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Nov
7
2011

Le Parti Pirate peut-il percer en France ?

Récemment, les plus "poligeeks" ont en ont presque eu la larme à l’œil quand le Parti Pirate Allemand a remporté un siège parlementaire dans l'Assemblée du Land de Berlin. Possible en France ? C'est loin d'être sûr !

Vous avez dit "Parti Pirate" ?

Pas de crochet ou de cache-oeil, c'est passé de mode. Mais des gros navires à attaquer comme la loi Hadopi ou plus récemment la loi Loppsi, ça oui ! Bienvenue au Parti Pirate.

Pas vraiment un parti classique, avec meetings et distributions de tracts dans les marchés le dimanche, mais une certaine idée du numérique. Le Parti Pirate, créé fin 2005, défend :

  • la neutralité du Net : une connexion à Internet doit permettre d'accéder à la totalité des sites hébergés sur la Toile. Aucun filtre toléré.
  • l'accès à la culture et à l'information pour tous : cela implique une nouvelle législation pour le téléchargement (comme la licence globale), mais aussi une transparence totale dans le fonctionnement de nos institutions.
  • garantir la liberté d'expression sur le réseau : cela passe par le droit à l'anonymat, l'absence de dispositif de surveillance, et le respect de la vie privée
  • alléger la législation sur le droit d'auteur, brevet, etc : probablement la partie des revendications qui fait le plus jaser. Le Parti Pirate pointe du doigt les majors, producteurs, éditeurs qui peuvent conserver les droits exclusifs d'une œuvre des décennies après le décès de leur auteur. Pas trop de détails sur le cas d'un artiste encore vivant ou du droit que peut faire valoir ses enfants.
  • finalement, d'un point de vue national et mondial, une "égalité réelle" qui rappelle beaucoup un slogan d'Indignés

Il est clair que les lois du gendarme 2.0, type Acta, Hadopi ou Loppsi, ne sont pas dans les petits papiers du Parti Pirate.

Comme pour la Quadrature du Net, les membres sont très actifs sur les réseaux sociaux (par ici le compte Twitter et la page Facebook), et les différents communiqués amènent régulièrement leurs lots d'articles sur les pures-players d'informatique.

Côté fonctionnement, le Parti Pirate suit l'incontournable pyramide, avec un président en haut, qui fait plus office de porte-parole, et des membres plus ou moins (ceux qui mettent un petit drapeau sur leur avatar Twitter, par exemple) impliqués . On peut aussi adhérer au parti ou faire des dons d'un simple clic sur le site.

Jusqu'en mai 2011, Paul da Silva était le charismatique président du Parti Pirate. Il a annoncé sa démission suite à un état de surmenage permanent et à des tensions qui commençaient à apparaître avec d'autres membres.

Fin octobre, il a même diffusé une photographie de sa carte d'adhérent du Parti déchirée, sans explication détaillée. Depuis quelques mois, Maxime Rouquet a pris la présidence du Parti Pirate (vous remarquerez la bio pas franchement mise à jour).

Sa mission pour 2012 ? Essayer de grappiller des postes de députés aux élections législatives. Plus facile à dire qu'à faire.

Pourquoi les élections législatives vont être compliquées pour le Parti Pirate ?

On ne descendra pas une bonne initiative. Globalement, c'est une bonne chose qu'un parti comme le Parti Pirate existe.

Cela prouve que des jeunes peuvent s'emparer d'une problématique complexe, souvent délaissé par les hommes politiques alors qu'elle est l'un des enjeux majeurs de demain.

Les exemples de réussite en Europe ne manquent pas. Allemagne, Suède, le Parti Pirate représente dans ces pays une mouvance politique en essor. Ca ne dépasse pas encore les 10%, mais quand même !

Malgré tout, le Parti Pirate made in France aura bien du mal. Explications.

Le refus de s'allier, une épée à double tranchant

Avec leur réflexion acérée sur les enjeux numériques, les membres du Parti Pirate pourraient être des super conseillers pour hommes politiques, surtout quand une élection présidentielle approche.

Ben non, impossible, neutralité oblige. C'est un credo légitime : le Parti Pirate n'est par essence ni de droite, ni de gauche.

Cela pourrait, dans des conditions propices, leur permettre de rallier des déçus des deux camps. Hélas, ce créneau est facilement associé au Front National, et un amalgame est si vite arrivé...

Le problème apartisan du Parti Pirate est assez semblable à celui des Indignés. En refusant mordicus de prendre part, un mouvement de jeunesse révoltée est condamné à rester en retrait du jeu politique.

Mais ses membres ont compris une chose : il faut s'engager sous sa propre bannière et présenter des candidats aux élections pour commencer à exister ailleurs que sur Internet.

Trop arrogant, naïf ou utopiste (ou un peu des trois), le Parti Pirate pense pouvoir faire cavalier seul dans des élections où le réseau politique est très important.

Un rapport de force ridicule, qu'il soit humain ou financier

151. C'est le nombre de membres du Parti Pirate. Plutôt maigrichon. Il y a même trop de circonscriptions à conquérir !

L'objectif majeur est donc d'amplifier le rapport de force, et de vite faire adhérer un maximum de gens. Pour un public jeune et connecté, c'est éventuellement possible.

Mais pour les circonscriptions rurales, où les personnes âgées sont celles qui s'abstiennent le moins de voter ? Mission quasi impossible...

Arrive ensuite la chatouille du portefeuille. Combien de gens adhèrent aux idées du Parti Pirate ? Sans doute un paquet d'humanistes 2.0. Combien sont prêts à mettre des sous dans une campagne ? Constatez sur le Wiki dédié à l'organisation des législatives...

A moins de trouver des mécènes au grand cœur type Julian Assange de province, ce sera aussi de l'ordre de l'impossible !

En temps de crise, des réponses numériques ne suffisent pas

Pas de soutien de grand parti, pas de sous, pas d'adhérents, le Parti Pirate part de loin pour juin 2012... Mais a aussi un très grave problème sur le fond.

Au-delà du numérique où il est incollable en tout point, le Parti Pirate a exactement les mêmes défauts qu'il reproche aux politiques quand ils parlent d'Internet : il est vague, flou, consensuel.

Des exemples piochés sur le site ?

Ces deux dernières décennies, la prise de conscience mondiale de ces enjeux s’est exprimée dans le concept de développement durable : au confluent de ces trois préoccupations que sont l’environnement, l’économie et le social, un modèle harmonieux pour vivre ensemble, aujourd’hui et demain. Ce développement durable et équitable, le Parti Pirate veut le favoriser par son action politique.

Super ! Et concrètement ? Pas de réponse...

Bon, et la société de surveillance alors ? C'est un de vos créneaux ça !

Nous ne devons laisser aucune technologie mettre en danger les libertés civiques ; il faut au contraire en tirer parti pour permettre aux citoyens de mieux protéger leur vie privée, leur liberté de mouvement et d'expression.

Mouais, autant se réunir autour d'un feu avec des bières et une guitare pour noter ce qui nous vient en tête.

N'évoquons pas l'économie mondiale ou les dettes souveraines en Europe, ça vaut mieux !

Ca peut faire très mal à entendre, mais dans les temps de crise que nous vivons, des réponses concrètes aux problèmes du chômage, du pouvoir d'achat, du confort de vie passent dans la tête de nombreux électeurs bien avant l'abrogation d'Hadopi...

S'il veut exister en 2012, le Parti Pirate doit impérativement muscler toutes ses propositions dans les autres domaines que le numérique.

Youpi, on a un député Parti Pirate à l'Assemblée ! Oui, mais...

Ouf, c'était dur, mais le Parti Pirate l'a fait !

Dans une circonscription urbaine où tous les vieux gâteux ont oublié de voter et où tous les poligeeks ont délaissé leur partie de CoD4 le temps d'une demi-heure, un député Parti Pirate a été élu.

Révolution, formidable avancée démocratique, on va secouer le cocottier tout en dégraissant le mammouth !

Oui, mais... Un député, ça suffit pas.

Dans une démocratie représentative, seule une majorité peut prendre des décisions pour l'ensemble.

Et si poignée de députés estampillés Parti Pirate se fait élire à l'Assemblée, il faudra tôt ou tard se rallier à droite ou à gauche pour exister...

Raphi

A propos de l'auteur: Raphi

2 Comments + Add Comment

  • Franchement, oui, il peut percer en France. Cela viendra, petit à petit mais ça viendra.

    Pour ma part dès que j'ai un peu d'argent de côté j'adhérerai au Parti Pirate en payant une bonne petite cotisation, espérant que cet argent ne sera pas gâché ! ^^

  • Nono

    Sacré résumé, j'en sors un petit peu (mais un tout petit peu hein) moins con.

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