PROJET AUTOBLOG


Reflets

Site original : Reflets

⇐ retour index

L’Etat, ce bon client de la société Elexo

jeudi 4 juin 2015 à 00:17

elexoComme nous l’avons évoqué à plusieurs reprises sur Reflets, l’Etat français commerce volontiers avec Elexo, une société qui fait partie du groupe Bull et précédemment, de la galaxie Amesys. Elle est d’ailleurs localisée au 20 rue de Billancourt à Boulogne, là où travaillaient les développeurs d’Eagle, la fameuse solution tout en un d’écoute globale vendue à Kadhafi. Et où se trouve toujours Amesys Conseil.

Il n’aurait pas été incongru d’imaginer que le scandale de la vente d’un Eagle à Kadhafi, la visite quelque jours avant que tout ne dégénère en Libye de Philippe Vannier, ancien patron d’Amesys, pour vendre un upgrade de l’Eagle, on en passe, aurait pu pousser l’Etat français à prendre ses distances avec ces entreprises. Surtout après l’ouverture d’une information judiciaire pour complicité de torture en Libye. Pas le moins du monde. Le changement, c’est pour plus tard. Elexo est un rouage -pas négligeable- du complexe militaro-industriel français. Et remplacer un rouage de ce type peut se révéler compliqué.

La présentation de Crescendo Technologies, la tête de la galaxie Amesys, datant de 2007, est assez précise. Elexo est une des composantes de la galaxie.

crescendo

Et les clients du complexe militaro-industriel sont nombreux.

clients

Déjà en 2007, Amesys/Elexo était vendeuse d’IMSI-catchers. Rudimentaires, certes, mais « catchers » quand même. Ce n’est donc pas une surprise si on les retrouve aujourd’hui comme fournisseurs officiels des douanes en matière d’outils permettant de faire des interceptions « alégales ».

amesys-imsi-catcher

Cette relation avec le complexe militaro-industriel et l’Etat est d’autant plus complexe à couper que la galaxie Amesys a sans doute eu accès à quelques secrets que l’on ne veut pas voir étalés dans la presse. Les journalistes d’investigation connaissent par exemple très bien les quelques projets comme Sawary et Agosta cités dans la présentation :

Agosta-Sawary II

On trouvait déjà dans cette affaire Ziad Takieddine, qui reviendra jouer un rôle prédominent dans la vente du projet Eagle en Libye.

Toutefois, pour revenir à Elexo et ses ventes à l’Etat français, ou Thalès (par exemple), ses clients seraient peut-être avisés de se demander s’ils ne gagneraient pas, financièrement, à passer commande directement auprès des fournisseurs plutôt que de passer par une société qui sait commander, appliquer une marge, et revendre.

Par exemple, Elexo vend des ordinateurs durcis (de la marque GETAC) à la DCNS (détenue à 64 % par l’État français, de 35 % par Thales). Elexo achète un modèle S 400 Basic pour un peu plus de 1300 euros à ce fournisseur taïwanais et le revend à la DCNS pour un peu plus de 2350 euros.

Mais c’est une autre histoire…

 

Dix ans d’emprisonnement et 150 000 € d’amende pour un DDoS ?

mercredi 3 juin 2015 à 16:26

anon

Dix ans d’emprisonnement et 150 000 € d’amende pourraient être requis le 9 juin au Tribunal de Nancy à l’encontre de 2 membres se revendiquant d’Anonymous ayant pratiqué un DDoS contre les sites internet du Conseil régional de Lorraine, Conseil général de la Meuse et de l’Agence nationale de gestion des déchets radioactifs. Ces DDoS étaient effectués dans le cadre d’une campagne contre l’enfouissement des déchets nucléaire.

Attention, voici les actes d’accusation du Parquet : « accès et maintien frauduleux » dans un système informatique « mis en œuvre par l’Etat », et « entrave ou altération du fonctionnement » d’un tel système. Le parquet a aussi retenu la circonstance aggravante de faits commis en « bande organisée ».
Empêcher l’accès à un site internet de l’Etat, même seulement quelques heures, est un crime équivalent à celui de « créer un réseau pédophile », puisque les peines sont les mêmes dans les deux cas. Surtout si on est une bande de « 2 ». A ce propos, lire l’excellent papier de fond de Félix Tréguer de LQDN sur le site de la Revues des droits de l’homme, avec des morceaux de Bluetouff dedans.
A méditer sur l’Etat de la liberté d’expression de ce pays, de sa vie politique et de la qualité de sa justice…

Dans quelle mesure le nouveau contrat social [connecté] est-il supportable (1) ?

mercredi 3 juin 2015 à 12:08

contrat-connecte

Est-il pertinent de comprendre la société, les forces qui s’y exercent, les mentalités qui s’y développent par le prisme des changements technologico-économiques ? Petite tentative.

Il n’est pas évident d’analyser de façon pertinente les changements radicaux en cours dans nos sociétés modernes. Simplement en l’espace de 10 ans, c’est une somme considérable de phénomènes qui se sont modifiés : modes de vie, de communications, d’échanges marchands, de fonctionnements professionnels : tout ou presque s’est transformé de manière drastique. Ces changements sont survenus majoritairement par le biais des technologies numériques. Cette évidence ne l’est pas obligatoirement pour les jeunes générations qui —immergées dans ces avancées technologiques depuis leur naissance ou presque — s’adaptent sans même s’en rendre compte. A quoi s’adaptent-ils en réalité ?

A de nouveaux types de contrat sociaux. Il y aurait donc un contrat social modifié, voire plusieurs ? Certains y verront une exagération, convaincus que l’immobilisme français tant dénoncé dans la sphère médiatique est une réalité objective, et que « rien ne bouge » au pays des 550 fromages, du stockage de déchets nucléaires massif, et des trains grandes vitesse dont le prix des billets au guichet est calculé sur le pouvoir d’achat de la « moyenne bourgeoisie ». Ils ont peut-être tort. Tentative de démonstration.

De l’ ORTF au minitel…

Comprendre le monde actuel est facilité si l’on remonte à une époque pas si lointaine et pourtant excessivement « archaïque », à certains niveaux, si l’on se rappelle de son fonctionnement. Avant l’émergence de la micro-informatique et de la télématique, et surtout d’Internet, il y avait une France très différente. Analogique. Très créative par certains aspects, mais très tranquille. Deux chaînes de télévision en noir et blanc, un ministère de l’information, de la censure d’Etat, une population coupée en strates sociales très distinctes, des « évidences sociales » acceptées par la une grande majorité. Le tableau des années 60 et 70 est  édifiant : la France est alors un pays industriel majeur, mais administré par l’Etat, qui fabrique ses élites, ses ouvriers et ses employés de bureau comme le boulanger fabrique des baguettes. Le prix de la baguette est d’ailleurs fixé par l’Etat, comme celui des produits agricoles. Le capitalisme est encadré par l’Etat. Ca protège, mais dans le même temps… c’est un peu figé.

micral

Ceci est le premier micro-ordinateur au monde, le Micral N. Il est français. Conçu en 1972 et lancé en 1973 par R2E pour l’INRIA , équipé d’un Intel 8008, le Micral fonctionnait sans écran et sans clavier. Entrées par switchs, sortie par voyants.

Les années 80 vont commencer à modifier la donne. Profondément. Les verrous étatiques sautent en partie, et des nouveautés technologiques modifient (un peu) les mentalités : prix libres, concurrence érigée en règle, arrivée de la micro-informatique personnelle, de la télématique… Mais rien ne change encore en profondeur. C’est une sorte de superposition de mondes : le vieux et le « un peu nouveau », l’un sur l’autre. Le contrat social français n’est d’ailleurs pas modifié, si ce n’est qu’il ploie sous un chômage devenu endémique et des citoyens vivant au dessus de leur moyens par le biais du crédit à la consommation.

90’s : La mondialisation s’officialise

Du traité de Maastricht qui officialise la perte de souveraineté française à la création de l’OMC, en passant par l’apparition des entreprises transnationales géantes et la dérégulation des flux financiers, cette décennie est importante. Elle pose les bases du « hight-tech-monde » qui suivra. Pour autant les années 90 ne sont toujours pas un moment de changement de société majeur. Le contrat social français est encore et toujours le même. Les principales bases du high-tech monde se situent à des niveaux qui échappent aux citoyens, le plus souvent par le biais de réglementations décidées dans des instances nationales, européennes ou même mondiales. Dérégulation (bancaire, financière), normes (à tous les niveaux), interdictions (le plus souvent sur les modes de vie), ouvertures (à la concurrence, à la libre circulation des marchandises, etc…). Internet s’ouvre au public, mais de façon marginale : c’est une toute petite part de la population qui s’y connecte.

Les joyeuses scènes de plateaux de télévision enfumés où de jeunes ou moins jeunes gens refont le monde, inventent des nouvelles façons de faire et penser le vivre ensemble, la « culture », sont de l’histoire ancienne. Contrôles techniques des véhicules, interdiction de fumer au travail, obligations de mise aux normes de toutes sortes : l’hygiénisme sécuritaire moderne se met en place dans les années 90. Doucement.

Les années 2000 : de Facebook… à l’Iphone

La société française est encore entre deux mondes lors du basculemet dans le XXIème siècle. Internet est toujours utilisé par une maigre partie de la population, les technologies DSL ne sont pas encore généralisées. Le réseau reste encore un « truc » sympa et pratique durant la moitié de la première décennie du XXIème siècle. Blogs, sites perso, de porno ou d’infos, chats, mails sont l’essentiel de l’utilisation des internautes français. Wikipedia est créée en 2001, Wikimedia en 2003. Le e-commerce a débuté, bien entendu, mais reste encore limité. Le web 2.0 tel qu’il est aujourd’hui défini n’en est qu’à ses balbutiements.

800px-Analog_Modem_56K

Tout va changer avec la généralisation massive du haut débit mais surtout les outils mobiles et les services d’échanges de masse, nommé bizarrement « réseaux sociaux » ou « économie collaborative ». Le smartphone (qui n’a rien de smart, mais permet surtout d’avoir un ordinateur miniaturisé qui inclut les capacité techniques d’un téléphone) est une pierre angulaire du nouveau contrat social connecté en cours. Allié à de nombreuses « modifications légales » poussées par les politiques. Le vivre ensemble est modifié dès 2005, la société ne sera plus jamais la même, et encore moins à partir de 2008. Cette fin de décennie, et celle qui débute ensuite, sont un concentré de changements radicaux profondément induits par les technologies numériques… et par les réponses des politiques à ces changements.

A suivre : contrat social connecté (2) : de la surveillance généralisée à la régulation étatique d’Internet

Etat français et Amesys : business as usual (bis repetita)

mardi 2 juin 2015 à 20:52

amesysNous le savons depuis des #lustre(s) chez Reflets, mais cela ne manque jamais de nous interpeler. Vous avez une procédure devant le pôle du tribunal de Paris spécialisé sur les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre et la torture qui vise la société Amesys pour son rôle dans la vente d’un système d’écoute massif en Libye. Et que croyez-vous que fait l’Etat Français ? Il continue de commercer avec Amesys et sa galaxie de sociétés, comme si de rien n’était. Il le fait même savoir. La lecture de cet article nous a mené assez naturellement sur le BOAMP. Où l’on trouve parmi les sociétés à qui ont été attribué des lots pour des systèmes de forensic, la société Elexo (en savoir plus sur Elexo). La fameuse société Elexo qui achète et revend toutes sortes de matériel pour le compte d’Amesys…

elexo-doampCe n’est pas aussi cher qu’un GLINT pour la Libye, qui coute au bas mot quelques millions et un Bull, mais 4,351 millions d’euros, ce n’est pas mal…

elexo

Dans un élan de transparence, le ministère de la défense marocain menace de poursuites les journalistes et les associations de défense des droits de l’Homme évoquant le projet PopCorn d’Amesys

mardi 2 juin 2015 à 15:01

amesysPopCorn, c’est le nom d’un projet Eagle, au Maroc. Il n’est pas dans notre habitude de publier des preuves de sujets que nous avançons, tout particulièrement quand ces preuves font l’objet d’examen dans une procédure en cours.

L’existence du projet PopCorn ne fait aucun doute, nous travaillons sur ce sujet depuis le 2 février 2011, plus de quatre années durant lesquelles nous avons accumulé des preuves que nous tenons bien évidemment à la disposition de la justice… justice qui s’est pour le moment montrée plus intéressée par notre Google KungFu que par les contractants, les intermédiaires et les appuis de l’exécutif français pour revendre des armes électroniques et des outils de surveillance de masse à des états dont les droits de l’Homme n’ont jamais été une préoccupation du quotidien (Libye, Qatar, Syrie, Gabon, Maroc, on en passe…).

Interrogé par nos confrères de Telquel.ma, Jean-Marc Manach qui a beaucoup travaillé sur ces contrats, émet des doutes sur l’effectivité du projet Popcorn. Plus précisément, il déclare ne pas savoir si ce dernier est aujourd’hui actif. Même si nous n’avons pas de photos des salles hébergeant l’Eagle marocain, il y a quand même un faisceau de présomptions du côté français qui le laissent entendre. Amesys a bien envoyé des ingénieurs au Maroc, pas des technico-commerciaux, des ingénieurs dont la spécialité n’est pas la signature de contrat mais le tuning du livrable lui-même ou la transmission de connaissances (post phase de mise en production). Par ailleurs, une commande de deux millions de dollars en disques durs dans le cadre du projet PopCorn, pour ne pas les utiliser, laisse rêveur. Le Citizen Lab et Slate ont mis en évidence l’utilisation dans ce pays d’ outils de Hacking Team, à destination des gouvernements, des outils qui ont servi à espionner des journalistes et des militants des Droits de l’Homme, notamment ceux de l’association Mamfakinch.

De son côté, Amesys, visée par une enquête préliminaire en France s’est empressée de délocaliser son activité à Dubai. Nouvelle plaquette commerciale (en fait la même avec des couleurs et des noms différents), nouveau nom (Advanced Middle East SYStem … oui ça fait Amesys), des dirigeants qui restent les mêmes (les papas d’Eagle), tout a été fait pour assurer une continuité des services et honorer les contrats dont il est démontré pour certains qu’ils ont été appuyés par l’exécutif français. Et quand on se penche sur certaines personnes peu fréquentables, on imagine mal que ceci ait pu se passer autrement qu’en toute connaissance de cause de la part des autorités françaises.

De là à penser que la « fuite » des activités de surveillance de masse a été pensée et organisée par l’exécutif français, il n’y a pas loin. Pourquoi organiser la fuite d’une activité rentable ? Parce qu’elle est illégale et qu’il n’est pas à exclure qu’il y ait des prises d’intérêts tout aussi illégales dans la négociation de ces contrats d’état à état dont la France niait l’existence il y a encore peu, tout en envoyant ses hauts fonctionnaires les négocier et ses agents coopérer à leur installation et leur mise en service. Chaque mois qui passe dans l’interminable enquête visant Amesys permet à l’entreprise de faire disparaitre tout élément à charge en délocalisant ses activités à Dubaï. Et à l’Etat français, d’inscrire dans son propre droit des techniques d’interception de masse grâce à une loi sur le renseignement qui donne ses lettres de noblesse à des pratiques illégales a-légales, à l’encontre de sa propre population.

Autrement dit, regardez, nous aussi on le fait, on est le pays des Droits de l’Homme, vous voyez bien que c’est « 100% Droits de l’Homme compliant® », un superbe argument commercial tout neuf, en cours de validation par le Parlement… que demande l’exécutif ? Et chaque jour qui passe est un jour qui lave le sombre passé d’Amesys un peu plus blanc que blanc…

Il n’est donc pas surprenant que malgré les éléments que nous avons publié sur Reflets, le ministère de l’intérieur marocain exerce des pressions sur des militants des Droits de l’Homme et des journalistes de son pays, comme il n’est pas plus étonnant que nous voyions dans les commentaires de nos articles des personnes hurler que nos documents sont des faux. Reflets est réputé pour ses talents multimédia, la falsification de documents audios et de documents vidéo.

Plus sérieusement, ces documents qui évoquent 18 châssis de Blade center IBM et une somme de 2 millions de dollars uniquement en disques durs, on peut en penser ce que l’on en veut… D’ailleurs en France, Amesys appelle ça un stylo, le Quai d’Orsay appelle ça du « Matériel grand public« , un matériel grand public dont la seule divulgation conduit déjà à l’auto censure au Maroc.

… Le Maroc, cet ami d’une France irréprochable hein ?