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Attentats de Paris : la conjuration des imbéciles

Tuesday 17 November 2015 à 16:44

francois-hollande-et-le-prince-saoudien-salmanLes massacres parisiens perpétrés par des terroristes fanatiques sont politiques. La classe politique française tente, à l’aune de l’ampleur du drame, d’évacuer ses responsabilités. L’unité affichée a un objectif principal : camoufler les raisons purement politiques de cette attaque, et surtout, les racines de celles-ci.

Analyse de la construction d’une « guerre » intérieure en cours, et des guerres extérieures fabriquées par des politiques françaises désastreuses.

La politique arabe de la France

Ce qui était appelée la « politique arabe de la France » n’est pas une simple figure de rhétorique. Les différents gouvernements français depuis les déclarations d’indépendance des colonies (et protectorats) ont orienté leurs relations diplomatiques avec « le monde arabe » dans un sens précis. D’où la phrase consacrée de « politique arabe », voire « pro-arabe » des différents chefs d’Etats français. Au cœur de cette orientation politique très particulière se trouve bien entendu l’Etat d’Israël. Les raisons du refus du gouvernement Villepin de participer à la coalition militaire d’Irak en 2003 sont clairement contenues dans cette continuation d’une politique étrangère française largement favorable aux membres de la ligue arabe, et dans une position de neutralité, voire de défiance à l’égard d’Israël.

L’origine de cette politique est multiple : alliances économiques, soutiens politiques à tous type de régimes permettant la « stabilité intérieure » et la continuation des relations commerciales, même au prix de l’instauration de pouvoirs autoritaires comme en Egypte, en Tunisie, en Syrie ou en Irak. Une autre origine de cette politique pro-arabe, parfaitement établie, et importante, est la spécificité française en termes d’immigration.

La France s’est servie de millions de personnes des colonies et protectorat au sortir de la seconde guerre mondiale pour reconstruire le pays, puis après les indépendances, pour assurer sa suprématie économique nécessitant une main d’œuvre nombreuse, docile et francophone. Après le choc pétrolier de 1974 la population d’immigrés issus des ex-colonies et protectorats du Maghreb était suffisamment importante pour compter, tant d’un point de vue économique que politique. Procéder à une politique pro-Israël, anti-arabe avec des millions de personnes d’origine arabe sur son territoire — et naturellement favorables aux Palestiniens colonisés, ou aux populations des pays arabes en général — est une mauvaise idée. Dont l’Etat français ne s’est pas emparée durant plusieurs décennies.

Dichotomie politique

1991 aurait pu devenir un moment politique très difficile en France, de par la participation du « pays des droits de l’Homme » aux bombardements en Irak. La population française d’origine arabe voyait, en partie, d’un très mauvais œil l’ingérence française causant de nombreux morts parmi des populations arabophones irakiennes. L’invasion illégitime du Koweit par l’armée de Sadam Hussein, l’arrêt des hostilités suite à son retrait militaire permirent de calmer le jeu. Les choses en restèrent là. Mais ce fut un premier accroc dans la politique arabe de la France. L’accroc fut d’ailleurs temporairement effacé par l’intervention à l’ONU de Dominique de Villepin en 2003, refusant de faire participer la France à une guerre illégitime en Irak, ayant pour vocation de détruire un Etat arabe afin de s’y imposer. Jacques Chirac, ami des grands dirigeants du monde arabe savait très bien ce qu’il faisait. Chirac savait aussi ce qu’aurait pu déclencher sur le territoire français, au sein des population françaises d’origine arabe, un tel message politique, un tel engagement forcément meurtrier et totalement injustifié.

sarkozy-argent-qatar

Mais un homme au sein du gouvernement de l’époque tissait sa toile. Nicolas Sarkozy. Au ministère de l’Intérieur, le futur président de la République française de 2007 à 2012, contre alors, en interne, la politique extérieure de son président, Jacques Chirac. La présence de Jean-marie Le Pen au deuxième tour de l’élection présidentielle de 2002 n’y est pas pour rien.

La loi sur le foulard musulman (et non le voile islamique), avec son débat interminable, menant à celle des « signes distinctifs religieux » en 2004, entame alors une longue et douloureuse modification en profondeur de la société française. Les émeutes de 2005 viennent marquer cette orientation,  le clivage social, politique, menant entre autres à la « poussée religieuse » des ghettos français. Si des tendances à des formes de radicalisation religieuses pouvaient exister, les provocations politiques marquées par des lois stigmatisantes et hypocrites n’ont eu qu’un seul effet : l’amplifier. Sans compter les financements massifs des théocraties de la péninsule arabiques dans l’Hexagone, totalement accompagnés, voire incités par les différents pouvoirs politiques français depuis cette même période.

Le grand basculement de la politique arabe de la France survient avec Nicolas Sarkozy président.

Le grand basculement

Les lignes rouges à ne pas franchir l’ont toutes été par ce président. L’accueil de Mouhamar Khadafi en grande pompe à L’Elysée en est une première : le chef d’un Etat terroriste, ennemi juré de la plupart de ses voisins arabes, dictateur infréquentable et isolé sur la scène internationale, devient l’ami de la France… Suivra Bachar El Assad, chef d’Etat autoritaire s’il en est, de confession chiite et ami des Iraniens eux-mêmes isolés par un embargo international et honnis par la France. Que signifient ces messages politiques totalement dichotomiques que renvoie alors Nicolas Sarkozy ? Comment les interpréter ? Personne ne le saura véritablement, et la terminologie de « real politik » viendra recouvrir cette politique étrangère décousue et inquiétante. Jusqu’au sauvetage des infirmières bulgares par la visite en Libye de l’épouse du président français, avec au final, le déclenchement de la guerre… de Libye.

La France devient à cet instant, alors qu’elle tente de soutenir en parallèle le président tunisien despotique Ben Ali — jusqu’à sa destitution et sa fuite grâce à la première révolution populaire du monde arabe — un acteur de la « scène politique arabe » totalement différent. Sarkozy continue le clivage incohérent de sa politique extérieure en apportant son soutien marqué à Israël à plusieurs reprises. On nage dans la confusion, un basculement est en cours, mais il va trouver son apogée avec la Syrie.

La création d’un djihad international bien armé dans la région du Sahel devient possible par la destruction de la Libye et de toutes ses structures institutionnelles. La France se retire et laisse dans les cendres libyennes encore fumantes se déployer des groupes armés profitant d’un chaos généralisé. Viendra la réponse militaire française, encore une fois, au Mali pour endiguer… une situation créée par l’intervention française libyenne. Mais la Syrie a déjà commencé à être déstabilisée. Le grand basculement de la politique française arrive.

Le piège irako-syrien

Il n’y a pas eu de révolution en Syrie. Seulement un embryon de révolte très vite réprimée par Bachar el Assad. La rébellion armée envers le pouvoir de Damas qui débute à l’été 2011 est activée par des groupes salafistes financés et armés par deux monarchies concurrentes du Golfe, l’Arabie Saoudite et le Qatar, plus des factions armées du chaos irakien et quelques autres, venant du Liban, de Libye.

Reflets a traité le conflit syrien, et plusieurs auteurs ont apporté les éléments soulignant sa composante politique et religieuse. Extrait de l’article « Syrie, une balkanisation en marche ? » :

En résumé, des manifestants avec des pierres, peu organisés, qui luttent tant bien que mal contre les forces du régime. Mais pas seulement, loin de là : des groupes salafistes aussi, prêts à toutes les extrémités pour parvenir à leur fin (meurtres de sang froid envers les policiers du régime, mais aussi meurtres de civils qui refusent de les soutenir), et l’armée syrienne de libération. Armée majoritairement composée de déserteurs de l’armée et de combattants étrangers qataris, irakiens (cf article du NYT) et libyens. Une armée à composante sunnite qui procède elle aussi à des exécutions sommaires comme le rapporte ce reportage du Daily star

La ruée sunnite-wahhabite pour déboulonner le pouvoir chiite syrien est en cours depuis 2011. Al Quaïda est de la partie, et personne, parmi les grandes puissances, France en tête, ne veut avouer cette réalité. Les massacres ordonnés par Bachar el Assad s’additionnent à ceux des factions salafistes. François Hollande, fort de ses victoires militaires au Mali, en Centrafrique, ayant approuvé l’intervention en Libye de son prédécesseur, se précipite avec l’intention de bombarder Damas suite au gazage de la population. Laurent Fabius affirme vouloir « armer les factions rebelles ». La France est en train de se mêler d’une guerre civile, religieuse et activée par ses alliés des monarchies pétrolières du Golfe… alors que personne ne lui demande rien.

Le refus de Barak Obama empêchera les bombardements français.

Le Califat, ou la conjuration des imbéciles

La déclaration de « l’Etat islamique en Irak et au Levant » en 2014, groupe d’origine irakienne, rebat les cartes de la région. Le conflit syrien change de visage, et les dernières forces d’occupation américaines assistent impuissante à l’expansion massive d’une armée de djihadistes constituée d’anciens officiers de l’armée irakienne, comme de combattants étrangers et des groupes salafistes présents en Syrie. Les Etats-Unis ont placé au pouvoir en 2006, Maliki, un chiite qui a attisé le clivage sunnites/chiites. La conclusion de cette politique américaine absurde fait exploser l’Irak et engendre le Califat. L’armée de djihadistes s’étend rapidement sur la moitié de l’Irak et rapidement de la Syrie. Egorgements, décapitations filmées, esclavage des femmes, extermination des minorités religieuses, mise en coupe des administrations, du pétrole, des matériels militaires : l’Etat islamique, Daech, le Califat, ce  « proto-Etat » islamique, fondé sur les théories wahhabites saoudiennes, devient une réalité qui s’internationalise.

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La Libye voit ses troupes djihadistes s’inféoder au Califat, Al Qaïda disparait ou presque pour se fondre avec ce dernier. Tous les mouvements intégristes salafistes voient dans la constitution de cet Etat leur « rêve » d’une nation islamique et prophétique prendre forme. Au point que des centaines, puis plusieurs milliers de jeunes gens d’Europe, et d’un peu partout dans le monde, grossissent les troupes de l’armée du Califat.

Pendant ce temps, la réponse américaine reste distante, et surtout parfaitement décalée : des bombardements. La conjuration des imbéciles a débuté.

Hollande, l’ami de tous les infréquentables

A l’été 2014, François Hollande soutient le chef du gouvernement israélien Benyamin Netanyahu qui ordonne le massacre de plus de 2000 civils de la bande de Gaza par des bombardements. La politique arabe de la France n’existe plus. Les relations diplomatiques et économiques avec les plus grandes théocraties du Golfe s’intensifient : les banquiers des milices intégristes de Syrie (l’Arabie Saoudite et le Qatar) sont des interlocuteurs privilégiés de la France, qui pourtant, soutient leur ennemi, Israël. La France qui soutient aussi les rebelles salafistes, mais qui devient leur ennemie lorsque ceux-ci deviennent des membres de l’Etat islamique. Le Calife auto-déclaré de l’EI avait prévenu : les pays qui se mêleraient de les attaquer, en aidant les Etats-Unis, deviendraient des ennemis à abattre.

Les attaques de Charlie Hebdo et de l’Hyper Casher ne sont pas des attaques terroristes, elles sont des actes sanguinaires de fanatiques religieux sans aucune revendication politique. Le terrorisme nécessite une revendication politique pour être taxé de tel. Que la politique extérieure et intérieure de la France aient motivé les 3 apprentis djihadistes du 7 janvier, c’est une certitude. Qu’ils aient été des messagers politiques est sans aucun doute faux. « Vous avez sali notre prophète » est un message religieux, pas politique. Comme attaquer des Juifs. Cette inscription dans une guerre de religions, absurde mais réelle ne fait pas des criminels du 7 janvier des terroristes venant réagir à une politique française. Ceux de vendredi, si.

Messages politiques et pacte avec le diable

Les Français qui ont massacré plus de 130 personnes à Paris vendredi 13 novembre ont lancé un message politique : sur l’action de François Hollande en Syrie et plus globalement sur la politique étangère de la France dans le monde arabe. La revendication du Califat vient appuyer les mots des tueurs. Une infime fraction de la population occidentale s’est fanatisée, puis vassalisée à un projet politique, celui du Califat islamique. Les dirigeants français ont choisi, depuis plusieurs années, de pratiquer une politique étrangère similaire à celles des Etats-Unis, basée sur l’ingérence, la manipulation diplomatique avec des parties opposées, et la domination étrangère par l’action militaire.

Le risque d’engendrer des réponses violentes et aveugles, lorsqu’un pays participe lui-même à des actions violentes et aveugles pour renforcer ses seuls intérêts, est grand. Si jusqu’alors l’ennemi était lointain, ne pouvait réagir, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les forces radicales de l’islam politique wahhabite ont trouvé des failles. Et celles-ci sont simple. Elles s’appellent le désespoir. La rage. La folie meurtrière. L’aveuglement. La conviction de « partager un projet commun », même s’il est destructeur et monstrueux. Toutes ces possibilités présentes dans une partie de la jeunesse occidentale, la plus influençable, la plus manipulable.

Les prêcheurs de mort du wahhabisme sont financé par les mêmes à qui l’on déroule le tapis rouge à l’Elysée. L’argent des wahhabites fait vivre une partie des agents terroristes intérieurs (et leurs proches), des agents illuminée, prêts à se sacrifier au nom de leur « cause ». Le message du Califat est terriblement clair. Les citoyens devraient demander à leur classe politique de faire son devoir d’inventaire. Pactiser avec le diable ne peut que vous jeter en enfer.

Un enfer de balles et de sang, qui comme d’habitude en politique, ne touche que la population, innocente et impuissante.

Quand donc les Français demanderont-ils des comptes à la conjuration des imbéciles pour les pactes infernaux qu’ils signent depuis des années à travers la planète ?

Attaques terroristes, cette affreuse impression de déjà-vu et d’impuissance

Tuesday 17 November 2015 à 15:26

Nous avions eu la Loi sur le Renseignement en réponse aux attaques de janvier 2015. A l’époque, déjà, François Hollande adoptait un ton martial et annonçait un plan VIGIPIRATE porté à « un niveau jamais atteint« , un nombre de militaire supplémentaires « exceptionnel » déployés pour protéger les Français. Toute ressemblance avec un discours récent serait purement fortuite.

Comme il fallait s’y attendre, et en cela François Hollande n’a aucune responsabilité, de nouveaux attentats, encore plus violents, ont frappé la population parisienne. Voici un extrait du discours de François Hollande lors de ses voeux aux forces armées en janvier dernier :

deja-vuBien entendu, une multiplication des actions des services de police et les patrouilles des militaires pourront permettre d’éviter de nouveaux attentats.

Mais pas tous.

Laisser croire le contraire serait une erreur. Sacrifier des libertés pour une protection impossible serait une faute, comme l’a montré l’exemple américain.

Bruits de bottes après le 13 novembre

Monday 16 November 2015 à 20:10

CC – Photo by Céline from Dublin, Ireland

Nous sommes en guerre, nous disent les politiques et quelques intellectuels. C’est un mot très connoté. Difficile à assumer. Généralement, la guerre, c’est la faute de l’autre. De celui qui est méchant. Celui que l’on pointe du doigt, celui qu’il faut détruire. Car une fois enclenchée, il n’y a a priori d’autre sortie d’une guerre que l’éradication de l’ennemi contre lequel on est en guerre. Et l’éradication totale, cela peut aussi s’appeler génocide.

Peut-on éradiquer l’état islamique, notre ennemi désigné et auto-désigné ? Qu’est-ce que l’état islamique ? Des combattants ? Une administration ? Une sorte de « clergé » ? C’est sans doute plutôt une idée. Mortifère sans doute, mais juste une idée. Et peut-on vraiment tuer une idée ?

Un peu d’histoire contemporaine

La guerre totale contre le terrorisme de la part des nations (principalement) occidentales, ce n’est pas une nouveauté. Cela a commencé en 2001, après les attentats aux Etats-Unis. Le concept même de « guerre contre la terreur » a été énoncé par le grand penseur George W. Bush. Toutes sortes de pays se sont joints à cette guerre. Les uns ont laissé la CIA opérer ses enlèvements extra-judiciaires, les autres ont aidé à installer des prisons fantômes, d’autres encore ont partagé leurs informations, tous ont fermé les yeux sur la torture, sur l’emprisonnement extra-judicaire. Ce qui n’est pas sans conséquences.

La guerre (avec des avions et des soldats) a été poursuivie par Nicolas Sarkozy en Libye, puis par François Hollande au Mali et en Syrie.

Que reste-t-il de tout cela, quasiment quinze ans plus tard ?

Un Afghanistan dans une situation catastrophique. Un Irak devenu un sanctuaire des terroristes que l’on combattait. Une Libye devenue un sanctuaire du même type. Une Syrie qui a suivi le même chemin. Une organisation, l’état islamique, plus puissante que la précédente (Al-Qaïda). Toutes ces guerres ont été perdues.

Combien de kilos de bombes, de renseignement récolté et exploité, combien de meurtres d’innocents sur la route de l’éradication des terroristes ? Pour aboutir à quoi ?

Le cycle de la violence

Combien de morts innocents…? Ce point est essentiel.

Il est assez naturel de se sentir envahi par la haine ou le ressentiment après l’acte barbare du 13 novembre 2015.

De la même manière, lorsqu’un innocent est tué dans un bombardement dans les pays visés par la guerre contre le terrorisme, ses proches développeront une détestation des auteurs du bombardement, même s’ils n’étaient pas hostiles a priori.

Refuser ce cycle est une voie plus complexe que celle qui consiste à se laisser porter par les bruits de botte.

Le cycle de la violence ne s’éteint pas de lui-même. Tu nous tue, je vous tue, etc. Le Groupe Sinsemilla avait mis en chanson ce « non-sens » :

Ils ont tué l’un des miens
Comme ça, pour rien
Ils ont tué l’un des miens
Pas un soldat, un gamin

J’entends la douleur
Résonner les pleurs
Et si je ne pleure pas ce frère,
C’est que je laisse monter la colère
Car s’ils ont tué l’un des miens
Demain, l’un des leurs mourra de mes mains

J’rentre dans la danse
Du non-sens
Un fou de plus dans la transe
J’rentre dans la danse du non-sens
Et sourit la démence

J’ai tué l’un des leurs
Ou plutôt l’une, une soeur
J’ai tué l’un des leurs
J’ai choisi la vengeance pour apaiser mon coeur

J’entends la douleur
Résonner les pleurs
Seul ne pleure pas son frère
Qui laisse monter la colère
Car si j’ai tué l’un des siens
Demain, l’un des miens mourra de ses mains

Il rentre dans la danse
Du non-sens
Un fou de plus dans la transe
Il rentre dans la danse du non-sens
Et sourit la démence

C’est juste une histoire sans fin
Il a tué l’un des miens. J’ai tué l’un des siens
C’est juste une histoire sans fin …

C’est juste une histoire sans fin
Il a tué l’un des miens. J’ai tué l’un des siens
C’est juste une histoire sans fin …

J’entre dans la danse
Du non-sens
Un fou de plus dans la transe
J’entre dans la danse du non-sens
Et sourit la démence

C’est juste une histoire sans fin
Il a tué l’un des miens. J’ai tué l’un des siens
C’est juste une histoire sans fin …

C’est juste une histoire sans fin
Il a tué l’un des miens. J’ai tué l’un des siens
C’est juste une histoire sans fin …

Il a tué l’un des miens. J’ai tué l’un des siens
Il a tué l’un des miens. J’ai tué l’un des siens

L’alternative est complexe mais elle existe :

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Le cycle infernal de la violence génère de nouveaux guerriers. Une roue qui tournerait sans fin.

Mais sur cette route, combien de victimes innocentes qui doivent leur sort aux va-t-en-guerre ?

Ici aussi il convient de convoquer l’Histoire. Ne pas se laisser séduire par les discours guerriers d’hommes politiques ou de penseurs qui ont soit leur propre agenda, soit refusent l’effort et le temps de la réflexion. Cet effort et ce temps sont pénalisants en termes politiques. Qui aurait pu croire en pleine guerre du Liban -où des membres d’une même famille pouvaient s’entre-tuer- que ce conflit pourrait prendre fin ? Qui aurait pu croire que le conflit en Irlande pourrait trouver une issue ? Et pourtant…

Ces conflits ont-il été réglé par un tapis de bombes ? Ou par le dialogue ?

Si les dirigeants politiques avaient la présence d’esprit d’écouter les voix dissonantes, ils essayeraient peut-être d’insuffler du dialogue, de la diplomatie. Nombreuses sont les voies à explorer. Le conflit entre Israël et les Palestiniens par exemple. Ce conflit ne se réglera pas  par des bombes dans des bus de Tel-Aviv ou par des bombardements au phosphore sur Gaza. Mais bien par le dialogue politique. Par des pas des uns vers les autres, par des concessions mutuelles.

Le règlement de ce conflit serait probablement une meilleure arme pour lutter contre le terrorisme que les bombardements aveugles en Afghanistan ou en Syrie.

Les libertés individuelles

La lute pour la Démocratie, ce n’est pas que l’aspiration à une revanche, ce n’est pas que le refus courageux des effets de la peur et de la sidération provoquées par ces actes barbares. C’est aussi de se manifester comme un « exégète amateur » face à ceux qui rognent chaque jour un peu plus les libertés individuelles.

Savoir dire non, pas en mon nom, et le faire savoir.

La Démocratie est un contrat social reposant sur une confiance mutuelle entre citoyens et « dirigeants » à qui les premiers délèguent leur pouvoir. Une Démocratie qui considère tout citoyen comme un délinquant en puissance, qui instaure une surveillance généralisée, mute. Elle devient autre chose.

L’exemple américain depuis 2001 est patent. d’autant que, comme l’ont déclaré les responsables du renseignement devant le Congrès, l’arsenal immense de moyens de surveillance mis en place n’a pas été utile dans la lutte contre le terrorisme. Seule certitude,  cette dérive qui mène à la légalisation de la torture, à l’incarcération extra-judiciaire sans perspective de procès équitable, c’est définitivement un autre régime qui ne dit pas son nom.

Il est peut-être temps de faire savoir à à ceux qui instaurent et maintiennent le système que dans ces conditions, une fois le contrat social brisé, nous ne voterons plus ? Quel qu’en soit le coût.

 

 

La vente d’armes numériques à des dictateurs ne nuit pas à la renommée…

Monday 16 November 2015 à 19:54

qosmamesysLe fait qu’Amesys ou Qosmos fassent l’objet d’une instruction devant le pole spécialisé dans les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et génocide du tribunal de grande instance de Paris, le fait que Qosmos soit placé sous le régime du témoin assisté dans cette affaire ne semble rebuter personne. Business as usual et invitations à discuter tranquillement de l’avenir du numérique…

Amesys s’installe un peu plus au Canada et l’on apprend que l’entreprise bénéficie de fonds publics là-bas aussi (après la BPI via Bull en France). Tout va bien, continuons le business, il ne s’est rien passé.

En France, surprise, qui est invité à discuter de la transformation numérique au sein de la DigiWorld Week à Montpellier ? Thibaut Bechetoille lui-même. Le patron de Qosmos. Tout sourire…

bechetoille-montpellier

 

La République des lettres et la République des nombres

Monday 9 November 2015 à 11:41

R-lettres-en-datavizLe concept de République des lettres, même s’il n’a jamais vu le jour en tant que tel, représente une certaine idée de l’Europe et de son rayonnement. Plus de 6 siècles après l’invention de cet « idéal politique et sociétal », la République des nombres l’a supplanté. Dans les esprits et dans les faits. La République des nombres, une certaine idée de la gouvernance par les statistiques, les algorithmes et leurs impressionnants modèles informatiques…

Le concept de République des lettres  a fait l’objet de nombreuses discussion, débat, essais. Elle reste surtout une utopie, vers laquelle aurait pu se diriger le vieux continent. Marc Fumaroli a publié cette année un essai à ce propos :

« La «République des lettres» est l’utopie d’une Europe lettrée, chrétienne et irénique, fondée sur le culte du savoir, de l’éloquence et de l’échange intellectuel qui aurait dominé, si même de façon souterraine ou invisible, le monde de l’esprit entre, disons, Pétrarque et la fin du XVIIIe siècle. « 

La République des lettres, cet que promeuvent des humanistes pour la première fois en 1417…

Son antithèse absolue, sa face sombre et opposée pourrait être la République des nombres. Cette gouvernance technocratique et bureaucratique, sans idéal, vouée à déshumaniser tous les pans des sociétés européennes, et au delà.

La science appliquée comme religion

Le culte voué aux sciences est devenu massif en l’espace de quelques décennies. La capacité des sciences à s’appliquer à tous les pans de l’existence par l’émergence permanente de nouvelles technologies joue énormément dans ce phénomène. Les sciences fondamentales se sont fondues progressivement, à leur corps défendant, dans une grande farandole industrielle, et si elles perdurent un tant soit peu, leur obligation de résultats est devenue une constante. « La théorie scientifique pure, un peu, mais si une application industrielle peut en découler » pourrait presque définir l’orientation globale des « deux sciences », celle dite appliquée, et l’autre, la fondamentale. Les progrès de la miniaturisation et des capacités de calculs informatiques possibles grâce à la physique quantique ont donc débouché sur un nouveau monde. Electronique,  infiniment petit et… modèles informatiques statistiques et prédictifs.

Cette invasion généralisée des sciences appliquées, de la miniaturisation électronique, des algorithmes, dans l’espace quotidien est une première dans l’histoire de l’humanité. Transports, communications, médecine, éducation, agriculture… Toutes les activités humaines sont touchées.

Les habitants des pays développés ne peuvent plus se passer des sciences appliquées, et si le terme de « culte » peut paraître fort, il est pourtant largement proche de la réalité. Les rituels de connexions aux espaces numériques de communication sont similaires à ceux des cultes religieux. La croyance, le sentiment de puissance, d’élévation et d’apaisement de l’angoisse que procurent les technologies numériques correspondent en tous points à ce qu’offrent les monothéismes.

Les nombres, la maîtrise et le contrôle

La description du monde qui nous entoure est devenue une succession de nombres. Plus rien n’échappe à cette mise en nombres. La baisse, l’augmentation de tout phénomène, tout changement, sont retranscrits en nombres : chômage, cancers, accidents, croissance économique, élections, sexualité, travail, éducation, intentions… Cette obligation à effectuer une « numération de toute chose » mène à plusieurs phénomènes d’importance. Le premier est le sentiment d’une maîtrise des environnements. Connaître avec précision la teneur d’un phénomène, à la décimale près, n’est pas la même chose que de s’en « faire une idée ».

La sensation de maîtriser un quelconque sujet par la numération est au cœur du fonctionnement politique, social, économique des sociétés modernes. Cette numération se teinte d’un vernis de science en tant qu’elle procède de démarches intellectuelles scientifiques ou assimilées. Une fois la maîtrise (ou une sensation) assurée par les nombres, vient le contrôle. Le nombre est un moyen de formaliser n’importe quel concept sans avoir besoin, le plus souvent, de développer des idées. Ou des idéaux.

« La science est une chose merveilleuse… tant qu’il ne faut pas en vivre ! »

(Albert Einstein)

Le contrôle possible grâce aux nombres est simple. Sans part d’ombre visible, sans subjectivité, sans aucun besoin de justifier ses actes. Le nombre est une valeur à lui tout seul, qui remplace toute autre valeur, comme celles développées par le concept de République des lettres, dont une centrale : la valeur morale dite humaniste.

Quand le politique oublie la cité et ses idéaux

Une République des nombres est un espace démocratique, au sens du « respect » (apparent au moins) des libertés individuelles, mais géré par des machines. Cette phrase peut choquer, puisque des hommes et des femmes sont élus et sont censés diriger et représenter l’ensemble de la population. La réalité de la République des nombres, que nous vivons aujourd’hui, est pourtant celle d’une gestion par des machines.

Les politiques, élus  ou nommés, sont des êtres humains « mécaniques » dans leurs discours et soumis dans leurs décisions aux résultats des machines. Aux nombres que ces machines recrachent.  Aux prédictions qu’elles génèrent.

Quelques exemples de la réalité gestionnaire et statistique actuelle peuvent aider à mieux cerner ce phénomène. Le logiciel américain Predpol a fait grand bruit par ses capacités de prédiction des crimes. En apparence, puisque des chercheurs, interrogés par nos confrères d’InternetActu démontrent « l’invention de l’eau chaude » que ces algorithmes représentent. Sur le site stratégie.gouv.fr, un ingénieur se questionne sur les dérives possibles de l’utilisation des big data dans la gouvernance politique, avec comme exemple, la nouvelle mise en œuvre d’un logiciel de prédiction des crimes et délits pour la gendarmerie nationale :

« La gendarmerie envisage de se doter d’un outil informatique identifiant, à partir d’un traitement statistique de millions de données relatives aux crimes et délits, les lieux et les moments où la délinquance a le plus de chance de se produire. Les conséquences des erreurs de ce dispositif seraient, aux dires des promoteurs de ce projet, limitées et rapidement corrigeables. Cet exemple, parmi d’autres, montre combien le phénomène de massification des données, dit big data, fait miroiter chez les décisionnaires publics de nouvelles perspectives d’amélioration et de gains de performance. Cependant, ils risquent ainsi de se dessaisir radicalement de certaines de leurs prérogatives les plus fondamentales. »

Les algorithmes de prédiction des crimes, de surveillance de la population aux fins déclarées de lutte contre le terrorisme — comme la production de statistiques et de tentatives de modélisation de tous phénomènes — ont en commun une volonté politique : celle de ne plus avoir besoin… de volonté. La machine et ses résultats viennent cautionner le politique, qui peut se réfugier derrière la qualité scientifique (ou supposée comme telle) des problème chiffrés et dont les solutions sont données par la machine. Les idéaux, la cité dans sa dimension purement humaine ne peuvent être mis normalement en nombre.  S’ils le deviennent, ce qui est en train de survenir, c’est leur disparition intrinsèque qui est assurée. Et l’émergence d’autre chose.

Déshumanisation généralisée

La République française des nombres que dirige François Hollande est une continuation caricaturale de celle de Nicolas Sarkozy. Ce dernier voulait redonner du pouvoir d’achat, et déclarait, par exemple, des objectifs chiffrés sur les reconduites aux frontières des étrangers en situation irrégulières. La gestion numéraire de la société, basée sur les sondages d’opinion ou des projections électorales tenaient une part importante de la « gestion » du président français de 2007 à 2012. Mais François Hollande est allé plus loin, puisque la réussite entière de son quinquennat se base, d’après lui-même, sur… l’inversion d’une courbe. Celle du chômage.

François Hollande ne jauge la société qu’à l’aune des résultats chiffrés : la croissance doit atteindre 1,5%, le déficit doit s’abaisser à 3%, les émissions de gaz à effet de serre doivent baisser de tant de % avant telle date, etc…

Tel un super chef comptable, satisfait des résultats obtenus, le chef de l’Etat observe les 65 millions de nombres bien rangés dans leurs cases que constituent les « citoyens » français : entrepreneurs, fonctionnaires, salariés, chômeurs, membres de la classe moyenne, de la classe populaire, exclus, immigrés, d’origine immigrée, des banlieues, du monde rural, de la classe supérieure.…

Courbes, modèles, projections, calculs, graphiques, sondages, tout n’est que nombre pour François Hollande, qui, en permanence, se félicite des bons résultats chiffrés, ou se plaint des mauvais. Il n’y a aucun être humain dans la société dirigée par le président social-démocrate, et donc aucun projet de société. Seul compte… le résultat comptable.

Cette nouvelle République peut être considérée, dans ses fondamentaux, comme une injure à ceux de l’ancienne : la Liberté est battue en brèche dans une société de surveillance, de contrôle numérique et de réactions politiques aux seules statistiques, l’égalité n’a aucun sens dans l’automatisation du décisionnel grâce à des algorithmes discriminants, ou de projections informatiques non-contestables de par leur caractère « scientifique », quant à la fraternité, il semble difficile de la chiffrer, tant le concept est humain et échappe aux machines ou aux résultats de savants calculs…

Questionnements indispensables ?

Le caractère déshumanisant de cette nouvelle gouvernance algorithmique ne peut être camouflé par des discours laissant croire que des idéaux ou des valeurs fondent les décisions politiques. Sans projet autre que celui de l’atteinte d’objectifs chiffrés, la société n’est plus gouvernée. Elle est gérée. Mécanisée.

L’individu, membre de cette société peut-il accepter que celle-ci n’ait plus aucun projet autre que celui d’inverser des courbes ou de réduire des facteurs ? Peut-on humainement accepter de voir les vies humaines transformées en nombres et modifiées par des décisions issues de modèles informatiques imparfaits, non-maitrisé et non-désirés ? Et même s’ils l’étaient : les citoyens peuvent-ils accepter que des intelligences artificielles leur dictent leurs conduites ?

Les questionnements sur la République des nombres sont nombreux. Le contraste entre une véritable démocratie vivante et humaine — de débats, d’idées et d’idéaux, de promotion des valeurs humanistes — et cette République des nombres, est tel, qu’il semble difficile que son acceptation, à termes, se fasse sans heurts. La crise de crédibilité politique (française ou européenne) en cours n’est-elle pas d’ailleurs liée directement à cette gouvernance ?

Le regain du « sentiment religieux » actuel, dans une partie de la population ne pourrait-il pas, lui aussi être causé  par un rejet de ce nouveau modèle ? Sans pour autant condamner la technologie ou la science, mais plutôt par le biais d’un repli religieux dénonçant inconsciemment le détournement des sciences effectué à des fins de gouvernance désincarnée et mécanique ?

Et fondamentalement : les esprits seraient-ils tellement habitués à cette gestion, confortés par le culte du numérique et de l’efficience technologique qu’ils n’auraient plus aucune volonté, au point de se soumette passivement au règne des nombres ? Ces esprits pourraient-ils croire être en mesure de changer la société en s’appuyant sur les nombres et en votant pour ceux qui prétendent résoudre les problèmes grâce à ces mêmes nombres ?