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Internet sera t-il la prochaine victime de l’obscurantisme et de la haine ?

Tuesday 13 January 2015 à 19:32

internet_love2Notre premier ministre Manuel Valls avait très tôt évoqué des failles de nos services pour expliquer les attentats qui ont frappé la France la semaine passée. On ne peut que le rejoindre sur ce constat mais encore faut-il correctement identifier les failles maintenant. Et le discours qu’il vient de prononcer devant l’Assemblée Nationale, certes emprunt d’improvisation et de beaucoup d’émotion, laisse entrevoir en filigrane une perception effrayante de ce que certains esprits préconisent sans détour : un Patriot Act à la française, même si le premier ministre avance préférer « des mesures exceptionnelles à des lois d’exceptions ».

L’idée d’un Patriot Act à la française est effrayante car elle revient à normaliser une loi antiterroriste, une loi d’exception… et en promulguant une loi d’exception, on prend un risque énorme : le risque c’est de se passer d’un juge, se passer d’un juge, c’est risquer de céder à l’arbitraire et l’arbitraire ne peut pas devenir la norme dans notre pays.

Les lois antiterroristes, ça rassure, mais il ne faut pas perdre de vue qu’une démocratie républicaine comme la notre est très soluble dans ce genre de lois d’exceptions… ou de mesures exceptionnelles. Et pour paraphraser Maître Eolas, si le Journal Officiel arrêtait les balles, depuis le temps, ça se saurait.

Il y a donc un moment où avant d’apporter une réponse à un problème, il faut reformuler attentivement la problématique, dans toute sa brutalité, pour être assuré d’apporter des solutions aux problèmes, sinon on cède à la tentation de réparer quelque chose qui fonctionne bien et on casse encore un peu plus ce qui constitue les piliers de notre équilibre républicain. Et aujourd’hui, Internet est l’un de ces piliers. Il est aussi l’un des piliers de l’équilibre et de la paix dans le monde, parce qu’il permet aux gens de communiquer. Et les gens qui communiquent ne se font pas la guerre.

Entendre de la bouche notre premier ministre « cet antisémitisme né d’Internet » est aujourd’hui presque aussi effrayant que les attentats qui nous ont tous endeuillés. Non l’antisémitisme n’est pas né d’Internet.

Retenons l’idée avancée par Manuel Valls d’un cadre légal pour la surveillance, un processus déjà initié qui est aujourd’hui plus que jamais une nécessité, donnons nous les moyens de palier les problèmes qui sont autant de terreaux fertiles à la propagation de la haine…

Mais ne faisons pas de stupides raccourcis et rejoignons Robert Badinter quand il évoque « un piège que l’histoire a déjà tendu à nos démocraties« , entendons ces mots et reconnaissons Internet tel qu’il est vraiment : un espace d’échange, de dialogue et de paix.  Internet n’est pas le Far West, Internet n’est pas un champs de bataille, Internet est à ce jour la plus belle image contemporaine du siècle des lumières.

Mesdames, messieurs les parlementaires, ne faites pas d’Internet la prochaine victime, de l’obscurantisme, de la haine et de la bêtise, prenez en soin, nous n’avons pas plus besoin d’un cyber Patriot Act que d’un Cyber Guantanamo.

<3 Make cyber love.

Charlie Hebdo : les origines du crime doivent-elles être discutées ?

Tuesday 13 January 2015 à 18:19

banlieue

Les épouvantables massacres dans les locaux de Charlie Hebdo et dans l’hyper casher ont créé une émotion massive et compréhensible.  La plupart d’entre nous sait au fond de lui que ce crime est double puisqu’il n’est pas seulement un drame humain : il a une forte portée symbolique. Venir massacrer des artistes, des journalistes, parce que leurs publications sont considérées comme offensantes est un acte qui touche les fondations mêmes de notre société. Se contenter de faire ce constat, appeler à ne pas « faire d’amalgames », vouloir rappeler les valeurs fondatrices de la société, occuper l’espace public dans une démonstration forcément éphémère, sont autant de réactions naturelles et compréhensibles — mais qui ne permettront en aucune manière de trouver une issue satisfaisante à la nouvelle situation dans laquelle nous sommes tous désormais plongés. Une nouvelle situation, ou bien surtout — et avant tout — un constat très embarrassant ?

Des époques différentes

Ce « crime contre l’irrévérence » aurait semblé inenvisageable à d’autres époques. Il n’a d’ailleurs jamais trouvé d’équivalent. Des époques, où pourtant, sévissait Hara Kiri, avec des provocations encore plus offensantes que celles du Charlie Hebdo actuel. Une époque où les magazines Pilote, Fluide glacial, et d’autres pratiquaient un humour au second, voire troisième degré très limite, et se perdaient parfois dans des tréfonds humoristiques que le plus futé des lecteurs n’était pas toujours en mesure de parfaitement décrypter. Que s’est-il passé, pour que des individus, en 2014, ne puissent plus supporter la satire, la provocation humoristique, au point de massacrer à la Kalachnikov ceux qu’ils considèrent comme leurs « offenseurs » ?

La société actuelle est profondément différente de l’ancienne. Le monde, dans son ensemble est différent. De nombreux éléments différencient ces deux sociétés, et l’on peut citer pèle-mêle : l’accroissement des inégalités, l’augmentation de la pauvreté, l’ascenseur social en panne, la globalisation des échanges et de l’information, la précarité sociale massive, les problèmes d’accès au logement, la getthoisation d’une part toujours plus importante de la population, les renoncements de l’éducation nationale, les politiques d’intégration en échec. Ces constats n’ont pas vocation à justifier des actes, soyons bien clair. Mais refuser de réfléchir au contexte qui peut [permettre, pousser] faire, [les verbes sont difficiles à choisir]   « basculer » des individus est le meilleur moyen pour les citoyens de se laver les mains et inciter d’autres criminels à faire de même. S’il y a refus de réfléchir à notre part de responsabilité, nous rentrons dans un autre monde, celui de la pensée politique de Georges W. Bush. Une pensée constituée d’un monde binaire et violent, où celui qui h’est pas « avec » est « contre », où le bien et le mal sont traités sans nuances. Dans ce cadre de pensée, le mal devient l’autre, et cet autre c’est l’Arabe. L’Arabe radicalisé, l’Arabe des banlieues, l’Arabe musulman, l’Arabe fou, l’Arabe djihadiste. Le tout étant mêlé à souhaits.

Endoctrinement : que fait la République ?

Les deux criminels qui ont massacré l’équipe de Charlie hebdo, comme celui de l’hyper casher, sont issus des mouvements djihadistes, l’un d’eux ayant été combattre en Irak il y a plusieurs années. Ces individus, leurs croyances et leurs actes sont le fruit de plusieurs phénomènes, dont l’un d’eux est central et pourtant très peu discuté : l’endoctrinement wahhabite. Le salafisme, courant  politico-religieux sectaire issu du wahhabisme (le fondamentalisme sunnite d’Arabie saoudite, ndlr), est un cheval de Troie qui « travaille » les corps sociaux et politiques de nombreux Etats du Maghreb, d’Afrique subsaharienne et du Moyen-orient depuis des décennies. Le créateur et chef d’Al-Quaïda était saoudien, et son djihad planétaire était la main armée du wahhabisme saoudien. Son  nom était Ben Laden. Il fut entraîné, soutenu dans les années 80 durant la guerre d’Afghanistan par les Etats-Unis d’Amérique pour lutter contre l’Union soviétique. Il faudrait plusieurs articles pour décrire la pensée politique et « religieuse » des fondamentalistes wahhabites, mais ce qu’il est important de retenir est le principe d’un islam illuminé et rigoriste, un islam politique, alimenté par des « prêcheurs » saoudiens qui indiquent à leurs fidèles comment se comporter, agir, etc. La branche armée de cet islam dévoyé et sectaire pratique l’un des djihads, celui qui appelle à la guerre, une guerre religieuse contre d’autres musulmans la plupart du temps, afin d’imposer par la force leurs règles dans un territoire supposé être celui de l’accomplissement d’une prophétie : le Levant, donc la Syrie.

Comme toutes les sectes, le wahhabisme a besoin de recruter des adeptes. Aidés de financements saoudiens, des « barbus » salafistes recrutent, en France, parfois aux vues et au sus de tous. Une travailleuse sociale d’île de France (qui souhaite rester anonyme, ndlr), interrogée sur ce phénomène, explique cette situation :

« Les types, des barbus typiquement habillés en salafistes, avaient des petits stands avec des bouquins religieux, juste à côté de l’école, et recrutaient devant les policiers en civil de la BAC qu’on connaissait très bien. Les flics ne faisaient rien, mais par contre, ils contrôlaient et fouillaient en permanence nos étudiants d’origine maghrébine. C’était en 2008, ça a duré 1 an. On a vu certains de nos étudiants montrer quelques signes d’adhésion à cet islam bizarre et intolérant. Du jour au lendemain, les barbus ont disparu. L’Etat n’a jamais rien fait contre eux, ne les a jamais dérangés, et à l’époque, le maire était quelqu’un qui tenait et tient toujours des discours très sécuritaires…« 

Pourquoi ce courant sectaire et politique, qui finance aussi des combattants, des terroristes n’est-il pas dénoncé par les autorités françaises depuis des années, n’est pas combattu en tant que tel, et démantelé, comme n’importe quelle secte ? Le signal que pourrait renvoyer cette première approche, certes répressive, aurait le mérite de bien distinguer la secte wahhabite de l’islam, celui des musulmans, et en l’occurrence, « l’islam de France », pour faire simple.

Le wahhabisme est un mouvement politico-religieux saoudien, fondé au XVIIIe siècle par Mohammed ben Abdelwahhab. Selon cette vision puritaine et rigoriste issue de l’islam sunnite hanbalite, l’islam devrait être ramené à sa forme originelle qu’il définit selon son interprétation littérale du Coran et des hadiths. La pensée wahhabite diffère de la plupart des autres doctrines de l’Islam : elle s’oppose notamment à toute forme populaire de religiosité et, selon Abderrahim Lamchichi, prône une pratique religieuse purement ritualiste.

Cette doctrine se définit comme étant salafiste, mais les autres courants rejettent cette affirmation. Bien qu’étant largement minoritaires (selon Zidane Mériboute), les wahhabites vont jusqu’à rejeter tous les autres courants de l’Islam qui ne suivent pas scrupuleusement leurs dogmes, qu’ils considèrent comme hérétiques.

Parfois perçu, comme une secte, ce courant fondamentaliste est régulièrement présenté comme un mouvement extrémiste par les chiites ainsi que par la plupart des sunnites. (source : wikipedia)

 

Des recteurs de mosquées ont alerté les responsables politiques de ce problème, à plusieurs reprises, cherchant à stopper le phénomène parce qu’impuissants à pouvoir le faire : un recteur de mosquée ne peut pas agir de façon coercitive à l’encontre de zélateurs qui se mêlent à la foule des croyants. Et la parole, est bien entendu sans effet sur ces illuminés qui méprisent la religion musulmane puisque convaincus de détenir les clés du « véritable islam » — qui pour eux, est la soupe prophétique et sectaire qu’est le salafisme/wahhabisme.

Une société malade ?

Ce qui n’est pas traité, au delà du salafisme en tant que tel — qui n’est que le symptôme d’un malaise bien plus profond — c’est le « pourquoi » de l’adhésion de jeunes français issus de l’immigration africaine et nord-africaine (majoritairement), à ces courants radicaux. La travailleuse sociale interrogée estime pour sa part que ce phénomène se comprend, pour peu qu’on veuille s’y intéresser :

« Si on remonte l’histoire, les parents et les grands parents de ces jeunes là, sont venus en France pour travailler. Pour obtenir un « mieux » par rapport à leur pays. Ces personnes, dans les années 60 et 70 ont plutôt bien vécu, même jusqu’aux années 80. Ces personnes n’étaient pas très religieuses, la religion n’avait pas trop d’importance pour elles. Le chômage, les déplacements forcés de ces populations vers les banlieues, de ceux qui habitaient dans le centre des grandes villes, une forme d’exclusion sociale progressive, ont généré un sentiment de trahison chez ces minorités. Les jeunes, à la suite de ces phénomènes, se sont retrouvés en porte-à-faux entre le dénuement de leurs parents et leur volonté de s’intégrer. Parallèlement, depuis les années 90, l’Etat a retiré  progressivement les structures sociales de prévention, d’éducation populaire, de soutiens scolaires, d’aides à l’insertion professionnelle. Avec la crise économique de 2008, ces populations marginalisées sont devenues des boucs-émissaires du malaise général. En réaction, ces jeunes cherchent à se rapprocher de la culture de leurs parents, maladroitement c’est certain, souvent contre la volonté de leurs parents, et peuvent facilement plonger dans la radicalisation. De mon point de vue, les principaux responsables de ce phénomène ce sont les politiques sociales défaillantes et hypocrites de nos gouvernements successifs, remplacées par des politiques sécuritaires, depuis la fin des années 80. »

La fracture de société qui s’est accrue au cours des dernières années est gigantesque. Le malaise qui s’est emparé particulièrement de la « jeunesse issue de l’immigration nord-africaine et africaine » va bien au delà d’un sentiment de défiance à l’égard du système ou d’un ressentiment global. Les habitants des quartiers les plus défavorisés ne savent pas comment s’intégrer, puisque plus rien n’est fait pour que cela soit possible. Le plus paradoxal est que « la jeunesse de banlieue » n’est pas particulièrement musulmane : parler des musulmans n’a aucun intérêt lorsqu’on parle du malaise français. Cette jeunesse aime le rap, la culture américaine, et l’islam n’est qu’un élément de différenciation comme un autre. Mais aussi une marque d’appartenance. Ces jeunes gens ne lisent pas — pour la plupart d’entre eux — le Coran, ne prient pas. Ils sont musulmans pour marquer leur identité dans une société qui se désagrège, où les valeurs communes sont celles du commerce mondialisé. Où l’identité passe, la plupart du temps, par sa capacité à décrocher un diplôme et un travail suffisamment valorisé afin de participer à la grande kermesse de ceux qui possèdent les objets les plus tendances, et les plus chers, et qui peuvent s’élever socialement par l’argent.

La société française n’est plus capable d’offrir du sens collectif, ne fait plus rien pour accompagner sa jeunesse vers l’intégration sociale. Pour ceux qui ne subissent pas le harcèlement policier dû à leur origine, à leur lieu de naissance, ceux qui ne sont pas refoulés lorsqu’ils cherchent un logement ou un travail, c’est déjà un problème : comment font les autres ? Ils ne font rien, la majorité du temps. Ils ruminent. Cultivent un ressentiment quotidien à l’égard de la société qui les entoure. Une partie « tient les murs ». D’autres essayent de jouer le jeu de l’intégration, font des études,essayent de se former. Lorsque trois de ces jeunes gens, récupérés par les mouvements radicaux sont manipulés pour devenir des terroristes, passent à l’acte, c’est un sentiment à double ou triple tranchant qui s’opère : la majorité de cette jeunesse condamne, ne peut cautionner le crime, mais peut aussi renvoyer une « compréhension des outrages » commis par Charlie Hebdo. Cette jeunesse est alors prise en otage : par les meurtriers et par la réaction de la population et des politiques.

Le second degré dans l’exclusion sociale

Il est renvoyé à cette jeunesse, que « dans ce pays, la liberté d’expression est « sacrée », que le droit à blasphémer est permis, et que Charlie Hebdo avait raison de caricaturer, de se moquer de l’islam, des musulmans, même lors d’événements tragiques. La Une de Charlie Hebdo publiée sur Reflets, hier, qui se moquait du Coran « qui est nul, parce qu’il n’arrête pas les balles » — en écho à un massacre en Egypte — est excessivement difficile à interpréter. Si vous n’êtes pas concerné par les problèmes politiques du monde musulman, que vous n’avez aucun rapport avec l’islam, que ce soit par culture, transmission familiale ou conviction religieuse, que le second degré et l’humour noir font partie intégrante de votre culture, il n’y a aucun problème. Encore plus, si vous faites vous-même partie intégrante de la société française, par votre origine, même en ayant des difficultés sociales. Par contre, si vous ne réunissez pas toutes ces conditions, cette Une de Charlie peut créer en vous un certain ressentiment. Que veulent-ils dire ? Pourquoi se moquent-ils des Egyptiens massacrés ? Pourquoi se moquent-ils d’un livre sacré en même temps qu’ils moquent les morts ? Méprisent-ils les Egyptiens ? Méprisent-ils le monde arabe ? Feraient-ils la même chose si ce n’étaient pas des morts arabes musulmans, mais des morts « blancs » et chrétiens, par exemple ?

Une Education nationale qui ne fait plus correctement son travail faute d’ambition politique, des politiques des banlieues proches du néant, l’action sociale réduite année après année, l’abandon républicain des « quartiers difficiles », l’ascenseur social en panne, la parole raciste libérée (populaire, médiatique ou politique), la reproduction des élites, ne peuvent que générer une société clivée, où une partie de la population ne peut plus — ne veut plus — communiquer avec l’autre. C’est dans cette incompréhension faite de souffrance sociale et de mépris de classes que Charlie Hebdo continuait à dénoncer les errements de l’islam, à exprimer une forme de hargne envers cette religion, comme pour la plupart des autres religions, il est vrai. Mais plus souvent à l’encontre de l’Islam. Avec humour. Parfois réussi, parfois non. Ce qui était leur droit, ce qui a du sens en France. Mais qui, pris dans ce contexte mondial et national explosif, de grande souffrance sociale et économique, n’était peut-être plus la meilleure manière de créer du sens collectif, un mieux-disant social et culturel. Un humour qui ne représentait peut-être plus l’ humour qui traverse les milieux, les origines et réunit les gens, et dont nous avions besoin de toute urgence.

Guerre de civilisation ou guerre sociale ?

Les centaines de milliers de musulmans massacrés par la [politique de] guerre de civilisations contre le terrorisme de Georges W. Bush, suite aux attentats du 11 septembre — attentats qui ont causé la mort tragique de 3000 personnes aux Etats-Unis— l’ont été à cause d’une quinzaine de terroristes saoudiens. Ce n’étaient pas des « arabes musulmans », ils ne provenaient pas d’un pays de tradition musulmane, mais d’une jeune monarchie pétrolière, totalitaire, une théocratie qui suit les préceptes d’un courant sectaire créé au XVIIIème siècle. Comment, après cette réponse américaine démesurée, décalée, (et injustifiée pour l’Irak particulièrement), devrait-on « faire société » avec la minorité issue du monde musulman ? Cette question est importante. Il y a l’histoire coloniale incluse dans la problématique sociale française. L’Algérie était un département français. Il y eut le regroupement familial. Notre histoire n’est pas soluble dans la liberté d’expression, la laïcité et la lutte contre le terrorisme intégriste. Ce serait bien trop simple, bien trop dangereux d’aller dans ce sens. Et surtout, ce serait dédouaner les politiques de leur profonde responsabilité dans le drame qui est survenu, et dans l’accentuation des clivages qui ne manqueront pas de survenir.

Il est indispensable d’apporter des réponses sociales, économiques, politiques non-sécuritaires à ce problème : Daniel Cohen-Bendit, invité au concert de dimanche soir en hommage aux victimes, a proposé que 2% des recettes de la publicité pour le football soit reversés au secteur social pour aller « chercher » les jeunes des quartiers défavorisés, en leur faisant faire du foot, avec des éducateurs. Lilian Thuram était en accord avec cette proposition. L’un des frères Couachi voulait devenir footballeur, il avait débuté et abandonné une formation dans ce sens. Ce n’est bien entendu pas la seule solution au problème, mais elle en est une partie, et elle a le mérite — elle — d’exister. Avec plus de chances d’obtenir des résultats positifs que le déploiement de 10 000 militaires et le vote dans l’urgence de lois sécuritaires et liberticides.

En crachant sur leurs tombes

Tuesday 13 January 2015 à 11:53

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Si la France était Charlie dans les rues dimanche, elle semblait devenue Vichy, ce mardi dans tous les medias.

Wolinski, Cabu, Charb et Tignous ne sont pas encore enterrés que déjà se pressent ceux qui ne peuvent même pas attendre pour marcher sur leurs tombes. Au symbole de la liberté d’expression qu’ils ont été, des Cameron, Fillon, Guéant et consors opposent déjà la surveillance généralisée, l’interdiction du chiffrement et l’abandon de nos libertés en échange d’une sécurité promise.

Alors qu’à l’évidence la masse des renseignements policier dépasse de loin la capacité de traitement des services, certains semblent convaincus qu’en faisant fi de toute vie privée, nous serons mieux protégés. Mais de qui ? Comment ?

Qui peut croire que plus de surveillance nous garantira contre les actes de quelques fous suicidaires qui, même suivis et sous écoute, ont fait croire à la Police qu’ils s’étaient rangés des voitures ? Fallait-il aussi écouter leurs pensées ?

Pourquoi ne pas surveiller les OVNIS ?

Et surtout, qui nous protégera contre les dérives totalitaires inhérentes à des sociétés sous surveillance ?

Et que penser de cette volonté, affirmée partout, de contrôler Internet ? Quel rapport avec la choucroute de débiles mentaux radicalisés en prison et dans les mosquées salafs ? Pourquoi Internet et pas les bistros, le courrier postal, ou même les OVNIS tant qu’on y est ?

On aurait pu penser que la simple décence empêcherait de prononcer de tels non-sens au lendemain de la tragédie, on aurait pu croire que 4 millions de manifestants feraient taire les ennemis de la liberté. Mais qui peut encore parler de décence chez nos politiciens, qui peut oser croire encore que le peuple a toujours son mot à dire dans la façon dont il est gouverné ?

À l’évidence, il va falloir se battre, plus que jamais, pour défendre nos libertés.

Alors que nous sommes en deuil, alors que nous pleurons, qui des amis, qui des modèles, il faut déjà se relever et reprendre le flambeau tombé.

Mais d’abord, permettez-moi d’aller – encore – boire un coup à la santé des disparus.

Avant d’aller chialer sur leurs tombes.

 

Terrorisme, le retour… du retour

Tuesday 13 January 2015 à 11:33

L’Histoire est un éternel recommencement. Nous vous livrons ici la Une du Point du samedi 29 juillet 1995. Combo Terrorisme et Internet qui fait peur, bien qu’il s’agisse-là de deux dossiers distincts. Le dossier sur Internet aborde bien entendu toutes les problématiques qui valent encore aujourd’hui à n’importe qui de se proclamer « expert » en cyber n’importe quoi. Et d’être reconnu comme tel. Par exemple, les services secrets sur Internet, la peur d’un Pearl Harbor électronique, l’infowar, la monnaie électronique, Playboy en ligne (notez que l’on est en 1995).

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Devenus des Charlie, tout à fait sobres, ils…

Monday 12 January 2015 à 23:27
Photo : PHILIPPE WOJAZER / POOL / AFP

Photo : PHILIPPE WOJAZER / POOL / AFP

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