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Mais à quoi peut bien servir une 🍏 Watch?

Tuesday 31 May 2016 à 22:12

🍏 Inc

horlogeNous noterons la présence de 🍏 plutôt qu’un bête mot avec de bêtes lettres. Le logo plutôt qu’un mot, après Prince et son love symbol O(+>, c’est un tantinet ringard.

L’idée étant clairement que ce produit devienne un nom commun, comme scotch ou frigidaire. Bon, ce mot existe déjà, et en anglais, il y a un double sens : montre et regarder.

Apple est célèbre pour transformer des brouettes en objets de culte sympathiques. Proposer l’iPhone a l’époque des Nokia moches et immortels, des Palm Pilot moche et moche, des machins Java clinquants et inutilisables, a été une rupture. Bon, ok, le téléphone en a profité pour perdre son usage de téléphone, mais on ne va pas non plus pinailler, il est quand même devenu un terminal pour consommer du forfait réseau, de la musique ou même des films (des petits films), et il a quand même permis la création de Snapchat ou de commander son Über qui libère. Il a aussi permis de constituer une collection de pouces, parce que les codes PINs, c’est has been, et aussi de payer son Starbuck sans payer, euh, sans contact.

Par contre, de nos jours, le succès, c’est la croissance, et une fois que l’on a saturé le marché du haut de gamme, que même les pauvres ne veulent pas d’une version au rabais, et que l’Empire Galactique n’est pour l’instant constitué que d’une seule planète, la Terre, c’est la cagagne. Même avec des batteries soudées et des appareils qui se plient quand on s’assoit dessus, le taux de renouvèlement n’est pas suffisant. Il faut donc trouver une idée, un peu plus disruptive que le gros iPod, qui a encore du mal à éradiquer la presse papier. La faute au poisson qu’on emballe, je suppose.

Donc, après le gros, il reste le petit, et donc la montre.

La montre

Une montre, c’est une horloge que l’on a mise dans sa poche, puis au poignet. Sauf que pour avoir l’heure et les poignets libres, on peut regarder sur son écran, ou, effort suprême, sortir son téléphone de sa poche.

La montre ne sert plus qu’à montrer que l’on a réussi à plus de 50 ans. De toute façon, à l’ère de Twitter, on n’a plus le temps de lire l’heure, on reste scotché dans l’état « à la bourre ».

Donc, pour disrupter la montre, il suffit de lui coller un écran couleur, tactile et du réseau. Sauf que non. Les évolutions se font par palier.

Ajouter un quartz apporte la précision et dispense de régler l’heure une fois par semaine, en échange d’une pile qui dure des années.

Ajouter un écran LCD (tellement laid) dispense de l’effort de lire des aiguilles, sans trop bouffer de piles.

Ajouter un écran couleur rétroéclairé et du réseau sans fil, on change d’échelle, on passe de l’électronique civilisée à la barbarie informatique. On passe surtout à une autonomie d’une journée, complète, si on sert les fesses.

Donc, voilà, on une montre qu’il faut sortir de veille, un fond d’écran avec des aiguilles qui tournent, super avancée pour l’humanité. Apple n’a clairement rien inventé, Motorola a sorti il y a quelques temps un machin rond (très important le rond), que tout le monde a déjà oublié.

Allez, on va rajouter des trucs, la connexion avec le smartphone qui va piailler via le réseau Bluetooth (je vous laisse imaginer l’hygiène dentaire de Dent Bleue le viking). Déjà le brrrrt de l’iPhone ou les alertes sur l’ordinateur saucissonnent votre temps de cerveau disponible, là, on monte la dose d’interruption à 16h par jour. La montre est de fait un accessoire du téléphone, pas sa remplaçante.

L’écran permet d’afficher trois lignes, et nos gros doigts permettent peu d’interaction. On peut lui causer comme à Kit dans K2000. Le progrès n’est pas encore super flagrant.

On va donc y coller des capteurs. Deux leds pour le rythme cardiaque, un accéléromètre et un gyroscope. Voilà, la montre sait maintenant quand vous glandez ou faites du sport. Elle sait aussi quand vous niquez ou plus simplement votre stress, bref tout ce que votre coeur peut dénoncer.

Apple appelle ça santé, en proposant une image vertueuse, votre montre va vous servir de coach et vous pousser à mettre un short ridicule et des baskets colorés, pour maintenir votre karma à niveau.

Sauf qu’Apple vous connaît, il a votre numéro de téléphone, votre mail, votre carte bleue, votre capacité de concentration, votre position géographique, votre empreinte digitale, votre sexe, et maintenant votre coeur.

Quand Apple parle santé, il pense à assurance santé, et pas à santé tout court. Assurer uniquement les bien portants qui ont de la thune, d’un coup, ça devient beaucoup, beaucoup plus intéressant que de donner l’heure. Enfin, donner, c’est le terme officiel, toujours aussi risible.

Do you speak ça va mieux ?

Thursday 26 May 2016 à 21:09

hollande26 mai 2016.

Suite à l’opération manche de pioche de la CGT, j’avais séché la précédente manif, ambiance de merde, et surtout pas envie d’être là pour le match retour. L’affaire s’est finalement apaisée.

Les manifs saute-mouton, c’est folklorique, mais ce n’est pas terriblement efficace. Donc, cette fois-ci, pour booster un peu la manif, il y a une bonne couche de grève dans des secteurs stratégiques. Raffineries, dockers, routiers, centrales nucléaires, journaux papier. La panique des toxicos du pétrole est d’ailleurs belle à voir : 5 fois la consommation normale, juste pour le stress.

Donc, grâce à ce contexte, la manif du jour est de suite beaucoup plus crédible. La foule est très dense, dès la sortie du métro. La tête du cortège, la seconde moitié, quoi, et un assemblage de divers syndicats classiques. J’imagine que l’idée est d’éviter à la CGT la tentation de sortir les manches de pioche. Pour faire les gros yeux à la CGT, ils leur ont collé dans les pattes la FSU, les profs, quoi, ce qui semble logique.

Donc, bon trajet, Bastille-Nation, bonne ambiance, bonne densité, bonne météo. Pas de flic sur le trajet, pas de tension, on a un peu l’impression de voir une manif témoin, comme les maisons du même nom.

Ça n’avance pas vite, mais sans trop non plus piétiner. J’ai quand même la crainte que ce quinquennat ait défoncé réformé la notion de normalité pour une manif. Mais oui, c’est une manif normale : il y a le grand couillon avec son grand panneau coloré à bout de bras au-dessus de la tête. Il s’incruste dans la banderole de tête, va poser devant les CRS. Ce type est une starlette sur la croisette de Cannes. Les bimbos ont leurs seins en plastique, lui a sa pancarte (ainsi que des dettes). Il est un poil reloud avec son omniprésence.

Mais, au tournant du boulevard Reuilly Diderot, on peut entendre les détonations des grenades de désencerclement. C’est grillé pour la manif exemplaire.

On commence à entendre l’hélicoptère jaune en vol stationnaire, pour que son gros oeil puissent surveiller tout ça.

Des panneaux publicitaires sont défoncés puis bombés. C’est ballot, avec la clef, il est possible de changer l’affiche sans rien péter, et ça a bien fonctionné jusqu’à présent. La vitrine Skoda a pris cher, mais n’a pas cédé. Les banques sont de toute façon déjà repeintes, et leurs vitrines sont maintenant des panneaux de bois.

En remontant le boulevard, à chaque gros croisement, il y a des CRS derrière leurs murs à roulette, pour les petites rues, ils sont en retrait, plus discret. Par contre, la foule prend toute la largeur, et les CRS ne s’amusent plus avec leurs inquiétantes remontées de manif par les trottoirs. Il y a d’ailleurs beaucoup moins de casques chez les manifestants, mais les masques à poussières restent universels et intergénérationnels. Ça va mieux. Ça va même tellement mieux que l’on peut arriver jusqu’au MK2, juste avant la place de la Nation. Le FSU avec son micro sur son camion continue son karaoké, il enchaîne son intégrale de l’internationale (avec le couplet censuré anti militariste), un chant féministe et d’autres machins avec du rouge dedans.

Là, ça bouchonne pour de vrai. Il y a toujours ce microclimat sur la place de la Nation, ce gros cumulus qui marque chaque fin de manif. De loin, c’est dur de savoir si c’est du fumigène ou de la lacrymo, le vent est pour nous.

Ah tiens, ils font du tri sélectif sur la place, d’un côté, partent plusieurs volées de déchets recyclables. Au bout d’un long moment, l’autre coté réponds avec des tirs de lacrymo, avec ces jolies traînées en paraboles. M’en fous, le vent est des travers. Ah non, il tourne, raaah, ça pue toujours autant ces conneries, ça pique le nez, les yeux, mais aussi le visage. J’espère qu’ils ne testent pas ces cochonneries sur des animaux, par ce que sinon, BB serait très colère.

La foule commence à refluer, les totos insultent les syndicalistes en les traitant de lâches, les SO sont vexés. Ah tiens, un SO de la CGT qui traite un toto de stalinien. Rah, on avait dit pas les parents pour les insultes. Vexés, les syndicats braillent « On ne recule pas« , et ça marche à peu près.

C’est quand même la première fois que je suis si près de la destination de la manif. Une manif de bout en bout, ce luxe.

De toute façon, comme les rues perpendiculaires sont murées, il faut remonter sur des kilomètres, et stresser l’arrière de la manif, pour pouvoir partir. Donc, s’il y a masse, autant avancer.

Champion du monde, pour la première fois depuis cette vague de manif je peux mettre le pied sur la place, dans une ambiance presque calme. Des street medics apaisent des gens défoncés au gaz, assis par terre. Ça va mieux. Les CRS gardent leur distance, pas de baqueux visibles. Ça va mieux. Ça va mieux, mais j’ai quand même l’impression de traverser une rivière en Amazonie avec les piranhas de chaque côté. Ils sont pénibles avec leur fascination pour les nasses, pour les murs, pour les bouilloires. Comment faire une dispersion sans porte de sortie? Il faut faire un tirage à la roulette, repérer un trou officiel dans les lignes de flics, et avoir confiance dans sa tête de benêt inoffensif pour réussir le test du délit de sale gueule. Bingo, ça passe. Visiblement, ce sont des CRS frais, ils sont étonnement détendus et constructifs.

Ah tiens, je suis dans le vent, ça pique de nouveau, une mémé impotente en terrasse se fait gazer, ça va mieux.

J’imagine bien que la dizaine de détonations corresponds à autant d’éclats de caoutchouc dans les guibolles du début de la manif, il faudra regarder le compte rendu de Taranis news pour avoir un contre point. Mais surtout, ne pas oublier : ça va mieux.

[edit]

Que l’on soit au début ou au milieu de la manif, on voit des choses différentes. Il y a bien eut du sang et des larmes à l’avant, les photos et récits ne sont pas dur à trouver.

Rassurons nos lecteurs : contrairement aux rumeurs, les membres de la rédaction de Reflets n’ont pas été pris en otage

Wednesday 25 May 2016 à 17:01

otages-2Vous avez sans doute lu dans la presse que toute la rédaction de Reflets avait été prise en otage. C’est faux. Nous tenions à rassurer nos lecteurs, les journalistes de Reflets n’ont pas été pris en otage. Nous allons et venons librement, personne ne pointe une arme sur nos tempes, nous ne vivons pas reclus dans une cave, enchaînés, nous pouvons aller au restaurant ou nous cuisiner de bons petits plats. Tout va bien.

Il y a ces derniers jours une inflation des déclarations sur la prise d’otages en cours. Elle est énorme. Notez bien, ce sont près de 70 millions de personnes à qui l’on a arbitrairement retiré leur liberté. Ils sont sous la contrainte d’un arme et ne peuvent plus quitter leur lieu de rétention. Décidément, le terrorisme est passé à une échelle qui restait jusque là insoupçonnable. Combien de djihadistes au regard injecté de sang a-t-il fallu pour attraper tous les Français, les jeter dans des caves aveugles et humides?

Le sens des mots

De gauche, de droite, tous les politiques parlent de LA prise d’otages en cours. Ce n’est pas une question d’idéaux politiques. Mais c’est une question de vocabulaire. Car les mots ont un sens. Et d’ailleurs ce sens peut varier sensiblement d’un individu à l’autre. Par exemple, l’auteur de ces lignes se fait une idée plus ou moins précise de ce que « être pris en otage » veut dire. Mais les anciens otages au Liban, en Syrie, en Irak, ont certainement une idée plus précise. Il leur est peut-être d’ailleurs plus insupportable de voir leur calvaire être comparé à la gène d’un automobiliste qui ne peut se ravitailler en essence pendant quelques jours ou d’un passager qui ne dispose que d’un train sur cinq pour se rendre à son travail et en revenir pour rejoindre sa famille le soir.

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Au delà du simple sens des mots, il y a les implications, les sous-entendus. Dans l’inconscient collectif, une personne qui en prend une autre en otage est nécessairement quelqu’un qui ne respecte pas les lois, qui ne voit pas l’autre comme un individu, mais au mieux, comme une marchandise. Bref, une personne qui n’a pas grand chose d’humain, quelqu’un qui ne s’intègre pas à la société dans laquelle il évolue. Dire que les grévistes « prennent en otage les Français », c’est sous-entendre qu’ils se placent en dehors des lois et de la société. Presque des terroristes. En ces temps d’Etat d’urgence, il n’y a qu’un pas à franchir pour que les grévistes soient labellisés officiellement et clairement comme des terroristes.

La Démocratie française a déjà muté, comme l’avait fait la Démocratie américaine après le 11 septembre. Elle a perdu son D majuscule et s’est nettement rapprochée d’autre chose, presque d’un Etat policier. Là aussi les mots ont un sens. Parler d’Etat policier ou de dictature pour la France est une insulte à tous ceux qui vivent au quotidien dans ce type de système politique. Méfiance donc. Mais la mutation est en cours, cela est certain. Vers où va-t-on et où la mutation s’arrêtera-t-elle ? Mystère. C’est aux Français de dire où est la limite. Il serait d’ailleurs temps qu’ils le fassent en masse.

 

Désolé Stéphane Le Foll, mais il y en a un qui ment…

Wednesday 25 May 2016 à 12:22

image-pinocchio-7Ce matin, Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement était affecté à la dure tâche de rassurer les Français sur le fait que le gouvernement contrôle la « situation ». Tout va bien, mieux, même, comme dirait François Hollande. Pénurie ? Quelle pénurie ? Non, non, au pire il y a une « prise en otage » par des gens irresponsables qui veulent casser l’amorce de reprise de la croissance. Sur France-Info, donc, Stéphane Le Foll, qui parle comme son patron François Hollande (mêmes intonations), a assuré que la France n’a pas encore commencé à puiser dans ses réserves stratégiques. Juré. La question a été posée clairement, reposée. La réponse était catégorique.

Las… Quelques heures plus tard, un type qui va se faire taper sur les doigts par le gouvernement et qui avait du se lever trop tard pour écouter la voix officielle de la France (c’est pas rien ça, hein, c’est sérieux, important, il faut toujours écouter la Vérité formulée par le porte-parole du gouvernement), a assuré… Le contraire.

Francis Duseux, président de l’Union française des industries pétrolières (UFIP), a expliqué, tranquillou, que « depuis deux jours, comme il y avait des problèmes de fonctionnement de raffinage, de déblocage de dépôts, on a, en collaboration avec les pouvoirs publics et sous l’entier contrôle de l’Etat, commencé à utiliser les stocks de réserve ».

Mentir, ce n’est pas si grave au fond. Ce qui est ennuyeux, c’est quand ça se voit comme un éléphant dans un couloir. Pourquoi ? Parce que la confiance, cela prend beaucoup de temps a gagner et cela se perd à la vitesse de la lumière. En outre, lorsque cela se voit, les gens ont une impression désagréable : celle d’être pris pour des cons.

Le travail : parlons-en…

Wednesday 25 May 2016 à 10:21

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Une partie de la population se fâche contre la régression réforme du droit du travail — instiguée et passée en force par le gouvernement socialiste — mais peu de médias traitent le fond du sujet, pourtant central, celui du… travail. Justement.

Le travail, c’est la justice ?

Dans un pays riche, industriel et développé, le travail est un enjeu de société crucial. Toute la société française repose sur l’activité de production, qu’elle soit de biens ou de services, et ce, pour une raison simple : le modèle de société actuel est issu de la révolution industrielle, et s’est renforcé au cours du XXème siècle par des luttes sociales. La santé, l’éducation, les transports, les loisirs, l’alimentation, toutes les activités indispensables à la cohésion et au bon fonctionnement de la société sont dépendants du travail de millions de personnes qui produisent ces biens et ces services. Cette évidence n’est pas forcément claire dans d’autres pays, qui fonctionnent à l’aide de rentes tirées des énergies fossiles extraits de leur sol, l’utilisation de travailleurs étrangers expolités et sans droits, ou encore du refus de certains d’Etats d’investir pour les infrastructures de base.

En France, les personnes travaillent, en retirent un revenu, en reversent une partie à la collectivité (l’Etat) qui investit dans les infrastructures, puis ils consomment des biens et services qui rapportent des revenus à ceux qui les vendent, etc… La règle établie jusqu’alors est simple : travailler correspond à avoir une activité rémunérée dont une partie est retirée au travailleur pour payer des cotisations sociales, taxes et autres impôts qui permettent de bénéficier d’une somme de services et protections au sein de la société. Le travailleur à des droits et des devoirs, tout comme l’employeur. Jusque là, tout va bien…

L’étrange renversement des valeurs

Ce qui est survenu en quelques décennies est un mouvement de fond déjà ancien et propre au systèmeme économique en place, mais il est fondamental. Ce mouvement est le basculement de la part du travail vers celle du capital, et au delà, de l’inversion des valeurs. Pour faire simple : plus vous êtes en charge de produire le bien ou le service d’une entreprise publique ou privée, donc au cœur de ce qui crée de la valeur dans la structure, moins votre revenu est élevé. À l’inverse, moins vous êtes productif, donc plus vous êtes éloigné de la fabrication, du travail concret que votre entreprise fournit, plus votre revenu est élevé.

Prenons l’exemple de n’importe quelle société de service, comme un call-center. Ce que produit une entreprise de ce type est simple à envisager : un service par téléphone à des usagers. Il faut donc des opérateurs qui répondent à des clients par téléphone. Sans les opérateurs, l’entreprise n’existe pas. Il y a bien entendu d’autres salariés nécessaires au fonctionnement du service, comme les commerciaux, les comptables, mais dans des mesures moindres que les opérateurs. En réalité, une fois l’entreprise lancée, si l’on ne gardait que les opérateurs, le service pourrait parfaitement fonctionner sans commerciaux. Sans superviseurs. Sans gestionnaires. Sans chef. Avec les comptables, mais pas plus. La réalité que chacun connaît est que le moins payé dans ce type d’entreprise est celui qui effectue tout le travail nécessaire à créer la valeur… intrinsèque à l’entreprise. Les mieux payés le seront au fur et à mesure de leur inutilité dans la structure. Le comptable, utile, (encore que les progrès de l’nformatisation permet de relativiser leur activité) sera un peu mieux payé, mais nettement moins que le commercial, relativement inutile.

C’est donc lorsque nous arrivons tout en haut, dans le cercle des dirigeants, qui ne produisent jamais aucune valeur intrinsèque, que les plafonds de salaires explosent. Sachant que sans ces dirigeants, la valeur continuerait à se créer.

Dans un supermarché, une usine de voitures, une station service : moins vous êtes au cœur de l’activité, moins vous créez de valeur directe dans l’appareil de production, mieux vous gagnez votre vie, plus votre salaire est élevé. Ce constat est important pour plusieurs raisons : la première est que la valeur du travail s’est inversée. La deuxième est que l’échelle de revenus ne correspond absolument plus à la réalité sociale.

Travailler sans métier, là est l’avenir

La dichotomie perverse du système en place à été très bien vendue à grands coups de discours martellés de façon systématique, pour éviter de questionner le fond du problème. Celui de la captation des richesses issues du travail par une classe minoritaire.

Lorsque l’on parle des personnes qui travaillent, le mot « travailleurs » peut être utilisé. Il l’est de moins en moins pour une raison simple : ce terme fait ressortir l’énormité de l’injustice en place. Un travailleur à un métier qu’il exerce. Que ce métier soit peu ou très qualifié ne change rien au fait que le travailleur a une activité référencé, connue, avec une formation qui s’y affère, etc…

Pourquoi ne parle-t-on pas de travailleurs quand il est question des « patrons », des cadres dirigeants, de toutes les personnes à hauts salaires qui ne participent pas directement à la création de valeur ? Parce qu’ils n’en sont pas, des travailleurs. Il n’ont en général pas de métier établi qu’ils exercent. « Patron » n’est pas un métier (ni entrepreneur), cadre dirigeant est une fonction. Mais que fait-il exactement ce cadre dirigeant ? Où est son métier concret ?

Plus vous savez effectuer une tâche professionnelle précise, que votre métier est connu, établi, moins vous pourrez bénéficier d’un bon revenu. Le cas des rédactions est amusant à traiter : les articles, sujets antennes, sont produits par des journalistes, majoritairement précaires. Ils sont les moins bien payés de la rédaction. Sauf que sans eux, pas de média. Toutes les personnes qui ne descendent jamais dans la salle de rédaction, ne produisent jamais rien pour le média, n’ont jamais la main sur les sujets et la ligne éditoriale, sont les mieux payés de l’entreprise. La promotion salariale des individus passe par la capacité à ce qu’ils soient de plus en plus incompétents et improductifs. Cet état de fait à été théorisé dans les années 70 sous le nom de principe de Peter.

L’avenir salarial appartient  donc à ceux qui ne savent rien faire et ne produisent rien. Ce sont eux qui captent la majorité de la richesse produite. Dans une logique absurde qui tue la créativité, l’envie de faire, et inverse le mérite professionnel. Comment est-il possible de continuer à parler de travail dans ces conditions ?

Recréer une logique de la valeur

Face à ces constats, confortés par les discours médiatiques sur la « valeur des patrons » — qui si elle doit être « peut-être un peu régulée « ne peut être remise en cause selon eux — dont les salaires peuvent atteindre 400 fois le salaire le plus bas de leurs entreprises, le combat est inégal. Il a été admis que les salariés qui effectuent des tâches indipensables pour la production de l’entreprise sont des sous-merdes qu’on doit payer le minimum, et que ceux qui les « dirigent » peuvent se payer chaque mois plusieurs années de salaires des premiers. Celui qui a le « pouvoir de décision », la fonction sans métier établi est celui qui vaut le plus, celui qui agit, exerce son métier, vaut le moins.

Pourtant, il est possible de créer des structures autres.

La scop est une structure coopérative où chaque salarié est actionnaire. Tout le monde est « patron » dans une scop. Cela ne signifie pas que tous les salaires doivent être les mêmes. En fonction de la difficulté des tâches exercées, des qualifications requises, des disparités de salaires peuvent bien entendu exister, mais elles sont déterminées par l’ensemble des salariés, qui de toute manière sont intéressés aux bénéfices de l’entreprise. La logique de la valeur n’a rien à voir dans une structure où chaque salarié est actionnaire. Où chaque voix compte. Où chaque métier peut s’exprimer au sein du conseil d’administration.

Réformer le travail en France pourrait être une bonne chose. Surtout si un gouvernement de gauche s’y attelait, puisque la gauche est censée transformer la société pour aller vers une plus grande équité, créer les conditions d’une lutte contre les injustices sociales, et participer à une mise en cause effective de la captation du capital par ses détenteurs. Redistribuer. Rendre les salariés actionnaires. Orienter vers la détention participative, à l’intéressement, à la prise de décision des salariés dans l’orientation des entreprises et l’équilibre des salaires.

Ce serait beau, non ?

Le travail est central pour l’équilibre d’une société. Surtout quand il en manque. Tenter de réduire les droits des salariés, les humilier encore plus en donnant plus de pouvoirs aux improductifs détenteurs du capital [ou asservis à leur cause] est une très mauvaise idée. Au point que c’est l’équilibre de la société tout entier qui pourrait être brisé.

L’éloge du travail dans la bouche de ceux qui n’ont jamais exercé aucun métier est une provocation. Jusqu’où pourra-t-elle être soutenue ?