PROJET AUTOBLOG


Reflets

Site original : Reflets

⇐ retour index

12 cigarettes (2)

vendredi 2 janvier 2015 à 19:16

12-cigarettes-23

Partie 2 : Petite enfance

La première bouffée de la première cigarette plonge le fumeur dans un chaos de sensations. La tête tourne, la gorge s’enflamme, le monde s’amplifie comme si la fumée le rendait plus réel. C’est un moment étonnant, et j’aime le revivre, chaque matin. Je découvre le monde. Ma naissance est celle du monde, je me confonds avec lui et cette première fumée d’origine. La petite boite en argent ne contient plus que 11 cigarettes. Le ciel a changé de couleur. Il est bleu. Jusqu’à ce que j’allume la deuxième cigarette. Celle de la petite enfance. A 10h. Cette deuxième cigarette est toujours âcre, bien que mon palais ait gardé le goût de la première. Elle dégage plus d’arôme, se diffuse plus profondément en moi. Je crois que je l’apprécie encore plus que la première. La deuxième cigarette, celle de la petite enfance est une cigarette de l’exploration. Des sens, de l’espace. Je regarde la porte blanche qui ferme la pièce à travers le nuage de fumée et je souris. Il ne peut plus rien m’arriver. Ni à moi ni à personne. Je ferme les yeux et aspire une nouvelle bouffée.

*   *

— « Vous pouvez m’expliquer pourquoi nous ne pouvons rien, comme vous dites, pour les cigarettes ? »
Elle s’était reprise, avait calmé sa respiration. Elle ne devait pas s’emballer, elle le savait. Combien de fois avait-elle répété cette situation ? 20, 30, 50, 100 fois ? Elle devait réussir. Immanquablement. elle regarda le médecin droit dans les yeux et lui parla d’une voix calme. La plus apaisante qu’elle pouvait.
— « Il y a cette boite en argent qui contient les 12 cigarettes et les 12 allumettes. Vous la trouvez tous les matins remplie, n’est-ce pas ? »
Le médecin sembla hésiter, puis répondit comme à contrecœur :
— « Oui »
— « Et ça ne vous inquiète pas ? Vous ne trouvez pas ça étrange, inquiétant ? »
— « Comment pouvez-vous savoir ? »
— « Je vous le dirai quand j’aurai la garantie d’avoir un accès jusqu’à lui. Mais vous ne m’avez pas répondu : vous n’êtes pas inquiet pour les cigarettes ? »
Le médecin cligna des yeux. Une goutte de sueur perlait du haut de son front, elle commença à glisser vers le sourcil gauche. Il n’y avait aucun bruit. Il lui répondit d’une voix neutre. Peut-être trop neutre.
— « Je ne suis pas là pour parler de mes émotions, vous le savez bien. Il fume les cigarettes, et je n’ai pas de doute sur le fait qu’il les fumera encore demain »
Elle répondit du tac au tac :
— « Et bien moi, je crois que c’est là que vous trompez gravement, docteur, justement »
— « Pourquoi ? »
— « Parce que nous sommes le 3 février. Et que par conséquent, demain nous serons le 4…»

Le médecin regarda plus attentivement le visage de la femme assise en face de lui et se dit que ses traits lui disaient quelque chose. Mais quoi ? Une rencontre ? Le réseau ? Une publicité ? Peut-être autre chose. Comme un déjà-vu. Oui, c’était certainement ça. Un déjà-vu.
La troisième cigarette devait être déjà allumée. Avant 11 heures. Immanquablement.

De la fragilité de la liberté (fin) : dream, sex and hope

vendredi 2 janvier 2015 à 18:55

wall2

Ken Follet, dans ce troisième tome, s’attache à la deuxième moitié du vingtième siècle et nous livre une fresque de l’affrontement des deux blocs et du monde terrifiant que cette guerre froide laisse entrevoir. Malgré la dangerosité de la situation, les identités s’affirment et les minorités de tout bord luttent fermement pour leur égalité et leur liberté.

Quand la non violence semble être la solution

Aux Etats-Unis, la société s’apprête à changer mais cela ne se fait pas sans résistance. Du côté de la population noire, la colère gronde et l’injustice devient insupportable. L’affaire Rosa Parks, la création de la SCLC par Martin Luther King, la naissance du mouvement de Malcolm X, le décret par J.F Kennedy instaurant la discrimination positive sont autant de signes qui laissent envisager l’arrêt de la ségrégation raciale.

images

La-liberte-en-marche

PH-SF-Civil-Rights-Movement-French-480i60_480x270

Mais, comme toute photographie, le positif a son négatif.

bmanc

kennedy-mort-1

malcom-x-est-assassine-a-harlemassassinat-malcom-x-

mort_luther_king

Le I have a dream de Martin Luther King se transforme en cauchemar. Malcolm X, Martin Luther King assassinés, les blacks semblent revenir au point de départ. La non violence a montré ses limites, le black power s’affirme et se renforce. Les présidents successifs ont usé et abusé des messages contradictoires, tendant la main pour la retirer aussitôt pour brandir le poing et déployer une répression ultra violente.

poing

Finalement, des décrets interdisant la discrimination raciale rentrent en vigueur, non sans mal. Qui aurait cru qu’un black serait élu en 2008 au plus haut poste des Etats-Unis ?

Lecon-d-humour-en-campagne-par-Barack-Obama

Malgré toute la symbolique de cette élection, les choses ne sont encore pas si simples, il suffit de voir les statistiques sociologiques et socio-professionnelles dans certaines villes des States pour s’en convaincre.

Si Woodstock m’était conté

5817821826_1bc78cb362_z

Parallèlement, une autre lutte pour les libertés fait rage, d’abord aux Etats-Unis puis dans toute l’Europe. La jeunesse se sent oppressée, les femmes demandent plus de droits, particulièrement celui de pouvoir maîtriser leur sexualité et leur reproduction et plus largement d’être respectées à l’égal des hommes, les drogues se consomment librement sur fond de musique psychédélique. Le flower power est en plein essor.

Ken Follet partage avec nous cette jeunesse considérée dépravée par certains, jeunesse en mal de liberté, qui a su par une incroyable créativité artistique, imposer son monde, un nouveau monde où l’amour prévaut sur la guerre, où le sexe se libère.

images (1)

woodstock1

Le droit à l’avortement, la contraception, la liberté de choix sexuel, sont autant d’acquis sur lesquels nous vivons actuellement. Mais ces acquis sont fragiles, et il n’est pas tout à fait certain que nous ayons su en faire bon usage. Que dire de l’image de la femme aujourd’hui ? que conclure de certaines images publicitaires ?

femme

femme2

femme3

Another brick in the wall

A la lecture de cette trilogie, de nombreuses questions se posent. Ken Follet décrit de manière très émouvante la chute du mur de Berlin, cette incroyable liberté que les berlinois de l’Est, et les populations des satellites de l’URSS ont pu savourer. Le bloc soviétique s’effondre sur fond de musique, de rires et de joie. Nous avons tous encore ces images incroyables de jeunes berlinois démontant le mur, brique par brique.

516981-mur

mur

Le sieur Gorbatchev sort grandi de cet épisode comme étant l’homme de la Perestroïka, Perestroïka qu’il a désirée certes mais qui s’est aussi imposée à lui tant l’URSS était en piteux état. Il n’est même pas certain que cette victoire soit celle d’un peuple opprimé, ne serait-elle pas simplement la victoire d’un capitalisme anthropophage et liberticide ?

gorbatchev

Nous sommes maintenant en 2015 et les constats ne sont pas très positifs. Ces élans de liberté du siècle dernier semblent évaporés dans l’ambiance délétère actuelle. Les injustices se succèdent, la violence identitaire transpire partout dans le monde, le fascisme pointe son nez, jusque chez nous. Le racisme se banalise, devient la norme. N’avons-nous vraiment retenu aucune leçon d’histoire ?

Il est légitime de se demander si en fin de compte nous ne sommes pas juste une autre brique dans ce mur de violence et d’intolérance.

wall

 

12 cigarettes (1)

jeudi 1 janvier 2015 à 18:17

12-cigarettes-1

Partie 1 : la naissance

Je fume 12 cigarettes par jour.
Pas une de plus, pas une de moins.
Chaque cigarette a un sens précis, une valeur, un goût, un temps, un espace qui lui est propre.
Chaque cigarette raconte sa propre histoire, exhale une saveur unique. C’est un plaisir qui ne se partage pas, qui ne concerne que le fumeur et sa tige de papier-tabac. Un univers se crée dès que la cigarette est allumée, un univers de fumée opaque qui protège le fumeur du monde glacial qui l’entoure. Une douce chaleur envahit son palet, des picotements diffus et excitants se répandent sur sa langue, pénètrent ses cloisons nasales, envahissent le corps du fumeur et lui apportent l’apaisement tant attendu. L’esprit se vide, se mélange aux sensations, vogue, puis une pensée se forme, précise, claire, efficace. La conscience du fumeur s’exacerbe au moment de l’inhalation, qui peut alors pénétrer plus profondément en lui-même, ressentir plus intensément sa propre présence, la présence des autres. Chaque instant partagé avec la cigarette a une valeur, un goût, un temps, un espace qui lui est propre. C’est pour cela qu’il est nécessaire de ne fumer qu’un nombre établi de cigarettes chaque jour. Sans cela, la distorsion guette, la confusion prend place, le fumeur est lui-même aspiré comme la fumée qu’il inspire.
Je n’arrive pas à comprendre que l’on puisse fumer n’importe comment, sans rigueur, aléatoirement, comme une mécanique emballée. Ça doit être très désagréable. Improbable. Chaotique. Je ne pourrais pas fumer ainsi.
Mes douze cigarettes me sont livrées chaque matin à huit heures. Elles n’ont pas de marque. Pas de filtre non plus. Juste le papier blanc et le tabac couleur de blé. Je prends toujours la première à gauche du boîtier en argent, entre le pouce et l’index. Je l’observe, la roule doucement entre mes doigts puis la pose à côté du boîtier. Mes yeux se portent sur le ciel plaqué derrière la fenêtre, je sens presque immanquablement qu’il va changer lorsque j’aurai avalé la première bouffée. Si chaque cigarette a un sens précis, celle du matin correspond à ma naissance. La nuit est une mort, le matin une naissance. Il y a douze allumettes dans le boîtier d’argent. Une pour chaque cigarette, bien entendu. Je n’ai jamais échoué dans l’allumage de chacune d’entre elles depuis que je fume. Et je fume depuis très longtemps. Il y a toujours le son de l’allumette qui s’enflamme, plein de nuances : les allumettes ne s’enflamment jamais exactement de la même manière, ne produisent jamais exactement le même bruit. Chaque cigarette a un sens.
J’allume ma première cigarette qui représente ma naissance. Le ciel s’obscurcit, le monde disparaît, je suis dans les ténèbres. La lumière jaillit : je nais

*  *

— « Comment je l’ai connu ? C’est une question gênante, je ne sais pas si je vais pouvoir vous répondre comme ça. C’est difficile à dire, et vous allez penser que je vous mens, ou bien que j’ai la mémoire fragile. Je ne peux pas le dire précisément. En fait j’ai l’impression de l’avoir toujours connu, comme si… il n’y avait pas de début précis. Oui, ça me revient, je sais pourquoi j’ai cette sensation : je rêvais de lui avant de le rencontrer, et vous savez, parfois, on confond les rêves et la réalité, on n’arrive pas à savoir ce qui est du rêve et ce qui est de la réalité. Donc, quand je l’ai vu, je ne savais pas si c’était dans un rêve ou bien dans la réalité. »
La pièce était éclairée par une rampe de leds blanches au plafond et n’avait aucune fenêtre. C’était un peu oppressant. La femme d’une quarantaine d’années avait arrêté de parler et attendait visiblement que le médecin en blouse blanche — assis de l’autre côté du sommaire bureau de métal qui les séparait — lui réponde. Il avait posé ses mains bien à plat devant lui, sur le bureau. Il reprit la parole alors qu’elle hésitait à lui demander si sa réponse lui convenait.
— « Mais vous ne pouvez me préciser quand vous l’avez rencontré, comment son identité vous est connue ? »
— « Non, je ne crois pas l’avoir rencontré, mais je le connais. C’est pour cela que je vous demande une visite, vous comprenez ? »
Le médecin la fixait, droit dans les yeux. Quel âge pouvait-il avoir ? 35 ? 40 ? 45 ? Pas de rides prononcées, pas de cheveux bancs, mais on sentait une assurance dans sa voix, et sa façon de se tenir… c’était un homme sans âge. C’est ce qu’elle conclut. Il lui répondit, en souriant un peu, du coin droit de la bouche.
— « Oui, je comprends. Nous vous avons reçue, et vous devez le savoir, parce que vous avez des éléments de compréhension à propos de ce patient… si particulier. Mais avant de savoir si vous pouvez le rencontrer, nous avons besoin de mieux comprendre vos motivations. C’est une nécessité, et je vous rappelle que nous ne vous avons jamais promis que vous le rencontreriez. Vous vous en souvenez ? »
Elle acquiesça.
— « Bien. Voyons en premier lieu ce que vous savez de son passé. Nous savons qu’il a un métier, le connaissez-vous ? »
— « Oui. Mais ce n’est pas ça qui importe, vous le savez bien, docteur. »
— « Pourquoi donc, d’après vous ? »
— « Parce que ce qui importe, c’est où nous sommes, et la date. »
Le médecin inspira un peu plus fort. Ses mains étaient toujours posées à plat, mais un léger tressaillement fit se soulever quelques uns de ses doigts.
— « Vous savez donc pour les cigarettes ? »
elle éclata de rire.
— « Bien sûr ! Et vous n’y pouvez rien, docteur, absolument rien ! »
Le médecin se recula sur sa chaise et se massa les yeux, puis les tempes. Il ne savait pas si ce qu’il était en train de faire, pouvait jouer positivement ou négativement. Il se demanda si ce n’était pas une erreur d’avoir accepté de recevoir cette femme. Il était 10h. La deuxième cigarette était allumée. Immanquablement.

Il paraît que la Loi de programmation militaire vous protège…

mardi 30 décembre 2014 à 22:39

nsa-obama-hollandeMais pourquoi t’inquiéter, internaute ? La France ne fait pas d’écoutes massives, promis, juré, craché, si je mens, je vais accéder à  un poste bien sympatoche en enfer, parole de spécialiste de la surveillance. C’est en tout cas ce que martèlent des gens comme Jean-Jacques Urvoas, président de la Commission des Lois, mais aussi, membre de la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité (CNCIS). Ou encore, Alain Zabulon, coordonnateur national du renseignement. Un pas suivant l’autre, on arrive à la Loi de programmation militaire qui, affirment-ils n’autorise pas la surveillance massive de type NSA. Mieux, ils martèlent ad nauseam que la loi en question durcit les conditions des interceptions, avec à la clef, une surveillance des surveillants par la CNCIS.

Ce discours est dangereux pour la démocratie. Inlassablement, je le répète au fil d’articles ou d’interventions sur Twitter, comme le démontrent mes échanges du jour avec Jean-Marc Manach (1).

C’est un sophisme intéressant qui nous est proposé : la loi (quelle qu’elle soit, notez…) n’autorise pas la surveillance massive. Nous sommes en démocratie. Et qui plus est, la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, expose en son article 12 que « Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa  famille,  son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes à son  honneur et à sa  réputation. Toute personne a droit à la protection de  la loi contre de telles  immixtions ou de telles atteintes. »

ecoutes

La France, pays autoproclamé des Droits de l’Homme, ne ferait pas quelque chose qui contreviendrait à cette Déclaration.

Impossible.

Même si ce mot n’est pas Français, selon l’adage.

Ce discours est partiellement vrai. Il manque la fin. C’est ce que nous allons tenter d’expliciter ici.

Oui, il est interdit de faire du massif. Il existe dans ce pays deux scenarii d’écoutes qui contreviennent à l’article 12 de la Déclaration des Droits de l’Homme, et ce, légalement.

Premier cas : un juge autorise et contrôle les écoutes, qui sont ciblées. Ces actes judiciaires sont donc susceptibles d’être contestés par les parties.

Deuxième cas, les écoutes administratives. Validées par l’exécutif, elles ne sont pas contrôlées par le judiciaire. Ce qui commence à devenir délicat dans une démocratie. Mais  reste légal.

Maintenant le massif.

Il n’existe pas. Officiellement.

C’est sa nature.

Il n’existait pas non plus aux Etats-Unis avant Edward Snowden. C’est pratique. Pas de loi l’autorisant… Pas d’écoutes massives. Jusqu’au jour où un lanceur d’alerte vient exposer une mise sur écoute de la planète entière.

Vous me direz, comme Jean-Marc Manach dans son article publié sur Arrêt sur Images, que les services français n’ont pas les mêmes moyens que la NSA. Du coup, même s’ils le voulaient, ils ne pourraient pas mettre en place une telle infrastructure.

Oui, mais non.

D’une part, la France est en pointe dans ce domaine. L’article de Jean-Marc Manach sur Arrêt sur Images et ses anciens papiers sur Amesys le démontrent. Qosmos et Amesys ont reçu un financement public. Partout où les Eagle d’Amesys sont installés, un câble Alcatel débouche, un hasard sans doute. Qosmos marche main dans la main avec la DGSE au point de dédier plusieurs de ses ingénieurs à des projets du service de renseignement. L’enquête de la vice-procureur pour des faits de complicité de torture visant Qosmos le démontre en filigrane.

Et les Shadoks pompaient, pompaient, pompaient

D’autre part, la NSA elle-même, a mis en garde la France de manière très diplomatiquement explicite : arrêtez de nous taper dessus ou nous révélons l’étendue de notre coopération dans l’échange de données pompées illégalement sur les grands Internets.

shadoks

C’était peu après les révélations du Monde sur l’accord Lustre qui dresse les limites de ces échanges. Le Monde indiquait que la NSA avait récupéré 70 millions de métadonnées en un mois en France. C’est le patron de la NSA qui a craché le morceau devant les représentants américains : nous n’avons pas collecté ces données, elles nous ont été données par les pays en questions dont la France.

Un peu gênée aux entournures, la France expliquait que ces données avaient été collectées, non pas sur le territoire national, mais sur les terrains d’opérations extérieures. Il faut croire votre pays sur parole.

Quelque 70 millions de métadonnées en un mois… En Afghanistan ? Au Mali ?

Soyons fous, croyons notre pays sur parole. Celui qui a autorisé la vente de systèmes d’écoutes massifs à l’échelle de pays entiers à la Libye de Kadhafi, au Qatar, au Kazakhstan, à l’Arabie saoudite, au Gabon, aux Emirats…

Ces données ont été interceptées à l’étranger. C’est donc légal-illégal. Légal parce que les services peuvent le faire sans que l’on puisse le leur reprocher, c’est leur métier qui veut cela. Tant qu’ils ne se font pas prendre la main dans le pot de confiture. Et illégal parce que si quelqu’un portait plainte et pouvait prouver les activités des services, il pourrait obtenir gain de cause devant un tribunal.

Mais surtout, 70 millions de métadonnées en un mois, c’est du massif. Pas du ciblé.

lustre-superbe

La LPM ou tout autre texte encadrant les écoutes est donc un cache-sexe. Le zizi est caché derrière, dans des accords tels que Lustre. Peu importe qu’un pays mette en place des lois sur la pseudo protection des surveillés en masse, peu importe qu’il mette en place un contrôle parlementaire. Tout cela est invalidé par ce qui est fait dans le cadre des accords de lutte contre le terrorisme. Une idée folle qui a germé après le 11 septembre, cet acte barbare qui a plongé le monde dans la sidération. Au nom de cette lutte contre le terrorisme, tout le monde est devenu suspect. Vous, moi, ma grand-mère et votre petit neuveu avec son portable dernier cri.

Et les suspects, ils doivent être surveillés. Même parfois, torturés. Coupables ou pas, peu importe. Le documentaire 24H, nous l’a assez bien prouvé, pour éviter que la bombe n’explose, on peut torturer. Les Etats-Unis, autre grande démocratie, a « légalisé » la torture, les enlèvements et internements extra-judiciaires, sans perspective de procès. Pourtant, vous noterez qu’il n’est pas écrit dans les textes de loi américains que ces choses sont autorisées. Tout cela se faisait dans le plus grand secret.

Laisser entendre que la loi nous protège, comme le font Jean-Jacques Urvoas ou même -peut-être involontairement- Jean-Marc Manach, c’est endormir les populations pour que des activités illégales puissent être menées sans que lesdites populations ne se révoltent. J’affirme, moi, que je ne suis pas un suspect dans des activités terroristes (ce qui a d’ailleurs été confirmé dans un jugement condamnant Jean-Paul Ney), pas plus que ma grand-mère ou votre neveu. A ce titre, j’affirme qu’aucun service ne devrait être autorisé à écouter mes communications (ou les vôtres). Celles-ci ne pouvant l’être que dans un cadre judiciaire, sous contrôle d’un juge. Une « démocratie » panoptique qui s’affranchit de ses règles élémentaire pour lutter contre ses ennemis n’est plus une démocratie. C’est autre chose. Elle a muté.

(1) full disclosure : Jean-Marc Manach travaillait dans mon service à Transfert.

De la fragilité de la liberté (2) : les années de la honte

mardi 30 décembre 2014 à 21:34

auschwitz

C’est sur fond de nazisme naissant, que le deuxième tome de Ken Follet démarre. Partout en Europe, des crises surgissent. Qu’elles soient syndicalistes, identitaires, raciales, sociales, elles témoignent d’un profond malaise et de frustrations aiguës.

C’est la crise, le monde vacille, les repères explosent. Celui qui est différent devient dangereux. Les couleurs de peau, la religion, l’orientation sexuelle, l’origine socioculturelle, les convictions politiques deviennent objets de haine. Certains profitent de la situation pour pointer les responsables de la crise, les boucs émissaires, les races maudites.

Lynchage, ségrégation au pays des cow-boys

Aux USA, la ségrégation raciale n’est pas nouvelle, loin de là, comme en témoignent ces clichés photographiques anonymes.

noblacks

Malgré l’abolition de l’esclavage, le sort des noirs ne s’est pas amélioré. Si les blancs américains voient leur richesse s’accroître, les noirs quant à eux se trouvent harcelés, particulièrement dans le Sud de la nation, violentés, discriminés, violences menées de main de maître par le très inquiétant KKK (Ku Klux Klan)

KKK

pendaisons

La violence de ce traitement explosa en pleine face de nombreux jeunes noirs partis combattre au nom de la Démocratie en Europe lors de la première guerre mondiale. C’est grâce à cette expérience traumatisante qu’ils ont pu mesurer l’injustice de leur sort et ainsi organiser la lutte pour leurs libertés, aidés de la plupart des mouvements religieux noirs et d’une partie de la communauté juive américaine, sans oublier le NAACP.

naacp_logo_fb

naacp_lynching_banner

C’est ainsi qu’ils s’engagèrent dans une longue lutte pour la liberté qui durera des décennies.

 L’homme à la moustache au pays de la bière

A des milliers de kilomètres de là, en Allemagne, un autre drame se prépare, celui qui a certainement bouleversé le cours de l’humanité. C’est aussi la pire et la première vraie propagande par l’image. L’image est une arme redoutable, et Hitler l’avait certainement compris bien avant les autres.

C’est Heinrich Hoffmann, photographe officiel du dictateur, qui saura le mieux transmettre par l’image les multiples facettes du Führer.

fuhrer

hitler

"Der Fhrer mit der Jugend" (Adolf Hitler mit kleinem M„dchen)

fou

tenebreux

 

Hitler rehearsing his gestures for a speech

Cette série de clichés du photographe exprime bien mieux que des mots ce qu’Hitler était. Le Führer était un humain élu par d’autres humains et ce constat n’en est que plus effrayant car il nous rappelle que l’histoire peut toujours recommencer, qu’aucune leçon n’est définitive, que la honte peut toujours revenir, que l’impensable est toujours là, prêt à ressurgir.

Ken Follet décrit des scènes saisissantes en Allemagne et partout en Europe : des gens qui n’y croyaient pas, qui par lâcheté ne prenaient pas au sérieux ce petit homme moustachu, d’autres qui y croyaient dur comme fer et étaient prêts à s’engager auprès du Führer pour purifier la race aryenne. Il décrit les premières violences des futurs nazis : tortures d’homosexuels, viols de femmes, massacres de tout ce qui ne correspondait pas à leurs idéaux, et ce dans un climat de lâcheté et de déni qui, par certains moments, peuvent rappeler certaines choses du siècle actuel. La crise économique avait-elle abruti les consciences ?

L’horreur et la honte, un passage nécessaire pour conquérir la liberté ?

A la fin de la guerre, l’Europe est meurtrie, elle a honte d’avoir cautionné par son silence de telles horreurs. Comment s’en relèvera-t-elle ? De grandes évolutions et révolutions se préparent aux quatre coins du monde. Les nations s’organisent pour éviter le pire, les blocs se fondent, la guerre froide se met en place. La pire arme, la plus honteuse est envoyée par la « plus grande démocratie du monde »… Démocratie ? vous avez bien dit démocratie ?

5464-champignon-nucleaire-WallFizz