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Comment la politique disparaît au profit d’autre chose

jeudi 22 décembre 2016 à 15:03
Si vous n’êtes pas certain de bien comprendre ce qu’il se passe politiquement en France, vous pouvez écouter les analyses de ce journaliste. Ou bien aller chercher ailleurs…

C’est un sujet qui hante (presque) tous les observateurs de la chose politique : comment est-il possible que plus rien ne soit sous contrôle au point que l’on ne puisse absolument plus savoir qui va remporter un scrutin ? Il y eut le vote du Brexit, qui a saisi tous ceux qui militaient pour le maintien du Royaume-Uni dans l’UE — et ils étaient nombreux — puis l’élection de Trump. A suivi en France la montée de Fillon et son écrasante victoire dès le premier tour de la primaire de la droite et du centre, jamais envisagée. Dans ces 3 cas de figure, personne n’a pu prévoir le résultat des scrutins. Des théories diverses et variées circulent pour expliquer ce phénomène, la principale étant celle des bulles de filtre Facebook. Mais au fond, l’influence en ligne, l’enfermement des citoyens dans des croyances fermées, le relais de rumeurs mensongère ne seraient-ils pas la partie immergée de l’iceberg, la conséquence d’autre chose ?

Les mille et une France

Les populations des pays industriels sont très peu homogènes, et plus les inégalités progressent en leur sein, plus des couches différentes de population apparaissent, éloignées les unes des autres. Les inégalités discutées ne sont pas seulement basées sur des écarts de revenus, elle sont de plus en plus diverses et touchent tous les pans de la vie en société : accès à l’éducation, aux soins, aux transports en commun, au logement, à une nourriture de qualité, à une information pluraliste, au travail, à la culture, à Internet…

Vivre dans une petite ville d’un département du sud-est de la France ou dans une autre de Normandie ou du Centre peut être une expérience fortement différente. De nombreux autres facteurs vont modifier votre capacité à intégrer plus ou moins bien l’espace social et économique dans lequel vous êtes implanté : fonction de si vous êtes jeune, ou plus âgé, d’origine maghrébine ou non, issu d’une famille locale ou extérieure au territoire, avec des diplômes ou sans. Sachant que ces critères personnels vont accentuer vos possibilités liées au territoire et ses particularités. Mais Ils seront démultipliés par les inégalités du territoire où vous vous trouverez.

Il y a des dizaines, voire des centaines de France qui ne se connaissant pas, ne se parlent pas, expérimentent au quotidien des vies sans grande commune mesure. Un habitant d’un village du Gard n’a quasiment rien en commun avec un habitant du centre de Paris. Et encore, faut-il déterminer quel quartier de Paris, puisqu’a l’échelle de la seule capitale française, le panel des inégalités et des modes de vie est déjà fortement présent.

Création de classes invisibles

Il est possible de payer 300€ pour un appartement décent de 60 m2 dans une ville moyenne, quand on paye 900€ un studio minuscule et miteux à Paris. 600€ pour un grand appartement ou une maison individuelle dans une zone rurale peut donner 1500€ et plus, ailleurs. Les salaires sont aussi variés qu’il y a de régions, de spécificités locales liées au développement des territoires, comme l’attente et le montant à payer pour voir un médecin spécialiste. Ou même un généraliste, puisque des déserts médicaux s’installent silencieusement dans des zones de plus en plus importantes de l’Hexagone. Certains territoires français sont emplis de populations sans diplômes, des territoires sinistrés économiquement, quand à quelques centaines de kilomètres des grandes zones urbaines concentrent toute l’activité et toute la richesse.

La France est un véritable patchwork social, un gruyère économique, et la gestion de la décentralisation a beaucoup joué dans ce phénomène. Vivre dans une région riche n’a rien à voir avec vivre dans une région pauvre. Sans parler des départements au sein même des régions. Ces inégalités territoriales se sont vues amplifiées par le désengagement massif de l’Etat depuis presque une décennie par les diminutions des dotations d’Etat. Des populations sont à l’abandon sur des vastes portions de territoire. Un abandon qui n’est pas toujours le même, ne touche pas les mêmes catégories socio-économiques de personnes, ou les mêmes phénomènes.

C’est dans ce vaste fractionnement d’un pays à plusieurs vitesses que ses habitants ont commencé à partager des conditions très variées, basées sur leur appartenance de départ à un milieu social devenu classe ou condition, centrées sur des difficultés aussi variées qu’il y a de traitements différents sur l’ensemble, avec autant d’inégalités et de différences qu’il y a de spécificités locales. Tout en subissant de nouvelles règles nationales imposées depuis Paris ou Bruxelles, pas toujours adaptées au fonctionnement de chaque territoire, souvent créatrices de frustrations, voire de colère.

La progression du « mille-feuille socio-économique français » a été accélérée par la crise financière de 2008, pour se trouver à son apogée en 2016 : les différents gouvernement de la présidence Hollande ont gravé dans le marbre le désengagement de l’Etat, avec au final la création des super-régions censées gérer des territoires immenses. Politiques de santé anti-sociales, lois sur le travail inique, immobilisme sur le respect des constructions de logements sociaux, austérité budgétaire : tout a été fait pour conforter la fracture en cours, qui accentue des strates immenses de populations dans un inconfort structurel, pour des raisons les plus diverses — en fonction de chaque classe invisible ainsi constituée.

Politique du néant et néant politique

Ces strates de populations, ces classes invisibles qui se sont constituées dans la population française se retrouvent sur les réseaux sociaux. Facebook, au premier chef, l’outil le plus plébiscité, qui permet justement de réunir des personnes en accord les unes avec les autres sur des sujets… très larges, donc unificateurs. Si l’on parle de la fachosphère sur Facebook qui alimente des débats et attise (ou fabrique de toute pièce) des problèmes pour distiller ses idées racistes et nationalistes, il faut aussi envisager que d’autres « groupes » de classes invisibles échangent et créent autant de bulles idéologiques. Elle peuvent, de manière un peu caricaturale être cataloguées, ce qui a été fait par les médias : Cathosphère, djihadosphère, droitosphère libérale ou conservatrice, gauchosphère plus ou moins poussée à gauche, souverainosphère, etc…

Le carburant des grognes populaires est donc multiple, comme le sont ceux qui les relayent : leurs situations sont autant de problématiques diverses sur des territoires différents. Mais les « citoyens en colère de Facebook » ont en commun une même hargne, un même constat : la politique les a abandonnés. Au fur et à mesure que leurs difficultés se sont accentuées, des politiques du néant se sont affichées. Pour arriver en 2016 au néant politique dans le cadre de la campagne présidentielle.

Accumuler une politique du néant qui ne prend jamais en compte les difficultés structurelles des territoires, des inégalités insupportables qui se créent pour des pans entiers de population, avec un néant politique en terme d’offre ne peut que mener à une catastrophe. Elle est en phase de survenir.

Les sociétés humaines ont horreur du vide

Ce qui commence à se dévoiler est une nouvelle donne tout à fait inédite, qui a pris par surprise tant la classe politique que médiatique. Cette nouvelle donne est basée sur une autonomisation des individus vis-à-vis des discours officiels et les analyses qui s’y attachent. Cette autonomisation générée par un rejet du politique en général, et de ses relais médiatiques, a porté les classes invisibles vers une catharsis en ligne. Cette catharsis ne pouvant se suffire à elle-même — les humains comme la nature ayant horreur du vide — des formes claniques et idéologiques d’échanges se sont constituées. Les algorithmes marketing de Facebook aidant, doublés des « like » des fermes à clic effectués par le quart-monde numérique, l’amplification des idées, des fabrications de problèmes, des solutions politiques extrêmes, du nombre de ceux qui les partagent, les repartagent, les diffusent, et au final les font exister, ont commencé à créer un écosystème. Le même qu’aux Etats-Unis. Cet écosystème est celui, de façon simplifiée, qui décrit le monde dans toute son injustice, qui dénonce les mensonges, la main-mise du pouvoir et des richesses par une fraction infime d’individus dans chaque société au détriment du plus grand nombre. Un écosystème qui  ne ment pas sur les constats, mais peut fabriquer des problèmes, des complots ou autres intentions cachées et relayer des solutions les plus inquiétantes.

Les sociétés modernes industrielles se sont toutes calquées sur le modèle nord-américain et son « rêve » fallacieux de la réussite individuelle, dans une société qui donnerait « sa chance » au plus grand nombre. Les politiques économiques débutées dans les années 80 par les gouvernements de Thatcher et Reagan, reprises ensuite à travers toute la planète via le FMI et de nombreux gouvernements sociaux-démocrates, ont créé une mondialisation qui désormais, a prouvé — dans ce cadre précis — ses effets délétères sur les populations. Cette réalité est désormais partagée par la quasi totalité des citoyens. Et ne reste qu’un effroyable vide : celui d’un monde hyper-industriel, ultra connecté, froid et dangereux, morne, sans projet, inquiet, et politiquement tenu en laisse par une classe d’individus définitivement considérés comme « vendus » aux puissances de l’argent.

C’est sur ce terrain là que des formes de fascisme variées peuvent se constituer. Ce qui est appelé « populisme », n’est en réalité qu’une nouvelle forme, plus moderne mais parallèle, des programmes de Mussolini. Restauration de l’autorité, orientation sécuritaire, policière, exaltation de la nation, du patriotisme, haine des étrangers quasi institutionnalisée, solutions économiques radicales et simplistes, promotion du peuple comme entité unifiée et souveraine…

« Propagande » des médias et silence des opposants

La possibilité — pour les classes invisibles en accord  avec le rejet des politiques effectuées depuis 30 ans — de se raccorder à une « autre politique », les convainquant qu’il est possible de sortir de l’ornière de l’injustice dans laquelle ils sont plongées, est réduite. Le problème vient de deux phénomènes : la pauvreté de l’offre politique et la défiance absolue du plus grand nombre envers un personnel politique qui ne s’est pas renouvelé depuis 30 ans, et a de plus, renié ses engagements après chaque élection. Sans aucune vergogne.

Il ne reste donc pour une grosse masse de citoyens choisissant de vivre dans la bulle Facebook (et autres systèmes de partages en ligne ou analogiques) — effarée par les affaires de corruption qui noient leurs écrans de télévision en quasi permanence — que deux solutions. La première est de se retirer du « système », en refusant de participer aux prochaines élections, la deuxième est de voter « populiste », donc pour un candidat néo-fasciste. Ce qui a été fait aux Etats-Unis. Ce qui devrait survenir en France.

La propagande médiatique qui veut, avant tout, empêcher qu’une telle configuration ne survienne, puisque ses intérêts risqueraient d’être lésés — tandis que le système actuel ne lui pose pas de grands problèmes, en fin de compte — se met en place, comme à chaque échéance électorale menaçante. Comme en 2005 pour le traité constitutionnel européen. Cette stratégie, étrangement toujours en place, produit des effets contraires. Le vote du Brexit — selon les médias et la quasi totalité de la classe politique — devait plonger directement le Royaume-Uni dans un gouffre économique sans commune-mesure : il n’en a rien été, et la propagande pour voter non à la sortie de l’UE a produit un effet inverse, puisque les Britanniques ont voté oui. La victoire de Donald Trump est en partie due au martèlement des médias traditionnels et officiels en faveur d’Hillary Clinton. Le remède médiatique d’influence cause la mort du patient, devenant un poison.

Toute la difficulté de cette époque est donc contenue dans le silence de ceux qui devraient proposer une véritable alternative politique, progressiste, ouverte, positive et axée sur des véritables projets de société en accord avec les idéaux français inscrits sur le fronton des mairies : Liberté, égalité, fraternité. En ajoutant : lutte réelle contre les inégalités, contre les intérêts privés, pour le bien public, l’accueil et la coopération, etc…

Si certains essayent plus ou moins de porter ce type de politiques (les aficionados des quelques dernier politiques se voulant progressistes ne manqueront pas de venir vendre leur candidat), leur problème est qu’ils ne sont pas crédibles : ils grenouillent tous dans le « système » en question depuis bien trop longtemps.

Au final, la politique disparaît, ou a déjà disparu, au profit de l’empoignade populaire et de ses emballements, toujours imprévisibles. Et c’est ainsi que ce pays aura ce qu’il mérite en mai 2017. Ou pas…?

A la garde ! La Cour de Justice de la République fait des siennes…

mercredi 21 décembre 2016 à 21:34

Il est fort Manuel Valls, l’homme des coups de menton, des énervements, tel un Nicolas Sarkozy, volontariste, mais étiqueté à gauche, il veut. Je veux, je veux, je veux. Aujourd’hui, il veut supprimer la Cour de Justice de la République (CJR). Car voyez-vous, comme Paulo du Bar des Amis le disait ce matin, « C’est pas bien normal que les puissants ils aient une cour rien que pour eux qui les condamne mais leur file pas de peine« . Pour Manuel, soyons précis, « On ne peut plus continuer avec ce type d’institutions qui donnent le sentiment, à tort ou à raison, de protéger ceux qui gouvernent. Quel est le sentiment le plus terrible qui peut toucher nos compatriotes ? C’est le sentiment de l’injustice. C’est le sentiment qu’il y a une justice pour les puissants et qu’il y a une justice plus dure pour ceux qui ne peuvent pas se protéger« . C’est beau comme une déclaration de Victor Hugo, d’un ténor historique de la gauche, d’un membre du parti socialiste. C’est même dans la lignée de Lionel Jospin qui avait souhaité la supprimer également. Ils ont raison d’ailleurs parce que ce que ce genre de décision provoque, c’est un peu plus de votants Front National, le parti mains propres et tête haute (condamnations jusqu’en 2012). Allez, paf, on supprime, c’est mal, pas éthique. Imaginez : Christine Lagarde, ancienne ministre de l’Economie des Finances et du Travail de Nicolas Sarkozy entre 2007 et 2011 a été  déclarée coupable d’avoir pêché par négligence en décidant de ne pas exercer de recours en annulation après la sentence arbitrale qui avait accordé 403 millions de fonds publics à Bernard Tapie; mais a été dispensée de peine. Responsable mais pas coupable, comme disait la socialiste Georgina Dufoix  en 1991.

Oui… Mais en fait les choses sont un peu plus compliquées que cela et la CJR n’est peut être pas aussi coupable et responsable que ce qu’il peut paraître à la lumière de sa décision à propos de Christine Lagarde.

Ce qui peut induire en erreur, c’est que la CJR est composée de 15 magistrats dont 12 sont des députés et sénateurs (les trois autres étant des magistrats du siège). Donc des politiques jugeraient des politiques, ce qui pourrait prêter le flanc à des soupçons de connivence. Notez qu’il arrive que des juges jugent des juges, que des médecins soignent des médecins, que des journalistes écrivent sur d’autres journalistes sans que cela n’émeuve qui que ce soit.

Non, ce qui qui dérange dans la déclaration de Manuel Valls, c’est le fait qu’en tant que premier ministre de François Hollande, il était parfaitement au courant du fait que l’Etat ne voulait pas de condamnation trop délicate pour Christine Lagarde.

C’est la France qui est en jeu, monsieur…

Voyez-vous, le prestige de la France était en jeu. Christine Lagarde devait rester à la tête du Fonds Monétaire International. Bien entendu parce qu’elle est française. C’est une vieille habitude, ancrée dans les relations internationales, la direction générale du Fonds revient à un ressortissant ou une ressortissante française. La présidence de la Banque Mondiale revenant quant à elle à un américain ou une américaine. Mais surtout, une condamnation importante de Christine Lagarde aurait ruiné le prestige français en cela qu’elle serait la seconde à démissionner ou être démissionnée du Fonds en raison d’actes pour le moins peu reluisants. Dominique Strauss-Kahn, on s’en souvient, avait dû quitter le Fonds en raison de ses frasques sexuelles qui dans le cas précis étaient une agression sexuelle. Manquait plus que la personne l’ayant remplacée soit condamnée fermement devant la Justice française…

Bref, pour éviter un nouveau déshonneur à notre pauvre nation largement malmenée par ses dirigeants de tous bords et de tous types, François Hollande avait tout fait, comme l’indique le Canard Enchaîné de ce jour, pour éviter que l’affaire ne dégénère. Manuel Valls ne pouvait l’ignorer. Ses déclarations faussement indignées laissent pantois.

Je veux, je veux…

Et puis, franchement… N’atteint-on pas le summum du pathétique lorsque des politiques qui sont aux commandes depuis des dizaines d’années, y compris au premier poste opérationnel, viennent s’épancher devant la presse hystérisée : « Je veux [Insérez ici ce que vous voulez] pour les Français. Si je suis élu, tous les Français [Insérez ici la même chose] » ?

Mais pourquoi ne l’avez-vous fait lorsque vous étiez aux affaires, est-on tentés, esprits rationnels que nous sommes, de leur dire…

Un Manuel Valls qui dirigeait le pays il y a quelques jours veut désormais envoyer à la poubelle l’article 49.3 de la constitution dont il a usé et abusé. Il veut supprimer la CJR. Pourquoi pas ? Mais pourquoi maintenant et pas hier ? Un François Fillon, exécutant des bases oeuvres de Nicolas Sarkozy pendant cinq ans veut supprimer la sécurité sociale ? Mais pourquoi ne pas l’avoir fait il y a 5 ans lorsqu’il était aux manettes ?

Le jour seulement où les sondeurs et les politiques iront incognito au Bar des Amis prendre un calva à 8h du matin avec Paulo, ils comprendront pour qui voteront les Français en 2017…

Une armée de clics ?

lundi 19 décembre 2016 à 15:58

Arrêt sur Images (abonnement) nous l’annonçait le 5 décembre de cette année-là (il y a longtemps), l’armée française a lancé un site pour inciter les  djeunz à la rejoindre. Sous la forme d’une fausse émission de télé-réalité,  modeimmersion.fr nous racontait l’immersion de jeunes dans l’armée. Le site était réalisé en collaboration avec Skyrock, la radio desdits djeunz. Bref, de la com’ pure et dure. Ça me rappelle le Directeur de la Création quand il nous affirmait que les clips viraux, (et les prouts, visiblement) étaient l’avenir de la com’ sur le Web…

Selon le journaliste d’Arrêt sur Images, il lui aurait été annoncé quelque “100.000 visites” sur le site de l’armée. Ça marche, donc.

Sauf que…

Sauf que…, les annonces des rois du marketing ne collent pas toujours à la réalité…

En consultant les statistiques du site modeimmersion.fr, on découvre que sur les trois jours du 7 au 16 décembre, le nombre de visites ont totalisé l’astronomique chiffre de… 9235.

L’intérêt d’une page de statistiques de ce genre, c’est que l’on peut même mesurer le nombre de clics (hits) sur les bandeaux de pub qui renvoient vers ce site. Et là… C’est le drame. Ne nous bassine-t-on pas en permanence avec le fabuleux marché de la pub sur le Net ? Cette fois, on peut mesurer avec précision l’efficacité des trois bandeaux de pub pour modeimmersion.fr :  le premier génère  1599 hits, le deuxième quelque  604 et le troisième, 590. Attention, cette fois, on parle de hits, pas de visites. Une différence de taille.

Çà a coûté combien au contribuable, cette belle réussite ?

 

PS : Cet article fait partie d’une saga qui se lit dans l’ordre pour rire mieux.

Etre journaliste et être une femme dans l’état de Veracruz au Mexique

vendredi 16 décembre 2016 à 23:00
Groupes d’autodéfense de l’Etat de Veracruz

Paloma Junquera (1)  est correspondante d’un quotidien mexicain dans l’état de Veracruz. Elle connaissait Ruben Espinosa, le célèbre photojournaliste de cette même région assassiné dans un appartement à Mexico.

Petit voyage dans l’état de Veracruz sur la côte est du Mexique. Vingt-et-un journalistes et photographes, selon l’ONG de défense de la liberté de la presse Articulo 19, y ont été assassinés en onze ans. Le niveau de violence à l’égard des femmes y est aussi très élevé. Nous avons donc demandé à Paloma Junquera ce que c’est d’être la correspondante d’un grand quotidien progressiste et indépendant dans cette région.

Reflets.info : Comment te protèges-tu, Paloma ?

Paloma Junquera : Il serait très long d’évoquer toutes les précautions que je prends. Déjà, ne pas s’exposer physiquement. Je sors toujours accompagnée. Il est très rare que je sorte seule et si je le fais, j’informe mes amis, ma moitié, je dis où je vais et on m’y retrouve. Quand je couvre des affaires de disparitions forcées, quand je suis les brigades citoyennes de recherche des disparus, je ne suis pas la seule journaliste dans le groupe. Je me déplace avec des journalistes d’autres médias, peu importe la concurrence, nous nous arrangeons.

Auparavant, je courais le soir, je faisais mon jogging. Puis je me suis acheté un tapis de course. Auparavant, je passais toujours par le même chemin pour rentrer chez moi. Aujourd’hui ce serait pour moi une prise de risque totalement irresponsable. Il y a des sujets dont je ne discute jamais sur Internet ou par téléphone, je vais voir les gens en personne. Je suis devenue beaucoup plus attentive à mon environnement.

« Notre sécurité, en tant que journalistes de l’état de Veracruz, dépend aussi de l’importance que nous attachons à la déontologie »

Notre sécurité, en tant que journalistes de l’état de Veracruz, dépend aussi de l’importance que nous attachons à la déontologie. Il faut être très droit et clair avec ses interlocuteurs. Cela ne me plaît pas de le dire, mais je suis obligée de constater qu’il y a des journalistes, dont certains ne sont plus des nôtres aujourd’hui, qui se sont mis délibérément en danger en négligeant la déontologie de notre profession. Il suffit de presque rien : déjeuner avec une personne dont on pourrait suspecter qu’elle a quelques liens avec la criminalité organisée et accepter que celle-ci paye l’addition… C’est tentant, car les journalistes gagnent des miettes dans notre région, mais il ne faut jamais faire ça. Ces journalistes, légalement, n’ont pas été soudoyés. Ils ne se sont pas enrichis, mais ils sont déjà allés trop loin. Il faut éviter l’argent et le plomb (2).

Enfin, évidemment, nous nous censurons. Je vais vous expliquer comment je me censure, c’est une stratégie assez particulière. J’ai couvert un grand nombre d’affaires de disparitions forcées, dont une affaire particulièrement sensible, qui avait attiré l’attention de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) et qui compromettait le secrétaire régional à la sécurité publique dans l’administration de l’ex-gouverneur Javier Duarte, Arturo Bermudez. Je parle d’un territoire où quatre, cinq cartels de la drogue se mènent une guerre sans merci et où plusieurs responsables publics se sont déjà fait mitrailler. Bermudez s’y promenait tranquillement dans sa voiture personnelle avec deux gardes du corps. Un sinistre personnage. J’essayais donc de me “reposer” entre deux papiers au sujet de Bermudez. Je me censure dans le temps. Je pourrais publier chaque semaine un reportage ou une enquête à propos d’une disparition forcée, mais ce serait de la folie. Entre confrères, on parle de « dosification » du travail d’information ou encore d’« essorage des escamoles ».

Reflets.info : Tu mentionnes l’administration de Javier Duarte, qui a gouverné Veracruz de 2010 à 2016 et qui fuit aujourd’hui de graves poursuites judiciaires. Le cauchemar est terminé, tu respires ?

Paloma Junquera : Evidemment que non. Je pense que le problème est structurel et que sa résolution ne dépend pas d’un changement de personnes à la tête de l’administration régionale. La gestion de M. Duarte a été marquée par un nombre record d’assassinats de journalistes, et il est peu probable que les agressions létales continuent avec une telle intensité. Mais l’inefficacité du système de protection des journalistes est nationale et structurelle.

« Les journalistes sont avertis de différentes manières avant d’être assassinés, mais les ONG ne sont pas au courant, ou trop tard ».

Reflets.info : Pourquoi ce système est-il inefficace ?

Paloma Junquera :

Le système de protection est fédéral, alors que les réalités locales sont très différentes. A Mexico, les journalistes connaissent leurs droits et savent où se trouve le bureau d’organisations non-gouvernementales comme Artículo 19 qui peuvent alerter l’opinion publique nationale voire internationale. A Veracruz, peu de journalistes sont au courant de l’existence même d’Artículo 19. La plupart ne s’indignent même pas des intimidations et agressions qu’ils subissent, ils pensent que c’est normal, que ça fait partie du métier. Le maire de leur commune vient en personne taper sur leur table, les bouscule dans la rue mais ce n’est pas grave, il n’y a pas mort d’homme. Les journalistes sont avertis de différentes manières avant d’être assassinés, mais les ONG ne sont pas au courant, ou trop tard.

Reflets.info : Et au niveau fédéral, quel est le problème avec le système de protection des journalistes mis en place en 2012 par le gouvernement ?

Paloma Junquera : Ce système est un échec lamentable. J’ai participé à trois réunions sur la mise en place d’une alerte préalable de protection des journalistes dans l’état de Veracruz avec le sous-secrétaire fédéral aux droits de l’homme, avec des membres du gouvernement régional de Veracruz. Je n’ai pas tenu jusqu’à la fin de la troisième réunion. Un responsable du secrétariat régional à la sécurité publique est venu me voir et m’a demandé sur un ton naïf ce qui se passe à Veracruz. Je lui explique patiemment ce qui se passe à Veracruz. Puis un responsable de sécurité fédéral vient me voir pour me demander ce qui se passe à Veracruz. Et ils nous laissent parler des heures, comme ça, de choses qu’ils savent déjà. Puis ils nous programment une autre réunion…

Reflets.info : Est-ce que tu utilises le fameux bouton de panique fourni aux journalistes dans le cadre du Mécanisme fédéral de protection ?

Paloma Junquera : Non, on me l’a proposé mais je ne l’ai pas pris. Ma position au sujet du bouton est similaire celle de la plupart de mes confrères à Veracruz. Supposons que je me sente en danger et que j’appelle, qui sera au bout du fil, si jamais on me répond ? Les forces de l’ordre régionales. Or, les forces de l’ordre sont un problème dans l’état de Veracruz. Les principaux agresseurs de militants, de journalistes et de défenseurs des droits humains sont les narcotrafiquants et les forces de l’ordre locales. Nous avons beaucoup de raisons de penser que ces dernières sont infiltrées par les cartels à tous les niveaux. Le bouton permet aussi d’appeler la police fédérale mais le temps qu’ils arrivent, je suis morte et enterrée.

« La seule différence que je vois entre la police locale et la criminalité organisée, c’est le fait que la police porte un uniforme ».

 Reflets.info : Crains-tu davantage les narcotrafiquants ou les forces de l’ordre?

Paloma Junquera : J’aimerais bien répondre à cette question s’il existait un quelconque moyen de faire la différence entre les deux. En apparence, il existe une mafia institutionnelle, en uniforme, avec le monopole de la violence légitime et une autre mafia clandestine, masquée, sans visage. Je ne vais pas revenir sur tous les éléments qui prouvent la consanguinité de ces deux organisations. Il y a des rapports de la CNDH, d’innombrables témoignages de proches de disparus, de victimes confrontées à l’impasse du système judiciaire… La seule différence que je vois entre la police locale et la criminalité organisée, c’est le fait que la police porte un uniforme.

Reflets.info : Parle-nous de ces journalistes que Veracruz a perdus.

Paloma Junquera :

Je connaissais personnellement Milo Vela depuis mes débuts dans le journalisme. Un vieux monsieur qui travaillait pour le journal d’investigation El Piñero de la Cuenca. Ils ont tiré à travers les fenêtres de sa maison et l’ont tué, lui et toute sa famille, en 2011. Milo Vela tenait la rubrique police et justice du Piñero de la Cuenca, il était très bien renseigné sur tous les problèmes de sécurité publique dans l’état de Veracruz. Il a assisté à la transformation de l’économie locale, du trafic d’appareils électroménagers et de téléviseurs depuis le port de Veracruz au trafic de drogue. Il a écrit un libre, “El LLano de la Vivora”, où il explique les causes d’une confrontation armée qui a eu lieu entre les forces armées et la police fédérale pour une cargaison de drogue. Nous avons ressenti sa mort comme une amputation, nous étions démoralisés et désarmés.

 Regina Martina Martinez était une personne discrète et réservée mais très vive d’esprit, qui travaillait d’arrache-pied, comme une petite fourmi. Depuis la capitale Xalapa, elle avait développé un réseau d’informateurs dans de multiples communautés marginalisées et demandait aux députés régionaux ce qu’ils comptaient faire pour régler des problèmes d’extrême pauvreté de la population indigène des montagnes. Elle venait au parlement local dans un but précis, pour interroger les députés sur des points précis, elle n’était pas là pour converser tranquillement avec eux sur des canapés en velours. Ces deux journalistes étaient des grands professionnels et des personnes très sincères. Je connaissais également les quatre reporters du journal El Dictamen dont les corps ont été retrouvés dans le canal d’Aguas negras en 2012, avec celui de leur secrétaire de la rédaction. Tous ces décès ont laissé un grand vide.

« On assiste à un renouvellement générationnel de la profession de photographe dans notre région ».

Reflets.info : Ruben Espinosa était photographe. Felix Marquez, qui a été assassiné en 2013, aussi. Les autorités de Veracruz ont-elles un problème particulier avec les photographes ?

Paloma Junquera :

En effet, on assiste à un renouvellement générationnel de la profession de photographe dans notre région. Il existe un courant très actif de journalisme photographique encouragé par Internet et les nouvelles technologies. Ruben Espinosa travaillait pour l’agence AVC Noticias. Chez AVC Noticias, au moins quatre photojournalistes, d’après mes informations, ont été agressés, menacés ou insultés. Comment fâcher un homme politique? En le photographiant. AVC Noticias a été l’une des premières agences à investir le web. Leur point fort, c’est la photographie. Le directeur est une personne très connectée, branchée et ouverte aux innovations. Très hostile à la censure aussi.

« Des photographies qui soient vraiment journalistiques »

Il a créé cette agence pour publier des photographies qui soient “vraiment journalistiques”. Des photographies qui montrent nos personnalités politiques telles qu’elles sont. Pour l’équipe d’AVC Noticias, il ne s’agit pas de photographier les responsables publics uniquement lorsqu’ils veulent bien poser et de retoucher les photos pour qu’on ne voie pas leur embonpoint. Cette équipe est composée de jeunes talents détectés sur les réseaux sociaux. C’est aujourd’hui une agence influente, qui fournit en images de nombreux journaux à Veracruz. Veracruz est comme un bout de chorizo qui s’étend du nord au sud au bord de l’océan, la géographie de cet état est très particulière. Il n’y a pas de journaux régionaux à Veracruz. Toutes les entreprises de presse sont implantées dans un microcosme local et sont complètement inconnues à trente kilomètres de là. C’est à Córdoba qu’on lit El mundo de Córdoba. C’est à Posa Rica qu’on lit El Mundo de Posa Rica.

Mais aujourd’hui, du nord au sud, on voit partout les photos de ces jeunes enthousiastes. C’est cette agence qui a révélé l’existence dans notre état de groupes d’autodéfense contre la criminalité organisée, que les médias nationaux ne voyaient que dans les états de Guerrero, Oaxaca et Michoacán. Lorsque ces photos de groupes d’autodéfense ont été publiées, les autorités régionales ont mis en œuvre tout ce qui était en leur pouvoir pour démentir l’information, ont prétendu qu’il s’agissait de montages, que les protagonistes avaient été payés par les photographes pour poser ainsi… Arturo Bermudez a promis publiquement, en conférence de presse, de « coffrer » l’auteur de ces photographies. Ce dernier a quitté l’état de Veracruz.


(1) Le nom de la journaliste a été modifié [NDLR]

(2) Plata o plomo (de l’argent ou du plomb) était une réplique habituelle de Pablo Escobar qui laissait ainsi un choix à ses interlocuteur [NDLR]

Les pirates Russes et les emails américains…

vendredi 16 décembre 2016 à 16:18

Même Barack Obama l’a donc dit à la radio : les pirates du Kremlin sont à l’origine du piratage de la convention démocrate et de conseillers de la candidate Hillary Clinton. Après la CIA, les agences variées de renseignement, la parole du président vient ajouter un poids important à l’accusation. Et pourtant… En matière de piratage informatique, il faut être excessivement prudent et ne pas attribuer n’importe quoi à n’importe qui, surtout s’il y a des éléments objectifs et très évidents. Explications…

Un bon exemple d’un faux drapeau en matière d’attaque informatique est celui de TV5 Monde. Initialement, tout le monde a pensé à une attaque du cyber califat, le site de la chaîne de télévision affichant un drapeau de type Daesh. Or il est bien plus probable que l’attaque soit venue de Russie, justement. Mais plaçons-nous dans le cas de l’exemple sus-visé.

Quels arguments peuvent bien avoir les services de renseignement américaines pour affirmer que le piratage de la convention démocrate et de conseillers de la candidate Hillary Clinton provient du Kremlin ?

On peut faire quelques suppositions:

Par principe, sur Internet, personne ne sait que vous êtes un pirate russe, chinois, nord-coréen, américain, français, ou martien. Personne ne sait que vous un chien, c’est dire si l’on nage en plein flou.

C’est dire également combien il est imprudent de désigner tel ou tel comme l’auteur d’un piratage. En outre, il n’est pas inutile de rappeler à Barack Obama que jusqu’à maintenant, le seul pays dont on ait des preuves irréfutables d’un piratage massif de toute la planète, n’est autre que les Etats-Unis. Cela n’a pas l’air de lui poser le moindre problème ni de déclencher indignation ou réforme profonde des services de renseignement de ce pays.

Enfin, il ne faut pas perdre de vue que les services de renseignement américain ont tout intérêt à désigner un cyber attaquant de la taille d’un pays, mieux encore, de type Russe ou Chinois, donc puissant. Plus l’adversaire est puissant, plus les budgets qui seront alloués aux agences de renseignement seront importants.