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Radio-France : garde à vous ?

mercredi 7 octobre 2015 à 10:38

Radio-FrancePeut-être ne faut-il y voir aucun lien de cause à effet, mais la demande très étrange de la DRH de Radio France intervient peu après la nomination du nouveau responsable de ce service. Le 1er septembre, Mathieu Gallet a nommé Jean-Claude Luciani directeur délégué à la Stratégie sociale et aux Ressources humaines, membre du comité exécutif. Le parcours de ce monsieur est très intéressant.

« Jean-Claude Luciani, 57 ans, était, jusque-là, conseiller social au cabinet d’Emmanuel Macron, au ministère de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique. »

On pourrait donc imaginer qu’un conseiller social a la fibre…. sociale. Ceci dit, vue la fibre sociale d’Emmanuel Macron, le doute est permis.

Par ailleurs, Jean-Claude Luciani a une carrière « militaire » assez conséquente.

« Jean-Claude Luciani a débuté sa carrière en 1982 en tant qu’Officier de l’Armement à la Direction des Constructions Navales (DCN). Il intègre la Délégation Générale de l’Armement (DGA) en 1993 comme chef du bureau des Etudes économiques et du Commerce extérieur d’armement. « 

Après « Vos papiers ! », « garde à vous ? »

Alerte : Daesh et les migrants pourraient envahir Radio France

mardi 6 octobre 2015 à 17:27

Abu-Bakr-al-Baghdadiv2Mais que se passe-t-il à Radio-France ? En fin de semaine dernière, plusieurs personnes reçoivent un coup de fil gêné de la part de membres de la DRH. Il faudrait qu’ils envoient une photocopie de leur carte d’identité. Plusieurs personnes contactées sont d’autant plus intriguées qu’elles ont déjà fourni leur carte d’identité il y a très longtemps. A force de discuter dans les couloirs de la maison ronde, les concernés se rendent compte que le seul point commun est leur nom de famille. Ces noms sont d’origine africaine ou nord-africaine. Certains sont français, travaillent à Radio France depuis 30 ans, d’autres sont nés à l’étranger mais sont devenus français. Les explications, quand la maison ronde veut bien en donner, sont variées. Une société extérieure va s’occuper d’un truc et a besoin des cartes d’identités. C’est nécessaire pour une mise à jour du système de paye… Plus exotique, « avec Daesh et les migrants, tout ce qui se passe en ce moment… ». Où l’on comprend que les réfugiés ne viennent pas profiter de nos royales allocations et autres protections sociales, mais plutôt pour devenir, qui journaliste, qui présentateur, qui monteur… Quant à Daesh, on se doutait bien qu’ils avaient besoin d’un média puissant comme Radio-France pour diffuser leur message mortifère.

Loi sur le renseignement : le storytelling et les faits

mardi 6 octobre 2015 à 17:07

nsa-obama-hollandeÇa  allait être super, cette Loi sur le renseignement. Que du bon. Enfin, on allait encadrer des pratiques a-légales. Enfin, on allait surveiller les surveillants avec une commission ad-hoc, bien dotée. Enfin, on allait prendre en compte la nécessaire protection de la vie privée. Jean-Jacques Urvoas nous l’avait promis. Manuel Valls, Bernard Cazeneuve aussi. Tous à l’unisson. Au Parlement, nos représentants votaient quasiment à l’unanimité ces nouvelles mesures. Et l’on pouvait désormais crier en coeur : « L’écoute massive, c’est la protection de la vie privée« . Si, si.

Dans le même temps, le gouvernement, pour une fois extrêmement bon communiquant, bâtissait un autre storytelling qui allait prospérer au delà de toutes les espérances dans la presse : il y aura des « boites noires » et « un algorithme ». Et pourtant… De boites noires, il n’y en aura pas. Pas de celles vaguement décrites par le gouvernement. Quant à « l’algorithme », il sera multiple. Lourdement multiple.

Que reste-t-il aujourd’hui de cette loi dans les faits ? Pas grand chose. Ce n’est pas une surprise, mais cela vaut le coup de prendre quelques minutes pour observer.

La CNCTR, tout d’abord, qui a été prévue pour surveiller les surveillants.

Un homme des services pour les surveiller

Son président Francis Delon était à la tête du secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale. C’est dire sa proximité avec les services de renseignement. Qui mieux que lui pour surveiller les services ? Il est heureux que le gouvernement ait choisi un homme du sérail plutôt qu’une personnalité reconnue pour son engagement dans le domaine de la protection de la vie privée, du droit à la confidentialité des échanges, des Droits de l’Homme… Cela aurait pu entraver le bon déroulement des opérations à venir. Francis Delon était secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale jusqu’en 2014. C’est bien pratique parce qu’à ce titre il a pu tisser des liens avec des hommes encore à la tête des services.

« Mon parcours professionnel offre toutes les garanties au regard des exigences d’indépendance et des règles de déontologie fixées
par la loi pour l’exercice des fonctions de président de la CNCTR. Je connais les services de renseignement pour m’être notamment
servi de leurs analyses dans les fonctions de secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale que j’ai occupées jusqu’en 2014, avant de regagner le Conseil d’Etat. Connaissance ne signifie cependant ni connivence ni complaisance« , a précisé Francis Delon dans ses réponses aux questions des parlementaires. On est priés de le croire sur parole pour ce qui est de la complaisance et de la connivence.

Comme le savent les lecteurs de Reflets depuis 2011, la France, ses gouvernements de droite comme de gauche, ses entreprises, ont joué un rôle très important dans la mise sur écoute de populations de pays entiers. Pour la très grande majorité, il s’agissait de dictatures pures et dures ou d’Etats policiers. Dans la mise en place de cette infrastructure et dans cette stratégie commerciale consistant à vendre à des gens peu recommandables, plusieurs entreprises ont joué un rôle. C’est le cas d’Amesys, de Qosmos, bien entendu, mais aussi une société moins connue : Sofrercom. Qui de plus évident qu’un dirigeant de Sofrecom pour tenir le rôle de personnalité qualifiée au sein de la CNCTR ? Patrick Puges, pourra observer de près « l’algorithme » ou « les boites noires » qu’il doit par ailleurs déjà bien connaître puisque Sofrecom les a mis en place en Syrie ou en Éthiopie.

Tout cela contribuera, on s’en doute à la bonne protection de la vie privée des Français sous le règne de la Loi sur le Renseignement. Sans « connivence ni complaisance« , on vous dit.

De la cryptographie pour votre protection, ou pas…

Après le bâton (la Loi sur le Renseignement), la (supposée) carotte. Pour vous montrer que l’on prend en compte les problématiques de surveillance, les dangers d’intrusion dans votre vie privée, on imagine une autre forme de storytelling. Celui-là n’est pas mal du tout. Il permet de ne pas laisser penser que l’on est insensible à la problématique posée par les révélations Snowden et de faire croire que l’on est favorable au chiffrement des échanges. Le gouvernement annonce donc que les gros fournisseurs d’accès à Internet vont devoir chiffrer les mails qui transitent par leurs serveurs. Si le geek verra immédiatement que le type de chiffrement est inefficace pour protéger ses échanges des yeux et des oreilles des services de renseignement, madame Michu, son mari, sa fille et son fils se disent que finalement, cet Etat est en faveur de la protection des correspondances privées. Mieux, il donne le ton et demande aux FAI de s’investir dans ce sens.

Chez Reflets, on aimerait bien connaître le nom de l’agence de com’ qui est derrière ce projet, parce qu’il est assez efficace, finalement. Le gouvernement fait nommer des responsables de la CNCTR qui sont tellement caricaturaux que l’on pourrait s’attendre à une levée de boucliers et pourtant… rien, le silence assourdissant nous étourdit. Il vote une série de lois liberticides à un point jamais atteint, y compris par la droite, et … Rien. Diablement efficace.

La société française est-elle un grand parc d’attraction ?

lundi 5 octobre 2015 à 16:05

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Une forme de dérive médiatico-politique faite de polémiques absconses, de petites phrases, de scandales de personnes, de lynchages ou de mise en avant de personnalités et d’opinions souvent binaires est devenue prégnante en cette rentrée 2015. Des affirmations délirantes de Nadine Morano aux tribunes dichotomiques de Michel Onfray — en passant par les commentaires sur sondages les plus absurdes — la société semble rythmée par des « histoires » de cour de récréation, poussant à l’indignation ou au soutien. Comme si le monde qui nous entourait se réduisait à un grand parc d’attraction. Parfaitement bien huilé pour que les spectateurs en aient pour leur argent ?

Imaginons la France en parc d’attraction. Les gérants du parc seraient les politiques, et les intermittents du spectacle, les journalistes, intellectuels, chefs d’entreprises et autres personnalités médiatiques et économiques de poids. Les citoyens — n’ayant pas accès aux grands médias — seraient donc le public. La gérance serait tournante, avec vote du public pour renouveler ou non ceux qui gèrent le parc.

Que peut-on faire pour occuper le public, le distraire ? Puisque l’objectif d’un parc d’attraction est… la distraction, il faut bien occuper les esprits. Le principe est toujours le même : amuser, ou faire peur (le frisson),  pour au final, délasser, mais surtout pousser par ce biais à la consommation de produits dérivés, car les entrées pour les spectacles, animations seules ne suffisent pas à financer le parc.

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Pour y parvenir, avec un parc qui accueille un public de plus de 60 millions d’individus, l’outil le plus efficace, le moins cher, reste l’écran de télévision (un peu couplé aux récepteurs radio et à quelques bribes d’Internet). Les scènes de spectacle vivant sont trop onéreuses, tout comme les lieux de rencontres populaires, qui peuvent créer des espaces de remise en cause de la qualité du parc d’attraction — et par ricochet de ses gérants et animateurs. Laisser ces lieux à l’abandon, les financer de moins en moins, tenter de faire qu’ils ferment est donc un objectif important pour les gérants. Une fois ces éléments mis en place, reste la problématique du renouvellement des spectacles, de la captation d’attention du public, qui bien que très captif (partir de ce parc d’attraction pour un autre, reste possible, mais est onéreux et demande un certain nombre de critères qu’une faible fraction de la population réunit) peut mettre en cause les gérants, voire les intermittents.

Gouverner, c’est occuper (la foule)

Le parc d’attraction France est un vieux parc, avec de vieux gérants qui n’ont pas beaucoup d’idées neuves pour changer la programmation, les acteurs, les spectacles, ou même seulement prendre en compte la demande du public. C’est un problème, et le public n’est pas très content. Les spectacles récurents agacent ce public, qui aimerait bien aussi, pourquoi pas, parfois participer. Ou bien ne pas regarder un spectacle qu’il trouve affligeant, mais tellement conditionné à le faire, qu’il ne peut s’empêcher de le faire, tout en regrettant de se trouver comme… forcé de le faire. Il faut bien s’occuper, semble-t-il. Et quand on vit dans un grand parc d’attraction, que faire d’autre que regarder les spectacles une fois que l’on a acheté les produits dérivés et qu’on est allé contribuer — plus ou moins — au maintien en état du parc, que ce soit techniquement, administrativement, financièrement, etc ?

Les animateurs, intermittents du spectacle sont toujours très inquiets de connaître l’avis du public, et lorsqu’ils voient que la qualité ne satisfait plus, ils se sentent obligés d’inventer de nouveaux concepts, de nouvelles manières d’occuper la foule qui vient en masse les voir. C’est tout de même leur gagne-pain qui est en jeu. Il y eut la télé-réalité qui fut une étape importante dans la modernisation du spectacle : quelques membres du public deviennent eux-mêmes l’attraction et gagnent le droit d’être célèbres, de sortir de l’anonymat, qui par essence définit le public. Il y eut les rencontres entre les gérants et le public, avec débat : le gérant joue à se mettre en danger face au public qui est censé le mettre en cause, le piéger sur sa gestion. Et puis l’infotainment a pris le pas sur le reste. Un concept très intéressant, qui peut se renouveler quasiment à l’infini.

L’infotainment ou l’art de parler du sordide avec un nez de clown

Quand le parc d’attraction est déclaré en guerre, que ses gérants martèlent tous les jours qu’il va devoir fermer alors qu’une grand part du public perd de son confort, il est difficile de continuer avec des programmations soit trop légères (téléréalités), soit trop sérieuses (débats, actualité sinistres). C’est mauvais pour le moral du public, ou pire, cela peu être pris pour une provocation. Une solution a donc été récupérée d’un autre parc d’attraction (le grand parc américain), et elle s’appelle l’Infotainment.

Le principe est simple, efficace et ne fonctionne pas si mal que ça : parler du monde en rigolant, en n’effleurant que la surface des choses, en allant très vite et en faisant parler plein de gens différents qui s’esclaffent toutes les 30 secondes. Allier l’amusement, la distraction avec l’information, l’actualité est une méthode pour cliver le spectateur entre l’impression de s’informer, d’apprendre quelque chose, d’être tenu au courant, d’avoir une vraie valeur ajoutée dans ce qu’il consomme (l’info), et de s’amuser, se délasser, se distraire, de ne pas se « prendre la tête », d’être au spectacle (entertainment, le divertissement), ce pourquoi il paye, puisqu’il vit dans un grand parc d’attraction.

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Ce principe de spectacle est redoutable, mais il peut s’essouffler, s’il ne se renouvelle pas un tant soit peu. Viennent alors les déclinaisons possibles de cette animation : opposer des gens célèbres, déclarés compétents pour réfléchir sur un plateau, avec des paillettes, des animateurs à nez rouge, et faire qu’il en sorte un scandale. Les gens sont captivés par le décalage entre le sérieux des invités et le cirque dans lequel on les accueille, la violence des propos qu’on peut leur faire échanger et les blagues qui fusent autour. Le lendemain, tout le public ne parle plus que de ça, et peut même devenir acteur de l’histoire : ceux qui sont indignés par les propos, ceux qui soutiennent l’un des belligérants, ceux qui les renvoient dos-à-dos… Tout est affaire d’opinion, puisque la téléréalité mixée au débat, puis à l’infotainment, mène à un spectacle complet, presque total, où le public est juge et peut donner son avis, voire peut croire participer au spectacle via les réseaux sociaux.

Donner son avis sur tout, même sur la mort des gens

Quand un parc d’attraction à grande échelle en est arrivé à créer le spectacle total et permanent de sa propre décadence, de ses propres erreurs ou défauts, en laissant croire au public qu’il peut s’en mêler ou jouer avec les animations du parc, vient le moment un peu fatal du spectacle de la mort des autres. Tout comme à l’époque de l’Empire romain, il est organisé une arène dans laquelle sont jetés des êtres humains qui peuvent perdre la vie ou non. Le public en décidera en levant le pouce ou en le baissant. C’est aujourd’hui dans le parc d’attraction France, l’arène des demandeurs d’asile, les réfugiés des guerres de Libye, Irak, Syrie…

Le spectacle est donc simple : inviter des penseurs, des politiques, des analystes, journalistes, faire es sondages sur 1000 personnes à propos du sort des réfugiés et se demander en direct si l’on doit renvoyer crever dans leur pays ou bien en sauver quelques uns. Les chiffres, comme dans tout spectacle, sont importants : 1000, 10 000, 15 000, 20 000, 50 000 ? Le vote du public joue dans la balance, les invités argumentent dans le pour ou le contre : c’est passionnant. Vraiment. Surtout en buvant une bière industrielle de mauvaise qualité mais bien fraîche.

refugies

Les cohortes d’êtres humains dans le plus grand dénuement apparaissent à l’écran, aussi proches dans l’esprit du public que des images d’archives d’il y a 70 ans ou d’un film de fiction à petit budget. Pourquoi se priver de donner son avis sur le « oui » ou le « non » à propos d’aider ou non ces gens qui n’ont pas plus d’existence concrète que les personnages d’une série ? Sachant qu’il est possible de les faire disparaître en éteignant l’écran, et qu’ils ne sont que des figurants « rapportés » comme spectacle dans le parc d’attraction par les gérants, pour occuper la foule et lui faire baisser ou lever le pouce…Et puis avoir son avis, sur la vie ou la mort de femmes, d’enfants, d’hommes en déroute, ce n’est pas rien, ça fait jouer l’ego, on a son importance dans ce cas là. Et on peut montrer son attachement à son parc d’attraction, dans la qualité des programmes et du type de nouveau public que l’on veut accueillir ou non.

Pour autant, si ces réfugiés n’étaient pas une part d’un spectacle, mais considérés comme de vrais individus, avec la souffrance, la mort comme destinée tragique, les gérants ne chercheraient pas à savoir ce que pense le public. Ils agiraient dignement, de façon responsable et feraient tout pour que ces réfugiés soient accueillis, protégés.

Ce serait le cas…si nous n’étions pas dans un parc d’attraction.

Les macarons du diable.

vendredi 2 octobre 2015 à 19:15

OLYMPUS DIGITAL CAMERAPeut-être est-ce dû à la façon dont je choisis mes sources d’information: il semble que ces derniers temps le débat sur la publicité en ligne soit présent partout, et plus particulièrement concernant l’impact des bloqueurs de publicité sur l’économie numérique.

On pourrait penser que tout a déjà été dit sur ce sujet: « trop de publicité tue la publicité, qui va devoir survivre en devenant du contenu sponsorisé, parce qu’il faut bien payer les créateurs de contenu, et puis si vous n’aimez pas la pub vous n’avez qu’à ne pas nous lire ! » (l’ai-je bien résumé ?).

Il me semble que tous ces articles négligent un aspect pourtant fondamental (mais tu vas devoir te taper tout l’article pour le connaître).

There is no alternative

Tout se passe comme si, dans l’esprit des auteurs sinon celui du public, le seul modèle économique possible du numérique était celui de la publicité. Comme si c’était l’alpha et l’omega du Web, l’unique façon de financer le contenu, sauf à vouloir – horresco referens – faire payer l’utilisateur final.

C’est un peu court.

D’abord parce que – bien sûr – il existe bien d’autres façons de financer un service. De l’abonnement au don, en passant par le mécénat, l’associatif, la vente de produits dérivés… Si le logiciel libre nous a appris une chose, c’est qu’il n’y a pas toujours de rapport entre la liberté d’accès et la rentabilité d’un produit, et que l’imagination humaine en matière de financement n’était pas forcément soumise aux règles de l’économie du 19ème siècle.

Et puis parce que, malgré ce qu’affirmaient la très grande majorité des observateurs avant l’ouverture de Mediapart, par exemple, il existe encore un public prêt à payer pour un service sans publicité (même Youtube commence à s’en apercevoir).

Ensuite parce que – quoi qu’en disent certains (suivez mon Rogard) – la gratuité n’est pas forcément le mal.

 

Fando et Lis

Eh non: quand c’est gratuit, vous n’êtes pas toujours le produit. La phrase est jolie, et résume bien le fonctionnement actuel des plus grands acteurs du Web, mais ça n’en fait pas pour autant la vérité universelle que certains ont tout intérêt à nous vendre.

Oui (par exemple), un auteur peut décider de publier son livre en ligne, en souhaitant qu’il soit largement diffusé, et sans pour autant en espérer un retour commercial quelconque. Oui, n’en déplaise aux industriels de la distribution qui n’imaginent pas l’existence d’une création hors de leurs réseaux, il existe des milliers de blogs de très grande qualité dont les auteurs n’espèrent aucun retour, fut-ce en terme de simple notoriété (les plus connus sont d’ailleurs souvent publiés sous pseudonymat). Oui, il existe des services techniques qui fonctionnent par passion, militantisme ou simplement pour le plaisir de partager et d’offrir. Voyez Mailoo, voyez Framasoft, voyez Reflets, voyez Twister, voyez tous ceux qui n’attendent aucun retour, hormis les dons volontaires (et très occasionnels) de leurs utilisateurs.

Bien sûr, ceux qui choisissent d’agir ainsi, gratuitement, ont sans doute d’autres sources de revenus (tout comme d’ailleurs l’écrasante majorité des auteurs « commerciaux » que leurs oeuvres ne font pas vivre).

Évidemment, certains services finissent par disparaître, par manque de moyens, ou parce que la passion n’a qu’un temps (mais combien de site commerciaux, basés sur la publicité ou l’abonnement, ont disparu eux aussi au fil des ans ?).

Et bien entendu, il n’est pas question dans ces lignes de nier aux auteurs le droit de vouloir vivre de leur travail.

Tout au plus de relever que si tout travail devait relever du seul commerce, ce monde serait bien triste.

Et d’affirmer que l’Internet libre et non-marchand est toujours debout.

 

Un pacte avec le diable

Mais je m’égare.

Car enfin, a-t-on bien mesuré le danger que fait peser sur nos vies ce contrat Faustien de « publicité contre gratuité » ?

Déjà, il serait urgent de rappeler, toujours, que ce contrat est largement biaisé: la publicité n’est jamais gratuite.

Pas seulement en terme de vie privée (j’y reviendrai) mais même en termes simplement financiers: c’est toujours celui qui la reçoit qui la paie. Soit quand il achète les biens promus, soit quand il paie son abonnement à Internet. Et dans un écosystème mobile dans lequel « la data » est payée au prix fort, ce coût là est loin d’être négligeable: vous payez – cher – l’affichage d’une publicité agressive qui veut vous faire acheter plus cher les objets qu’elle affiche sans votre accord.

C’est la victoire ultime des spammeurs (qu’on accusait, déjà, d’abuser d’un service payé par l’utilisateur final plutôt que par l’annonceur).

Ensuite, et c’est là qu’est l’aspect fondamental dont je parlais au début (ok, j’ai dérivé, pardon): ce que cherchent les annonceurs, c’est la meilleure diffusion possible au meilleur coût.

Voyons le schéma théorique de la publicité en ligne:
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Ce schéma implique non seulement que l’annonceur passe par une agence (ça vaut mieux pour lui: il est mauvais communicant de toutes façons), mais que cette agence doit ensuite traiter soit avec des régies (qui elles-mêmes vont devoir négocier avec le plus grand nombre possible de diffuseurs), soit directement, pour les plus gros diffuseurs.

De facto, les plus gros sont favorisés, même dans ce simple schéma théorique: les agences préfèreront toujours choisir de passer leur annonce sur TF1 que sur Cherie25, sur Google que sur mon blog, sur Twitter que sur irc. Même si c’est plus cher: du moment que ça touche le maximum de monde, c’est toujours meilleur marché, et plus facile. D’autant que les plus gros disposent de d’avantage d’informations sur leurs utilisateurs, et donc permettent de mieux les cibler.

Et ce schéma là est d’autant plus théorique que les plus gros diffuseurs (disons les GAFAM, pour simplifier) ont rapidement mis en place leur propre régie publicitaire, et gèrent directement le reste de la chaîne de diffusion. Ce faisant, ils gagnent d’avantage d’argent, deviennent encore plus gros, donc disposent d’encore plus d’information privées, et attirent encore plus d’annonceurs. C’est un cercle vertueux (pour eux, s’entend: pour toi, lecteur, il est méchamment vicieux).

L’économie basée sur la publicité crée donc, de facto, la centralisation du Web.

À terme, et le mouvement est déjà bien engagé chez Facebook, l’utilisateur final ne sort plus du silo construit pour lui afficher le plus d’annonces possible, basées sur le maximum de données privées possible, et jusqu’à la vente finale du produit annoncé. Ce n’est plus ni Internet ni le Web, c’est juste une grande gallerie marchande bardée de caméras de surveillance précises au point de connaitre la taille de tes boobs (ou d’autre chose).

 

La centralisation c’est bon, mangez-en

Tu pourrais te dire, à ce stade, que les gouvernements vont réagir, réguler tout ça, limiter l’hypercentralisation, protéger les plus faibles pour leur garantir une petite part de la très théorique théorie du ruissellement. Sauf que, et c’est là qu’on rigole: les états ont eux aussi tout intérêt à voir cet énorme réseau acentralisé et – donc – incontrôlable devenir un gentil toutou hypercentralisé. D’abord ça permet, quand le besoin s’en fait sentir, de mieux censurer contrôler l’information du bon peuple, et ensuite, va savoir, de mieux le surveiller: c’est toujours plus facile de coller ses micros chez 5 ou 6 énormes opérateurs que dans une multitude de petits serveurs.

Et donc, en conclusion, on s’aperçoit que tout le modèle actuel de la publicité en ligne ne peut conduire qu’à la surveillance généralisée, la censure, et le tout-marchand. Il ne peut pas y avoir de « publicité acceptable« , de « charte de bonne conduite » et j’en passe dans les listes blanches vendues aux plus offrants: si le modèle économique est basé sur la diffusion de publicité, in fine, on retourne dans notre joli cercle.

Et là, ami lecteur, il est temps de se dire que non: les bloqueurs de publicité ne sont pas juste des gadgets bien pratiques pour lire un article sans être emmerdé par des mickeys clignotants et qui créent quelques soucis financiers à ton webzine favori.

Ce sont aussi (à leur corps défendant, je veux bien l’admettre), les armes de la résistance contre le meilleur des mondes. Quitte à changer de modèle.