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La France des téléviseurs sur le buffet

Saturday 11 March 2017 à 17:15

Parler des Français — et de la France en général — est un exercice récurent dans les périodes électorales. Chaque politique, chaque éditorialiste y va de sa petite phrase, de sa sentence, pour exprimer qui, « le malaise des Français », qui « la crise française », « le désarroi », « la colère », etc. Ces analyses pseudo-psychologisantes et de sociologie de comptoir — sur une population de plus de 65 millions de personnes et de 44 millions d’inscrits sur les listes électorales — n’engagent que ceux qui les énoncent.

La réalité sociologique, économique et politique de l’Hexagone est beaucoup plus complexe et différente que ce que les observateurs de « la vie politique » veulent bien restituer. L’une des raisons de ce décalage entre analyse globale et réalité, est principalement que tous ces analystes ne vont jamais chez les gens, ne savent même pas comment ils vivent. Ils n’ont surtout jamais passé une paire d’heure dans une « famille rurale moyenne », à dîner autour d’une table de salle à manger avec le téléviseur allumé en permanence.

Cet aspect des choses est pourtant central si l’on veut comprendre ce qu’il se passe un tant soit peu dans un pays qui semble décidé — d’un point de vue électoral — à porter en tête au premier tour de la présidentielle la candidate d’un parti d’extrême droite nationaliste, xénophobe et populiste. Parce que ceux qui questionnent la société et jouent à la décrire, sont les mêmes qui la fabriquent de toutes pièces à travers les écrans.

La réponse aux questions est dans le téléviseur

Comprendre l’état d’esprit d’une population, sa perception du monde, son quotidien, ses attentes, ses angoisses, craintes ou espoirs ne peut pas se faire à grands coups de sondages par téléphone ou par Internet à l’aide de questions fermées et réductrices.

Ce système, censé permettre de connaître « l’état de l’opinion » est à la fois tronqué et pervers, pour plusieurs raisons. L’une d’entre elles est un phénomène de boucle récursive : celui qui questionne invite le questionné à répondre à des questions que celui-ci voit posées à longueur d’années à d’autres qui ont eux aussi vu les réponses à des questions qu’on leur pose. Le questionneur observe un autre questionneur, et chacun a déjà des réponses. Au final, ces réponses et les commentaires qui les accompagnent sont en permanence diffusées sur l’objet de toutes les questions et de toutes les réponses : le téléviseur.

Comment savoir si la colère d’un individu à propos de « la politique française » vient de sa propre perception et analyse du sujet ou bien n’est au fond que le stricte compte-rendu de ce qui lui est diffusé à longueur de journées et de soirées par son téléviseur ? Voir et entendre des gens en colère contre un système politique, observer en continu des mensonges, des affaires de corruption, peut-il permettre d’obtenir une autre réponse que celle qu’on espère ? Le système d’allers-retours entre l’observateur et l’observé, puis les conclusions qui s’en dégagent est sans issue, mais reflète une situation autrement plus inquiétante que ce que les réponses [aux questions fermées] indiquent.

Le téléviseur montre le monde, avec sa méthode, son analyse, sa vision, ses biais, ses obsessions, ses limites, et surtout ses objectifs d’audience, pour ensuite demander à ceux qui le regardent ce qu’ils pensent du monde : l’exercice est vicieux et profondément malhonnête.

« On nous dit que ça va mal, et on se fait chier, alors on n’est pas content »

La télévision est est un outil incontournable et central dans les foyers français. Pas une seule maison (99%) en campagne n’a pas son énorme téléviseur qui tourne la plupart du temps du matin au soir. Un jeune couple de 22-23 ans s’installe pour la première fois : la télé est allumée en plein après-midi, puis elle rythme les repas et permet de « passer la soirée ». Les vieux y sont accrocs par nécessité sociale, puisqu’ils sont exclus de fait de la société.

Mais attendez voir, pourquoi donc la société exclurait-elle les vieux ? Et les jeunes, pourquoi fonctionneraient-ils de la même manière que les vieux dès qu’ils sont chez eux ? La réponse est vaste, multi-factorielle, mais peut-être amenée sans trop de risques, pour le monde rural en tout cas. Petit tour du désert culturel, social et éducatif des (très nombreuses) campagnes françaises :

La majorité des ruraux, (à l’exception des département d’île de France — sauf la Seine Saint Denis) sont situés dans la tranche inférieure des salaires. Pour faire simple, les habitant des campagnes sont souvent au niveau du revenu médian ou inférieur, soit 1800€ ou moins. Cela n’est pour autant pas obligatoirement un critère de malaise économique et social, puisque le plus souvent, dans les foyers, les deux membres du couple travaillent.

Il y a bien entendu des campagnes où la richesse est très mal répartie, où des populations très importantes sont au chômage, ou ne dégagent pas des revenus suffisants, mais le problème majeur du monde rural n’est pas de façon centrale le pouvoir d’achat, comme cela peut-être le cas dans les zones à forte densité urbaine. La raison de cette différence ? Dans le monde rural, il n’y a plus rien à acheter. Tout est désert. Vide. Fermé. Abandonné. Ceux qui peuvent ramer en termes économiques, le plus souvent, sont des nouveaux venus de la ville qui ont fait construire leur maison « Pierre » à 200 000€, et peinent — surtout en cas de perte d’emploi — à payer leurs traites.

Pour le reste, ce n’est pas le manque d’argent le problème. Chacun va pousser son caddy au supermarché, comme en ville, en payant moins cher qu’en ville, parce que la grande distribution s’adapte et qu’elle a tué 90% des petits commerces qui ont (presque) tous fermé. Les locations sont peu chères, dans des zones où — surtout depuis 2008 — les prix à la vente ont chuté dans des mesures inédites, avec un parc immobilier qui reste sans acheteurs. Il faut dire que devenir proprio d’une maison à 40 km ou plus du premier hôpital et du premier cinéma, cerné par des villages fantômes n’est pas très engageant. A moins que l’on ne cherche qu’une seule chose : se retirer au maximum de la société française.

Dans ces campagnes vides, la télé explique, sur son buffet (ou son meuble Ikéa de la maison « Pierre ») que ça va mal. Très mal. Et effectivement, quand on voit les mines décomposées des téléspectateurs tournés vers le buffet, on se dit que « oui, ça va mal ». Surtout eux. Ces gens qui se font chier, et qui ne sont pas contents, au final. Parce que la télévision le leur dit, et parce qu’au fond, même s’ils ne l’avouent pas directement, ils ne sont pas contents de se faire autant chier.

30 ans d’industrialisation de la vie et de destruction de la culture collective

Pour qui fait l’effort de s’intéresser aux campagnes françaises en 2017, le constat est toujours le même : ce sont des territoires à l’abandon. Pas seulement en termes d’activité économique, ce serait bien trop simple et réducteur, mais surtout en termes de vie culturelle. Les concerts de rock, les bals, les troupe de théâtre amateur, les cafés à baby foot et flipper ont disparu. Les épiceries-café ne sont plus là. Les villages sont devenus des cités dortoir et des mouroirs pour vieillards abandonnés. Les places de village sont désertes, même au printemps ou en été. Plus de gamins en vélo sur les bords des départementales, à skate ou en train de jouer avec un ballon, un boomerang ou n’importe quel truc analogique qui fait du sens à plusieurs. Les vieux ne jouent même plus aux boules, sauf dans le sud-est, et encore, pas partout, loin de là. Que s’est-il passé ? Comment un pays bien déconneur, festif, toujours prêt à semer le bordel en est venu à agoniser d’une manière pareille, dans un isolement aussi terrifiant, à la limite de la pathologie collective ?

Tout s’est retiré, doucement. Sans faire de bruit. Les subventions aux associations sont parties en même temps que les taxes sur les jeux collectifs ou vidéo dans les bars ont explosé, que les plaintes pour le « bruit » causé par les concerts ont convaincu les mairies de les interdire, que les normes se sont empilées. Un gamin est hors-la-loi aujourd’hui s’il fait du vélo sans casque. Fumer une clope dans un lieu public est un acte quasi criminel. Il n’y a de toute manière plus de lieux où se retrouver, si ce n’est le centre commercial du coin. Ou personne ne se retrouve puisque ce n’est pas fait pour ça. L’industrie s’est immiscée partout, a tué les petits commerces, soutenue par les différents gouvernements, jusqu’à piloter le vivre ensemble.

Photo : Jean-Louis Zimmermann

 

Rien n’a échappé aux vautours du CAC 40 et aux agro-industriels, jusqu’à vassaliser les habitants de régions entièrement vidées de leur culture collective, des échanges humains millénaires qui y créaient du sens. Le tout accompagné par le désengagement de l’Etat et de ses entreprises nationales qui ferment bureaux de postes et gares.

Des campagnes entières voient un nombre impressionnant de leurs habitants travailler ou pour la grand distribution ou les collectivités territoriales, les autres se débrouillent avec les miettes. Certains villages ont la moitié de leurs habitant qui travaillent pour la maison de retraite du coin, la mairie, l’école ou les supermarché locaux. Oui « les ». Parce qu’en plus, dans des endroits peu peuplés, il est possible de trouver plusieurs supermarchés : l’enseigne normale, pour ceux qui bossent, et l’enseigne low-cost pour les pauvres, qui n’ont pas assez de travail ou pas du tout. Les travaux public-privé jouent aussi leur rôle : tu peux travailler pour la compagnie des eaux, le BTP départemental ou régional, la voirie. Une sorte d’assistanat public par le travail subventionné.

Le téléviseur, c’est de la merde, mais on s’en passera pas

Interroger les gens en campagne sur leur occupation télévisuelle est redoutable. Ils n’aiment pas la télévision, en général. Mais ils la regardent tous, à haute dose. La télévision les agace. Voire les énerve. Les met en colère. « Voir tout ça, là, tous ces salopards, et après on se dit qu’on trime pour avoir rien à la retraite, et en plus quand on pense à tous ceux qui profitent du système, alors que nous on a droit à rien » est un dialogue assez standard des zones rurales. Les « salopards qui profitent » sont les politiques et leurs affaires de corruption, les abus de biens sociaux des cadres des grandes entreprises, des gens du star système économique ou autres riches délinquants en col blanc. Les profiteurs, ce sont les noirs et les arabes filmés en caméra caché par M6 ou autres chaînes putassières qui diffusent à longueur d’années des « reportages » sur les banlieues chaudes, le trafic de drogue, les arnaques aux allocations, etc. Que les profiteurs en question, présentés par ces chaînes, ne représentent que quelques pour-cent de l’ensemble des habitants des banlieues n’est bien entendu jamais soumis à la sagacité des téléspectateurs, et aucun rural ne pourrait vous croire si vous lui expliquiez la réalité.

D’ailleurs, la réalité, tout le monde s’en fout pas mal, parce que le téléviseur c’est surtout une forme hypnotique de communion familiale (et pourquoi pas étendue au cercle du travail quand on échange sur les derniers rebondissements de « l’Amour est dans le pré »). S’il n’y avait pas le téléviseur, qu’est-ce qu’on pourrait bien faire quand on rentre du boulot ? Comment occuper son temps, de quoi parler si l’on n’a pas de sujet ? Le téléviseur offre tout ça. Et bien que ce soit de la merde, « parce que quand même, à la télé, ils font n’importe quoi ces gens, là, à Paris, et puis ils savent même pas ce qu’on vit, ils sont dans leur monde« , on ne s’en passera pas.

Parce que cette merde, c’est tout ce qu’il reste. Et que l’énervement collectif, la crise française, est en réalité une crise de civilisation, culturelle, d’une population qui a laissé filer toute sa culture, ses lieux d’échanges, ses habitudes collectives, son vivre ensemble. Au profit d’équipements éléctro-ménagers, de gadgets technologiques, de confort industriel, de week-end à SarkoLand, de maisons en lotissement avec garage clôturé par des murs en parpaings, d’achats en ligne d’objets de merdes jetés 3 mois après leur achat, de gamins qui en guise d’éducation se voient offrir des tablettes ou des console de jeu et passent leur temps devant des écrans, après avoir absorbé des doses de pesticides, d’hormones et autres produits chimiques issus de la nourriture de supermarché que leurs parents halluciné devant le poste leur servent consciencieusement.

La France des téléviseurs sur le buffet existe. Elle est nombreuse. Peut-être bien 30 ou 40% de l’ensemble. Elle se fait chier, a tout perdu au profit d’une existence vide de sens, elle se sent isolée, perdue, et comme on lui répète que ça va mal et que ça va empirer, elle va voter, en partie, pour ceux qui lui répètent à longueur de temps qu’ils vont « rétablir les choses », « redonner du sens ». National le sens, bien entendu.

Lutter contre ça, politiquement, demande de se questionner sur la société que l’on veut voir advenir. Pas simplement proposer de mieux gérer le pays, ou de raser gratis. C’est un véritable travail de fond qu’il faudrait effectuer, pour réorganiser notre vivre ensemble, retrouver des lieux d’échanges, de vie collective, de partages. Mais pour ça, il faudrait en premier tordre le bras aux puissants. Ceux qui ont industrialisé la vie. Et comme ce sont eux qui dirigent, il n’est pas certain que grand chose ne change.

On peut toujours espérer.

Et si on se fabriquait une bombe nucléaire en impression 3D ?

Wednesday 8 March 2017 à 15:55

Franchement, qui veut se construire des flingues ou des porte-clefs avec l’impression 3D quand on peut tout simplement, le matin, en prenant son café, se faire une petite bombe nucléaire rigolote ? Il faudrait être idiot. On ne parle même pas de Kim Jong-un qui dépense sans compte alors que pour le prix d’une bonne imprimante 3D…

L’idée vous semble débile ? Oui, bon, c’est débile, mais pas au point où la presse n’évoquerait pas cette potentialité. Il s’est trouvé des journalistes spécialistes de la chose pour écrire des articles alarmants sur le fait que demain, il serait plus ou moins possible de fabriquer sa bombe nucléaire à la maison avec une imprimante 3D. A tel point que le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI) qui publie des articles sérieux et maintient des bases de données précises sur la prolifération des armes, s’est senti obligé de produire un papier sur le sujet. Histoire de rassurer Gérard : non, on ne pourra pas faire de l’impression 3D de bombes nucléaires.

Le SIPRI rappelle par exemple que même si l’impression 3D peut être utile dans le process, il faudra toujours se procurer du plutonium et des explosifs puissants, toutes choses complexes à trouver au magasin du coin de la rue.

On respire…

Des nouvelles de nos amis tas de ferrailles : Terminator on the way

Wednesday 8 March 2017 à 10:05

La question qui se pose en visionnant ces vidéos est surtout la suivante : quand donc ces créatures de métal, autonomes et dotées (pour certaines) de capacités physiques supérieures à l’homme vont-elles débouler dans notre quotidien ? Ces protoypes de Boston Dynamics sont conçus en partenariat avec la DARPA (le département de la recherche militaire américain). Imaginer des forces de « l’ordre » de ce type ne demande pas beaucoup d’imagination…

Il y a une explosion actuelle des capacités en intelligence artificielle mixées à la robotique, qui commence à inquiéter… jusqu’aux représentants européens, désireux de commencer à réguler ces nouveaux acteurs de la société. Ce n’est pas seulement le « travail » des êtres humains qui risque d’être modifié par ces « robots intelligents » (Benoit Hamon inside), mais la vie humaine dans son ensemble (lire le projet de rapport sur ce sujet).

En préambule du rapport, nous trouvons ce genre de choses, liées à « l’impossibilité technique » de mettre en œuvre les 3 lois de la robotique d’Azimov :

(…)considérant que, grâce aux impressionnants progrès de la technique au cours des dix dernières années, non seulement les robots contemporains sont capables de mener à bien des tâches qui relevaient autrefois exclusivement de la compétence humaine, mais encore que la mise au point de fonctionnalités autonomes et cognitives (comme la capacité de tirer des leçons de l’expérience ou de prendre des décisions indépendantes) rapprochent davantage ces robots du statut d’acteurs interagissant avec leur environnement et pouvant le modifier de manière significative; que, dans un tel contexte, la question de la responsabilité juridique en cas d’action dommageable d’un robot devient une question cruciale (…)

Présentation du petit dernier de chez Boston Dynamics :

En bonus, la totalité des robots de Boston dynamics en… 2015 :

Et pour finir, les « crétins » à 4 pattes qui font joujou avec leur environnement :

Jacques Attali digital, au propre et au figuré

Monday 6 March 2017 à 17:25

Le digital (ta mère) est partout. Qu’est-ce qui n’est plus « digital » ? Premier point évident, le digital est ce qui a trait au doigt et n’a donc rien à voir avec ce que visent les gens qui l’invoquent. En français, on dit numérique. C’est peut-être une bataille dérisoire pour vous, mais pour nous ça veut dire beaucoup. Car les mots ont un sens et nous allons vous le démontrer dans quelques lignes. C’est à l’occasion d’une promenade nocturne sur Twitter que démarre notre histoire du jour. En lisant le fil de @kassovitz1 apparait un retweet :

Une nouvelle version de site, en ces temps de WordPress façon Macron et Fillon, cela ne pouvait qu’attirer notre attention.

Mais qui donc se cache derrière le nouveau site ? Car nous nous doutons bien que Jacques Attali, pur esprit qu’il est, n’a pas développé son WordPress avec ses petits doigts digitaux.

Non, les concepteurs du site en WordPress de Jacques, sont, asseyez-vous, un « Atelier de création » qui fait dans le « Digital« , « l’édition« , et le « branding« .

Un peu comme un atelier de haute couture ? Un truc haut de gamme ? Des experts du « digital » ? Entre les béats qui pensent que le monde va changer parce que le digital est en chemin et ceux qui se disent experts en 2017 mais n’existaient pas il y a 10 ans (Internet est arrivé en 1994 pour la plupart des gens), il y a moyen de désespérer.  Et avec l’atelier de création qui a œuvré pour Jacques Attali, on n’est pas déçus. Il faut donc remercier Mathieu Kassovitz de nous avoir pointé cette usine à Lulz.

Premier point, le répertoire des uploads sur le site permet de lister tous les contenus. C’est pas terrible pour un « atelier de création » qui fait tout à la mimine :

Vous nous direz, dans les répertoires « upload », il n’y a souvent que des fichiers présents sur le site, comme des images ou des vidéos. Oui, mais pas uniquement. Car quand un site est réalisé par une agence de com’ ou un « atelier de création » qui ne pense qu’au design, à l’UX, la fameuse « expérience utilisateur », on finit par avoir une expérience… ludique.

C’est ainsi que l’on découvre au milieu des images, un fichier de backup qui contient… On vous le donne en mille… La base de données SQL du site. Mais oui, il n’y a pas de bon atelier de création qui n’uploade pas sa base de données dans un répertoire dont on peut lister le contenu avec un simple navigateur… Sinon, ce n’est pas du travail bien fait.

Et dans la base de données ? Le user et le mot de passe bien entendu, sinon, à quoi bon la rendre publique ?

Finalement, avec la nouvelle frontière Internet digitale numérique, c’est un peu comme avec le Far West. Il y a son lot de vendeurs d’élixirs miracles qui guérissent de tout à base de bave de crotale. Comment s’en étonner ? Mais ce qui est étonnant, c’est que des gogos continuent de les croire sur parole plus de vingt ans après le début de la ruée vers l’or « digital ». Même si les vendeurs d’élixirs leur montrent de gros trucs digitaux en permanence.

 

Morpho : fichier monstre, systèmes prédictifs, et p’tits PPP

Saturday 4 March 2017 à 14:22

C’est un fleuron de la french high-tech, abrité par Safran, la firme française au plus gros chiffre d’affaire dans le domaine des solutions de « cyber-défense ». Son nom est sympathique et lié à son activité : Morpho. Comme morphologie. Et c’est bien là sa spécialité : l’intelligence artificielle spécialisée en reconnaissance biométrique. Pour synthétiser : Morpho vend des logiciels axés  « traitement des données biométrique » et algorismes© [souvent prédictifs] basés sur la reconnaissance de formes, entre autres. Et chez Morpho, ils sont plutôt bons dans le domaine.

Morpho’s unique expertise lies in providing cutting-edge security solutions for the civil identification, criminal justice and public security, transport and border control, critical infrastructure and digital ID and smart transaction markets. (extrait du site morpho.com)

Au point d’être leader sur le marché et d’avoir remporté le premier appel d’offres pour le TES (Titre électronique sécurisé). Le TES : vous savez, le fameux fichier monstre de notre Cazeneuve défenseur des libertés sozialistes, qui démarre sous peu (le fichier, pas Cazeneuve) et va ingurgiter les données biométriques de l’intégralité de la population française (sauf les moins de 14 ans). Mais pourquoi donc s’intéresser à Morpho, cette honorable entreprise de haute technologie dotée d’un comité éthique idoine et de vertus incomparables [selon leur service marketing] ? La biométrie, c’est le dada de Morpho la filiale de Safran :

La biométrie facilite les investigations des forces de l’ordre. Les systèmes biométriques de Safran Identity & Security sont déployés dans plus de 70 pays, notamment auprès du FBI américain et d’INTERPOL. La technologie biométrique est également utilisée dans le cadre du contrôle aux frontières. Elle permet aussi de repérer des personnes suspectes ou d’autoriser l’accès aux personnes censées ne pas présenter de risques

(Extrait du site de Morpho)

Un algorisme© pour les mouliner tous

L’histoire de Morpho démarre il y a 15 ans, mais c’est il y a peu, en 2015 que la « petite boîte » ultra pointue (et bien placée côté gouvernemental) participe à un programme de recherche à l’Institut Mines Telecom, dans le fameux Teralab. Le but du bazar ? Créer un Predpol (Bluetouff nous en parlait en 2015) français, une IA de prédiction des crimes qui offrira à nos plus fins limiers de la gendarmerie, le pouvoir— en un clic ou presque — de savoir où et quand les vilains criminels agiront. Tout ça est commandé par le SCRC (Service Central de Renseignement Criminel -Gendarmerie Nationale).

Appel projet Horizon/Anticrime by jHourdeaux on Scribd


Le procédé existe déjà aux USA, fonctionne plutôt médiocrement (selon un chercheur stagiaire en 2014 et quelques autres analystes ) :

« Les résultats obtenus avec l’analyse rétrospective, nous permettent d’avoir de sérieux doutes sur l’efficacité propre de Predpol en condition réelle. Ceci nous amène à continuer notre investigation »

Mais avec les progrès de l’apprentissage profond (deep learning) et à grands coups de Big data (mégadonnées), l’IA gauloise pourrait donner un french-tech-résultat surprenant, selon tous ceux qui participent au programme (pas encore pris vraiment au sérieux en 2015 chez Reflets, mais les choses pourraient bouger). Anticrime (c’est aussi son petit nom) doit récupérer plein de données différentes, les croiser, les analyser, puis les rendre graphiques et intelligibles au QI du pandore moyen : le gendarme devant son PC, doit donc voir apparaître sur une carte les lieux et dates où — selon l’algorisme© — les méchants vont agir. Si tout marche bien. Une sorte de médium électronique, un voyant numérique*.

Les données dévorées par le super soft Anticrime (nommé aussi Horizon), sont de nature différentes et, à l’époque déjà, plutôt intrusives : extraction des réseaux sociaux, blogs, données INSEE, fichiers de police, etc… La vie publique et administrative des Français, du moment que c’est pour « la bonne cause » ne semble concerner ni les concepteurs ni les commanditaires du projet. L’idée de passer à la moulinette algorithmique les informations concernant des millions de citoyens et de laisser la bestiole binaire régurgiter des futurs coupables de crimes inexistants — puisque potentiels et futurs — ne semble gêner personne non plus. Mais l’affaire ne s’arrête pas là.

Un fichier monstre pour nourrir l’algorisme© ?

L’empressement du gouvernement à faire voter le TES et esquiver un maximum de questions fondamentales en rapport avec les libertés publique a surpris plus d’un observateur de la chose. Mais de nombreux éléments — une fois rassemblés — laissent présumer un plan bien plus vaste que ce que le sozialist Herr Bernard Cazeneuve a voulu laisser entendre. Premier point : la version 1 du TES est confiée aux bons soins de… Morpho (aidée d’Atos devenu… Atos-Bull).

Un premier appel d’offres « TES » est remporté en 2008 par Atos et Safran pour un montant total de 61,2 millions d’euros. Il concerne l’ensemble de l' »acquisition, développement informatique, mise en exploitation, maintenance et déploiement des matériels, des systèmes et des dispositifs nécessaires à la délivrance des ‘titres électroniques sécurisés’ ainsi que formation ».

Deuxième point : un PPP (Partenariat Public Privé) européen cybersécuritaire avec du prédictif dedans, constitué de 48 structures dans 14 pays, et doté d’un financement d’un demi milliard d’euros a été voté cet été. Ce PPP est organisé par l’ECSO, l’organisation de cybersécurité européenne). Morpho-Safran Identity and Security est l’un des co-fondateurs du bouzin, et participe au PPP.

Le 5 juillet dernier, au siège du Parlement européen à Strasbourg, l’ECSO (European Cyber Security Organisation) et la Commission européenne ont signé un accord de partenariat public-privé dans le domaine de la cybersécurité, associé à un budget de 450 millions d’euros, qui s’inscrit dans le cadre du programme de recherche et d’innovation européen Horizon 2020. Safran Identity & Security fait partie des membres fondateurs d’ECSO.

Troisième point : l’institut des Hautes études de justice et de la sécurité a sorti un rapport sur la police 3.0 il y a quelques mois. Qui fait partie des rapporteurs ? Un ingénieur commercial de chez… Morpho.

Le partenariat public privé dans le cadre d' »Horizon2020″ doit permettre à des entreprises privées de répondre à des demandes publiques des États dans le cadre du grand plan cyber-plan-sécuritaire. Il va sans dire que le rapport sur « la Police 3.0 » détermine des besoins liés à la fois à de nouveaux outils « intelligents » dont les algorismes© prédictifs criminologiques et la surveillance d’Internet (extrait du sommaire du rapport « Police 3.0) :

Morpho a créé la première version du TES qui va contenir des données biométriques de tout un chacun, Morpho a développé un logiciel intelligent de prédiction du crime à destination des forces de l’ordre françaises (et européennes, nous en parlerons plus tard), Morpho est au cœur du PPP européen à 450 millions d’euros, et pour finir, on retrouve Morpho dans le rapport sur la Police du futur, les cyber-flics [sauce Minority Report] de 2025. Ca fait beaucoup de Morpho, non ?

Avec IOL et Anticrime, le futur, c’est maintenant !

Si l’on reprend les éléments constitutifs de la « cyber-surveillance prédictive française » en cours de constitution depuis quelques années, nous arrivons à ce constat : l’un des fleurons des armes numériques, Qosmos, vend une solution de sondes réseaux au gouvernement français en toute discrétion dans le cadre d’un programme secret que Sarkozy valide en 2009 : IOL.

99% des communications de l’ADSL domestique hexagonal peuvent être interceptées depuis cette époque, selon les documents que Reflets possède. De 2013 à 2015, plusieurs lois de sécurité intérieure et de renseignement légalisent l’utilisation des sondes d’IOL. A la même époque, Morpho, filiale du groupe Safran, et renommée Safran Identity & Security, développe les bases d’un système intelligent de prédiction du crime au sein du Laboratoire de l’école d’ingénieurs Mines-Telecom. Ce système, nommé Antictrime/Horizon, nécessite — pour être efficace — de traiter le maximum de données [nationales et plus ?] concernant la population. Depuis cet été, Morpho-Safran Identity & Security participe — et est financée — pour un vaste programme européen de cybersécurité, et a remporté en amont l’appel d’offres pour constituer le premier fichier national biométrique français, TES.

Questions : le système prédictif Horizon-Anticrime de Morpho, s’il est prêt à fonctionner, n’a-t-il pas intérêt à être alimenté avec les données qu’IOL pourrait lui fournir (IOL : mais à quoi ça pourrait bien servir ?) ? A terme, puisque des accès à TES sont possibles pour les forces de l’ordre, Anticrime ne pourrait-il pas être aussi alimenté par les données du fichier TES (reconnaissance faciale automatisée/matchnig TES)?

Le programme Police 3.0 va jusqu’en 2025. Horizon (le plan européen, pas le logiciel) c’est 2020. TES démarre ce mois-ci. Le futur se dessine. Maintenant. Stay tuned. Reflets à encore des choses à dire et (dé)montrer sur ce sujet…

[*amusant, non ?]