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Enterrer la poubelle nucléaire

lundi 20 juillet 2015 à 17:00

DSC00038Les petites manips du gros lobby nucléaire ont la vie dure. Dans la loi Macron (« croissance, activité et égalité des chances économiques »), adoptée à coup de 49-3 le 10 juillet, un amendement de dernière minute a été adopté. Porté par le sénateur de Lorraine Gérard Longuet, qu’on ne présente plus, et finalement accepté par le gouvernement, cet amendement donne le feu vert législatif qui manquait au projet d’enfouissement des déchets nucléaires les plus nocifs que les pouvoirs publics cherchent à imposer dans la petite commune de Bure, dans la Meuse.

L’amendement Longuet, devenu l’article 201 de la loi Macron, est censé transformer l’actuel « laboratoire » de Bure, géré par l’Andra (l’Agence nationale de gestion des déchets radioactifs), en centre de stockage opérationnel qui devrait donc accueillir, dans des galeries souterraines à 500 m de profondeur, des colis de déchets à haute activité et à vie longue (HAVL). Ce sont les résidus les plus radiotoxiques que l’industrie nucléaire recrache continuellement de ses centrales (les barres d’uranium usées), comme ceux issus du retraitement de l’usine de la Hague ou du nucléaire militaire.

Le lobby de l’atome ne pouvait plus attendre. Une loi de 2006 donnait en effet 10 ans à la filière (EDF et Areva en tête) pour trouver une « solution durable » (sic) à la question de ces déchets les plus pourris. La transformation du labo de Bure (appelé Cigéo pour « centre industriel de stockage géologique) en poubelle radioactive devait donc absolument être réglé avant l’an prochain, et le calendrier parlementaire ne le permettait pas. L’amendement Longuet met l’accent sur la question de la « réversibilité » de ce « stockage en couche géologique profonde ». Histoire de rassurer le bon peuple qui pourrait s’inquiéter de voir ces tonnes de poison enterrées ad vitam eternam. L’objectif de ce coup de force parlementaire est de lancer une « phase pilote » pour l’enfouissement des déchets, « sans demander l’avis des parlementaires comme prévu initialement », accusent les associations regroupées au sein de la coordination Bure Stop. Car la loi précédente exigeait, justement, qu’une autre loi en bonne et due forme soit discutée sur cet aspect crucial. Ce tout de passe-passe permet à l’Andra de se lancer dans une « phase pilote » sans débat, et ce n’est qu’au bout de cette phase que le stockage en sous-sol devrait être validé par la loi. Paroles, paroles… Qui peut croire qu’après des milliards d’investissement le seul site disponible en France pour servir de poubelle radioactive soit un jour abandonné?

Le minable amendement Longuet — un bien beau « cavalier », comme on dit en jargon politicard – sera peut-être censuré par le Conseil constitutionnel, saisi par les députés LR le 15 juillet. Mais rien n’est moins sûr: leur saisine n’évoque pas une seconde cet aspect de la loi Macron. Et les écolos, qui sont sorti de leur léthargie pour l’occasion, n’ont pas signé la saisine et se sont contenté d’une « lettre ouverte » pour afficher leur courroux à Valls et Macron. Le ministre de l’économie a prouvé son sens inné de la couardise, puisque devant les parlementaires, le 10 juin, il s’est prononcé contre l’amendement Longuet, car cette question « sensible », disait-il, méritait un « temps de débat approprié » afin de pouvoir « cerner tous les enjeux ». Dommage, cette fois ci c’était filmé.

En vérité, ce passage en force se prépare depuis belle lurette. Bure Stop a suivi à la trace (cf document PDF) les tentatives parlementaires des élus du coin (Meuse et Haute-Marne), PS et UMP confondus, pour faire passer la pilule de l’enfouissement. Depuis décembre 2013, pas moins de 12 amendements, tous identiques à quelques détails près, ont été déposé en séance, d’abord lors des débats de la loi Royal sur la transition énergétique, et ensuite, dès novembre 2014, dans la loi Macron. A chaque fois, le gouvernement a botté en touche en laissant croire que la pureté du « débat démocratique » devait passer avant les intérêts économiques.

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Tout semble pourtant écrit sur une partition bien rodée de l’acceptabilité sociale. Dès le milieu des années 90, la question du stockage en sous-sol des déchets HAVL avait été réglée par une série de manips sournoises mais infaillibles. Il était d’abord prévu dans la loi de trouver 3 sites en France dont le sous-sol géologique aurait pu un jour servir de cimetière nucléaire. Hasard? Ce fut au gouvernement socialo-verts de Jospin de dénicher ces coins de la France profonde. Finalement, en 1999, seul le village de Bure se voyait attribué l’insigne honneur d’accueillir un « laboratoire » de l’Andra. Les deux autres sites ne seront finalement jamais désignés.

La manip consiste aussi et surtout à parler alors de « laboratoire scientifique », de convoquer la science et la recherche, plutôt que de parler de stockage. Tout le discours de l’Andra, depuis 15 ans, joue sur ce flou juridique. Comme l’explique le documentaire autoproduit « Poubelle la vie », réalisé par un collectif d’opposants éclairés (voir plus bas), avant même que le décret sur la création de ce labo ne soit signé en 1999, l’argent public commençait déjà à pleuvoir sur les deux départements impactés : 5 MF par an et par territoire. Le décret signé – par une certaine Dominique Voynet –, la manne passait à 10 MF par an et après 2002 elle était multiplié par 13: 20 millions d’euros par an. Nous en sommes aujourd’hui à 30 M€ par an (toujours pour chacun des 2 départements), et avant même que la loi Macron ne passe, les élus négociaient une rallonge pour passer à 40 M€ par an. Cette manne alimente un Groupement d’intérêt public (GIP) qui arrose à tout va, collectivités, entreprises ou même particuliers, pour tout et n’importe quoi. Pourquoi se gêner?

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La Meuse est une région sinistrée démographiquement et économiquement. A Bure la densité de population est d’environ 6 habitants au km2, et la préfecture, Bar-le-Duc, ne compte que 15000 habitants [et non 55000 comme écrit par erreur] – plutôt pratique pour limiter la présence de hordes de résistants antinucléaires. Depuis que l’Andra est présent dans la zone, tout a été fait pour habituer les populations à la présence presque naturelle de l’industrie nucléaire. EDF et Areva y ont érigé leurs archives dans deux bâtiments à l’architecture épurée pour mieux faire partie du paysage. Le CEA y a ouvert un centre de recherche pour fabriquer du biocarburant à partir de cellulose de bois – histoire de trouver un débouché écolo aux forêts de la région qui sont déjà dévastées par un chantier qui n’est dont officiellement pas encore lancé! EDF a également implanté non loin du labo un centre de maintenance pour pièces de centrales nucléaires. Et Areva a investi la ville de Void-Vacon pour en faire une plateforme ferroviaire géante pour ses convois de déchets nucléaires. Sans parler des filières universitaires qui se sont créé à Bar-de-Duc et à Saint-Dizier (Haute Marne) dédiées aux « métiers du nucléaire ». En pour enrober le tout de verdure symbolique, la région se recouvre de panneaux solaires et d’éoliennes géantes.

burestop_cvTout est fait pour investir les lieux – et les esprits – de l’irrésistible présence de l’industrie de l’atome. Tout ça pour qu’un jour, le « débat démocratique » décide que, finalement, la poubelle de Bure ne soit jamais construite?

Derrière toute cette mascarade, les rares opposants encore en activité se sentent à nouveau méprisés suite au coup de force de la loi Macron. Qu’à cela ne tienne. Du 1er au 10 août, un campement autogéré s’organise non loin du laboratoire pour évoquer ces questions, et bien d’autres. A quelques mois de la grande conférence climatique, la COP 21, qui aura lieu cette année en France (au Bourget, début décembre 2015), le lobby nucléaire ne manquera pas de se « vendre » à nouveau comme une énergie « propre » sous prétexte qu’elle ne participe pas autant que les énergies fossiles au réchauffement climatique. Ce n’est pas une raison pour s’en contenter.

PS – Pour en savoir plus: la dernière brochure de Bure Stop parue fin 2014.

Photos: rassemblement devant le labo de l’Andra, 7 juin 2015.

poubelle la vie from andra dégage on Vimeo.

Un film de Bure AutoMedia sur la lutte contre l’enfouissement des déchets nucléaire, l’avenir et les enjeux du monstre projet CIGEO imposé par les technocrates psychopathes de L’ANDRA et EDF.
C’est aussi un constat d’urgence, un appel à mobilisation & à renforcer cette lutte de résistance internationale et inévitablement décisive pour les générations a venir.

Pour plus d’information:
vmc@riseup.net
http://vmc.camp/
http://nocigeo.noblogs.org/
https://antitht.noblogs.org/
burestop.free.fr

Journal britannique cherche « anecdotes croustillantes » sur Daesh

jeudi 16 juillet 2015 à 17:48
UK« Pouvez vous m’écrire un article sur la montée de l’Etat Islamique avec des anecdotes de personnes vivant sous leur coupe, les techniques de tortures qu’ils utilisent, des anecdotes de personnes qui ont eu leur main coupée, qui ont été violées, qui ont eu leur maison brûlée ou un proche décapité.« 

C’est le mail incroyable reçu par un confrère de la part d’un journal anglais alors qu’il était en reportage en Libye. Oui, Daesh est présent dans le pays, notamment dans la région de Syrte ; oui il y a eu des exécutions filmées. Nul doute que des personnes souffrent de cette organisation terroriste. Mais là c’est le niveau zéro du journalisme à sensation. Quand il lui a répondu que formulé comme ça, le sujet n’allait pas être possible, il a répondu : « Mais il y a bien Daesh en Libye… » Fin de l’échange. Il aurait rêvé de pouvoir lui écrire le seul mot qui conviennent : « FUCK ! »

When Hacking Team thought The Intercept published « conjectures »

jeudi 16 juillet 2015 à 17:30

TI_Launch_02-article-headerTime is on our side… It is always interesting to look at what the marketing bullshit generator has generated in the past when a leak appears. On Oct. 30 of 2014, The Intercept published a story about Hacking Team. Hacking Team was not very happy and as always, would generate the same kind of marketing bullshit : « we don’t disclose who we sell to, but we have a strong customer policy and we can shut down any customer who would misuse our tools ».

The Intercept stated that Hacking Team had probably sold the Remote control System to Ethiopia, Kazakhstan, Saudi Arabia, Mexico or Oman, countries which may have a very personal view of what Human Rights respect should be.

Hacking Team sent a letter to The Intercept which was published by the newspaper at that time. Even if the infamous Eric Rabe thought The Intercept would not dare publishing the corporate « truth » .

Capture d’écran 2015-07-16 à 16.40.42

This letter is now part of the 400 Go leak in a mail sent by David Vincenzetti (HT’s CEO) to other members of the team.

Some parts of this letter look « funny » today :

Despite the headline, the “secret manuals” do not show that anything at all was “sold to despots” worldwide or elsewhere.  That remains the conjecture of the authors.

Let’s have a look at the Intercepts’ conjectures.

Ethiopia, Kazakhstan, Saudi Arabia, Mexico or Oman are all listed as clients :

clients-hacking-team

Ethiopia is listed here as a client :

ethiopiaYou can read here (in french) our two papers about Ethiopia and the Citizen Lab report. These two papers will also enlighten the readers about how Hacking Team used to « shut down » clients who would use the tools against political opponents or journalists.

There is a huge difference between the corporate marketing speech and the reality. This we already knew… We just needed time to prove it.

Terres de Gandhaäl (8) – Livre 1 : « Fondations »

jeudi 16 juillet 2015 à 13:07

La salle en forme de croix, aux imposantes dalles de pierres constellées de reflets gris-bleutés était une merveille d’architecture et de décoration. Des guirlandes de lierre chargées de fleurs aux pétales coniques d’un blanc virginal s’entrecroisaient au plafond, toile végétale arachnéenne surplombant la foule bavarde et joyeuse. Appuyés contre les murs, ou bien aux détours d’une colonne de marbre bleu, des statues de quartz grandeur nature aux corps d’animaux forestiers et aux visages humains semblaient contempler les convives, un sourire malicieux aux coins des lèvres. Chaque branche de la croix que formait la pièce était occupée par des amuseurs aux costumes bariolés; jongleurs, mimes, équilibristes, acrobates et même un cracheur de feu, effectuant mille prouesses au rythme de la musique entraînante que jouaient une troupe de sept musiciens placée au centre de la salle.

Une centaine de personnes, hommes, femmes, enfants, dansaient, mangeaient, buvaient, riaient dans une joyeuse anarchie. De grandes tables de bois avaient été disposées un peu partout contre les murs, chargées de fruits, de carafes de vins aux couleurs chatoyantes, de mets aux senteurs épicées. Méliades et Sylphide s’empressaient de servir chaque convive qui en faisait la demande, glissant d’une table à une autre dans une danse légère et gracieuse. Les deux guerriers, à peine arrivés et pénétrés par l’ambiance festive du lieu furent immédiatement interpellés par les membres composant l’assemblée, chacun voulant savoir d’où ils venaient, ce qu’ils venaient faire à trois sources, ce qu’il se passait ailleurs…
Doldiën paraissait amusé de la situation embarrassante dans laquelle se trouvait les deux hommes; il s’était écarté et parlait avec quelqu’un dont seule l’ombre était visible, dissimulé par un pilier ornemental. Mortesse couvrait par instants la musique de son rire imposant lorsqu’une question innocente ou naïve lui était adressée. Mais le navigateur tout en répondant et blaguant ne pouvait s’empêcher de suivre du regard la silhouette élancée de Méliades. Ses yeux étaient brillants, une flamme de désir incontrôlable embrasait son corps et son âme. La jeune femme lui avait souri alors qu’elle servait du vin au petit cercle de personnes les entourant, et le grand gaillard avait été troublé au point qu’il n’avait pu continuer de parler, bafouillant une réponse incompréhensible à l’auditoire pendu à ses lèvres.

Seghuenor, lui, paraissait songeur. Quelque chose d’imperceptible le déroutait, il y avait en lui des sensation diffuses qu’il ne pouvait chasser. Une impression d’irréel s’était inscrite dans son esprit et son regard n’était pas celui qu’il pouvait avoir en temps normal. La fête était pour lui comme un songe, une illusion dans laquelle il aurait été plongé et qui pourrait disparaître à tout moment. Bien que s’évertuant à faire l’effort de s’intéresser à la fête, le guerrier ne parvenait pas à se détacher de ce sentiment étrange et perturbant. Les vêtements des convives l’avaient surpris de prime abord par leurs couleurs vives, presque criardes. Les tissus n’étaient pas de ceux qu’il connaissait, les chevelures des femmes étaient brillantes et scintillaient sous les rayons colorés des cascades de lumière filtrées par la toile de lierre, et le seigneur de Shaleenmar se sentait peu à peu envahi par un malaise fait d’incompréhension et d’inquiétude. Il se décida à quitter le petit groupe avec lequel il conversait et chercha Jalïn Doldiën du regard. Le maître de trois sources conversait toujours avec l’ombre dissimulée derrière le pilier.

Seghuenor s’avança d’un pas décidé, contourna son hôte et resta pétrifié à la vue de son interlocuteur. Un chat ! Ce fut la dernière image qu’il garda de la scène. un chat se tenant comme l’aurait fait un homme, vêtu de pantalons, une fine épée à la ceinture et parlant nonchalamment au maître de trois sources. La fête se dissipait peu à peu comme un tableau dont la peinture se serait liquéfiée sous l’effet d’une main maniant l’éponge. Les clameurs s’estompèrent. Une brume grise envahit l’espace, et Seghuenor sentit tout son corps changer de consistance, puis la fatigue survint comme après un effort intense. Le seigneur de Shaleenmär perdit connaissance en quelques secondes, luttant en vain contre une force inconnue.

* *
*

La voix était une litanie monocorde. Elle revenait avec une insistance péremptoire, secouait la conscience de Seghuenor et finit par l’amener à ouvrir les yeux, puis à reprendre totalement ses esprits.

— Tu te réveilles, tu es rentré chez toi, tu te réveilles, tu es rentré chez toi, doucement, tu te réveilles, tu es rentré chez toi…
Ses yeux s’entrouvirent, ses narines frémirent, il se redressa, et dévisagea l’homme dont la voix l’avait sorti de l’inconscience. La peau noire, les cheveux ras et crépus, cette machoire large et ce sourire si familier : Dinän! Son ami d’enfance, grand voyageur, conseiller secret. Le sage Dinän, l’érudit le plus célèbre de la cité des mille marchés ! Cela ne pouvait signifier qu’une seule chose : il était de retour à Shaleenmär !

Hacking Team : tenter de voir plus loin

mercredi 15 juillet 2015 à 17:15

Hacking TeamDifficile de s’extraire des petites histoires contenues dans les plus de 400 Go de données extraites de Hacking Team. Les anecdotes sont tellement multiples et parlantes, les listes de clients tellement intéressantes, que tous les journalistes qui creusent ce sujet s’empressent de les raconter. C’est édifiant. Mais peut-être devons nous prendre un temps pour essayer de tirer des enseignements de l’ensemble, tenter, si cela est possible de faire un peu de prospective en ajoutant les précédents comme Amesys ou Qosmos, largement traités dans nos colonnes.

Les entreprises du secteur de la surveillance électronique sont toutes en relation. Elles prospectent en s’aidant mutuellement, pourvu qu’il y ait un contrat juteux à la clef. Peu importe le pays, sa conception des Droits de l’Homme, rares sont ceux qui ne sont pas prospectés à un moment ou un autre. On trouve aussi des alliances étranges sur un plan géopolitique, comme une entreprise israélienne qui part à la chasse au client avec Hacking Team au Kazakhstan. Les exemples en ce sens sont nombreux. Les entreprises sont internationales, ne connaissent visiblement ni frontières, ni ne tiennent compte de géopolitique.

Autre sujet intéressant, peu importent les législations, les sociétés du secteur s’adaptent. Elles consultent des juristes et font en sorte de ne pas se mettre dans une situation trop délicate. L’accord de Wassenaar prend en compte des produits vendus par Hacking Team ? Pas de souci, on demande à des juristes de plancher, on publie un communiqué de presse disant que l’on s’y conforme. S’il y a un petit problème sur un pays, on essaye de l’aplanir pour ne pas perdre le contrat.

Attention aux pédo-nazis

Qosmos, Amesys ou Hacking Team ont aussi leur générateur de discours marketing et de discours pour les relations avec la presse. En gros, le monde doit savoir que nous vivons dans un environnement très angoissant, truffé de terroristes, de malfrats en tous genre, de mafias dangereuses. Ces entreprises sont là pour nous protéger. Elles ne vendent qu’à des agences gouvernementales qui ont pour vocation de protéger le public. Si un journaliste ou un activiste tente de pointer du doigt les opposants d’un régime ciblés par les outils en question, on se tient au discours officiel en ajoutant que tout cela est secret, pour ne pas compromettre les enquêtes en cours. Amesys avait déjà tenté le coup avec l’affaire du stylo permettant de lutter contre les pédophiles et les terroristes. Rien de neuf sur ce plan chez Hacking Team. C’est une sorte de continuité. Hacking Team a peut-être appris de ses échanges variés avec Amesys, puis Nexa Tech, Bull, Advanced Middle East Systems ou Qosmos  qui ressortent dans les 400 Go ?

Tous pour un et … Tous contre tous

Bien entendu, on chasse en meute, comme on dit chez les commerciaux. Mais on essaye aussi de se tailler des croupières. Dans cet aspect des choses, on découvre que le nationalisme mis en avant par ces entreprises n’est pas toujours aussi bien respecté que ce que l’on pouvait attendre. Et cela a des répercussions pour chaque pays.

Prenons un exemple. Imaginons une société qui vend des zero-days et qui, bien entendu fournit à l’Etat duquel elle est originaire ce genre de prestations. Elle se met à en vendre à Hacking Team. Hacking Team vend à d’autres Etats, pas forcément amis avec le premier. Qu’advient-il ? Le premier finit probablement par se faire pirater avec des outils qui ont ainsi circulé. Ce sujet de la migration fantôme de ces outils a déjà été abordé sur Reflets. Il trouve dans ces 400 Go sa confirmation.

Les échanges de mails au sein de Hacking Team démontrent par ailleurs que l’entreprise n’hésite pas à chasser des anciens salariés de Vupen, vendeur de vecteurs d’attaque numériques. Pourtant, les deux entreprises ont eu des relations commerciales auparavant. Elle évoque même la possibilité de racheter Vupen lorsque celle-ci est à vendre. On parle de 10 à 15 millions d’euros. Business is business.

Externaliser ?

L’externalisation d’activités plus ou moins militaires, en tout cas ayant trait au renseignement, pose souci. C’était le sujet d’une conférence de Pas Sages en Seine, avant la divulgation des 400 Go de Hacking Team. Ces activités relèvent d’une sujet régalien. Les Etats ont toujours pratiqué l’espionnage et les activités plutôt en dehors du cadre légal. Cela doit il, sous couvert de rationalisation financière ou de savoir-faire prétendument unique, être délégué à des entreprises commerciales privées ? Ne serait-il pas plus prudent de conserver ces activités de création d’armes numériques au sein d’entités gouvernementales, qui elles, auraient éventuellement à rendre des comptes si elles étaient découvertes en train de violer la loi ? Jusqu’ici, Amesys et Qosmos s’en tirent bien sur ce plan. L’Etat français aussi, alors qu’il a soutenu leurs activités. Des accords commerciaux gagnant-gagnant en somme.

Le cantonnement de ces activités à des services de l’Etat réduirait également probablement l’exportation de ces armes vers des pays fâchés avec les Droits de l’Homme.

On peut rêver. Non ?