequel ? Celui de ne pas se conformer au sens commun et d’en subir les conséquences. Parce que quand tout le monde devient fou, ceux qui restent sains d’esprit sont considérés… comme anormaux.

Caverne de Platon en 16/9

Le principe de la caverne de Platon s’applique assez bien au monde actuel, celui de la surenchère d’information et de la fabrication des idées. Regarder les ombres qui circulent sur le mur et penser que c’est le monde, alors que le monde est derrière celui qui observe le mur de la caverne, bien qu’il ne le regarde pas.  Pour lui, le monde, ce sont ces ombres qui s’agitent sur le mur. Les images des journaux télé, les articles de presse, les analyses, reportages médiatiques sont les ombres projetées sur le mur de la caverne. La réalité est autre, et se décline en des milliers de nuances, se déploie dans un tissu de complexité autrement plus important que ce qui est décrit, renvoyé sur les écrans.

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Quels qu’ils soient. Les solutions à de nombreux problèmes, sociaux, économiques, par exemple, existent, sont à portée de main, ont été décrites par des chercheurs indépendants qui ont consacré leur vie professionnelle à ces domaines. Personne ne les invite dans les médias ces chercheurs, personne n’en parle. Les ombres qui s’agitent sont plus intéressantes, visiblement. Les individus qui constituent la société, dans leur grande majorité, sont dociles. Ils regardent la télévision, parce qu’il faut regarder la télévision. C’est une obligation sociale, la télévision. Qui n’a pas de télévision, ne la regarde jamais ? Quelques individus sains d’esprit fous. Et pourtant, c’est tout de même là que se situe un début d’ouverture possible, de dialogue et de changement. En arrêtant de regarder la télévision. De regarder les ombres.

En Espagne : Podemos

Il est difficile de savoir si les médias télévisuels parlent de Podemos quand on ne les regarde pas. Mais c’est difficile à croire. La presse peut rapidement aborder le mouvement politique Podemos du bout des lèvres, comme dans un article du quotidien Le Monde de jeudi dernier. Mais de là à en faire des Une ou des ouvertures de journaux, des analyses importantes dans les grands médias, il n’y a qu’un pas. Qui n’est pas franchi. Pourtant, Podemos est le parti/mouvement politique qui est aujourd’hui en tête de tous les sondages en Espagne et pourrait bien mettre en panne la fameuse alternance droite-gauche espagnole, très similaire à la nôtre. Mais ce sont les Indignados, Podemos, pas des caciques de grands partis. Des profs de science-politiques, des militants d’Attac, bref des gens qui veulent faire muter le système espagnol vers un mieux-disant social, avec du revenu de base, de la répartition des richesses, de la sortie de l’austérité et la mise en œuvre d’une démocratie populaire réelle.

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L’Espagne est en train de tenter de créer une alternative politique crédible et pleine d’espoir. La France, elle, continue à se battre la coulpe et agiter des chiffons rouges. Observer le mouvement Podemos, trouver des alliances avec lui serait une idée séduisante pour ceux qui veulent agir dans le monde, au delà du théâtre des ombres. A moins que nous ne soyons vraiment tous devenus totalement fous et ne puissions même pas entendre, voire, s’intéresser à ce que des voisins en quête de progrès social et de libertés citoyennes sont en train d’essayer de créer ?

Communication visuelle de la #Gendarmerie Nationale sur Twitter : un must

Wednesday 24 December 2014 à 19:48

La gendarmerie nationale est une institution républicaine qui a vocation à protéger les citoyens. Entre autres. Le principe d’avoir des forces de l’ordre « proches et au service des gens » est important, parce qu’il évite de créer une sorte de défiance généralisée entre population et « gardiens de la paix ». Avec tout ce que cela peut engendrer de négatif, si ce n’est pas le cas, nul besoin de faire un dessin.

Ainsi, si vous allez sur le profil twitter de la gendarmerie nationale, vous trouverez cette illustration hallucinante :

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Sur le coup, on peut penser à un fake, une grosse blague. Mais non. Pas du tout. Ce compte twitter est bel et bien vérifié, et il est la vitrine de la Gendarmerie Nationale sur le réseau social de micro-blogging twitter. Les terminators qui pointent sur vous leurs armes de guerre sont les types payés par vos impôts pour vous recevoir en cas de plainte à la gendarmerie du coin. Ceux qui sont censés être à votre service. Ce qui est le plus drôle, c’est qu’ils sont dans un avion. La gendarmerie, son truc, c’est les avions, tout le monde le sait. Et surtout, ces types savent accueillir le public, à n’en pas douter.

Alors que la gendarmerie n’est plus gérée par la Défense mais par l’Intérieur, n’est-il pas un peu inquiétant de voir  ses représentants se mettre en scène aussi agressivement ? Enfin, disons, qu’ils semblent juste avoir envie de vous flinguer sur leur profil twitter. Parce que vous êtes un ennemi en puissance ?

Cher Manuel, soit vous êtes dans un épisode de 24H chrono, et là, mieux vaudrait changer de job, soit vous êtes sincèrement en train de nous embarquer dans quelque chose de très glauque. Ou bien, vous vous en foutez ? Au final, il serait temps quand même de se ressaisir : tout ça va très mal finir.

Edit 26/12/14 à 19h04 : Ah, ça y’est, la vilaine image des vilains robocops dans leur avion qui vous menacent avec leurs armes a été remplacée par un truc plus cool avec des avions et des une de journaux. Ouf, un instant on a cru que… C’était juste pour rire au moment de Noël et fêter le succès de la prise d’otages d’il y a 20 ans, c’est certain. Soyons rassurés. Bon cette nouvelle image est un peu lourde, ça ralentit l’affichage, mais le cœur y est.