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Jan
11
2012

V, un anarchiste étroitement lié au fascisme

Après la lecture saine de ce chef d'œuvre de la BD qu'est V pour Vendetta, plusieurs réflexions me sont apparues. Comparaison avec le film, positionnement idéologique et spoil pour ceux qui n'y connaissent rien sont au programme.

Image : OperationPaperStorm

Le film V pour Vendetta m'avait déjà beaucoup plu, mais je tenais à aller un peu plus loin en lisant la BD qui l'avait inspiré. Autant dire que je n'ai pas été déçu par le génie créatif du scénariste anglais Alan Moore, à tel point que le film a fini par paraître fade !

J'insisterai particulièrement sur les différences du personnage de V,  dont le masque est devenu l'emblème des Anonymous.

Le fascisme arrive toujours par la grande porte

Commençons avec le contexte. Dans le début des années 1980, Alan Moore extrapole aux années 1990 la trop grande empreinte conservatrice que commençait à laisser sur l'Angleterre Margaret Thatcher.

Le Londres de 1997 qu'il dépeint est hyper surveillé, les abus de pouvoir quotidiens, la liberté d'expression bafouée... Bref, il ne fait vraiment pas bon y vivre.

Mais ça ne déplaît pas au Commandeur, le chef absolu de ce régime fasciste. Quelques pages particulièrement intéressantes sont celles où il marche seul en justifiant dans ses pensées son adhésion au fascisme. Il conclut qu'il croit éperdument au Destin.

Dans l'univers de cette BD, le Destin est à double sens. Il fait évidemment référence au déterminisme, mais aussi plus généralement au système qui permet au Commandeur de savoir tout ce qui se passe en Angleterre à chaque instant.

Les composantes sécuritaires que sont la Bouche, l'Oeil, le Doigt, le Nez et l'Oreille avec leurs flics dédiés doivent lui rendre des comptes directement.

Les scénaristes du film ont pensé bon d'imaginer un vaste complot qui amène l'arrivée des fascistes. Le Chancelier des Frères Wachowski organise un vil attentat à Londres pour pousser les Anglais à accepter le fascisme pour leur sécurité.

C'est une tactique observée récemment en Norvège. Le terroriste d'extrême droite Anders Breivik a annoncé, après avoir tué plus d'une soixantaine de personnes, qu'il espérait inspirer d'autres sympathisant violents pour installer des états européens totalitaires.

Moore a dans la BD une vision plus terre-à-terre de l'arrivée du fascisme, plus réaliste, forcément plus effrayante. Le parti totalitaire qui sévit en Angleterre n'a pas trompé le peuple. Il a même été largement appuyé dans un contexte de crise, d'insécurité, de morosité, d'individualisation galopante.

En résumé dans la BD, ce ne sont pas les fascistes qui sont responsables de l'arrivée des fascistes, mais plutôt les citoyens qui ont laissé entrer le loup dans la bergerie.

Autre évocation douloureuse, celle de camps de concentration qui rappellent les horreurs nazies. Dans le film, ces camps sont justifiés pour les expérimentations de l'arme bactériologique qui aboutiront à l'attentat fasciste.

Dans la BD, une nouvelle fois, c'est plus simple, plus glaçant. Des gens se retrouvent dans des camps parce qu'ils sont différents, et que le parti fasciste les estime en conséquence dangereux. Les expériences évoquées dans le livre, comme celles du "Docteur" Mengele, ne sont qu'un prétexte pour se livrer aux pires tortures.

Image : Ben Fredericson

Après son évasion, la soif de vengeance de V le motivera à assassiner méthodiquement toutes les personnes qui ont collaboré au camp de Larkhill, souvent en maquillant les crimes en accident. Au début de la BD et du film, il ne lui reste qu'une poignée de personnes à éliminer.

Pendant ces années de vendetta, il réalise son amour particulier pour l'Anarchie.

Un anarchiste à la fois caractéristique et atypique

Ce mot, il le revendique. L'Anarchie a remplacé dans son cœur la Justice. Cette femme aveugle anciennement aimée, symbole du Palais de Justice de Londres, se retrouve mise à terre après que V lui explique, d'une manière fort poétique et théâtrale, qu'il s'est senti trahi par elle.

V est également un homme cultivé. Il collecte les œuvres pour ne pas qu'elles tombent dans l'oubli, leur offre la place qu'elles méritent dans son Musée des Ombres.

Dans la BD, on le voit même récupérer dans la rue une vieille affiche de The Salt Flats, le film d'une actrice lesbienne capitale dans l'engagement de V.

C'est en lisant la lettre d'espoir qu'elle lui fait passer de cellule en cellule avant de mourir que V trouve la force de s'évader du camp de concentration où il est enfermé. Une fois dehors, sa vengeance personnelle se transforme en une haine du système fasciste tout entier.

V trouve dans l'Anarchie une porte de sortie du fascisme, sans nier qu'il faudra forcément passer par une période de chaos pour atteindre ce nouvel Ordre vrai (le mot allemand Ordnung est cité texto).

Image : OperationPaperStorm

C'est un anarchiste classique dans la mesure où il voue une antipathie très prononcé envers l'Etat, particulièrement oppresseur dans l'Angleterre pré-an 2000 imaginée par Alan Moore. Il préconise en solution une autogestion par le peuple pour le peuple.

Sa relation avec Dieu est inexistante. En repensant à la fameuse maxime anarchiste "Ni dieu, ni maître", on imagine assez logiquement qu'il est athée. Mais on en a jamais la certitude aussi bien à la lecture de la BD qu'au visionnage du film.

En revanche, V commence à être un anarchiste atypique au moment où l'on se rend compte qu'il ne cite jamais vraiment d'auteurs de cette pensée, préférant évoquer les grandes figures poétiques anglaises comme Shakespeare.

Il vient ensuite une certaine réflexion par rapport à la représentation de Guy Fawkes que V choisit d'arborer. Fawkes, pendu en 1606 pour avoir préparé la Conspiration des Poudres, n'avait rien d'un anarchiste, notamment à cause de sa foi catholique.

Mais si V dessine son masque à cette image, ce n'est pas parce que Fawkes représente l'Anarchie mais plutôt parce qu'il symbolise un négatif parfait de l'Ordre établi.

Fawkes catholique chez les protestants, V anarchiste chez les fascistes, l'analogie est là. Se masquer avec le visage de Fawkes, ce n'est pas forcément être anarchiste, c'est plutôt signer sa désapprobation envers le système dominant.

Image : OperationPaperStorm

Il est clair que la définition de l'anarchisme et des anarchistes n'est jamais stricte. Défenseurs de la loi du plus fort, inconscients utopiques, avant-gardistes visionnaires, ils peuvent tout évoquer selon qui les considère.

Ils peuvent également être de droite ou de gauche, préférer l'intérêt individuel à l'intérêt collectif, bref avoir des pièces aussi variées que celles de l'échiquier politique classique.

Mais ils peuvent aussi s'inscrire dans un certain système, et en devenir des protestataires caractéristiques.

Même s'il le déteste, V est influencé par le fascisme qui l'a fait devenir anarchiste. Ce constat émane aussi bien de la BD que du film : il ne se serait jamais aussi fermement battu contre ce système s'il n'en avait pas été une des plus injustes victimes.

Son engagement est plutôt une réaction mécanique à un Etat totalitaire qu'un engagement idéologique de longue date. Il ne s'interdit donc pas de s'inspirer de certaines méthodes de l'ennemi...

V emprunte certaines méthodes aux fascistes

C'est la séquence qui m'a le plus marqué la première fois que j'ai vu le film. L'héroïne Evey, tétanisée par la peur du fascisme, refuse de suivre l'engagement qui a conduit ses parents à la mort.

Recueillie par V par la force des choses, elle cherche à lui échapper en le balançant à une de ses futures victimes. Elle se réfugie alors chez une star de la télévision avant de se faire enlever.

Ses ravisseurs lui rasent la tête, l'enferment, la torturent, en la sommant de leur donner l'emplacement du Musée des Ombres (qu'elle ne connaît pas précisément).

Elle ne dit rien, subit les tortures, reçoit par un trou dans le mur de sa cellule la lettre de Valérie, l'actrice homosexuelle morte dans le camp de Larkhill. Lorsqu'un de ses bourreaux lui propose de dire n'importe quoi pour avoir la vie sauve, elle refuse.

Elle se retrouve alors libre, et se rend compte que c'est V lui-même qui l'a torturée pour "la libérer".

Dans le film, le personnage masqué s'excuse, un peu penaud, en expliquant à quel point ça a été douloureux mais nécessaire.

Dans la BD, V n'exprime aucun regret. La situation du livre est malgré tout un poil plus compliquée.

D'abord, Evey ne balance pas V. Terrorisée par l'inclination de son hôte à assassiner tous ceux qui ont été impliqués dans Larkhill, elle se refuse à "tuer encore qui que ce soit". V l'abandonne alors à elle-même.

Evey trouve du réconfort chez Gordon (même nom que dans le film), une figure paternelle à qui elle s'offrira. Là par contre, petite différence avec le film où Gordon est homosexuel, donc pas franchement porté sur Evey.

Le Gordon de la BD, qui vit de petites magouilles, se fera assassiner par une petite frappe chouchoutée par Creedy, le nouveau patron du Doigt.

Evey entreprend de tuer l'assassin de son amant et se fait enlever in extremis par  V. Les tortures qu'elle subit ensuite ont été fidèlement reprises dans le film.

Dans l'adaptation comme dans le livre, le mal que subit Evey est nécessaire, et il fonctionne. Transcendée par la révolte, elle revit exactement le même type de colère qui a fait de V ce qu'il est.

Image : Jacob Davis

Mais la BD va plus loin avec V. Alan Moore fait contrôler à son anarchiste masqué le Destin, ce super-ordinateur qui permet au Commandeur d'agir partout en Angleterre.

Lorsque V décide de faire basculer l'Angleterre dans le chaos pour accélérer la chute du fascisme, il brouille les communications de ses ennemis mais conserve le pouvoir absolu pour lui.

Il peut ainsi repérer la tentation de coup d'Etat de plusieurs représentants du parti au pouvoir et jouer avec. Mais il envenime aussi la situation vécue par le peuple en provoquant des famines.

Cette aspiration de V à employer certaines méthodes des fascistes pour arriver à ses fins pose un réel cas de conscience au lecteur.

De plus, V semble posséder le Destin depuis un moment. Pourquoi attendre tellement longtemps pour enfin libérer le peuple ? Son attitude ressemble dès lors plus à un jeu qu'à un sentiment humaniste.

Est-ce que la fin justifie ces moyens ? Penchons-nous justement sur le dénouement.

Le chaos comme dernier horizon

La fin du film est épique, dans tous les sens du terme. V l'anarchiste fait finalement campagne par voie postale, fournissant à des milliers d'Anglais son masque et sa cape.

Cette foule silencieuse, déguisée en V, bat le pavé pour assister à l'explosion du Palais de Westminster le 5 novembre (date à laquelle on célèbre normalement l'échec de Guy Fawkes).  Le spectateur peut tranquillement imaginer que les lendemain du film seront chantants.

Cette scène a sûrement servi de modèle à bon nombre d'Anonymous, persuadés qu'un idéal populaire massif peut écraser la barbarie fasciste.

Dans la BD, il n'en est rien. V n'est pas naïf, il sait que l'arrivée de l'Anarchie ne se fera pas sans une période préalable de chaos. Mais il ne peut pas affirmer avec certitude que l'Ordre vrai arrivera forcément après.

Image : OperationPaperStorm

Il est intéressant de relever que les hauts membres du parti fasciste parlent de cette période de désordre précédant leur chute comme d'une anarchie. Or, ce chaos obéit à la loi du plus fort, et ne correspond en aucun cas à l'autogestion populaire rêvée par V.

V ne peut pas se poser en chef de la contestation, cela ne colle pas à ses principes. Il pourrait néanmoins empêcher le retour d'un Etat fasciste, mais n'en fait rien.

Parce qu'il ne supporte pas l'idée d'être indirectement responsable d'un nouveau fascisme anglais ou parce que sa fameuse vendetta est achevée, il préfère partir au moment du purgatoire.

Sa mort est bien moins héroïque que dans le film. Il se fait tirer dessus par Finch, qui l'a traqué dans le métro. Le policier reste persuadé que V ne s'est pas défendu aussi vite qu'il aurait pu, qu'il s'est en quelque sorte laissé tuer.

Entre temps, le Commandeur s'est fait assassiner par la veuve d'un de ses anciens bras droits. Creedy, qui prévoyait un coup d'Etat, se fait égorger par ses miliciens corrompus. Tout cela, V ne l'a pas contrôlé.

Le terroriste est déclaré mort, sauf s'il se montre avant minuit. C'est Evey qui récupère un  déguisement de rechange de son mentor pour se montrer à la foule et ainsi continuer à faire vivre son idée.

Elle sauve d'un lynchage anti-flic l'adjoint de Finch, et se prépare à initier avec lui le même parcours initiatique qu'elle a reçu de V.

Dehors, le chaos règne, et l'explosion du Palais de Westminster paraît bien plus anecdotique que dans le film.

Une femme d'un ex-dirigeant fasciste tente de monter une milice de sans-abris sans rencontrer un franc succès, et Moore a l'intelligence de laisser le chaos comme dernier horizon.

Image : Enrique Dans

Si vous avez aimé cette analyse ou que vous souhaitez en débattre, j'attends avec impatience vos commentaires !

6 Comments + Add Comment

  • Et le film fait une impasse énorme sur une des forces de la BD: la consommation de drogue.

    La BD toute entière n'est qu'une allégorie sur la prise de LSD. L'état représente le "soi", un être humain, ou la police lui remonte des informations : l'oeil, la main, etc...
    Mais sous l'influence du LSD, la conscience se réveille et fait exploser tout ça, et l'anarchie.
    Le shadow cabinet devient compréhensible: il s'agit de la mémoire que l'on explore, et qui devient presque tangible sous LSD. Il est dit dans la BD qu'il existe dans ce shadow cabinet différents liens pour aller d'une pièce à l'autre, et que plusieurs portes existent, belle définition de la mémoire.

    Et même quand on oublie l'allégorie, la BD est remplie de référence à la drogue: le policier ne trouve V que grâce à une prise de LSD (il prend d'ailleurs le même chemin que V, double sens...) etc etc..
    L'aspect drogue est omniprésent dans la BD elle-même

    • C'est en effet très vrai pour Finch, qui devient limite fou après son trip de LSD. Ce choix de drogue est en lui-même intéressant : pourquoi le LSD plus qu'une autre drogue psychédélique comme les champignons ? En revanche, je trouve cet aspect drogue pas forcément très prégnant dans le reste de la BD, même si ton avis est très intéressant.

      Pour moi, il reste crucial qu'on ne peut pas passer à côté d'une lecture politique de l'ouvrage, et surtout de l'engagement de V. Je reste persuadé que ce personnage n'est anarchiste que parce qu'il déteste le fascisme et qu'il veut coûte que coûte se poser comme négatif parfait.

  • Bonjour cher Raphi,

    D’amblais, autant te le dire je suis un amateur intégriste de V et ce de longue date.

    Bien que je lu de nombreuses analyses et documentations sur V, la tienne ne me semble pas dénuée de pertinence.
    En particulier concernant ton interprétation de la mort ou quasi-suicide de V (qui, comme tout dans V est lié à tout le reste…) ainsi qu’à ses méthodes fasciste.

    En te lisant, je cru comprendre qu’en se laissant mourir V fit preuve, in fine, d’égoïsme. C’est certes un point de vue très intuitif mais peut recherché…
    Ce qu’il fallait y voir c’était surtout la clairvoyance de V compte à son appartenance à un monde qu’il s’emploit à détruire, le monde dystopique d’une dictature fasciste. Et cela n’est pas sans rejoindre le grief que vous opposez à V compte à ses méthodes fascistes car justement il en est conscient.
    Pour aller jusqu’au bout de son entreprise idéaliste, il est obligé de détruire ce monde dystopique ainsi que tout ce que contient ce monde OR V est contenu dans ce monde car au fond il n’est jamais vraiment sorti de sa cellule, du moins, pas avant sa mort…
    En résumé, en mourant il a libéré tout le monde y compris la dernière personne dont la libération ne pouvait encore compromettre celle de tous c’est à dire lui même.

    Il y’a aussi une autre raison fondamentale à son quasi-suicide est qui est une réflexion sur l’égalité la plus rigoureuse dans une société.
    Pour l’expliquée je dois recourir à un passage de l’exellent roman philosophique « Le monde de sophie » https://secure.wikimedia.org/wikipedia/fr/wiki/Le_Monde_de_Sophie (Dans lequel curieusement, il y’a aussi deux personnages principaux, un « Alberto Knox » philosophe et érudit comme V, ainsi que Sophie qui, comme Evey, est instruite par Alberto.) où Alberto Knox pour donner une idée sur le meilleur moyen de parvenir à l’égalité parfaite, propose à Sophie d’imaginer qu’un groupe de législateurs aient pour mission d’écrire la constitution, le code civil et pénal ainsi que tout les autres documents juridiques qui établiraient LA société parfaite mais qu’après un tel exploit ils tombassent tous raides morts. S’en suivrait aussitôt la résurrection de tous ces législateurs sans qu’ils sachent par avance la /place/ qu’ils auraient dans cette société, et ce afin d’assurer leur impartialité. De la même façon, la société de V ne serait pas rigoureusement idéale s’il y vivait lui même et sa mort, en plus de parer à toute dérive autoritaire de son propre fait, illustre que sa vie n’a rien d’extraordinaire mais surtout que la démocratie est à construire par les citoyens mêmes qui en aucun cas ne pourront se dédouanés de leurs responsabilités ni même les déléguer aveuglément à un tiers.

    Voila en quelques mots, car le chapitre pourrait durer sur des pages, ce que je pense de ce chef d’œuvre dystopique 🙂

    • Bonsoir Fauve.

      Tout d'abord je tiens personnellement à vous remercier de votre commentaire. Je suis content de voir que des lecteurs assidus de cette grande BD aient pris le temps de réagir longuement à ma modeste analyse.

      J'ai lu votre point de vue, qui rejoint d'une certaine façon mon propos. Trop lié au fascisme, V est obligé de partir pour ne pas y être associé. Sa soif de vengeance ainsi que son inclination à employer les mêmes méthodes que ses ennemis le rendent finalement indissociable à ce système qu'il déteste pourtant au plus haut point. Vous employez le mot de dystopie, de contre-utopie (je vous remercie, je ne le connaissais pas ;-)). Le fascisme est en effet un système politique des plus contre-utopiques.

      En revanche, j'aimerais pointer une incohérence qui me semble paraître dans la comparaison que vous dressez avec "Le Monde de Sophie". Les législateurs cités meurent après avoir conçu la société parfaite justement avec les moyens les plus légaux du monde (Constitution, rédactions de lois...). Ensuite vous citez leur résurrection : est-elle métaphorique ou implique-t-elle les mêmes législateurs, qui seraient morts et auraient tout oublié dans leur nouvelle vie ? Cette ambiguïté risque de mettre à mal la suite de mon raisonnement mais je vais quand même le faire.

      V n'utilise pas les outils du législateur. Comme je le dis, il n'a aucun moyen de garantir que son utopie suivra la période de chaos qui termine la BD. Il pourrait attendre, s'assurer que sa place n'est définitivement plus là et mourir avec le vieux souvenir de l'ancien fascisme. Or, il choisit de partir au moment du purgatoire, de l'incertitude. Certes, il passe finalement le flambeau à Evey, mais c'est une personne qui malgré toute sa combativité ne pourra pas forcément combattre le fascisme avec la même force.

      De plus, je ne pense pas que V soit tellement obsédé par le bonheur du peuple. Non pas qu'il ne soit pas animé par une forme d'humanité, mais plutôt que sa vendetta l'ait définitivement aveuglé. Je soutiens qu'il est anarchiste parce qu'il veut se poser en négatif parfait du fascisme. Son idéologie est avant tout motivée par les souffrances vécues dans les camps.

      N'hésitez pas à réagir à nouveau, et encore merci de votre contribution.

      • Pour la résurrection des législateurs elle est si on veut métaphorique, ou plus exactement, elle est juste « théorique » et son fantastique illustre la difficulté manifeste de résoudre en pratique un conflit d’intérêt en montrant, que tout être, y compris le législateur, malgré sa bonne foi est forcement mu, ne serait-ce qu’à un infime degrés, voir au détour d’une phrase d’un texte de loi, par son intérêt propre.
        Le postulat de cette proposition est que chaque législateur ne sachant pas ce qu’il sera dans la future société (roturier ou aristocrate, travailleur manuel ou intellectuel, femme ou homme, croyant ou athée, etc) aura tout intérêt à faire en sorte que toutes les /places/ de la société soit aussi enviables les unes que les autres car il a une chance équiprobable d’occuper chacune d’elles. Il en profitera car il ne sera pas lésé, mais comme il a fait en sorte (dans son propre et égoïste intérêt certes…) que toutes les autres soient toutes aussi bonnes, les autres individus en profiterons aussi.
        La solution fantastique de la résurrection n’étant évidement pas envisageable cette sorte d’allégorie appelle seulement à faire en sorte que toute la chaîne de la législation soit soigneusement égalitaire, à cet effet, au lieux de se fondés sur les choix solitaires d’un collège législatif restreins, il serait sans doute judicieux de faire appel à… tout le monde !

        (Tout cela n’étant qu’une allégorie dont je viens de résumer la morale il n’est pas nécessaire de se demander comment aura exactement lieux la résurrection et si les législateur auront toujours la même conscience vue que de toute façon, cette résurrection n’aura pas lieux ! L’essentiel est de retenir qu’il auront à aménager aussi bien toutes les /places/ de la société.)

        « ...tout le monde ! » ai-je dis. Justement cela nous amène à votre deuxième question sur la légalité des moyens utilisés par V (vous allez voir le rapport).
        Vous savez, personnellement, j’ai déjà essayer d’imaginé la société parfaite j’ai aussi participé à quelques activités de militant et la conclusion que j’en ai faite, est que le principal ingrédient (et aussi le plus difficile à obtenir) est que les citoyens lambda avec qui je distribuais des tracts ou avec qui je discutais ne se contentassent pas d’offrir leur soutiens moral (quoiqu’il fut sincère) face aux dictateurs qui nous gouvernent mais qu’il prennent eux même activement leur « destin » en main. Il n’est même plus question de démocratie représentative ou de ce correctif qu’est la démocratie participative mais il s’agit en revanche que tous prennent les décisions qui les concernent. Car s’ils venaient à me faire confiance, en admettant qu’un jour le révolutionnaire que j’étais arrive au pouvoir par le plébiscite passif de la majorité, il n’y aura eu en fin de compte qu’une substitution de dictateur… et comble de la misère le dictateur ce sera moi ! Il se peut même qu’en constatant le peut de zèle que mes administrés font de la défense de leur libéré, je ne vienne à croire qu’ils n’auront que ce qu’ils méritent en devenant pleinement un dictateur pire que mon prédécesseur et même que j’aurais raison d’en agir ainsi (!) car je leur dis « êtes-vous vraiment certain que mon prédécesseur ne fut pas si affreux que cela ? Vous consentiriez donc un effort supplémentaire à être encore bien moins loti avec moi ? Du moins c’est ce que j’en déduis de votre attitude passive et docile à toujours vouloir chercher l’homme providentiel qui vous dédouanera de vos ennuyeuses responsabilités quand cet homme c’est vous même ».
        Je m’étends un peut trop longuement sur mon expérience personnelle mais c’est juste pour montrer que V, contrairement aux législateurs sus-cité, ne veux justement pas légiférer c’est pourquoi il n’utilise pas des moyens de législateurs qui, au demeurant est rôle qui incombe directement aux citoyens, OR, il cherche justement à ce que ceux-ci puissent faire valoir ce droit ; il ne peux pas non plus rester et s’assurer du bon déroulement des choses car il ne peut rien faire de plus sinon dériver lui même en dictateur, il n’a objectivement rien d’autre à faire que de faire en sorte que le peuple prenne conscience or c’est ce qu’il fait durant tout le déroulement de la fiction, remarquez. De plus le flambeaux, comme vous le dites, il le passe à Evey mais aussi à toute l’Angletterre en fait. V est une idée, et après ce qui semble être sa révolution, tout le monde est devenu V, donc c’est la révolution tout le monde, en ce sens encore il n’est pas tout à fait mort, et la responsabilité qu’il portait seul sur son dos est toujours assumée mais par tout le monde. Rappelez vous qu’à la fin du film quand Evey dit à Finsh qu’il est tout le monde et que la foule londonienne qui s’est massée devant le parlement est toute déguisée en V, autrement dit V n’as pas abandonné les anglais, il est juste devenu les anglais et assure le bon déroulement des évènements de la meilleur façon qui soit, c’est à dire par le biais de la responsabilisation collective.

        Ouche le pavé ^^

  • […] a retiré des éléments très importants de ses œuvres. C'est notamment le cas de la fin de "V pour Vendetta", et c'est encore plus criant pour "From […]

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