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IOL : un radeau nommé Confiance

mardi 14 juin 2016 à 17:01

BloodyQosmos-Évoquer  un programme visiblement secret-défense portant sur des outils de  surveillance du trafic Internet n’est pas chose aisée. Notre premier article était trop technique pour les uns, pas assez détaillé pour les autres, inintéressant pour la majorité de la presse qui a ignoré superbement nos révélations, il nous fallait revenir sur le sujet.

Tout  d’abord les mots. De quel type de surveillance parle-t-on ? Massif, pas massif ? Jean-Marc Manach (1) martèle, comme à chacun de nos articles sur le sujet, qu’en France, on pêche au harpon, pas à la grenade. Discours officiel répété par ailleurs par tous les responsables  des services de renseignement et tous les ministres avant, pendant et  après le débat sur la Loi Renseignement. IOL ne ferait donc pas de massif. Il nous faut définir les termes que nous utilisons.

En France, il  existe deux principaux régimes d’interception. Celui, d’abord, concernant les écoutes réalisées pour la surveillance dite « internationale », notamment par la  DGSE sur les câbles sous-marins qui relient les côtes françaises à d’autres pays, voire à d’autres continents. Les communications par satellite sont en effet extrêmement minoritaires, 99 % des communications transcontinentales voyagent aujourd’hui au milieu des  poissons. Pour ces écoutes de surveillance internationale, c’est quasiment open-bar. D’autres pays ont mis en place ce genre de choses,  par exemple le programme « Upstream Collection » de la NSA américaine,  ou « TEMPORA » du GCHQ britannique. Ce n’est pas de ce type d’interceptions dont nous parlerons ici.

Les interceptions qui visent les citoyens sur le sol français sont en pratique plus encadrées, et de deux types : judiciaires et administratives. Les  premières sont réalisées sous le contrôle d’un juge. Tout est  transparent et se retrouvera dans le dossier d’instruction, consultable  par les parties. Illustration : un certain Paul Bismuth. Les secondes, également appelées « interceptions de sécurité »,  sont bien plus opaques. Elles sont autorisées par le Premier ministre et émanent  généralement d’un service de renseignement. Les demandes sont transmises au GIC, le Groupement Interministériel de Contrôle, qui en assure l’exécution. Il peut exister une interception administrative vous concernant sans que vous ayez le moyen de le savoir. Tout ce qui a trait à cette écoute est classé secret-défense.

Dans les deux cas, sur le papier, les interceptions concernent une personne. Pas une ville ou un quartier.

Dat veniam corvis, vexat censura columbas

Aux États-Unis, les révélations Snowden l’ont montré, la philosophie est différente. La NSA ne jure que par le « collect it all« . On prend tout ce  que l’on peut, avec les limites techniques et de stockage et l’on fait le tri après. En France, ce serait plutôt, on prend tout ce que l’on  peut dans les limites de la Loi. Et ces limites sont nombreuses : la procédure judiciaire et ses restrictions pour protéger les parties d’un délire intrusif, par exemple. Pas de massif donc. En tout cas pas sur le territoire.

Oui,  mais… C’est quoi exactement du massif ? Pour Reflets, on entre dans  du massif lorsque l’on dépasse les limites habituelles. Prenons une interception visant un parrain  de la drogue. Un juge décide d’autoriser un interception concernant un individu. Les interceptions ou l’enquête mettent en lumière des liens étroits avec d’autres dealers de  gros calibre. Imaginons qu’ils fassent également l’objet d’une  interception. In fine, on aboutit, disons, à 20 interceptions ? Au delà, on entre dans du massif. Autre approche, quand on commence à rechercher une information  pouvant incriminer une personne dans une masse de données récoltées au hasard, on entre  dans du massif. Il y a une grosse différence entre suspecter quelqu’un  de contrevenir à la Loi et déclencher une interception et ramasser à  l’aveugle des données pour ensuite rechercher des comportements  contraires à la loi.

Conclusion  ? Si l’on décide d’intercepter, par exemple, tout le trafic Internet  d’un quartier, d’une ville, même de 1000 habitants, d’un immeuble,  c’est du massif. Si l’on cherche à capter tout le trafic concernant un  protocole en particulier pour repérer dans la masse celui qui concerne M. Tartampion, c’est du massif.

Ce  massif, est très différent du systématique à l’américaine. Il est bien  moins volumineux. Mais il est plus volumineux que la pêche au harpon.  C’est de la petite grenade. Du genre qui fait plus de dégâts que le  harpon. Des dégâts à la Démocratie.

Cogito ergo sum

On  entre dans la zone philosophie/psychologie de comptoir. Après les mots, les concepts. Dans quel esprit dérangé naît l’envie de mettre sur écoute  des pans entiers de la population ? On pourrait au surcroît s’interroger sur le principe même de l’interception des communications privées. Dans vie  privée, il y a le mot « privé ». Si la grande majorité de la population  d’un pays respecte le contrat social qui l’unit, il est impossible de  viser une population qui suivrait scrupuleusement toutes les règles qui  lui sont imposées. Une soupape de sécurité est essentielle. Sans quoi, c’est généralement le craquage assuré en fin de course. Doit-on  forcément punir, réprimer tout écart ? Les plus vertueux, sur le papier,  les députés eux-mêmes, les membres du gouvernement ont droit à leur vie  privée, car il est possible, si, si, de trouver chez eux des tendances  sexuelles un peu particulières sur les sites des sex-shops. Ne parlons pas des comptes cachés dans des paradis fiscaux…

Qu’on me donne six lignes écrites de la main du plus honnête homme, j’y trouverai de quoi le faire pendre, disait le Cardinal Richelieu…

Dans  le cas d’interceptions massives, où l’on recherche dans une masse de  données des comportements « déviants », ce n’est pas six lignes dont disposeraient les « autorités », mais des milliards. What could go wrong?

Pour  ce qui est des mots et des concepts, nous pouvons dire que IOL, sur le  papier, peut faire du massif, pas du systématique, mais que la Loi, les  problématiques techniques et les pratiques françaises auraient poussé  les autorités à faire du ciblé. Reste que l’infrastructure installée  permet de faire du massif et que la seule chose qui nous sépare de cet  usage, c’est la volonté politique de ne pas le faire. En outre, l’une  des personnes ayant évoqué avec nous le projet IOL dans le cadre de  notre enquête a été très claire : la collecte massive de métadonnées a été testée. Impossible toutefois d’obtenir des détails sur ce qui a été collecté, pendant combien temps et pour quoi faire.

Tarde venientibus ossa

Maintenant, les aspects techniques. Que trouve-t-on sur un plan technique dans le document de Qosmos qui explicite le projet ?

Chaque  foyer connecté à l’ADSL l’est par le biais d’un modem ADSL connecté à  une ligne téléphonique. Chez les plus grands opérateurs, le modem est généralement intégré dans une « box » qui joue également le rôle de  routeur. À l’autre bout, toutes les lignes de tous les abonnées  atterrissent dans un « noeud de raccordement abonné », ou NRA, qui  contient les DSLAM,  équipement dont le rôle est de donner accès à leurs abonnés aux  réseaux des différents opérateurs, de les connecter à Internet. Les NRA,  au nombre de 17 000 environ, sont répartis sur l’ensemble du territoire  français et contiennent généralement autant de DSLAM que d’opérateurs.  Soit au total, environ 60 000 DSLAM. Dans le cas de la fibre optique, le  principe est assez similaire, mais l’on parle alors de NRO, pour «  noeud de raccordement optique ».

En  France et contrairement à ce qui peut exister dans d’autres pays, le  réseau physique est extrêmement décentralisé. Cela signifie qu’une  partie significative du trafic n’emprunte pas le coeur de réseau des  opérateurs, mais reste en périphérie et circule sur des voies plus «  locales ». Installer des équipements d’interception en coeur de réseau  aurait ainsi été très inefficace pour les grandes oreilles, il leur  fallait au contraire imaginer un système qui leur permette d’écouter le  trafic là où il passe, c’est à dire, dans la mesure du possible, sur  chacun des DSLAM des « noeuds de raccordement abonnés » des grands  opérateurs français.

L’architecture proposée par Qosmos se base ainsi sur l’intégration d’équipements d’analyse de trafic, des sondes DPI,  dans les noeuds de raccordement, à côté de chaque DSLAM. En dehors des  sondes, le système s’appuie sur deux composants principaux : le serveur  de configuration et l’équipement d’intermédiation.

Le serveur de configuration, « convertit les demandes d’interception reçues, en commande de configuration à appliquer sur l’ensemble des sondes  ». Autrement dit, c’est lui qui pilote les sondes, notamment pour la  sélection des cibles. Rien à voir avec la bretelle d’interception  téléphonique de Papy, ici tout est dirigé à distance et les sondes sont  reconfigurées en moins de temps qu’il n’en faut pour le tapoter sur un clavier.

descriptif-schema-capture

Lorsqu’une  sonde détecte du trafic correspondant aux sélecteurs, à la cible, elle  effectue (effectuait ?), à la bourrin, une copie en temps réel de ce  trafic — données de connexion et contenus — et la transfère en temps  réel à l’équipement d’intermédiation. Ce dernier marque, d’un côté, la  fin du réseau de l’opérateur et, de l’autre, le début réseau de  collecte, le réseau du GIC, qui centraliste les interceptions de  sécurité et auquel l’équipement d’intermédiation transmet les flux de données interceptés.

screen-trafic

Les  commandes de contrôle des sondes Qosmos permettent d’intercepter une  adresse IP spécifique, ou l’ensemble d’un sous-réseau, ou encore cibler  un ou plusieurs appareils spécifiques via leur adresses MAC (les sondes sont utilisées à d’autres fins, mais dans le cas précis des DSLAM la sélection par adresse MAC ne sert probablement à rien).  Les capacités de ces sondes et du protocole ixM de Qosmos n’ont cessé de  progresser, d’après la communication de la société, et et les mises à jour ont été récentes, sinon fréquentes. Néanmoins, si les sondes sont  directement exposées au(x) serveur(s) qui les contrôle(nt), ce dernier est lui-même soumis aux instructions de l’équipement d’intermédiation, qui pilote les demandes d’interception, en amont, et est censé vérifier la conformité des données interceptées, en aval.

Ce  dispositif d’intermédiation, l’un des rares éléments placé  véritablement sous le contrôle de l’opérateur, joue un rôle  prépondérant. Au delà de sa fonction de transmission des données, il  s’assure que les données poussées vers le GIC puis aux services  demandeurs correspondent à une demande d’interception légitimement reçue en amont. Figurez-vous que, pour le meilleur et pour le pire, il existe  un standard pour les « interceptions légales ». Si, si. Il porte un  joli acronyme rien qu’à lui, celui de l’ETSI. On y trouve trois types  d’interfaces, numérotées HI1, HI2, et HI3 (Handover interfaces). HI1 normalise les demandes  que reçoit la passerelle d’intermédiation. HI2 et HI3 correspondent, respectivement,  aux flux sortants de « métadonnées » et de contenus. Chez  Qosmos, visiblement, à l’époque, on était plutôt parti directement sur du HI3 (avec du HI2 en remorque).

Et devinez quoi ? Le système proposé par Qosmos est compatible avec le protocole ETSI, bien que les sondes soient initialement beaucoup plus… compétentes.

screen-etsi

60  000 interceptions judiciaires, contre 6 000 interceptions de sécurité.  Bon, l’ordre de grandeur n’est vraiment pas le même, à première vue. Nous voyons bien que les juges, gardiens des libertés, sont  beaucoup plus gourmands que les services et le GIC. Oui. Mais alors il  faut s’intéresser au rapport d’activité 2013-2014 de la Commission Nationale de Contrôle des Interceptions de Sécurité, qui nous explique, avec force arguments, qu’elle a accepté de modifier un chouilla les règles de comptage.

En  effet, en judiciaire, chaque ligne interceptée est comptabilisée comme une  interception, à l’unité. Ainsi, si un magistrat accepte que vous soyez  écoutés, il est probable que vous comptiez au minimum pour deux, pour  trois, ou pour quatre, ou plus, selon le nombre de bidules et de machins correspondant à des abonnements à votre nom. Depuis 2008, en ce qui concerne les  interceptions de sécurité, c’est exactement la logique inverse qui  s’applique, dans la mesure où si vous devenez une « cible », vous  compterez pour une unité, quel que soit le nombre d’abonnements (ou de lignes qui seront concernées).

Autrement dit, si vous divisez 60 000 par 3  d’un côté, ou multipliez 6 000 par 3 de l’autre, vous obtenez un compte de cibles beaucoup plus proche, du même ordre de grandeur. Dans un cas, un juge aura autorisé chaque interception individuellement, dans l’autre, les services de renseignement ou de police seront passés au travers du tamis de la CNCIS, devenue CNCTR.

On  pourrait donc mesurer l’étendue du dispositif d’interception à l’aune du nombre de sondes, correspondant au nombre de DSLAM et à la quantité  d’abonnés. Mais on pourrait aussi tenir compte du  nombre d’étages composant notre fusée IOL, des sondes, en passant par la passerelle d’intermédiation, le réseau du GIC, les autorisations des commissions de « contrôle » — CNCIS puis CNCTR, jusqu’aux demandes des services qui, on le rappelle, s’appuient  régulièrement sur de vagues notes blanches pour tenter d’encabaner de vilains anarcho-gauchistes.

Abusus non tollit usum

Pour  ce qui est de la possibilité de faire du « massif » (tel que défini  ci-dessus) avec IOL, il faut se plonger dans le détail des paramétrages possibles d’IOL, selon Qosmos.

Le document explique comment ajouter ou supprimer un couple adresse/masque de sous-réseau (network/netmask).

Cela  veut dire, et les détails sont intéressants, que l’opérateur du système peut ajouter comme cible une adresse unique, ou une plage d’adresses IP. Sachant qu’un réseau local « classique » (de classe C) peut identifier jusqu’à 254 machines, cela peut sembler un petit « massif ».

Pas  de souci, Qosmos précise que l’on peut choisir une plage d’adresses de  type « 182.23.32.0/255.255.0.0 », donc de classe B. Ce qui veut dire, en clair, que cette cible, donnée à titre  d’exemple, désignera 65 534 adresses IP, soit potentiellement 65 534 connexions individuelles. Notez que sur le papier, il s’agirait d’une cible et donc, d’une seule interception…

En jouant avec cette option, on pourrait même entrer le couple 0.0.0.0/0 qui écouterait… Tout Internet.

Bien entendu, rien ne dit que :

  1. l’État ait testé ces options,
  2. que le système (du côté des infrastructures de l’État ou de celles des opérateurs) ait été dimensionné pour recevoir ce volume de trafic, ça doit quand même piquer un peu.

Mais trois éléments (au moins) sont très inquiétants :

  1. la gourmandise démesurée de l’Etat en matière d’interceptions n’est plus à démontrer
  2. le fait d’utiliser ou pas cette option, si elle dépend aussi des moyens alloués et des capacités techniques, découle essentiellement de la volonté politique. Et celle-ci est changeante.
  3. plusieurs ministres (dont Bernard Cazeneuve) et députés ont promis que le DPI était exclu, alors qu’il est pratiqué depuis 2009, à l’échelle du pays entier, pour les interceptions (non judiciaires) du trafic résidentiel.

Prenons un exemple plus explicite de ce qui peut être fait avec cette fonctionnalité proposée par Qosmos dans IOL :

« Les Local_network et global_network sont gérés comme des pool de réseau et non des listes »

L’exemple donné dans la documentation Qosmos porte sur l’AS5089 (Virgin Media) :

li_target tune add local network 82.23.0.0/255.255.254.0

Imaginons maintenant qu’un opérateur  souhaite intercepter ce qui se passe chez Air France qui dispose de son propre AS composé de six /24, des classes C, donc.

Il lui suffit  de quelques commandes :

li_target tune add local network 193.57.218.0/255.255.255.0

li_target tune add local network 193.57.219.0/255.255.255.0

li_target tune add local network 193.57.220.0/255.255.255.0

li_target tune add local network 193.57.244.0/255.255.255.0

li_target tune add local network 193.57.245.0/255.255.255.0

li_target tune add local network 193.57.218.0/255.255.255.0

Parlons maintenant du pourquoi… pourquoi vouloir intercepter tout l’AS d’AirFrance ?

Réponse possible, si la volonté politique de le faire est au rendez-vous :  par exemple pour savoir si un mouvement de grève va être suivi pendant  l’euro de foot… est-ce une bonne raison, est-ce une mauvaise ? Peu importe, c’est techniquement possible… et bien documenté.  Rien de neuf sous le soleil du renseignement. Les politiques ont  toujours adoré que les renseignements généraux prennent le pouls de la  société. Seule différence, on est passé de Marcel qui va boire un coup au Bar des Amis avec un syndicaliste, à une arme d’interception massive pouvant induire des analyses et conclusions complètement fausses.

Reste la question du futur. Vers quoi vont évoluer les systèmes d’interception. Si l’on se réfère à la tendance politique depuis le 11 septembre, à l’évolution des technologies, à la baisse du coût du stockage, on peut raisonnablement anticiper le renforcement des structures existantes, un durcissement de la tendance « collect it all » et une évolution vers du systématique dans tous les pays disposant des capacités. Le vote comme un seul homme (ou presque) par les représentants du peuple députés et sénateurs de la Loi sur le Renseignement militent en ce sens.

En outre, il est légitime de s’interroger sur la politique budgétaire des gouvernements successifs dans ce domaine. Les impôts des citoyens sont ils bien employés lorsqu’ils sont dépensés pour intercepter les communications privées… des mêmes citoyens ?

D’un côté, on a Kairos pour les interceptions internationales. De l’autre la PNIJ pour les interceptions judiciaires domestiques. Maintenant ÌOL pour les interceptions de sécurité nationales.

Existe-t-il une rationalisation des moyens mis en place pour en limiter les coûts ? Les technologies étant proches, il y a sans doutes des voies possibles en ce sens. Ont-elles été explorées ? Quelle serait l’implication d’une perméabilité entre ces systèmes ? Nous n’en saurons à priori rien puisque le gouvernement se refuse à répondre à nos questions.

Surveillance et confiance sont sur un radeau, devinez qui est tombé à l’eau ?…

 


(1) full disclosure : l‘un des auteurs de cet article (Kitetoa) connait Jean-Marc Manach depuis 2001. Jean-Marc Manach était journaliste au service Société de Transfert dont Kitetoa était le responsable.

Le travail : tout un métier…

lundi 13 juin 2016 à 15:28

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Le blocage entre le gouvernement et une grande partie de la société au sujet de la réforme du code du travail se situe sur un autre plan que celui — largement traité — d’une volonté des uns d’améliorer la performance des entreprises (tout en offrant de nouveaux outils de dialogue et de protection sociale aux employés) et de l’autre d’un refus de changer quoi que ce soit aux règles qui régissent le travail. En réalité, ce sont deux mondes totalement hermétiques qui ne parlent pas de la même chose. Démonstration.

Le politique ne travaille pas, il gère

Le personnel politique n’a généralement pas de métier. Il ne possède pas un savoir-faire monnayable sur le marché du travail. Le politique est rémunéré pour occuper une fonction, laquelle est totalement détachée de tout corps de métier. Enarque n’est pas un métier. Pas plus que député, ministre ou sénateur.

Gérer, oui, mais gérer quoi au juste ? La société ? Les infrastructures ? Les budgets ? Toutes les actions que les politiques effectuent sont détachées d’une réalité professionnelle connue. Déjeuner pendant trois heures dans un restaurant de luxe est par exemple une activité reconnue comme faisant partie de la « fonction » d’un politique. Tout comme inaugurer des trucs et des bidules. Couper des rubans, serrer des mains. Donner des tapes sur le dos. Féliciter, sanctionner.

Le politique n’est pas un professionnel, tout en bénéficiant de protections, d’avantages, de privilèges que n’importe quel professionnel aimerait avoir, ne serait-ce qu’en une infime fraction.

Étrangement, toutes ces personnes sans métier déclaré, ces non-professionnels — écartés des lieux de production — sont ceux qui veulent réguler, modifier, changer le fonctionnement de ces mêmes lieux. Sans les connaître. Sans être assujétis au droit de ces lieux de production, à leurs contraintes…

Les professionnels et leurs métiers

De l’autre côté du miroir, les administrés sont majoritairement des professionnels, avec un métier. Ils gagnent leur vie non pas en occupant des « fonctions » tout en effectuant des « actions de gestion » plus ou moins floues, mais en exerçant une profession. Ils ont des compétences précises. Qui ont un prix sur le marché du travail. Ils sont assujétis à des règles professionnelles strictes, des horaires, des temps de pause, et peuvent se réunir en corps de métier pour défendre leur profession. [Remarquons que les politiques n’ont pas de syndicat, ni de corporation-métier déclarée : serait-ce parce que celles-ci existent, mais de façon officieuse ?]

« Le professionnel est quelqu’un qui a acquis à la fois un savoir-faire et un savoir-être lui permettant d’occuper un poste précis dans une activité précise, et qui offre une qualité de résultats — dans son activité, grâce à ses compétences — suffisante au regard des standards ayant cours dans la profession qu’il exerce. »

Cette petite définition de ce qu’est un professionnel permet d’envisager autrement le problème actuel sur la loi El Khormi. Les professionnels qui refusent de voir cette réforme se mettre en place, parlent de métiers exercés, de conditions de travail dans l’exercice de professions réglementées et cadrées par le droit du travail. En face, on ne parle pas du tout de la même chose.

Quand deux informaticiens se rencontrent qu’est-ce qu’ils se racontent ?

Myriam El Khomri, qui ce matin expliquait qu’elle « avait travaillé dans le magasin de son père de 16 à 18 ans, puis jusqu’à 23 ans (dans quoi, où, quel métier ?) », à la suite d’une question d’un auditeur — ne parle pas du « travail ». Cette ministre sans travail établi et sans profession (il est indiqué « juriste » dans sa déclaration, bien que n’ayant jamais exercé de métier réglementé reconnu), mais dotée d’une fonction, parle, elle, d’emploi. Elle parle de statistiques de l’emploi plus exactement. Des « salariés » et des « employeurs ». Les professionnels ne l’intéressent pas. Elle ne les connaît pas, et n’a jamais partagé leurs préoccupations. Toute la clique gouvernementale, les parlementaires dans leur quasi totalité sont dans le même état : il ne sont professionnels de rien. Ils n’ont jamais exercé de métier. Comment donc parvenir à échanger dans ces conditions ?

Ubu roi : et en plus ils voudraient qu’on les écoute ?

Le président Hollande est un personnage amusant qui, comme Chirac ou Sarkozy, mange sur la bête depuis plus de 30 ans. Sans profession reconnue. Juste animateur de parti politique (ce qui n’est pas un métier, sinon, ça se saurait), député par ci ou par là. Énarque. Sarkozy revendique être « avocat d’affaires », mais il n’a [pratiquement] jamais exercé en tant que tel.

C’est donc une situation parfaitement ubuesque que nous sommes en train de vivre : des assistés de la République, sans compétence professionnelle ni métier qui veulent imposer de nouvelles règles aux… professionnels et aux détenteurs de métiers.

Tout ça en refusant le débat parlementaire, et en menaçant sans cesse tous ceux qui oseraient contester « leurs » décisions — dans la rue ou au sein des entreprises.

Ubu roi.

Vraiment.

 

 

Sauver la foire du foot et éteindre la révolte? Traitons les manifestants comme des hooligans!

samedi 11 juin 2016 à 19:56

Voilà une idée qu’elle est bonne ! Délaissée sur sa (vrai) gauche, l’équipe de choc de Manuel Valls trouve heureusement des adversaires droitistes forts compréhensifs pour faire la synthèse entre l’Euro 2016 et la chienlit qui paralyse la France.

blocage-euro2016

Une très audacieuse proposition de loi, déposée le 24 mai par une centaine de sénateurs de droite emmenés par Bruno Rétailleau (au passage : le plus farouche partisan de ce foutu aéroport de NDDL), envisage ni plus ni moins de traiter tout manifestant trop excité comme de vulgaires hooligans de foot. Ça c’est de la synthèse! La lecture de l' »exposé des motifs » ne laisse planer aucun doute sur le but du jeu: légaliser l’interdiction de manifester comme l’interdiction de stade, avec pointage obligatoire au comico les jours de mobilisation. Verbatim gluant :

Ces derniers jours, un certain nombre d’individus ont été empêchés de participer aux manifestations grâce à l’état d’urgence. Il faut graver dans le marbre de la loi ordinaire cette possibilité donnée aux préfets de mettre hors d’état de nuire les casseurs et les agresseurs des forces de l’ordre. La présente proposition de loi a donc pour objet de transposer aux « casseurs » le dispositif préventif existant à l’égard des « hooligans » et d’introduire un dispositif de peines de sûreté renforcé pour les auteurs de violences contre les personnes dépositaires de l’autorité publique.

Pour parfaire leur idée géniale, Mmes et MM. les sénateurs osent même présenter ce texte – pourquoi se gêner – comme un moyen de garantir à tous le droit de manifester ! Ils brandissent « l’article 7 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen [qui] consacre “le droit de s’assembler paisiblement”. » Paisiblement, voilà le mot qui tâche. Histoire de faire le distinguo entre ce que certains médias et la classe politique appellent les « casseurs ». Oubliant que quiconque est aujourd’hui chopé en tête de cortège avec des lunettes de piscines, une écharpe ou une capuche sur la tête sera interpellé et envoyé en comparution immédiate pour « violence envers agent de la force publique », ou d’autres chefs d’accusation du même tonneau. La dissociation classique entre militants radicaux et spectateurs passifs – et non pacifistes ou pacifiques, nuance – est au cœur de la stratégie policière qui justifie ensuite l’usage d’armes de guerre contre des populations civiles.

Il s’agit donc, argumentent les « représentants du peuple » (brrr), de « conférer au préfet la faculté d’interdire la participation à des manifestations sur la voie publique, laquelle se veut tout à la fois plus pertinente et moins attentatoire aux libertés individuelles [sic!] que l’interdiction de séjour issue de la loi sur l’état d’urgence ».

Ensuite, les articles de cette PL déroulent tout l’arsenal classique de la surveillance policière moderne : fichiers des manifestants, vidéosurveillance mobile sur tous les parcours de manifs, interdictions de porter tous « objets susceptibles de constituer une arme » – c’est déjà le cas messieurs-dames, un simple bout de bois chopé dans un sac pouvant être taxé « d’arme par destination »

L’article 5 organiserait la ségrégation sociale des réputés casseurs en élargissant « la faculté de prononcer une interdiction judiciaire de participer à des manifestations sur la voie publique », accompagné d’une « obligation de pointage dans le temps de la manifestation »; quant à l’article 6, le pompon, il créerait un nouveau délit tout nouveau tout moche, à savoir celui de « provocation à la discrimination, à la haine et à la violence en raison de l’appartenance à une profession »; comprendre : tout slogan « anti-flics » serait réprimé comme on crie « à bas les Juifs et les arabes ». Mmmm, la bande à Marine doit avoir les boules de ne pas avoir eu l’idée en premier !

Enfin, dernière joyeuseté, une « période de sureté » pour les mêmes présumés casseurs : prison obligatoire pour les « auteurs de violence contre les forces de l’ordre » et donc aucun « aménagement de peine (suspension ou fractionnement de la peine, placement à l’extérieur, permissions de sortir, bracelet électronique, semi-liberté, libération conditionnelle) ».

Alors oui, certains diront que c’est tout de même pas « très démocratique » de casser des abribus, de balancer des pierres sur des policiers ou de les insulter (ce sont même déjà des délits). Mais souvenez-vous que depuis le début du conflit social au moins de mars, les arrestations sont organisées de manière aléatoire, les interdictions de manifs sur la base de « notes blanches » de la sûreté territoriale (les RG nouvelle vague), et que la moindre résistance à une arrestation ou lorsque l’on est littéralement agressé par la police est aussitôt accompagné d’une plainte pour « outrage, rébellion, violence sur agent ». Ce qui sous-entend que les « casseurs », ou plutpot « manifestants non paisibles », peuvent concerner n’importe qui, et que dans un État de droit – non, j’ai pas dit « de droite » –, cela s’appelle du totalitarisme.

Rares sont les personnes qui osent aujourd’hui riposter en justice contre l’ordre qui leur a été donné de ne pas sortir de chez eux, assignés à résidence (cela a commencé, souvenez-vous, pendant la COP21 après le 13 novembre à l’encontre de militants politiques, pas djiadistes), ou interdits de séjour dans une commune aussi grande que Paris – c’est le cas dans les principales villes de France –, et cela le temps de toute l’instruction les concernant (c’est à dire au moins un an ou plus ! ). Un beau jour, il faudra les décorer – mais pas de la rosette ni de l’ordre national du mérite.

euro-crs-garedunord

Et les députés, entend-t-on déjà ? Que proposent-ils pour que la France s’apaise et que les supporteurs « paisibles » puissent assister à cette grande fête fraternelle qu’est l’Euro de foot? Le 8 juin, deux jours avant le premier match de la compétition, une autre proposition de loi déposée par une quarantaine de députés – emmenés par… Eric Woerth, un fan de courses hippiques – a trouvé une autre idée géniale. Il s’agit tout simplement de réprimer encore plus fort la « dissimulation volontaire du visage dans les manifestations publiques (…) afin de ne pas être identifiée dans des circonstances faisant craindre des atteintes à l’ordre public »… Aujourd’hui, on encourt une simple contravention, et avec ce texte cela deviendrait un délit puni d’«un an d’emprisonnement et 15 000 € d’amende». Ceci allant grandement faciliter l’interpellation aveugle de personnes qui, plus tard, se retrouveront sur le « fichier du manifestant » proposé par leurs collègues sénateurs. CQFD : ça c’est du travail d’équipe dans la merveilleuse famille du sport politique.

Surtout que les députés de la Woerth-team ont encore des flèches à leur arc de compétition. Toute personne embastillée pour ce fait se verrait donc frappée, primo, « d’interdiction des droits civiques, civils et de famille », secundo d’interdiction « d’exercer une fonction publique ou (…)  professionnelle ou sociale (…) », et enfin se verrait interdire « de détenir ou de porter, pour une durée de cinq ans au plus, une arme soumise à autorisation ».

Petit rappel historique : c’est le gouvernement de Berlusconi, fin 2010, qui envisageait de créer une « carte du manifestant » calqué sur la carte du tifosi, avec fichier tentaculaire, interdiction de manifs et assignation à résidence ou pointage au commissariat le jour d’une manifestation.

Nous ne sommes pas dans les petits papiers du Parlement, difficile de savoir si ces deux textes auront l’occasion d’être examinés, ni quand. Mais le gouvernement a encore le pouvoir de les mettre à l’ordre du jour à peu près quand bon lui semble. Avant la fin de l’Euro, on peut en douter, mais après tout « Ensemble, tout devient possible », non?

P.S.– En attendant, la loi sur l’état d’urgence permet toujours d’assurer l’essentiel : des interdictions de manifs (pardon, « de paraître » dans tel ou tel périmètre), viennent d’être à nouveau notifiées avant la prochaine grande journée de mobilisation nationale de mardi prochain à Paris (cf le dernier communiqué du groupe Defcol). Dernière trouvaille scélérate des gradés de la Pref : refuser de remettre à l’intéressé.e la moindre copie de l’arrêté d’interdiction, pour empêcher tout recours devant la justice administrative. Jusqu’où iront-ils ? Et pourquoi pas réquisitionner des gymnases, ou des vélodromes, pour en faire des camps de rétention administrative ?

Photos : Appel à perturber l’Euro 2016 + opération « Joue-la comme Pogba »

Désencercler, tout un métier

vendredi 10 juin 2016 à 14:18

grenadezoom Les armes de la police anti-émeutes utilisées pour réprimer le mouvement social s’offrent une notoriété inattendue. Cela fait maintenant près de trois mois que les manifestations et les blocages en riposte à la funeste « loi Travaille ! » se succèdent, malgré les espoirs d’un gouvernement aux abois qui n’attend que le début de l’Euro de foot pour espérer voir la contestation baisser d’intensité.

La question des violences et des brutalités policières ne se traite désormais plus seulement dans les colonnes des médias dits « militants ». Même si le rapport de force, en matière de couverture des manifestations, reste fortement déséquilibré au profit des défenseurs de d’ordre (social) établi. Cette photo de l’AFP, reproduite le 4 juin sur le site du Parisien, a sans doute échappé aux rédacs chefs dont la ligne est tenue, faut-il le rappeler, par le patron du luxe Bernard Arnault (celui-là même vilipendé dans le fameux film « Merci patron! », qui a été à l’origine, en mars dernier, des premiers soubresauts populaires contre la loi Valls-El Khomri).

Cette photo est en effet censée illustrer la stratégie des fameux « casseurs », prise lors d’un cortège organisé en mémoire du militant antifa Clément Méric, assassiné par un commando de fachos identitaires il y a 3 ans. Le détail qui tue, c’est bien ce projectile qui semble planer dans l’air comme une plume au vent. Ce n’est pas une pierre ou un bout de pavé lancé par les méchants casseurs cagoulés, mais bien une grenade offensive employée en masse lors de chaque manif depuis des années. Pas n’importe quelle grenade. On les appelle des engins explosifs de « désencerclement ».

Ce terme typique de la novlangue policière – absent des dictionnaires, mais que fait Larousse ? – détourne son usage premier pour en faire un simple objet de défense. Il est assez facile de zoomer sur l’image pour déceler sa carcasse dentelée, puisque cette arme blindée de TNT propulse 18 plots en caoutchouc au hasard et entraîne ensuite immanquablement des blessures graves ou mutilantes, comme lors du fameux cas de ce vidéaste de 28 ans, Romain D., le 26 mai dernier, atteint à la tête et encore hospitalisé après avoir été placé en coma artificiel. A la guerre civile comme à la guerre tout court, faire des blessés procure à l’assaillant des avantages stratégiques qui sont calculés dans les centres de formation répressives. C’est connu comme les haiku du vénérable Sun Sen : un blessé dans les rangs adverses comporte une dimension psychologique indéniable, qui irradie les proches de la personne touchée – tout en évitant les effets indésirables d’une mort qu’il sera alors bien difficile de justifier en « régime démocratique ».

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Pas la peine ici de rappeler les conditions réglementaires du lancer d’une telle arme. Les grands médias ne peuvent plus se taire tant ces conditions ne sont jamais respectées. Dans l’affaire de Romain, si le Robocop l’a lancé à terre, comme c’est prescrit par les guides policiers, celle qui vole dans la photo ci-dessus s’apprête bien à exploser en pleine gueule des manifestants présents. Après, on va encore s’étonner que les têtes de cortèges se protègent avec casques (parfois bricolé de manière rudimentaire), boucliers et masques à gaz, mais là le doute n’est plus permis.

Cette grenade de désencerclement, nous l’appellerons « offensive », pour rappeler celle qui a tué Rémi Fraisse en 2014, la grenade OF-F1 (en dotation uniquement chez les gendarmes). Le verbiage policier appelait donc l’OF une « grenade offensive », pour mieux justifier sa « suspension » tout en laissant les autres en circulation. La règle voudrait que l’on en use si et seulement si les flics sont réellement « encerclés », c’est à dire menacés directement par un attroupement armé ou menaçant. Pas la peine là aussi de rappeler que ces conditions ne sont jamais toutes remplies lorsque qu’un flic décide de la lancer. Dans l’affaire de Romain comme dans tant d’autres. Après tout, ceux qui croient encore que le « maintien de l’ordre » s’exerce dans un contexte légal et réglementaire se mette le doigt dans l’œil. Non, ces engins de mort appelées « armes à létalité réduite » sont surtout à « légalité réduite », sans effet de style.

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Comme l’autopsie avec minutie cet article de Paris Luttes, ces grenades portent des termes aussi tordus que leurs détenteurs : DMP, « Dispositif Manuel de Protection » (fabriqués par SAPL), DBD, « Dispositifs Balistiques de Dispersion » (fabriqués par Alsetex-Lacroix et Verney-Carron), ou les mêmes avec, en prime, une dose de gaz lacrymogène CS concentrée à 20% (DMPL, fabriqués SAPL et Verney-Carron).

Elles sont donc à « effet de souffle » (explosive), « assourdissantes » et à fort effet psychologique puisque la détonation dépasse les 160 décibels. Les anglo-saxons l’ont rangé dans la catégorie « flashbang », ou « stun grenade », les plots en latex ou la dose de lacrymo ajoutant à cet arsenal un effet mutilant ou irritant. Inutile de dire que les tympans et les parties du corps touchées par les plots ne sont pas les seuls à en subir les dégâts : ces engins explosent en disséminant des parcelles de métal ou de plastique qui peuvent infiltrer les tissus humains et y rester indéfiniment ! Non, rien à voir avec des moyens de dispersion et de « désencerclement ».

Elles peuvent être autant mortelles que la funeste OF-F1. La GLI-F4 (grenade lacrymogène instantanée), produit phare du fabricant Alsetex – filiale du groupe Lacroix, qui égaie les fêtes de villages et les cérémonies pompeuses avec ses feux d’artifices… – a pris de relais du modèle interdit par Cazeneuve après la mort de Rémi Fraisse. Mieux, dans le rapport des inspections générales de la flicaille paru juste après les événements du barrage de Sivens, les gradés avouaient ne pas pouvoir faire la différence entre les deux engins. Au chapitre « Les dommages et blessures chez les manifestants », une manif de 2013 motive ce commentaire :

« Pour les grenades à effet de souffle, un cas de blessure grave a été recensé :  le 26 octobre 2013, un jeune homme a eu la main arrachée en ramassant et en voulant relancer une grenade ( OF F1 ou GLI-F4 ?) lors de la manifestation contre les portiques éco-taxes à Pont de Buis (29). »

Pas la peine d’appeler le SAMU pour savoir qu’un engin capable d’arracher une main qui explose à hauteur du visage peut causer des blessures mortelles !

Les baballes de la terreur

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Pierre Douillard-Lefevre, un doctorant en sociologie de Nantes, a une dent, et bien plus, contre l’État répressif qui use de ces armes dites « non létales » (ou « à létalité réduite », défense de rire). En 2007, alors qu’il était lycéen, il reçoit dans son visage une balle en latex lancée par un gendarme mobile, lors d’une manif devant le rectoral de Nantes. Il perdra l’usage d’un œil. Éborgné par l’arme vedette de la flicaille, le flashball ou « lanceur de balle de défense », il sait mieux que quiconque qu’il ne s’agit pas de se défendre, ni de « disperser » comme les grenades, mais bien d’attaquer et de blesser. Testé dès 2007, et déployé depuis 2009 à grande échelle en France, le LBD — le « GL-06″ selon le catalogue de l’armurier suisse Brügger & Thomet – a remplacé le non-moins fameux flashball (invention de Verney-Caron), qui était devenu un peu trop controversé. (Nous avions déjà remarqué à Milipol que Verney tentait de redorer son image en changeant la couleur de son projectile, qui ressemble désormais à une petite balle de tennis verte – cf photo ci-dessus).

484.ac6a6d50Pierre Douillard-Lefevre vient de sortir un petit ouvrage fort utile pour mieux comprendre la stratégie policière en la matière, intitulé fort joliment L’arme à l’œil – Violences d’État et militarisation de la police (édition Le Bord de l’eau, avril 2016).

« Aujourd’hui l’utilisation décomplexée de grenades et de LBD marque un changement de doctrine. Un tir de balle en caoutchouc ne touche qu’une personne. Il ne repousse pas, il frappe. Il concentre sa violence sur une individualité. Le policier qui presse la détente exerce une vengeance extra-judiciaire, immédiate et irrémédiable contre une personne : il est à la fois juge et bourreau. Alors que tout le monde peut voir un nuage lacrymogène se répandre dans l’air, bien peu – en dehors de la personne touchée et de celles qui l’entourent – s’aperçoivent au cœur d’une manifestation qu’une personne vient d’être fauchée par un tir. (…) C’est la devise du Flashball : en blesser un pour en terroriser des milliers. »

Il décrit alors l’escroquerie intellectuelle qui sous-tend le déploiement de ces arsenaux. En 1995, le Flashball Super Pro était en effet présenté par la bande à Pasqua comme « l’arme anti-bavure ». L’idée à faire passer est que la balle en latex allait se substituer aux balles réelles. Mais « une chose est certaine », poursuit l’auteur de L’arme à l’œil, « l’arrivée du flash-ball n’a pas rendu la gâchette des policiers moins facile, et les gardiens de la paix continuent, autant qu’avant, à tirer à balles réelles, y compris dans des situations de “violences urbaines”« . « En réalité, les LBD ne se sont pas substitués aux armes de service, mais plutôt à la matraque. En 2012, les policiers ont tiré 2573 projectiles de MBD 40 et 44 mm : soit environ sept tirs par jour. »

Voilà l’entourloupe : on présente ces armes comme des moyens de riposte moins mortifères, alors que cela a au contraire considérablement augmenté l’incitation du flic a faire usage de son arme, justement parce qu’elle serait « non létale ». Le corps-à-corps entre flics et manifestants étant une doctrine du passé, ces « armes intermédiaires » (terme repris par le Défenseur des droits, ex-CNDS) sont autant de manœuvres destinées à habituer la masse à se faire viser dans la tête par les nervis du maintien de d’ordre. « Les policiers prennent [ainsi] l’habitude et le goût de tirer sur les foules, de presser sur la détente de façon décomplexée, ce qui était formellement proscrit jusqu’alors, poursuit Pierre Douillard-Lefevre. L’argument selon lequel le flashball serait un progrès est au mieux une escroquerie largement démentie depuis des années, au pire un chantage subtil qui prépare au pire ».

Le journal Le Monde s’étonne que les dernières stats de la police ne fassent état que de « seulement » « 48 enquêtes judiciaires ouvertes, principalement à Paris et Rennes, concernant exclusivement des violences » commises par les policiers. Des plaintes instruites, alors que des centaines de témoignages de blessures plus ou moins graves ont été récoltées par des avocats et des collectifs de manifestants *. 48 plaintes contre la violence policière, alors que la même source évalue à 1500 le nombre de manifestations qui se sont déroulées dans toute la France depuis le début de la contestation contre la loi travail. Défense de rire (bis).

Mise à jour : Les flics français semblent d’être équipé en loucedé d’un « riot gun » déjà utilisé à grande échelle pendant les manifs étudiantes au Québec, le fameux ARWEN (Anti Riot Weapon ENfield 37), un fusil multicoups qui peut balancer à la fois des grenades de gaz lacrymo mais également des balles en plastique, des « bâtons cinétiques ». On vous le répète : sortez couverts !

NB: Nous avons omis de préciser que Pierre DL, l’auteur du bouquin cité dans ce billet, fait partie des personnes interdites de séjour dans la ville de Nantes pendant une période indéterminée, accusé par la justice d’être un dangereux provocateur…


Photo de une : Domnique FAGET (AFP).
Photos des armes : article de Paris Luttes déjà cité.
Plus d’infos sur les armements du maintien de l’ordre sur : http://desarmons.net/ (d’où est tiré l’affiche sur le flashball).
* A Paris, le collectif Stop violences policières, animé par le groupe de défense collective Defcol (actif depuis le début du conflit social en mars), vient de publier un nouvel appel à témoins, voir ici, . Mail : violencespolicieres(at)riseup.net. Sur Twitter #violencespolicieres. FB: https://www.facebook.com/Collectif-Stop-aux-violences-polici%C3%A8res-229796540720118/. A Lyon, allez voir par là pour témoigner.

Crise sociale : et si on parlait de projets ?

mercredi 8 juin 2016 à 19:21

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La crise sociale déclarée dans laquelle est plongée la France peut être résumée en quelques points. Le pouvoir politique en place à décidé de modifier profondément le rapport de force dans le monde du travail, entre employeurs et employés, par le biais d’une loi. Cette loi, passée en force, sans discussion démocratique, brise des acquis issus des luttes sociales du Front populaire, des propositions du Conseil national de la résistance et de nombreuses autres avancées gagnées de haute lutte par les mouvements ouvriers.

Les syndicats, dans leur grande majorité sont logiquement vent debout contre cette réforme anti-sociale et demandent son retrait. Dans le même temps, un mouvement — plus ou moins spontané — s’est formé avec comme objectif la dénonciation des politiques menées et une volonté de proposer « autre chose » : Nuit debout. Les médias, dans leur ensemble jouent leur jeu habituel, basé sur le « comptage de points » et la stigmatisation des mouvements de grève, comme des débordements violents au sein des manifestations, etc. Rien de neuf sous le soleil. Tous ces éléments sont parfaitement connus, ont déjà existé, Nuit debout inclus, puisqu’au final, le rassemblement en question est parfaitement parallèle à ceux qu’effectuaient les manifestants de mai 68. En nettement plus sage, pour Nuit debout, et avec des idées nettement plus « bourgeoises » qu’en 68.

Un constat ressort, déjà vieux de quelques années, et qui pourtant ne fait toujours pas véritablement débat : le système politique est à bout de souffle, tout comme les institutions, et cette situation ne peut pas durer. Ce sont des analystes politiques, économistes, sociologues, philosophe etc, et même une partie du personnel politique qui effectuent ce constat. Tout comme les membres de Nuit debout. Pourtant, rien, dans les médias, n’est retiré de ce même constat.

Aucun projet autre n’est débattu de façon visible, rien dans les organes parlementaires non plus. Comme si proposer de véritables changements n’était pas nécessaire, et qu’il fallait se contenter de constater l’étendue des dégâts. Pourtant, des projets existent, avec leurs penseurs, leurs acteurs.

Un constat mérite-t-il une contre-proposition ?

Le modèle de traitement de l’information sociale et politique est resté figé : d’un côté des politiques qui veulent réformer envers et contre-tout, de l’autre des syndicalistes qui refusent la réforme. Ce modèle incite chaque citoyen à prendre parti de façon binaire : d’un côté la dénonciation de la « prise en otage » de la population par une minorité syndicale (appuyée par des reportages, des radio-trottoirs, etc), de l’autre le soutien à la lutte « contre » le pouvoir réformiste anti-social. Dans cette arène simpliste, du pouce levé ou abaissé, l’intelligence n’a pas besoin de régner. Les jeux du cirque social et politique encore en cours en 2016 ont ça de formidable : ils permettent à la population de se sentir impliquée tout en économisant sa capacité à réfléchir et à aller plus loin.

Pour autant, faire des constats ne suffit pas. La nécessité d’offrir des espaces de discussions et de contre-proposition est réelle, et devrait se mettre en place. Toute la difficulté de la proposition, en France, réside dans l’assimilation et l’étiquetage idéologique. Parler des problématiques de verticalité et de hiérarchisation dans le monde du travail puis mettre en avant des procédés coopératifs mène immanquablement à des attaques visant à caricaturer les propositions sous le terme de « communisme ». Constater les effets dramatiques du néolibéralisme, parfaitement défini par les spécialistes dès systèmes politiques et économiques, amène le plus souvent des défenseurs du « vrai libéralisme » à contester l’état du système en place qui ne serait pas — selon eux — un système libéral, mais au contraire hyper étatique. La financiarisation de l’économie qui a mené à la dictature des marchés, semble elle, plus évidente. Parler de l’ornière politique dans laquelle nous sommes plongés mérite donc, une fois certains constats collectivement faits, des contre-propositions. Réalistes. Applicables. Pouvant être acceptées par une « majorité ».

Faux constats et solutions mensongères

Le prisme récurent des analystes de la crise en cours est toujours le même, et il a pour but de ne surtout pas parler du fond, afin d’offrir un confort total à ceux qui l’emploient. Ce prisme est celui de l’économie comme unique pilier fondateur de la société, de son équilibre et de sa bonne ou mauvaise santé. Parler d’autre chose que de l’économie (et de ses avatars que sont le chômage, l’emploi, la compétitivité, les aides sociales, l’entreprise, etc) pour décrire les problèmes et chercher des solutions n’a plus aucun poids aujourd’hui. Étonnamment, de nombreux problèmes (et leurs solutions) ne sont pas reliés directement à l’économie du pays. Et surtout : les constats et les solutions pour améliorer cette fameuse économie sont parfaitement biaisés et mensongers de la part des éditocrates et du personnel politique.

Le constat principal serait que nous vivons une crise, puisque la croissance du PIB ne serait pas suffisante pour créer plus de richesses, donc donner du travail aux 5 ou 6 millions de personnes qui en sont écartés. Ce manque de croissance serait dû à un manque de compétitivité des entreprises françaises, écroulées sous le poids des « charges » — qui soit dit en passant sont avant tout des cotisations offrant de la protection sociale — et écrasées par la concurrence étrangère, en premier lieu. Il est donc nécessaire de toujours abaisser les charges (donc abaisser les cotisations et les rentrées financières des caisses de protection sociale), empêcher que le salarié ne soit un frein au développement de l’entreprise, en pouvant s’en débarrasser plus facilement en cas de ralentissement économique de cette dernière, estimant que si les gens sont plus faciles à virer, on les embauche plus facilement. Ces analyses ont débouché dans plusieurs pays sur des réformes, équivalentes à celle imposée par la ministre Myriam El Khomri.

L’Espagne, en 2012, par l’action de son premier ministre de droite, Mariano Rajoy, a donc réformé dans ce sens, avec comme objectif déclaré d’augmenter la performance des entreprises à l’export, donc booster leur compétitivité. 4 ans plus tard, le chômage est toujours à 21%, les emplois créés en 2015 sont massivement temporaires et précaires (comme ceux du premier trimestre 2016), et la fameuse reprise tant vantée par les spécialistes n’est en réalité due qu’à un phénomène de consommation intérieure causé par la baisse du baril de pétrole et du prix de l’essence à la pompe accompagné de crédits pour renouveler l’appareil productif très vieillot des entreprises espagnoles. Des crédits alimentés par la « planche à billets » du quantitative easing de la BCE avec ses taux d’intérêts proches de zéro, voire négatifs dans certains cas. Les banques ne savent plus quoi faire de leur argent, il faut bien prêter. Le commerce extérieur de l’Espagne est toujours en berne, son économie ne va pas « mieux ». Et la population ? Crise du logement, pouvoir d’achat diminué dans des proportions drastiques, services publics en déliquescence…

La dynamique collective, ça parle à qui ?

Se focaliser sur la performance macro-économique d’un pays et ses statistiques de dettes et déficits sur PIB est dangereux, en plus d’être parfaitement inefficace. Les 8 dernières années l’ont prouvé en France, et de partout en Europe. L’Allemagne produit des excédents budgétaires faramineux et aspire toute la dynamique économique à son profit, tout en paupérisant sa population, en oubliant de moderniser ses infrastructures, avec en vue un problème de paiement des pensions de retraite inouï, et les médias parlent de « modèle allemand » ? Au delà de l’Europe, la nation qui domine [à tous les niveaux] la planète se nomme les Etats-Unis d’Amérique, et étrangement si ses déficits publics sont en baisse, sa dette colossale continue d’augmenter : plus de 104%. Les inégalités au sein de la population américaine sont des plus criantes, les phénomènes de violence, de pauvreté extrême, de précarité médicale, d’exclusion, de crimes policiers y sont énormes. Et c’est pourtant sur ces critères de performance économique seuls que toute la politique française raisonne, sans jamais offrir ne serait-ce que le début d’un projet autre que celui de : faire baisser le chômage, créer de l’emploi, rendre plus compétitives les entreprises. Exactement ce que font l’Allemagne et les Etats-Unis. Quel est le projet de l’Allemagne ? Celui des Etats-Unis ? Comment les citoyens s’y portent-ils ? Quelle démocratie offrent ces pays ?

Un pays qui s’écroule lentement à tous les niveaux (et pas seulement la France, soyons clairs) risque de grands problèmes intérieurs. Précision : l’écroulement en question est social, éducatif, médical, culturel, associatif, politique, industriel, écologique, agricole… La liste est longue et n’est certainement pas complète. Ces problèmes ne se résolvent pas par l’amélioration macro-économique. Clairement : demain, avec 3 ou 4% de croissance, un déficit à moins de 3% et une dette qui redescend, rien n’aura changé. Il y aura peut-être quelques centaines de milliers de personnes qui auront retrouvé du travail, mais soyons certains que ce seront des emplois précaires et qui de toute façon ne changeront rien au vide intersidéral d’une société sans projet. Une société juste bonne à voir des individus ramener un salaire (qui sera toujours au plus bas afin de continuer à accroître la « compétitivité ») et voir les bénéfices de ceux qui détiennent le capital de leur entreprise, s’envoler. La France n’a jamais payé aussi peu d’intérêts sur sa dette qu’aujourd’hui et n’a pourtant jamais eu une dette aussi élevée. Étonnant, non ?

Ce qu’il manque est une dynamique collective, autre qu’économique, qui corresponde aux aspirations d’un peuple plutôt fier, arrogant, mais qui sait parfois aller là où on ne l’attend pas : vers le progrès, le vrai, celui qui humanise et s’intéresse aux plus fragiles plutôt qu’aux plus forts, plus aux cultures et aux bien communs qu’à la réussite individuelle…

Retrouver les fondamentaux français ?

Le vieux pays inventeur de la monarchie absolue (et non pas parlementaire à l’inverse de ses voisines de l’époque) est malgré tout un poids lourd dans le « hall of fame » des nations innovantes, respectées pour les progrès qu’elles ont apporté à l’humanité. C’est en France que les droits universels ont été pondus, que les congés payés ont été gagnés par la lutte en 1936, puis les retraites au sortir de la guerre tout comme la sécurité sociale, la protection de l’enfance, le droit de grève (bien avant, au XIXème siècle, avec la liberté de la presse), la séparation de l’église et de l’Etat, bref : l’universalisme français est reconnu. Le progrès social, c’est ici. Le droit d’asile, l’accueil de l’opprimé, c’est encore ici. Le planning familial, c’est en France, comme le droit à l’avortement. Le principe d’association loi 1901 à but non lucratif, du financement public de la culture, de l’intermittence du spectacle, de la gratuité des soins, de l’école publique…c’est en France.

Si une nation peut offrir un nouveau projet de société progressiste au XXIème siècle, il semble que la France ne serait pas la plus mal placée. Loin de là. En parlant par exemple de redistribution des richesses, d’incitation forte à la création d’entreprises coopératives et solidaires, d’encadrement des rémunérations des plus hauts revenus, de droit au revenu d’existence inconditionnel, de création de plateformes numériques d’échanges publics, de citoyenneté en ligne, d’intéressement et participation obligatoire des salariés dans leurs entreprises, de mise à plat des systèmes de prélèvements des entreprises (RSI, URSSAF) plus justes et basés sur l’activité réelle, de projets éducatifs forts et liés au monde actuel, de réhabilitation architecturale, de transports pour tous, de formations citoyennes aux outils d’information et de communication, d’autonomie énergétique…

Tous ces projets sont pensés, par des chercheurs, des spécialistes de tout poil, qui écrivent, expliquent, et sont accessibles pour qui veut s’en donner la peine. Ces projets sont absolument à la portée d’un pays comme la France.

Ceux qui pensent la société par le biais de la doxa établie diront qu’il n’y a pas les « moyens » de financer de tels projets. Ils ont raison, mais uniquement si le système — absolument mafieux  — en place, perdure. Il faudrait donc simplement faire appliquer la loi — censée être la même pour tous — en récupérant par exemple les 60 à 80 milliards d’évasion fiscale, supprimer les [très nombreuses] niches fiscales les plus absurdes, arrêter de subventionner par dizaines de milliards des entreprises qui ne respectent jamais les accords qu’elles signent en échange de ces aides, purger la monstrueuse dépense d’Etat de tous les privilèges et somptueux « arrangements républicains » ou autres conflits d’intérêts de l’appareil administratif, qui la caractérisent…

Mais pour cela il faudrait que ce ne soient pas des petits comptables obtus qui tiennent les manettes du pays, qu’ils soient de « gauche », de « droite » ou des extrêmes.

Il reste donc une solution, qui a déjà commencé : que les habitants de ce pays fassent ce qui leur semble le plus juste, ensemble, sans attendre des élites qu’elles comprennent où non le sens de l’histoire et du bien commun.  Cette approche est plus fastidieuse et moins efficace qu’avec une volonté politique, il est vrai. Elle prendra beaucoup de temps et requiert de faire des choses concrètes, plutôt que de commenter l’ambiance générale devant des écrans.

A moins que le système politique n’implose complètement, avec toutes les étapes violentes et délétères que cela implique ? Il faudra ensuite — dans ce cas là — reconstruire autre chose. De vraiment différent. Mais ça, c’est avec des « si ». En attendant, il vaudrait mieux se retrousser les manches…