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C’est à partir de combien le massif déjà ?

mercredi 30 mars 2016 à 18:45

bismuthLes débats du jour au Sénat concernaient le projet de loi renforçant la lutte contre le crime organisé, le terrorisme et leur financement, et améliorant l’efficacité et les garanties de la procédure pénale. En cette occasion, deux chiffres ont été rendus publics.

Deux chiffres de rien du tout.. le premier concerne les réquisitions judiciaires sur les métadonnées. Assez simples techniquement à réaliser, le chiffre peut paraître assez énorme.

Le second chiffre concerne le nombre d’interceptions légales, là encore il faut compter des cumulards, mais le dispositif technique est plus lourd et la blague de la PNIJ aidant, on se dit qu’il reste encore une « marge de progression » envisageable :

Ajoutez à tout ceci que l’on communique rarement tout seul…

Utopies-concrètes : le site qui cartographie les alternatives – @manifestes

dimanche 27 mars 2016 à 16:09

utopies-concretes

Le site « Utopie concrètes » est une initiative étonnante et fort utile. L’objectif est simple : référencer toutes les initiatives, lieux, projets, d’alternatives aux solutions commerciales et/ou gouvernementales afin de permettre la mise en relation, l’échange de tous ceux qui veulent agir « autrement ». On y trouve aussi bien les différents FAI associatifs de la FFDN que les ZAD ou autres espaces sociaux et culturels et tiers-lieux. Plus de 3000 actions/lieux y sont référencés.

Les instigateurs de cette initiative terminent leur dernier mail en date, par ces mots qui résument bien leur action et leur objectif :

« Nous avons développé cette première version entre quelques ami.e.s
C’est un carnet de recherche collectif ouvert
C’est un premier brouillon imparfait et maladroit, mais qui permet d’ores-et-déjà d’ouvrir la discussion

À tous ceux qui se reconnaissent dans la galaxie de sens que nous essayons de composer, et qui ont le cœur d’y passer une part de leur temps, rejoignez-nous, copiez, critiquez, modifiez, reformulez !

Veuillez agréer, Mesdames, Messieurs, l’expression de nos espoirs les plus fous »

http://utopies-concretes.org/#/fr

La cité radieuse du groupe Auchan se paie un « débat public »

vendredi 25 mars 2016 à 13:30

IMG_3401bis« Vous donner la parole et la faire entendre. » C’est le slogan, très « démocratie participative », de la Commission nationale du débat public (CNDP), institution chargée – pour faire court – de « lubrifier » les relations entre « aménageurs » et « aménagés » du territoire. Sa mission est donc de s’assurer que le public dispose d’informations fiables et diversifiées pour pouvoir « débattre » de l’opportunité même d’un projet de bétonnage — à partir d’un coût minimum de 300 millions d’euros.

Le groupe Auchan compte miser plus de 3 milliards sur Europacity, un méga-complexe (ou plutôt mégalo-complexe) sur 80 Ha mêlant galerie marchande géante avec activités « ludiques et culturelles » (piscines, piste de ski artificiel, salles de spectacles, etc.), le tout érigé dans une architecture mégalomaniaque qui fait penser à une cité futuriste métallique et aseptisée. Ou comment dissimuler un nième centre commercial en l’enrobant de concepts alibis qui n’ont de « culturel » que le slogan, dont le nombre de visiteurs annuel est largement surestimé (31 millions, soit deux fois l’audience d’Eurodisney), qui prévoit de bétonner le Triangle de Gonesse, vaste zone agricole située entre les aéroports du Bourget et de Roissy.

eurocityplanJeudi 17 mars, à Gonesse (Val d’Oise), la CNDP organisait la réunion inaugurale du débat public Europacity, qui comprend une quinzaine de réunions (dans le Val d’Oise et la Seine-St-Denis) programmées jusqu’au mois de juin. Malgré son souci d’informer au mieux les badauds du coin, la CNDP a pourtant tenu sous silence un important rapport sur l’impact écolo du projet en question : un avis de l’Autorité environnementale (AE, qui dépend du  Conseil général de l’environnement et du développement durable, du ministère de l’écologie), rendu deux semaine plus tôt, le 2 mars. Parmi les documents distribués à Gonesse, dans la salle des fêtes Jacques Brel qui a rassemblé au moins 300 personnes, il n’y avait que les plaquettes en papier glacé du « maitre d’ouvrage », c’est à dire d’Alliages & Territoire, filiale d’Immochan, branche béton du groupe Auchan). La CNDP a sans doute eu des problèmes de photocopieuse pour ne pas avoir distribué le rapport de synthèse de l’AE, qui ne faisait qu’une page et demi (cf le rapport complet en PDF).

Tant mieux pour le promoteur, car toute sa communication vise à faire passer Europacity pour une « exemplarité environnementale, respectueux des enjeux de biodiversité du site ». L’AE, dont l’avis est consultatif comme de bien entendu, n’est pourtant pas tendre avec les promesses du promoteur, même si les termes employés sont pesés et sous-pesés pour ne vexer personne.

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Auchan promet par exemple, dans son « étude d’impact » soumise à l’avis de l’AE, de produire localement, et en « renouvelable » s’il vous plaît, 100% de l’énergie qui sera nécessaire pour faire tourner sa mégapole  (au bas mot, 270 GWh/an). Au mieux, note l’AE, seulement « deux-tiers des besoins en froid et en électricité pourraient être produit localement ». Faut dire que les scénarios de consommation énergétique fournis par Auchan « reposent sur une hypothèse de production de froid quatre fois supérieurs au potentiel recensé par l’étude [d’impact] ». Surtout, corrige l’AE, « l’énergie renouvelable locale » est plus qu’hypothétique: elle reposerait sur la géothermie. Or, cela « nécessiterait la réalisation de forages profonds » et de mettre en contact quatre nappes phréatiques du bassin parisien, au risque de contaminer la seule encore identifiée comme « un réservoir d’eau potable non encore affecté par la pollution de surface ». Sans parler des prévisions d’émissions de gaz à effet de serre qu’induiraient es (transports des visiteurs compris), que l’AE estime très incomplètes, « en discordance particulièrement forte avec l’objectif national du facteur 4 » (réduction par 4 des émissions à l’horizon 2050, selon une loi de 2009).

IMG_3392bisEuropacity doit pousser sur une zone vierge de toute urbanisation, et détruire, au passage, 210 Ha de terres parmi les plus fertiles du pays. En guise de contrepartie, une « zone agricole protégée » de 400 Ha devrait être préservée au nord de la zone. Mais l’AE, là aussi, n’avale pas la pilule, et réclame de réels « engagements (…) afin de garantir la pérennité des activités agricoles ». Une autre critique de l’Autorité a même pu être ressentie par les spectateurs de la réunion de Gonesse : l’absence totale de lieu de substitution pour ériger sa cité artificielle. Pour eux, c’est plié : à Gonesse et pas ailleurs. Verbatim des réserves de l’Autorité à ce propos:

[…] l’étude d’impact doit présenter une esquisse des principales solutions de substitution examinées et les raisons pour lesquelles, eu égard aux effets sur l’environnement ou la santé humaine, le projet présenté a été retenu. En particulier, même si l’urbanisation conditionnelle de ce site est prévue […], le dossier fait le choix d’un emplacement aujourd’hui non urbanisé exposant une population nouvelle importante aux risques et nuisances d’un trafic aérien important. Cette localisation induit, en outre, de multiples contraintes pour une urbanisation dense, conduisant à une consommation d’espaces agricoles accrue. Cela conduit l’Ae à se demander si une démarche d’évitement et la recherche de solutions de substitution ont bien été conduites, d’une part pour la ZAC [zone d’aménagement concertée du Triangle de Gonesse], d’autre part pour EuropaCity.

Le groupe Auchan n’a d’ailleurs aucun doute tout court. Jeudi dernier à Gonesse, Christophe Dalstein, le soldat d’Auchan chef de projet, a parlé au présent et au futur de l’indicatif en présentant son powerpoint – pas l’ombre de conditionnel dans ses propos. La même assurance a été communiquée aux patrons du coin. Une semaine avant le débat public, Alliages et Territoires a invité plus de 350 entrepreneurs, dans les locaux de Manutan (repreneur de la Camif), pour les faire saliver sur les contrats du futur chantier – et, au passage, pour les inciter fortement à venir au débat public dire tout le bien qu’ils pensent de ce projet « bon pour l’emploi ». Le patron de Manutan a répondu présent, et il a posé sa gentille petite question, comme d’autres élus fortement favorables à l’implantation d’Auchan. Le groupe promet en outre que l’exploitation du site créera « 11.800 emplois directs » – dont seulement un tiers seront pourvus auprès des populations locales. Un chiffre tronqué, il est vrai, car il ne tient pas compte des destructions de postes qui vont immanquablement toucher les centres commerciaux voisins. Et sans rappeler que plus des 3/4 de ces contrats concerneront « des personnels non ou peu qualifiés ».
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Tout a déjà été dit ou presque sur l’illusionnisme de ces procédures de « débat public ». Cela s’est vu et démontré sur les nanotechnologies en 2009/10, comme lors de l’implantation des réacteurs nucléaires EPR ou de tel ou tel chantier d’infrastructure dont la décision a déjà été prise. Participer à ces diversions, c’est accepter leur issue fatale : la mise en œuvre du projet, qui sera corrigé à la marge pour donner l’illusion que le peuple a son mot à dire. La CNDP met en scène une consultation où les rapports de force sont faussés d’avance : le porteur de projet, qui règle l’addition du « débat », a tous les moyens d’influencer la perception des habitants, et finalement décide seul s’il tiendra compte des réserves exprimées. D’ailleurs, la neutralité affichée par Claude Brevan, désignée présidente du débat sur Europacity par la CNDP, est toute relative. Elle a été pendant près de dix ans, sous Jospin puis Raffarin (1998-2005)*, Déléguée interministérielle à la ville, l’un des bras armé de l’État en déménagement des territoires.

* Et non comme « sous Sarkozy et Hollande », comme écrit par erreur – cf le commentaire de l’intéressée, Claude Brevan, ci-dessous, et ma réponse dans la foulée.

Lire aussi cette pétition d’un groupe d’opposants : http://nonaeuropacity.wesign.it/fr

Compteurs « intelligents » : la corporatocratie en marche ? #Linky

jeudi 24 mars 2016 à 14:59

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« Dispositifs électropolluants de surveillance » : c’est ainsi que les « smart meters » (compteurs intelligents américains) ont été définis par ceux qui les combattent. Linky, le compteur « intelligent » d’ERDF est en cours d’installation depuis décembre en France, et s’il ne fonctionne pas exactement comme son grand frère américain (communication par CPL chez l’habitant, puis en radio fréquence, et non directement en radiofréquence), il n’en est pas moins un mouchard redoutable installé à domicile, qui augmentera la facture des abonnés au lieu de la faire baisser…

Take back your Power, ce documentaire très fouillé, relate la mise en place forcée et illégale des smart meters aux Etats-Unis, préambule à ce qui est désormais nommé la corporatocratie : le pouvoir des entreprises privées en lieu et place des pouvoirs publics, dans ce qui peut être nommé une « dictature douce ».

La surveillance des populations et leur servage ne s’arrêtera pas à Internet. L’énergie est la dernière pièce du puzzle en cours de constitution. Celui du cauchemar orwellien.

Bon visionnage.

Terrorisme : raconter l’émotion, jusqu’à l’écœurement, pour ne pas parler du fond

mercredi 23 mars 2016 à 11:40

Les attentats terroristes choquent. Attristent. Effrayent. Surtout quand ils sont nationaux, ou dans un pays voisin. Chacun se sent touché, parce qu’il aurait pu être une victime. Chacun s’identifie. Nettement moins quand ce sont des gens de pays plus éloignés, de culture différente. La Côte d’Ivoire, récemment, en est une parfaite illustration. Au fond, les médias ne font plus qu’une chose : raconter l’émotion : la douleur, la souffrance, la peur à nos portes. Pour éviter de parler du fond. Des raisons qui poussent des terroristes à tuer, et de ceux qui les commanditent. Mais surtout, de la responsabilité politique des gouvernements des pays touchés par le terrorisme.

« Ils attaquent le cosmopolitisme, notre liberté d’expression »

C’est ce genre de phrases qui parsèment la presse écrite, télévisuelle ou radio. Proférées par des analystes ou des politiques qui n’ont qu’une seule vocation : éviter de parler du fond. Comme si le terrorisme djihadiste n’était qu’une volonté de fous de dieu de s’en prendre à un modèle de société qu’ils détesteraient.

Jusqu’à une époque pas si éloignée, quand des terroristes revendiquaient des attentats, leurs revendications étaient « discutées « dans les pays industrialisés. Parfois, négociées. De l’extrême gauche à l’extrême droite, de Khadafi à l’IRA ou à l’ETA, le terrorisme était condamné — et c’est bien la moindre des choses — mais pour autant n’était pas relégué à une simple action violente sans aucun fond. Politique.

Le terrorisme est politique. Toujours. L’État islamique, ce Califat désormais organisé et territorialisé s’est créé par réaction et volonté politique. Que le religieux y soit brandi est parfaitement logique, puisqu’il est une composante politique très importante de la région : le proche et moyen-orient. Politique et religieux y sont parfaitement imbriqués. Les gouvernements américains, français, et de manière générale, ceux de l’Union européenne sont partie prenante de la situation au Proche-Orient, en bons alliés des Etats-Unis d’Amérique. Particulièrement depuis 2003 avec l’invasion de l’Irak. Il y a donc une responsabilité américano-européenne dans le chaos qui secoue cette région — et au delà — une responsabilité stratégique de déstabilisation totale de la région par des actes de guerre parfaitement illégaux et monstrueux.

Hellfires, bombes et « fausse guerre »

Parler des poseurs de bombes ou des kamikazes dont les actes sont revendiqués par un pays étranger, et chercher à comprendre comment ils ont pu le faire, chercher des solutions pour les arrêter, les contenir, les repérer, est à peu près aussi pertinent que vouloir empêcher la pluie de détremper un champ avec des bassines.

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Ces photos de la prison d’Abu Ghraib en Irak n’ont aucun rapport avec la radicalisation islamiste terroriste. Non, aucun rapport. Ils haïssent juste notre liberté.

Il n’y a aucune solution sécuritaire pour empêcher des individus — purs instruments fanatisés engendrés et soutenus par le Califat — de passer à l’acte, à l’échelle d’un pays, et encore moins à l’échelle d’un continent. Cette réponse décalée, qui voudrait faire accroire que l’Europe parviendrait — en se transformant en forteresse, en créant un système policier et autoritaire, en réduisant les libertés, — à se prémunir de nouvelles attaques terroristes, est un leurre politique qui ne changera rien. Voire, qui accentuera le problème. Exactement comme la guerre contre le terrorisme de Georges Walter Bush a fait exploser le terrorisme au sein de la « planète islamiste » au lieu de le faire disparaître.

Le refus des responsables politiques de parler des réalités proches et moyen-orientales et de leur implication dans les « véritables guerres » qui s’y déroulent, est un problème central pour tenter de résoudre le problème des attentats en Europe. Répéter « nous sommes en guerre » en réponse à un attentat, lorsque l’on est premier ministre, est une manœuvre dangereuse. Le premier effet est d’amplifier l’action des terroristes, de leur donner un pouvoir immense. Le second est de générer un sentiment de trouble, d’angoisse et de crainte parmi les populations. Le troisième est de démontrer que cette réponse est parfaitement mensongère et décalée avec la réalité. Ce qui ne peut qu’inciter les populations à ne plus comprendre ce qu’il se passe, ni comment cet effroyable situation va finir par s’arrêter.

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Alep, été 2015 : une ville dans un pays vraiment en guerre, et bombardé par la coalition arabo-occidentale depuis 2014.

Si la France est en guerre, elle doit la déclarer. Officiellement. Reconnaître le Califat comme un Etat ennemi qui l’a attaqué sur son propre territoire. Puis envoyer son armée se battre contre les soldats de l’armée du Califat, jusqu’à un dénouement militaire. Dénouement qui sera, soit le repli des troupes françaises (européennes ?), soit la reddition du Califat.

Ou alors, nous « sommes en guerre », mais nous ne faisons pas vraiment la guerre. Il faut dans ce cas, faire jouer la diplomatie. Discuter avec l’État contre lequel nous « sommes en guerre », le Califat, pour parvenir à une issue diplomatique. Envoyer des ambassadeurs, négocier. Ou bien, encore, nous « ne sommes pas vraiment en guerre ». Ce qui signifierait qu’en réalité, « nos » armées (USA, France, Royaume-uni etc…), depuis des années, en Afghanistan, au Pakistan, en Irak, en Syrie, pratiquent une forme étrange d’ingérence militaire qui voit par exemple des centaines de personnes déchiquetées par des missiles alors qu’ils sont en pleine cérémonie de mariage, ou des populations mourir à petit feu sous les bombes que « nos avions » larguent. Une guerre qui ne se nomme pas. Mais qui tue, épuise, déstabilise et renforce la haine à l’encontre de nos pays ?

Non, bien entendu. Ce ne sont que des fanatiques qui haïssent juste notre liberté et nos valeurs. Les meilleures du monde, nos valeurs. Bien entendu… Il n’y a donc rien à faire d’autre que de parler des tueurs, du fanatisme religieux, s’indigner, s’en moquer, demander plus de sécurité, et attendre. Une génération, d’après Manuel Valls. C’est ce qui s’appelle faire le « job » en langage politique. Les proches des victimes des attentats, des bombardements, de partout sur la planète, apprécieront.

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