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LR et le PS hors course ? Attendez une minute…

lundi 24 avril 2017 à 10:42

Comme nous l’évoquions hier soir, la droite (LR) et la gauche (PS) traditionnelles sont écartées du second tour de la présidentielle. C’est une première. Tout le monde ou presque y voit un chamboulement, une première qui marque le début d’une grande recomposition du paysage politique français. Salutaire sans doute. Souhaitée par une grande part de la population, assurément. Mais il faut se garder de crier victoire trop vite. Emmanuel Macron, qui a émergé par la grâce des casseroles de François Fillon, et sans parti politique traditionnel, va probablement être élu président de la république. C’est toujours mieux que Marine Le Pen. Mais après…

S’il a annoncé vouloir commencer sa présidence sous le signe des ordonnances, il faudra bien qu’il compose, à un moment ou un autre, avec un Parlement. Et celui-ci pourrait bien être en juin le résultat d’un retour des partis traditionnels.

Déjà, depuis hier soir, les coulisses sont agitées des petites tractations habituelles et chacun prépare son avenir. A droite, tout le monde rêve d’un retrait de Fillon, qui ne l’entend pas de cette oreille et il va falloir s’attendre à des tirs de canons entre amis « ayant les mêmes valeurs » de droite, bien sûr, le tout, pour le bien commun, c’est évident. A gauche, Manuel Valls, Cambadelis, Hamon creusent déjà leurs tranchées.

Les Français voteront-ils en masse pour le nouveau parti déjà presque traditionnel En Marche aux législatives ? Pas certain. Les pro-Mélenchon espèrent prendre leur revanche, les pro-Le Pen rêvent d’une présence importante au sein de l’Assemblée. LR espère ne pas tout perdre… Bref, on retombe sur des partis, des arrangements, tout ce qu’il y a de plus habituels. La grande recomposition n’est peut-être pas pour demain.

En outre, le système (faites clici-clic), ne se limite pas à la sphère politique. Ce groupe de groupes qui compose la strate supérieure de l’organisation de notre société (pour résumer), comprend également les cercles financiers et industriels. Aucun de ces cercles ne veut disparaître ou être mis de côté. Le but principal du système étant de conserver ses positions. Et avec Emmanuel Macron, ledit système n’est pas près de perdre ses positions.

Bienvenue dans un avenir sombre

dimanche 23 avril 2017 à 22:56
Photo MartinMarazek

Tu t’es vu quand tu as voté ? Ce pourrait être le prochain slogan à la mode. Les Français ont voté dimanche pour le premier tour de l’élection présidentielle. A priori et sauf grosse surprise, Emmanuel Macron sera opposé au second tour à Marine Le Pen. Les commentateurs sont en boucle : c’est un bouleversement dans la Vème république, les « dégagistes » ont gagné, les deux partis traditionnels ne sont pas représentés…

Ce n’est pas faux. La droite (LR) n’est pas au second tour. La gauche (PS) non plus. Les électeurs ont donc cessé de porter au pouvoir des gens qui sont, pour les premiers, empêtrés dans ce que les mêmes commentateurs appellent pudiquement « les affaires » et pour les seconds, des gens qui ont trahi leurs promesses de 2012. François Hollande a plombé le PS avec une efficacité redoutable. L’homme pour qui la finance était l’ennemi (au lendemain de la plus gave crise financière que la planète ait connu) a choisi à peine élu comme secrétaire général adjoint de la présidence un banquier d’affaires, puis comme ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique… le même banquier d’affaires… Un certain Emmanuel Macron.

François Hollande, portait tous les espoirs des gens de gauche qui avaient été essorés par Nicolas Sarkozy et ses troupes. Cinq ans de délire total, ponctué par la guerre illégale en Libye, l’infâme débat puant sur l’identité nationale, la libération de la parole raciste, on en passe. Il pouvait tout. Un peu comme Barack Obama qui sortait George Bush aux Etats-Unis.

Il a fait le choix très vite d’un premier ministre copie conforme de Nicolas Sarkozy, petit, excité, adepte de l’ordre imposé à coups de matraques et de 49,3. Il a choisi de poursuivre sur la ligne de son prédécesseur en matière de mise sur écoute de la population avec la Loi sur le renseignement et la Loi de programmation militaire. Des « boites noires » pour les écouter tous…

Bref, il a profondément déçu son électorat qui le lui rend bien en ne donnant à Benoît Hamon, représentant du PS dans cette élection, qu’un peu plus de 6% des voix.

Incohérence

Mais il faut également s’interroger sur les électeurs qui placent au second tour Emmanuel Macron… Qui sont-ils, d’où viennent-ils ? Quels sont leurs réseaux ? Car tout de même, s’il s’agissait de sortir François Hollande, honni, pourquoi voter Emmanuel Macron ? Etait-ce celui qui faisait le moins peur (pas de sortie de l’euro, par exemple) ? En tout état de cause, il a été le ministre de l’Economie et de l’Industrie de François Hollande, l’artisan des lois les plus contestées dans la rue, la Loi Travail et la Loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques (dite Loi Macron). Ce qui est contesté dans la rue ne le serait pas dans les urnes ? On vouerait aux gémonies François Hollande, pour porter au second tour celui qui lui a insufflé sa politique économique ?

Pour les électeurs : la peste ou le choléra

L’avenir est sombre… Il va falloir, pour ceux qui veulent toujours participer au grand jeu des élections, choisir entre un ultra-libéral qui ne satisfait pas les gens de gauche ni les gens de droite (qui le prennent pour le fils spirituel de François Hollande et donc un odieux gauchiste) et une néo-fasciste. Elle ne satisfait pas la tranche de gauche, ni une bonne partie de la droite LR, mais peut récolter quelques suffrages des déçus de tout. Et il y en a.

Si les Français étaient assez dingues pour choisir Marine Le Pen comme présidente, il n’y a aucun doute, le pays sombrerait plus vite qu’il ne le faut à un membre du Front National pour évoquer Führer et ses bienfaits supposés.

Si les Français se décidaient pour Emmanuel Macron… Là, ce serait un peu plus lent, mais le pire est à craindre également. Voilà un homme dont on nous dit qu’il veut faire de la France une « start-up nation »… Que ceux qui ont déjà travaillé dans une start-up se lèvent et viennent parler à la TéVé, s’il vous plaît. Une start-up, c’est avant tout des gens qui font du marketing, pour vendre une idée, qui n’ont pas d’argent, qui en cherchent, qui séduisent des investisseurs et qui une fois qu’ils ont 5 millions de users ou de visiteurs, dont 3 millions de bots et 1,5 million de comptes inactifs, revendent leur belle idée une fortune. Avant, si possible, d’aller placer le fruit de leur dur labeur dans un paradis fiscal. En voilà un beau projet : transformer la France en start-up. Avec 90% des employés qui sont des stagiaires ?

Ce soir, l’avenir ni rose, ni bleu. Il est sombre.

Edito : la France, pays de tous les décalages…

mercredi 19 avril 2017 à 16:51
On est quelle année sur cette photo ? En 2017. Ah oui, d’accord, en effet…

A quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle, les espoirs, malaises, inquiétudes, interrogations, emballements, énervements sont des sentiments visiblement partagés par une majorité de futurs électeurs. Cette campagne électorale, partie à l’origine pour être ennuyeuse — et encore une fois pliée d’avance entre deux champions PS et LR — s’est vite transformée en épisode de House of Cards, avec des rebondissements tels qu’il est aujourd’hui improbable de prédire avec certitude le résultat du premier tour.

Pourquoi — au delà de la mise en examen de Fillon, des sondages qui font le yoyo, du candidat Macron sans parti et sans mandat mais donné en tête, de l’extrême droite qualifiée depuis six mois (par les instituts de sondage) et de Mélenchon qui semble pouvoir faire la surprise — y a-t-il une tension et une demande populaire aussi forte sur cette élection ?

Le décalage français

Nous sommes en 2017, et la modernité s’est immiscée dans de nombreux fonctionnements socio-économiques français. Hyper connexion, nouveaux modes de travail, d’échanges, de management, de consommation, de prise de conscience : les Français, en grande majorité, ont basculé en très peu de temps dans une nouvelle société faite de nouvelles règles implicites, basée sur des comportements et des attitudes profondément différentes d’il y a quelques années. Cette mutation, puisque c’en est une, s’est effectuée sans que personne ne la décide ou ne la contrôle. Elle est le fruit — majoritairement — d’une « modernisation » du quotidien sous l’effet conjugué d’évolutions technologiques et de changements économiques, poussant de nombreux pans de population à « s’adapter ». Dans le même temps, les institutions, les pratiques politiques, bancaires et financières, n’ont elles, pas bougé d’un iota. C’est ce décalage, profond, entre une population, ses aspirations, son fonctionnement au jour le jour et celui des décideurs politiques et économiques qui est l’un des enjeux majeurs de cette élection, peut-être même son nerf de la guerre. C’est là que les électeurs attendent quelque chose.

Action et vitesse pour le peuple…

Il n’est pas possible, sans créer un fort ressentiment, de laisser la population d’un pays accéder à la modernité tout en verrouillant le fonctionnement politique, social et économique de celui-ci. La modernité dont il est question n’est pas purement française, elle se répand sur la planète entière. Que l’on plébiscite ou non cette modernité, ses principaux ressorts sont contenus dans quelques concepts que les candidats à la présidentielle ont vaguement compris et tentent plus moins adroitement de vendre aux électeurs.

Le premier concept qui caractérise la modernité vécue en 2017 est celui de la participation. Les Français, depuis quelque temps, participent à la discussion globale, s’engagent ou se documentent sur les engagements possibles, dans l’écologie, l’économie solidaire ou participative, l’innovation, etc., sont en perpétuelle effervescence sur des projets citoyens ou de nouvelles formes d’échanges. Ils s’informent. Beaucoup. Réfléchissent, analysent, observent et ont envie de « faire ». Tout est d’ailleurs fait pour les inciter à se pencher sur les « innovations » qui « doivent arriver », qu’elles soient sociales, économiques ou même… politiques.

Le deuxième concept qui caractérise la modernité est la vitesse, et l’espace du possible qui s’ouvre en permanence via les technologies connectées. Chacun peut comprendre la complexité du monde via le réseau. Rencontrer quelqu’un. Vendre, acheter, échanger, rejoindre, créer et partager, financer : les limites à l’activité humaine sont de plus en plus réduites, et la vitesse à laquelle elles peuvent s’effectuer est désormais très grande.

Freins et fermeture pour les dirigeants

La modernité est aussi un grand enfermement devant les écrans, que ce soient ceux qui permettent d’accéder aux « services » du réseau comme les plus anciens, ceux qui diffusent les flux des chaînes de télévision. Il y a comme une sorte de dichotomie entre le potentiel de possibilités offertes par ce nouveau monde connecté et martelé sur les écrans et les réalités de la société — figée — qui entoure chaque citoyen. Le président de la République vit dans un palais couvert de dorures d’où il fait parfois des discours, comme auparavant, les parlementaires continuent à mimer une parodie de débat politique, des lois sans intérêt, de circonstances, d’urgence sont votées, et les déclarations de faillite imminente — sociale, économique, politique — continuent de recouvrir les discours. Dans le même temps, les banques se gardent bien de prêter à l’économie réelle, aux créateurs d’activités, mais continuent à jouer en bourse allègrement avec des lignes de crédit de la BCE aux taux d’intérêts historiquement bas.

Plus la vitesse et les possibilités de faire s’accentuent, plus le politique et le bancaire freinent, verrouillent, et ferment les robinets. Plus la population est en mesure de comprendre et donner son avis, plus elle est mise par le politique et le financier devant des faits accomplis indiscutables et laissée à côté de toute prise de décision. C’est là le grand décalage français actuel.

Des propositions qui cherchent à surfer sur le décalage ?

Bien entendu les candidats à la présidentiel sont au courant de ce décalage, mais ce n’est pas sur ces purs constats qu’ils tentent de créer l’adhésion. Pour la plupart. Leur idée, majoritairement, est de laisser croire que ce qu’ils nomment le « blocage français » serait essentiellement dû à une rigidité du système économique, qui empêcherait les embauches. Puisque pour la quasi totalité des candidats, les problèmes majeurs seraient le chômage et le manque de dynamisme des entreprises.

Il y aurait, selon eux, un décalage entre le « potentiel de la France » et son activité réelle. Les politiques ne voient dans le décalage français qu’un problème de « pouvoir d’achat », de demande de « sécurité » ou de « flexibilité », de « trop d’Etat », ou de « pas assez d’Etat », alors qu’en réalité, c’est une véritable séparation qui s’est créée entre le fonctionnement politique et économique de haut niveau et les gens « normaux ». Ceux qui doivent travailler pour vivre, sans mandat électif ou protection de milieux financiers internationaux, sont en quête de sens mais aussi d’action. Et le monde politique ne propose rien d’autre que de continuer « presque comme avant », avec simplement des aménagements pour faire perdurer le fonctionnement actuel. L’optimiser. Des aménagements plus ou moins violents. C’est sur ces constats, d’un décalage de plus en plus intense que l’élection française se joue, en partie. Reste à voir ce que choisit la majorité, entre les différentes options proposées. Dans tous les cas, la potion risque d’être amère et le chemin difficile après le 7 mai prochain. A moins qu’une véritable alternative n’émerge et ne tente de résoudre — par obligation — ce décalage ? Allons savoir…

Google et Facebook versus #FakeNews : de la fabrique de l’information vers la fabrique d’opinion ?

mardi 18 avril 2017 à 22:41

La chasse aux fake news est un thème en vogue, qui travaille les sphères politiques, mais pas seulement. Ainsi, alors que le sujet « fausse information » n’a toujours pas été traité de façon intelligente, collégiale et réfléchie, Google et Facebook l’ont déjà plié à leurs propres intérêts.

Sans que personne n’y retrouve à redire ou ne vienne contester cette nouvelle hégémonie des deux plus importantes entreprises californiennes de portée planétaire sur — excusez du peu — la « vérité ». Observation de la « fabrique de l’opinion » par le moteur de recherche internet aux 90% de parts de marché et du réseau social aux 1 milliard 500 millions comptes [plus ou moins] actifs.

Google : sous traitance du fact checking aux médias [très dépendants]

Le système de « détection de fake news » de Google — testé depuis l’automne dans quelques pays — va se généraliser dans les mois qui viennent. Il est assez simple à comprendre, et terriblement inquiétant dans sa forme comme dans son fond (pour qui a une réflexion sur l’information et la construction de l’opinion) : certaines recherches vous donnent comme résultat un lien vers un article accompagné d’un « marqueur de vérité ». Ce marqueur (de « fact checking« , donc) s’affiche en noir et peut avoir plusieurs valeurs : True, False ou Mixture, voire Unproven. Vous cherchez une information sur un sujet, et si ce sujet a été fact checké par un média partenaire de Google dans cette opération-vérité, Google vous indique par avance le « label vérité » donné par le site de fact checking ainsi que le lien vers l’article qui a fact checké ce sujet. Si c’est « True« , l’article explique pourquoi, comme pour « False« , et le label « Mixture » expliquera pourquoi c’est partiellement vrai et faux à la fois, ainsi que Unproven, qui démontre pourquoi ce n’est « pas prouvé »…

Un exemple avec cette information au sujet de la présence de glyphosate dans les aliments, causée par l’utilisation massive de RoundUp, l’herbicide star de Monsanto. Un rapport d’organisations de défense de l’environnement est sorti à ce sujet et a fait beaucoup de bruit aux Etats-Unis en fin d’année dernière. Le rapport indique que Monsanto aurait fait pression pour qu’on ne puisse pas dire que le glyphosate est cancérigène, et donc dangereux.

Le citoyen américain, inquiet, peut donc chercher à en savoir plus sur cette affaire, en tapant sur son moteur de recherche préféré, Google. Et là, par « la magie du fact checking et de la chasse aux Fake news », l’internaute soucieux de vérification et de vérité peut enfin se rassurer : cette information a été fact checkée, et c’est un false qui apparaît.

Le média partenaire de Google, snopes.com a « fait le job » : un article très complet avec une grosse croix rouge explique pourquoi il ne peut pas y avoir de substance dangereuses comme le glyphosate dans les aliments qui ont poussé dans des champs traités au RoundUp. Que Monsanto est parfaitement innocent. Mais l’article ne se contente pas de dire que Monsanto n’a pas fait pression, non. Il explique aussi pourquoi le glyphosate est parfaitement sans danger.

Selon snopes, donc, le rapport « des activistes de l’environnement » ne repose pas sur grand chose, c’est une fake news qui est juste sortie pour salir Monsanto. Heureusement que des médias sérieux sont là pour rétablir la vérité et éviter que les internautes ne se laissent piéger par ce genre de théories du complot ! Et si le site snopes.com est financé par de la publicité, dont des encarts à la gloire de Monsanto, ça n’a aucune espèce d’importance : les journalistes ne sont pas sous la coupe des directions financières des médias qui les emploient, c’est évident, tout le monde le sait, et jamais ils n’iraient publier des articles pour défendre des annonceurs (qui les font vivre).

Des annonceurs dont les chiffres d’affaires sont supérieur au PIB du Portugal. Non, jamais… Quand aux analyses des résidus que le Roundup laisse dans les aliments, et les enquêtes sur le glyphosate dans les aliments en Europe, l’Américain un peu inquiet n’a plus à s’en soucier : le fact checking propulsé par la méta-firme d’indexation planétaire devrait lui suffire. Merci qui ? Merci Alphabet-Google. Et la chasse aux fake news. Les faits, coco, rien que les faits…

Facebook : délation, collaboration et punition

Facebook est une entreprise à l’éthique irréprochable, c’est bien connu. Bien qu’ayant eu quelques déboires avec la justice, Facebook, dont les pratiques en termes d’influence, de manipulation des foules, de pillage des données personnelles sont [un peu] connues depuis quelques années, a décidé d’aider l’humanité à se prémunir des mensonges. Oui, Mark Zuckerberg veut permettre à tous les fans de son réseau social de ne pas tomber dans le piège des théories du complot et des informations fabriquées qui viennent influencer le choix des électeurs ou des consommateurs. Mark est une sorte de bienfaiteur qui veut permettre à tout un chacun de lire seulement « ce qui est vrai », et bannir « ce qui est faux ». Seul le vrai a de la valeur, c’est bien connu. Il faut éviter les discours faux. Et se référer au vrai : comme les discours de Mark Zuckerberg, ce PDG qui continue à expliquer qu’il développe ses outils pour faire du monde « a better place ». Mais oui Mark, on te croit.

Quelles sont donc les solutions de Mark pour chasser les fake news et éclairer les fans de son écosystème soviético-capitaliste réseau social ? La délation pardi ! Chaque facebookien va pouvoir désormais signaler une information qu’il estime « fake », pas claire, sûrement pas vrai, à des polices de l’info médias partenaires (que Mark compte peut-être bien rémunérer, il y réfléchit). Les médias fact checkers vont alors aller vérifier si l’information leur semble [ne pas aller contre les intérêts de leur employeur et de leurs actionnaires ou annonceurs] décidément fausse ou pas. Ensuite, libre à Mark et ses troupes de bannir l’info, le compte qui l’a diffusé de [la prison numérique Facebook] Facebook.

Résumé de la situation (avant suicide collectif)

Il y a de tout sur le réseau Internet. Des gentils, des méchants, du bien, du mauvais, du moyen, du vrai, du faux, du presque vrai, et même du presque faux. Cette trouvaille incroyable, effectuée il y a quelques mois par les observateur du monde du doigt numérique suite à l’intense campagne électorale (de grand n’importe quoi) pro Trump, a de quoi faire frémir la ménagère, et trembler les gens sérieux qui veulent le bien de l’humanité : les politiques et les capitaines d’industrie.

On ne sait jamais, les gens qui votent pourraient avoir envie de suivre d’autres voies que celles qu’on leur martèle à longueur de journées via les canaux officiels à la rentabilité nulle mais achetés des fortunes par des grands industriels. Il est donc temps de faire taire tout ce qui pourrait « fabriquer du doute », les marchands de fake news, ces horribles groupes de l’ombre qui distillent de gros mensonges que les foules plébiscitent à longueur de clics.

Oui, mais non.

La situation n’est pas si simple, loin de là. Qu’il y ait des informations fabriquées pour influencer l’opinion, que des politiques ou des groupe d’influence peu scrupuleux utilisent ces méthodes pour remporter des scrutins, ou créer de l’adhésion, que des fermes à clics diffusent massivement ces informations bidons (ou grâce à des hordes de robots), que le public ne sache pas toujours très bien discriminer ce qui est de l’ordre de l’info bidon ou d’une info fiable, tout ça est certain. Mais il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Ce phénomène d’infos bidons existe depuis déjà un certain temps. Et s’il prend de l’ampleur, et s’il doit être observé et traité, cela ne peut pas être effectué par les mêmes qui s’enrichissent avec la diffusion de fake news, justement, et surtout, qui ont capturé la quasi totalité des utilisateurs d’internet dans leurs silos à information. On ne demande pas aux renards de venir garder le poulailler quand on part en vacances…

Quand aux médias partenaires, remarquons que s’ils sont sous perfusion des aides d’Etat ou financés par des annonceurs, leur indépendance vis-à-vis de l’information est plus que contestable. Surtout s’ils deviennent des « gardiens de la vérité » censés chasser en particulier les « ennemis » de ceux qui les nourrissent. Il suffit de se rappeler l’unanimité des médias américains lors du déclenchement de la seconde guerre d’Irak, ou celle des média français à chaque intervention militaire hexagonale pour s’inquiéter de la qualité des chasseurs de fake news à la solde de Google et Facebook.

Mais bien entendu, rien n’est à craindre, en réalité : l’information n’est qu’une suite de faits vérifiables, le journalisme une pratique parfaitement objectivée et définie, et les grandes entreprises américaines de l’Internet, des bienfaiteurs de l’humanité.

Tout le monde peut applaudir et aller se rendormir : il ne s’est rien passé, le contrôle et l’orientation de l’information sur Internet, l’influence sur les foules par les entreprises leaders du réseau n’existe pas. Soyons rassuré : le monde libre terrasse toujours les méchants à la fin.

 

Les USA et SWIFT : une non révélation qui fait la Une…

lundi 17 avril 2017 à 15:56

Impossible de passer à côté. Les Etats-Unis auraient hacké SWIFT. De quoi faire sursauter toute personne qui sait ce qu’est ce réseau. Pour ceux qui sont peu intéressés par les histoires bancaires, SWIFT est un réseau bancaire qui permet à une banque A d’envoyer un message à une banque B en lui disant : je débite le compte de mon client C de telle somme et je la porte au crédit de ton client D. Imaginez… Les Etats-Unis seraient au courant des transactions internationales interbancaires. Ca fout la trouille non ?

De quoi faire la Une de toute la presse.

Il y a juste deux ou trois trucs qui clochent.

Premier point, depuis le 11 septembre, les Etats-Unis ont fait en sorte de collecter tout ce qu’ils pouvaient auprès des infrastructures qui s’occupent de transferts de fonds. Cette information est connue depuis très longtemps. Et d’ailleurs, SWIFT l’explique sur son site. Demain, tout le monde s’étonnera de découvrir que les transactions par cartes (Visa, Mastercard, American Express, etc.) sont également pompées par les services américains…

Envoyer des bombes sur la tête des terroristes est une option militaire. Mais elle ne va évidemment pas sans une autre option : celle qui consiste à assécher les moyens de financement des opérations terroristes. Il faut donc conjuguer les bombes (et tous leurs dommages « collatéraux ») à une chasse aux comptes bancaires utilisés par les organisations terroristes. Les Etats-Unis ne se sont pas privés de cette action.

Il n’y a donc rien de neuf dans cette histoire. Mais cela semble mériter la Une. Allez comprendre…

Ensuite, il y a les vieux de la vieille, qui se marrent un coup… Vous m’excuserez cher lecteur, mais à ce stade, je dois passer à la première personne du singulier pour mon récit même si ce n’est pas très journalistiquement correct. En même temps, chez Reflets, on fait du journalisme gonzo, alors… Passer à la première personne du singulier me permet d’ajouter un peu de contexte.

Des banques pas si sécurisées que cela

Figurez-vous que si je me suis intéressé au monde des hackers vers 1993/1994, c’est que l’on découvrait un nouveau réseau, Internet. Et comme je travaillais sur les banques dans un journal financier très sérieux, je savais que leurs réseaux étaient particulièrement bien protégés. Je me demandais donc ce qui se passerait si elles ouvraient une porte sur un réseau public, comme cela commençait à arriver aux Etats-Unis. En France, il faudra attendre 1996/1997 pour que les banquiers abandonnent leur discours commun : « sur Internet ? Il n’y a que des pirates et des pédophiles, on n’a rien à faire là dessus« . Elles décident alors d’y aller sur le mode : « dites, vous, là, au service informatique, il nous faut un site Web en production dans 1 mois, débrouillez-vous avec une queue de budget s’il le faut« . Et les sites bancaires français ont commencé à apparaître sur le Web. Ils étaient faits n’importe comment (article du 03/04/2000) puisque les informaticiens ne connaissaient pas ces technologies, pas plus que les SSII avec lesquelles les banques travaillaient (article du 29/06/2001). Il a fallu quelques années pour que ça se stabilise et pour que ces sites deviennent autre chose que des plaquettes commerciales.

J’ai donc approché quelques groupes de hackers comme ADM, w00w00, Rhino9, L0pht, etc. Ils ont eu l’amabilité de répondre à mes questions techniques de béotien. Cela n’a pas fait de moi un hacker, je suis assez nul en technique et ne code pas. Mais cela a sans doute fait de moi un utilisateur très averti du réseau. Au delà de ça, le temps passant, tous ces hackers sont devenus des amis et nous avons beaucoup échangé. J’ai été pendant des années un observateur taiseux de leurs aventures. Cela m’a permis de comprendre quelques petites choses.

Premier point, les machines connectées à Internet sont généralement accessibles. Surtout pour ceux qui passent leur temps à trouver des failles (zero days) qui, par principe ne sont pas rendues publiques. Elles finissent par fuiter, mais c’est lent (relire mon article récent sur les attributions).

Deuxième point, il y a des hacks qui ne sont jamais racontés dans la presse. C’est très bien comme ça, mais pour ceux qui les connaissent, cela permet de relativiser ceux que l’on découvre dans les journaux.

A titre d’exemple, il y a très, très longtemps, une machine équipée de tous les outils nécessaires pour utiliser SWIFT et se trouvant sur un réseau bancaire a été p0wnée par quelques « informaticiens de talent ». Cela n’a pas fait la Une. Premier point, ils n’ont jamais revendiqué cette opération. Deuxième point, ils n’en ont rien fait. Le fait d’être arrivés là leur suffisait sans doute et ils n’avaient aucune intention de commettre une infraction une fois dans la machine. Plusieurs fois, j’ai même pu les voir réparer les failles et disparaître des machines qu’ils avaient hackées.

A l’époque, les banques étaient de grosses utilisatrices du réseau X25. Et les hackers, eux, étaient des passagers clandestins de ce réseau… C’était une autre époque où les groupes de hackers réunissaient des compétences variées (téléphonie, satellites, réseau, code, applicatif, etc.). Et cette époque m’a permis de relativiser ma certitude du fait que les réseaux des banques étaient très sécurisés.

Bref, accéder à SWIFT n’est pas une nouveauté. Avant les USA et leur volonté de tout traquer, des hackers le faisaient déjà.

Bullshit habituel

C’en est fini des paradis fiscaux… Nous allons traquer les auteurs d’évasion fiscale ! Combien de fois avons-nous entendu ce type de déclarations martiales ces dernières années ? Les récents leaks (LuxLeaks, Panama Papers pour ne citer que ceux-là) ont produit des effets sur les dirigeants politiques. Allez, finie la fraude fiscale…

Oui, sauf que non…

Elle se porte toujours bien. La seule réponse a été double :

Pourtant, et ce n’est pas une nouveauté non plus, il n’y a pas de système mieux notarisé que celui des banques. Pas une transaction qui ne soit archivée. Denis Robert s’est époumoné pendant des années à propos de Clearstream sur ce point. SWIFT est un autre notaire des transactions financières. En d’autres termes, si de l’argent est « transféré » dans un paradis fiscal, il y a une trace chez Clearstream, SWIFT, dans la banque de départ. Tracer et poursuivre les exilés fiscaux est probablement l’une des choses les plus aisées du monde pour un ou des gouvernements qui en auraient la volonté. Mais cela ne s’est jamais fait. A part, bien sûr, pour poursuivre les terroristes. Quand ils n’utilisent pas des réseaux intraçables. Allez comprendre…