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Putain de DNS menteurs

mardi 17 mars 2015 à 17:08

touche-pas-a-mes-dnsDifficile de porter un regard sympathique sur la mise en place des mesures de blocage administratif des sites web « faisant l’apologie du terrorisme ». C’est même avec une certaine tristesse que les « vieux internautes » (et de plus jeunes qui ont compris à quoi sert le bouzin) observent ce qui est en train de se mettre en place dans notre pays. Se passant d’un juge, une autorité administrative (le ministère de l’intérieur) désigne une liste de sites web, qu’elle transmet à certains fournisseurs d’accès, les plus gros, pour que ces derniers assurent leur blocage, redirigeant les requêtes des internautes sur l’une des pages les plus tristes du Net.

On pourrait s’en émouvoir pendant des lustres (désolé je ne m’en lasse pas), mais ce serait avoir la mémoire courte. Car bien avant les barbus terroristes, bien avant les pédocriminels, le blocage administratif par nom de domaine a été mis en place pour filtrer les sites de jeu en ligne. Souvenez vous, c’était notre petit cadeau du nouvel an du gouvernement, le décret n° 2011-2122 du 30 décembre 2011 relatif aux modalités d’arrêt de l’accès à une activité d’offre de paris ou de jeux d’argent et de hasard en ligne non autorisée.

Est-ce donc étonnant de voir cette mesure étendue à la chasse aux terroristes ? Oui et non.

Oui car sur un sujet aussi sérieux, on s’attendrait à une mesure technique un peu moins pieds nickelés qu’un blocage DNS, qui suffira certainement à arrêter les personnes qui n’ont pas envie de faire 3 clics et deux copier coller pour rendre inopérant ce blocage, qui ne lisent pas les news sur divers agrégateurs ou réseaux sociaux… bref au final, pas grand monde

Non car il s’agit d’un aveu d’impuissance face à un réseau qui n’a pas été conçu pour permettre la censure, et qui a même été conçu pour tout son contraire.

Mais tout va bien… ce qui serait inquiétant, vraiment inquiétant, ce serait que ce blocage soit efficace.

Ce blocage administratif de sites terroristes (attentions pixels explosifs inside) n’est qu’une nouvelle triste page d’une histoire maintes fois répétée bien avant Internet. Une technique vieille comme le monde qui consiste à planquer la poussière sous le tapis. Appliqué à Internet, ça revient à faire croire aux internautes qu’un site ou les idées qu’il véhicule n’existent pas.

Autant philosophiquement que techniquement, un blocage de ce type pose problème. Philosophiquement, c’est un échec, un genou à terre devant le terrorisme, l’administration française déploie sa « réponse » : des oeillères dont l’objectif est de dire que le site demandé n’existe pas, ou techniquement, qu’il existe bien mais que c’est interdit d’y aller (comprenez « désolé, on ne sait pas comment faire pour chopper les gugus qui l’opèrent, donc on a un peu mis en place un truc de goret pas franchement efficace pour vous empêcher d’y aller »)

Ce qui fait la richesse d’Internet et l’avènement qui en découle d’une société de l’information, c’est la définition même d’Internet : un réseau public, ouvert et neutre sur lequel la mamie du Cantal peut accéder aux mêmes informations avec son fournisseur d’accès Orange qu’un bonze tibétain à Lhassa avec son smartphone depuis son opérateur Lama Telecom. Si ces deux personnes veulent consulter une information sur un site, elles demandent à leur navigateur web de se rendre sur toto.com et le système de nom de domaines, tel un annuaire, va les orienter sur une suite de chiffres correspondant au bon serveur, celui qui héberge l’information demandée…
Et c’est là que ça devient très moche. Un DNS menteur est une sorte d’annuaire que l’on aurait falsifié pour que la machine qui répond à la requête ne soit pas la bonne, du moins qu’elle ne soit pas celle qui héberge l’information demandée. Dans le meilleur des cas, la machine qui répond affichera un message informant notre bonze ou notre mamie du Cantal que le site auquel il tente d’accéder est bloqué. Au pire, il servira une information tronquée ou dira carrément que le site n’existe pas.

L’autre point peu glorieux dans cette histoire, c’est que comme d’habitude, c’est aux fournisseurs d’accès Internet que l’on demande de jouer les douaniers… enfin il y a fournisseur d’accès et fournisseur d’accès dans la tête d’un gouvernement. Ainsi, si vous avez bien choisi votre fournisseur d’accès (c’est à dire si vous n’êtes pas chez Orange, Free, Bouygues ou SFR / Numéricabe), vous pouvez à ce jour allègrement aller visiter ces sites bloqués.

Consolez vous, dans tous les pays où ce genre de cyber incongruité a été mis en place, les listes « secrètes » de sites censurés ont fini sur Internet… et oh surprise, on y trouvait des sites qui n’avaient pas grand chose à voir avec la raison invoquée pour la mise en place du blocage…

Que des politiciens mentent, on en a l’habitude, on a appris à faire avec, par contre les DNS, ça va tout de suite être un peu plus gênant.

Esprit Charlie, es-tu là ?

lundi 16 mars 2015 à 20:56

islamic-news

C’est important l’esprit du 11 janvier, l’esprit Charlie. On peut l’invoquer, comme Victor Hugo en son temps, invoquait des morts célèbres, avec ses potes autour d’un guéridon. Bon, aujourd’hui c’est plus moderne, on invoque l’esprit Charlie par Internet. Et comme bon nombre d’entre vous a dû le voir, un site de vilains islamistes, http://islamic-news.info a été censuré par notre bon gouvernement qui tient à nous protéger. De quoi ? Des vilaines choses qu’écrivaient ces gens très mal intentionnés sur islamic-news.info.

Logique : la liberté d’expression est brandie après les attentats contre Charlie Hebdo, le gouvernement établit que cette liberté est sacrée, et le premier truc qu’ils font, c’est… censurer un site de l’Internet.

main-rouge

Un peu comme comme quand pour « lutter contre les terroristes », le gouvernement français promeut la vente d’un outil de surveillance globale à un terroriste condamné comme tel en France et qui l’utilisera, bien entendu, pour pourchasser et arrêter des opposants politiques. Logique on vous dit…

Cette censure est opérée avec des faux DNS qui répondent à côté quand tu les interroges, un blocage administratif avec des fôtes, le tout tranquillement géré par les FAI. Cocasse. Il y a même des gens qui viennent établir en commentaires que c’est tout à fait normal, parce que quand même, ce sont des fous, houlala.

Ben oui, fermer administrativement, sans juge, un site Internet, est devenu normal en France. Le pays qui défend quoi déjà ? Allez, laissez tomber, achetez du pop-corn, détendez-vous, on est en 2015.

Pour autant, Internet ayant une grosse mémoire, le site est encore partiellement consultable ici . Petit exemple : http://web.archive.org/web/20140125122035/http://www.islamic-news.info/.

Sommes-nous coupables de quelque chose à Reflets en donnant ce lien vers Archive.org ?

Si 2015 est l’année de tous les possibles et du vrai « changement c’est maintenant« , il est possible que nous puissions être condamnés pour la publication de ce lien… Par un gouvernement qui se réclame de « gauche » ? On est toujours le terroriste d’un autre… D’ici à ce que Reflets soit considéré comme un site de terroristes… Il n’y a qu’un pas. La justice n’a-t-elle pas condamné un journaliste de Reflets pour piratage informatique alors qu’il avait téléchargé des documents librement consultables via Google et que le moteur de recherche avait indexés librement (pirate!) ?

A suivre.

Comment s’émanciper dans un monde d’ingénieurs et de techniciens ?

lundi 16 mars 2015 à 13:26

tv-connerie

Nos sociétés développées vont mal, politiquement, socialement, économiquement, culturellement. L’inquiétude ou le malaise — c’est selon — sont palpables parmi la population, qui ne sait plus vraiment où aller, ni comment. Certains voient dans ce grand doute national une opportunité de retour en arrière, proposant des politiques de fermeture sur soi, de re-création d’une société ancrée dans un modèle disparu, celui d’avant le premier crack pétrolier, le plus souvent. Le « c’était mieux avant » revient à la mode, et n’a pourtant aucun avenir : vouloir revenir à une époque révolue est une impasse historique. Faut-il pour autant faire l’économie d’une compréhension des rouages de notre époque, de ses limites et de ses opportunités, du pourquoi du malaise ? La totalité du problème n’est pas contenue dans ce modeste article, mais une partie y est peut être inscrite. A chacun de voir, de s’en emparer et en faire quelque chose. Ou pas.

Shop-civilisation technoïde ?

L’évolution des sociétés développées, industrielles, a été fulgurante particulièrement à partir du moment où le réseau de réseaux informatiques, l’Arpanet américain, s’est étendu à travers la planète pour être finalement ouvert aux populations et aux entreprises. En France, au tournant des années 90, le micro ordinateur personnel est encore peu répandu dans les foyers et seules quelques centaines de milliers de personnes utilisent ce qui est désormais appelé Internet. La promotion du réseau s’accentue à la fin de cette décennie, alliant à la démocratisation de la micro-informatique, l’évolution des technologies de transmission des données.

utopie-caddy

Courant des années 2000, les foyers s’équipent, les débits de technologie DSL augmentent, la fibre optique apparaît dans certains lieux privilégiés. De façon parallèle, les firmes américaines ont investi le réseau et « capturent » les internautes  dans des services addictifs nommés trivialement « 2.0 », en rapport avec l’ancien et vieil Internet 1.0, balisé de pur html, voire dépourvu d’hypertexte, si l’on remonte aux années antérieures aux 90’s. Le réseau devient une immense galerie marchande, une arène dite « sociale » où des régies publicitaires pillent les informations des utilisateurs pour mieux les cibler commercialement. Une forme de « Shop-civilisation technoïde » voit le jour à la fin des années 2000. Plus d’1 milliards d’utilisateurs de Facebook, presque autant pour Twitter, des Instagram, Snapchat, Cloud-truc.gogo, achetemoi.com, Tumblr et autres enseignes numériques clinquantes emplissent le cyberespace mondial.

Domination des « déculturés » du monde « digital » ?

La population, dans sa grande majorité, n’est pas équipée intellectuellement pour les TIC, hormis pour une utilisation basique des outils en question. La technologie numérique n’est quasiment pas enseignée à l’école, au collège ou au lycée, à l’exception de quelques filières, où l’enseignement de l’informatique y est désastreux. Ceux qui font la technologie sont les ingénieurs aidés des techniciens. Qui sont-ils ? Des individus souvent passionnés, issus de filières scientifiques ou techniques, et addicts aux technologies numériques, vendues par la suite comme « digitales » par les commerciaux du domaine. Ce nouveau monde où s’échangent la « Culture » au sens large (commerciale et de masse le plus souvent), les idées, le sens collectif, est donc géré par des techno-scientifiques ou assimilés, qui n’ont, la plupart du temps, aucune appétence ni compréhension pour ce qu’on nomme « la Culture », justement. C’est-à-dire les créations artistiques ou populaires de la civilisation qui nous accueille, passées et présentes. Ce n’est pas un reproche : les ingénieurs et techniciens les plus doués doivent passer beaucoup de temps dans leurs domaines techniques pour être performants, il est donc facile de comprendre qu’ils ne connaissent pas ou peu la littérature romanesque, par exemple. Ni le théâtre ou la peinture, les arts culinaires ou celui des jardins. Toutes ces choses qui ne servent à « rien de concret » et qui souvent, ne sont pas « numérisables ».

cerveau-informaticien

Le problème des ingénieurs et techniciens n’est pas ce qu’ils sont, mais le pouvoir qu’ils ont, et la domination qu’ils exercent. La société, dans son ensemble, est devenue une vaste machine à ingénierie. Une majorité d’activités est désormais traitée de façon purement technique : management par processus, gestion des activités, techniques d’optimisation, etc… La santé, par exemple, dans les hôpitaux est devenue une activité où l’on optimise à grands coups d’outils logiciels. L’humain, qu’ils soit soignant ou soigné, devient une ressource comme une autre, une donnée, traitée dans un ensemble de processus avec pour vocation finale, la maximisation des profits, ou tout du moins une profitabilité-rentabilité numéraire, accessible en un clic et démontrable avec quelques « slides » d’un logiciel de présentation. Les clés du vivre ensemble ont été données à des ingénieurs et des techniciens, et ceux qui ne l’étaient pas le sont devenus, en surface et en tant qu’opérateurs, tout du moins. La domination des techniciens-déculturés est réelle. Est-elle une partie du problème du trouble de société en cours ?

Emancipation phagocytée ?

Le terme d’émancipation n’est pas anodin, et directement relié à la progression et la démocratisation de l’informatique des réseaux dans nos vies. Quoi d’autre, de plus puissant, intéressant — pouvait être donné à l’humanité pour s’émanciper (politiquement, culturellement, socialement, économiquement)— que l’accès complet et horizontal au réseau des réseaux ? L’époque de la théorie sur le « Village global » renvoie directement à cette aspiration, d’une humanité interconnectée, se libérant de nombreuses limites, accédant à une nouvelle forme d’émancipation dans la connaissance mondiale, l’élévation des masses, etc. Las, le village est vite tombé, et ses promoteurs réduits à de doux rêveurs à la limite de l’indigence intellectuelle, et surtout… économique.

global-village

Internet n’est (presque) rien d’autre aujourd’hui, qu’un instrument de domination d’une élite technico-financière déculturée, sur des masses populaires techniquement fort incultes. La seule différence avec la télévision, outil propagandiste et déculturant par excellence, est qu’Internet mène bien plus vite à un sentiment de frustration. D’où la situation actuelle, d’une population à la fois accrochée aux machines mais les subissant au quotidien, certaine que ces outils géniaux l’« améliorent », mais totalement démunie face au nouveau monde qui en découle : froideur sociale engendrée par l’émergence et la ruée vers les réseaux sociaux, surabondance d’informations, sensation d’impuissance dans l’océan de possibilités numériques.

L’émancipation qu’Internet et les technologies numériques devaient nous apporter est pourtant encore présente, et pourrait reprendre cours. Les Indignados espagnols, le mouvement Occupy Wall Street ont démontré que l’émancipation populaire, politique, peut s’effectuer grâce aux TIC, même si ces mouvements se sont au final effondrés. Il reste que s’emparer des technologies est une nécessité. Ce que certains font, avec en tête, une reprise en main des gens, dans des lieux dédiés, avec des actions spécifiques. FAI associatifs, Hackerspaces, Tiers-lieux, ou FabLabs d’éducation populaire : la technologie peut être un bien commun, partagée entre techniciens et non-techniciens, avec comme projet central : remettre l’Humain au centre du jeu, mais pas en tant que processus. La seule réponse valable pour continuer cette émancipation — indispensable — est certainement, en partie, là. Dans l’action.

A chacun de s’en rendre compte et de sortir du Big Shop Technoïde. Pour continuer, concrètement, à faire et partager ce que l’on nomme « la Culture » et qui est l’essence même de la civilisation. A l’inverse d’une société totalitaire basée sur la domination technologique et économique d’une minorité sur le plus grand nombre ?

ALERTE : Libération pillé par Google !!! #Oupas

jeudi 12 mars 2015 à 21:06

google-pille-libe

Le comique de répétition, ça marche toujours assez bien. Et le coup de « Google pille la presse« , c’est un classique. Reflets avait déjà abordé ce sujet plusieurs fois. La presse, voudrait à la fois que Google la référence au mieux, lui envoie des millions de visiteurs clics et n’utilise pas ses articles pour faire venir des visiteurs sur les sites des journaux et autres radios ou télévisions. Cornélien. Il faut bien des résumés des papiers pour donner envie aux lecteurs d’aller les lire sur les sites de la presse… Cette fois, c’est un journaliste de Libé qui semble avoir expliqué dans une conférence que son journal était régulièrement pillé par Google (cf. illustration ci-dessus). Vraiment ?

Ré-expliquons donc aux journalistes de Libé que si le site du journal se fait « piller » par Google, c’est simplement parce que leur rédaction en chef, ou leur direction générale (ou les deux) le veulent bien. Et même, Libé en redemande. Le site de Libération facilite les choses à Google en lui fournissant un « Sitemap », c’est à dire un fichier détaillé (XML) contenant toutes les adresses (URL) qui vont bien. Ce sitemap est même fourni pour Google News, l’agrégateur d’infos de Google.

libe-robotsJean Quatremer, qui semble avoir fait cette déclaration (nous n’étions pas à cette conférence), serait bien inspiré de regarder en détail le fichier « robots.txt » exposé ci-dessus.

Il permet aux petits robots de Google qui viennent indexer les sites de savoir s’ils ont le droit de le faire ou pas. En l’occurrence, Libé accepte d’être indexé par Google et favorise l’inclusion de ses pages dans Google News en fournissant son sitemap aux robots de Google.

C’est d’autant plus délibéré que, comme la plupart de la presse, Libé, qui sait très bien utiliser le fichier robots.txt, refuse l’indexation de ses contenus par certains « opérateurs » comme Youmag ou Melwater (qui fait principalement profession de la vente de revues de presse).

Peut-on raisonnablement dénoncer un pillage de la presse par Google tout en lui demandant expressément d’utiliser ses contenus pour gagner quelques clics, mais aussi en encaissant 649.000 euros de la part du Fonds Google pour la Presse ?

Ce n’est pas une question pour le prochain bac philo, c’est une question pour Jean Quatremer et pour Libération.

#Citizenfour : #Snowden aurait pu annoncer que le monde était dirigé par des #aliens

mardi 10 mars 2015 à 11:26

Citizenfour

Le documentaire de Laura Poitras, Citizenfour, est unique en son genre, par de nombreux aspects. Le principal est qu’il montre sans détours, en direct, le plus grand lanceur d’alerte de tous les temps dénoncer la pire « affaire d’Etat » de tous les temps. Le WaterGate est une bluette sans grand intérêt à côté des révélations d’Edward Snowden. Que pouvons-nous retirer de cette histoire incroyable, saisissante, effroyable, alarmante ? Snowden aurait pu délivrer les preuves que le monde était dirigé par des aliens, l’effet aurait été le même : stupéfaction, indignation, incrédulité, et au final… rien. Comme si rien ne pouvait être fait contre quelque chose d’invisible ? Avons-nous basculé dans un monde différent sans nous en rendre compte, dans lequel le pire n’est jamais certain, et l’escalade toujours au bout du tunnel ?

Science-fiction

La situation d’Edward Snowden, installé dans une chambre d’hôtel à Hong Kong — filmé par Laura Poitras et interrogé par deux  journalistes, Glenn Greenwald et Ewen MacAskill — est digne d’un roman d’espionnage. A l’échelle planétaire. Les premières explications du jeune informaticien sur les programmes d’interception des communications et de surveillance mondiale, Prism, XKeyscore, Tempora, laissent les journalistes abasourdis, incrédules.

citizen3

Snowden a des rires nerveux lorsqu’il explique les capacités des systèmes de collecte massive de données de la NSA (Agence de sécurité américaine) et du GCHQ (agence de renseignement britannique). Le lanceur d’alerte utilise d’ailleurs le terme de « science-fiction » pour tenter d’expliquer aux journalistes les possibilités offertes par ces systèmes. Les exemples que donnent Snowden sont intéressants, parce qu’ils permettent de mieux comprendre les tenants et aboutissants de la collecte massive des données effectuées par la NSA et le GCHQ. « Tout est intercepté et stocké, en permanence, à l’échelle planétaire, vos mails, vos mots de passe, vos communications, ce qui permet à tout moment, de choisir n’importe qui, et d’aller fouiller sur tout ce qu’il a écrit, dit, dans le passé, puis de le faire en temps réel » dit en substance l’ex-agent de Booz Allen Hamilton, la société sous-traitante de la NSA.

Les journalistes ont la mâchoire qui se décroche en regardant, hagards, les documents officiels fournis par Snowden qui démontrent la réalité de ses affirmations. Puis viennent les révélations sur la participation des opérateurs Internet et de téléphonie à la surveillance des usagers…

Populations anesthésiées et dirigeants aux ordres ?

Les alternances entre des tribunaux de justice d’Etat, des tribunes où Jacob Appelbaum vient expliquer les capacités de surveillance stupéfiantes des services gouvernementaux américains, des journaux télévisés qui relayent les premiers articles de Glenn Greenwald, et Snowden cherchant à s’échapper de sa chambre d’hôtel, sont un enchaînement vertigineux de situations uniques ayant pour point commun, une même question : que sont devenues les libertés individuelles et le droit à la vie privée ? La planète entière découvre la machine implacable constituée en secret par le gouvernement de la plus grande puissance mondiale, les USA, — une machine totalement illégale, bafouant toutes les conventions internationales, les Constitutions. Et pourtant, malgré de nombreux débats publics aux Etats-Unis, l’affaire reste en l’état.

Citizenfour-Edward-Snowden-Hong-Kong

Snowden parvient à fuir Hong Kong, aidé par Wikileaks, trouve refuge en Russie, l’Allemagne se plaint des écoutes du téléphone portable de sa chancelière, mais finalement, Barak Obama vient calmer toute velléité à l’encontre des pratiques de la NSA. Un discours, pas d’excuses, des chefs d’Etats européens qui grognent pour la forme, mais rentrent très vite dans le rang : nos vies privées sont piétinées quotidiennement et continueront à l’être. Circulez, il n’y a rien à dire, ni à contester. Les populations ne sont pas descendues dans les rues pour demander l’arrêt des systèmes d’interception de communications et de collectes de données, les gouvernements n’ont pas menacé les Etats-Unis ou l’Angleterre de mesures de rétorsions.

Snowden aurait pu démontrer que des aliens dirigeaient la planète, l’effet aurait été le même, et la réponse citoyenne, politique, tout aussi faible. Comme si, face à la réalité, même la plus incroyable qui soit, l’anesthésie prime sur toute autre réaction.

Une affaire qui touche aux fondements de nos sociétés

Citizenfour démontre quelque chose que la plupart d’entre nous soupçonne, mais verbalise avec difficulté : que reste-t-il de la démocratie tant vantée par ceux-là mêmes qui la bafouent en piétinant nos vies privées ? La démocratie, dans sa dimension de liberté des individus (d’expression, de propriété privée, de droit à la vie privée, de circulation, etc…), et non pas comme système politique en tant que tel, est le cœur de la dynamique occidentale moderne. Que peut-il se passer si cette liberté est mise sous surveillance intégrale par des administrations ou des groupes privés, que chacune de nos actions, nos paroles peut être captée, analysée, classée ?

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Le propre d’un système totalitaire est de n’offrir qu’une place déterminée et limitée par ce même système, aux individus qui le constituent. Edward Snowden a permis de découvrir que ce système totalitaire existe, qu’il est en place et que nos vies sont déjà classées. Prêtes à être fouillées, compulsées, analysées. Qui peut prétendre savoir comment et par quelle intelligence, elles seront un jour utilisées à des fins de répression ou de censure ? Personne. Nos libertés sont déjà bafouées. Nous ne sommes plus en démocratie, et presque personne ne s’en soucie. Le constat est affligeant, mais le travail de Laura Poitras, Glenn Greenwald, Ewen MacAskill, et le courage d’Edward Snowden doivent servir à quelque chose. Sans quoi, quand il sera trop tard, nous ne pourrons pas dire : « nous ne savions pas ».